sylvain thévoz

dépenses

  • Claquer 24 milliards pour s'envoyer en l'air dans des avions de galas ? C'est non merci!

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    Comme si le monde n'avait pas changé, comme si les menaces n'avaient pas évolué, la droite veut nous faire  croire qu'il faut absolument renouveler notre flotte d'avions de galas comme les ménages renouvellent leurs voitures ou leur téléphone portable, par "automaticité".

    Il faudrait continuer à faire ce que l'on a fait de tout temps, comme au bon vieux temps de la guerre froide où l'ennemi, le rouge, était bien identifiée, et les vaches bien gardées: acheter pour minimum 18 milliards de francs des coucous de salon pour que notre panoplie de défense soit tip top en théorie, et que nos officiers aient fière allure.

    La droite qui défend ce projet fait penser à un assureur retors qui fait une clause d'automaticité de renouvellement sur un produit obsolète. En gros, vous continuez à payer jusqu'à la fin de vos jours pour quelque chose dont vous n'avez jamais eu besoin mais pour lequel de beaux parleurs vous assurent que "l'on n'est jamais trop prudents" et que ce n'est pas si cher payé. A cette rhétorique dépensière il est temps de dire STOP. 

    La droite qui mégote sur les dépenses sociales est au garde à vous devant les lobbys de l'armement. Mais le monde change, même si certains ne l'ont pas vu venir. Les défis actuels sont sociaux, économiques, écologiques. Et la sécurité n'est pas l'affaire de turbo-réacteurs, mais de proximité. Défendre l'achat de nouveaux avions de luxe dont l'inutilité est démontrée, c'est mener une guerre de retard. 

     

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  • Le petit délire de la dépense (1)

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    Se dépenser sans compter, et par là ne plus penser, ne plus chercher à comprendre. Faire rupture avec le raisonnable, l'établi, le bien pensant. Se dé-penser, défouler, larguer les amarres des convenances et contenances et même du convenu. Déborder hors de ce qu'il est permis ou non de faire, s'en moquer désormais. Etre au-dessus des codes, au-delà de la ligne, sans pour autant être hors-jeu, sans sortir de ses agencements et de ses gonds. La dé-pense, fièvre de la prodigalité, rage du manque et de l'excès: petite poussée de fièvre jouissive dans son exubérance même. Joie corporelle qui purge et soulage. Hors d'elle, le monde de la jauge est étriqué, et celui de la taille trop bien balisé, étroit.

    Genevois, donc quelque part calviniste dans l'âme, bon gestionnaire, où se trouvent désormais tes espaces de dépenses et de transgressions ? Où est-ce que ça délire, si ça délire encore, ailleurs que dans la sphère privée que d'ailleurs tout le monde partage dans ce petit village?      

    Les amérindiens avaient le Potlatch (en chinook:donner), instituant le don et le contre-don, où chacun, lorsqu'il donnait un objet à l'autre, s'attendait à recevoir en échange un don équivalent au sien. La logique du potlatch poussée à l'extrême, des richesses entières partaient en fumée. Gigantesque mise en scène où des fortunes étaient exhibées, entassées et détruites afin que le chef démontre aux autres sa puissance. Il prouvait alors qu'il pouvait sacrifier sans coup férir, et doublement; 1) Il pouvait réduire ses richesses à rien et 2) les rebâtir selon sa volonté. Il obligeait ainsi par son don les autres à monter dans l'escalade du leur. La dérive du potlatch, rivalité pure, se faisait alors au détriment du don et du contre-don, par pur souci d'exercer le pouvoir. Pure dépense qui obligeait, dans sa prodigalité même, les autres à donner, et si pas au-delà d'eux mêmes, de se soumettre ou de continuer d'accumuler. Car il y a de la rage dans le don de soi radical et un rapport de pouvoir dans les manières de donner.

    Income / outcome.

    Alors, hédonistes économes, pour quoi se dépenser sans compter? Pour ne pas se soumettre aux heures de fermeture des bars à minuit, au nombre de bouteilles de vin bues ou à boire, pour le respect des liens sacrés du mariage, des budgets à équilibrer, du temps à respecter; pour prendre 1,3 millions dans les caisses pour jouer; pour le temps d'enfiler une combinaison de latex; ou comble de folie, pour rien, pour d'autres, la pure beauté d'un geste... gratuit?

    Tu dis: il y a un calcul de la dépense, même dans l'excès.

    Tu ne crois pas, plus, au geste gratuit?