sylvain thévoz

russie

  • Ukraine : les larmes de crocodile du Conseil fédéral

    Imprimer

    russie,ukraine,guerre,capitalisme,exploitation,financesLe Conseil fédéral, après s'être répandu en condamnations et réprobations "les plus fermes" contre l'agression russe en Ukraine, s'est refusé à s'aligner sur les sanctions occidentales. "Aujourd'hui est un jour triste comme nous n'en avons pas connu depuis longtemps" blabla.

    Pour le Conseil fédéral, pleurer des larmes de crocodiles, pourquoi pas : mais pas touche au porte monnaie et au portefeuille bancaire. "La Suisse ne pourrait pas tenir son rôle traditionnel si elle reprenait automatiquement toutes les sanctions de l'UE ou d'autres pays" nous dit le Conseil fédéral. Il ne faut surtout pas fâcher les traders et lâcher les négociants de matières première qui ont pignon sur rue, à Genève notamment. Conséquence : des millions affluent pour être planqués dans les banques genevoises[1]. Le refus de prendre position devient complicité. Les comptes des oligarques russes ne sont pas gelés. Les retraits d'argent sont toujours possibles pour eux, et Ignazio Cassis dénonce "l'émotionnalité" populaire qui voudrait que la Suisse s'aligne sur les sanctions de l'UE. L'hypocrisie de la majorité de droite du Conseil fédéral est sans limites et sous couvert des "bons offices", l'UDC et le PLR démontrent ce qu'est la souveraineté et de la neutralité helvétique pour eux : un sent-bon pour servir les intérêts de la finance au détriment des droits humains.

     

    La Suisse a une relation privilégiée avec la Russie. Genève est le premier centre de négoce du pétrole russe, ce qui est important et donne un pouvoir certain à la Suisse dans la lutte mondiale contre l'agresseur. Environ 80% du commerce russe des matières première se déroule à Genève.[2] L'association suisse de négoce des matières première se réjouit de "l'absence de sanctions contre les entreprises russes, car en cas de sanctions, les entreprises suisses ne pourraient plus travailler avec la SberBank, plus grande banque de crédit en Russie, ou la Gazprombank". "Si une entreprise qui se fait financer en partie par une banque russe ne pouvait plus le faire... ce serait embêtant." Ah oui, ce serait embêtant ! Pendant que des femmes et des enfants se font pilonner à Kiev, tuer, par l'agression sauvage voulue par un gangster sanguinaire, du côté du lobby financier et du trading on trouverait "embêtant" de perdre quelques pourcentages d'intérêts !

    Au nom de la finance et du trading, le Conseil fédéral brade notre souveraineté et neutralité, et fait de la Suisse une exception en Europe, nous isolant encore davantage vis-à-vis de nos alliés européens. Pire, il se fait l'allié objectif de l'agresseur et nous vole une partie de notre dignité, faisant de nous les usuriers de la violence. Face à cela, il nous faut évidemment hausser la voix pour dire que nous ne sommes pas d'accord. Nous n'avons peut-être pas le pouvoir d'arrêter cette guerre, mais nous avons celui de ne pas en être complice, et l'exigence de faire notre part pour en réduire les dommages. 

     

    Lire la suite