sylvain thévoz

afghanisan

  • Toute honte bue ?

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    afghanisan,talibansLe Conseil fédéral a choisi de laisser des humains s'entasser dans une impasse menant à un aéroport en détournant le regard. Talibans dans le dos, État islamique sur les flancs, compte à rebours lancé. La trappe se refermera le 31 août. Quelques uns seront sauvés par d'autres. La loterie au milieu du cauchemar. On assiste au tri à distance, comme des voyeurs. 

    Dans un journal genevois, un journaliste indépendant s'indigne que l'on puisse parler de honte pour qualifier la décision du Conseil fédéral de laisser les candidat-e-s afghan-e-s au départ sur le tarmac. Quelques jours après sa tribune, des explosions à l'aéroport de Kaboul tuent plus de 170 civils et 13 militaires américains. Des humains réduit en charpies volent dans tous les sens. Mais ce ne serait pas notre histoire, pas de notre ressort, circulez il n'y a rien à voir, il dit. 

    Le journaliste indépendant a déroulé son laïus nationaliste rejoint par un élu UDC dans le journal Le Temps sur le refus de se laisser culpabiliser, caressant dans le sens du poil celles et ceux qui pensent que la violence et le meurtre ne nous concernent plus dès que l'on dépasse un seuil de kilomètres. 

    Éloge de l'égoïsme : les "bons suisses travailleurs" n'ont pas à se sentir redevable de celles et ceux qui s'entassent pour accrocher un improbable avion afin de fuir le bain de sang. Le journaliste indépendant et l'élu UDC attaquent au passage la gauche (toujours moraliste et responsable de tout), qui ne ferait que louer les bienfaits de la migration.

    Ils opposent les gens d'ici à ceux d'ailleurs, les nôtres aux autres, dans un réflexe de repli et de rejet, comme si les hasards de la naissance et les aléas de la vie ne nous rendaient pas toutes et tous solidaires, comme si la situation au loin ne nous concernait pas concrètement au plus proche. Il est évident que l'on doit en même temps lutter contre les inégalités ici et continuer d'offrir l'asile à des personnes menacées de mort. Davantage encore, c'est peut-être à la manière dont on traite l'étranger et accueille le persécuté que l'on reconnaît comment une société considère ses pauvres...

    Mettre sur un même pied d'égalité nos conditions de vie en Suisse, la "maigreur de nos retraites", nos souffrances du quotidien, afin de délégitimer la violence radicale d'être au milieu d'une guerre sous un régime totalitaire, est immonde. La rappel d'une facture impayée ne ressemble guère au passage d'un taliban à domicile. Faire la comparaison est aussi nauséabond que de dresser le parallèle entre le port de l'étoile jaune et l'invitation vaccinale, l'établissement de mesures de prévention sanitaire et la vie sous une dictature. 

     

     

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