sylvain thévoz

Topo Thévoz - Page 5

  • Lettre d'amour à un.e candidat.e

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    metro-bonde-a-chatelet.jpgCher.e candidat.e

    Les élections sont au système démocratique ce que la déclaration est à l'amour. Un passage obligé et chargé d'émotions. Un moment clé, où la connexion intime est confirmée, ou une gênante fin de non-recevoir murmurée.

    Quand tu t'es porté.e candidat.e, tu n'aurais jamais imaginé combien cet amour pouvait être exigeant. Passage obligé, les plateaux télé ou radio, les émissions de plus ou moins bonne qualité, où tu dois parfois te faire violence pour répondre aux questions. Ces dernières vont du quizz indigeste (date de naissance d'un illustre inconnu du 18e aux dernières lois votées à Berne) à des développements qui n'ont rien à envier à de véritables thèses de doctorat. Toi, tu dois être prêt.e à tout. Tu dois répondre de tout. 

    Insidieusement, tu t'es transformé en toutou savant.e, en encyclopédie sur patte. On attend de toi au minimum une forme de science infuse; on ne te pardonnera pas de manquer de sympathie et de sourire ou de charisme. Et cela 24 sur 24, à l'aube comme au bout de la nuit. 

    Tu connais par coeur maintenant le sadisme galant de ceux qui veulent te prendre en défaut, te glissent avec délectation des peaux de banane sous tes pas. Heureusement, il y a les autres, celles et ceux pour qui tu te bouges et qui ont besoin de changement, attendent de vraies réponses pour leur vie quotidienne, ont des besoins criants et cherchent des partenaires fiables pour y répondre : toi. 

    Tu devrais tout savoir. Et si tu ne sais pas, nous faire croire que tu sais? C'est vrai, on n'aime pas rester sans réponse et si possible immédiate, dans notre société. Mais surtout, on te désire sincère. C'est la base de l'amour non? La séduction n'a qu'un temps, et est souvent un leurre. 

    Les invitations, innombrables, pleuvent. Elles vont d'une fête de quartier aux cercles les plus restreints d'entrepreneurs ou d'artistes. Dans ton sac maintenant, toujours deux jeux de vêtements, au minimum. Ainsi, en une journée, tu peux traverser plusieurs mondes. Toujours, tu dois correspondre aux codes des milieux que tu traverses. Gare au faux-pas. Quand il pleut, te déplacer d'un lieu à l'autre tout en restant impeccable. Quand il fait chaud, ne plus transpirer sous les aisselles. Tu n'aurais pas imaginé que notre société était composé de tant de différences. Si l'élu.e est du peuple, il doit montrer des talents d'homme ou de femmes orchestre que peu possèdent. 

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  • La dolce vita genevoise du dictateur Paul Biya

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    Il n'est pas aisé de savoir si le document qui circule en ligne et annonce un nouveau séjour du dictateur Paul Biya à Genève est authentique ou non. Toujours est-il qu'après les événements du début de l'été où un journaliste de la RTS fut molesté et une manifestations pacifique durement réprimée, entachant l'image de la Suisse à l'échelle internationale, le retour possible du dictateur camerounais et de ses sbires armés n'est vraiment pas une bonne nouvelle pour Genève. 

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  • Un premier août de rêve

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    5caf08e7b4360_1-683x1024.jpgC'est toujours spécial, à l'occasion du premier août, de sentir que du plus petit village à la plus grande ville, mais aussi à l'étranger, les Suisses.ses se rassemblent, allument des lampions; que les syndics, les maires, partagent leurs discours, que des feux sont allumés sur les collines, des pétards lancés au ciel. Chacun.e, le temps d'une journée, avec une certaine insouciance, mais aussi avec gravité, marque le coup, celui du temps qui passe, et de ce qui ne change pas : la stabilité d'une communauté, en s'interrogeant à ce qui le relie à celle-ci, hier, aujourd'hui. Je rêve d'une Suisse où chacun.e puisse s'y sentir comme à la maison. 

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  • Prière pour le climat

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    eclair_lyon.jpgOrage nous tonnerrifie nous, éponge nous

    glougloute nous, gargouille nous, catastrophise nous

    mais par pitié, épargne nous. 

     

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  • Calvin, vieux punk

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    topelement.jpgCalvin barbouillé. La blague potache ne devrait pas nous émouvoir plus que de raison. C’est un 'classique' de soumettre ses idoles à une douche colorée et même une forme de reconnaissance de les taguer. Dans le plus pur style pop art, Andy Warhol aurait apprécié. Jackson Pollock aurait ri des zozos s’exerçant à l’action painting. Marcel Duchamp aurait sûrement été ému de ce ready made, certes convenu, du parc des Bastions. Mais trève d’anachronisme. 

    Passer l’occiput des réformateurs à l’acrylique ne laisse pas indifférent. C’est heureux. Qui pense encore que Genève n'est plus comme avant a raison, car Genève c’est plutôt comme avant avant. Back to Calvin again!

    Le but de cette action picturale était de faire réagir, mais pour quoi au juste ? 

    Nous voilà pris entre deux feux. On se retrouve avec d’un côté ceux qui trouvent qu’un peu de couleur sauvage égaie ce vieux mur des réformateurs et de l’autre, pour faire court, ceux qui voudraient envoyer en Corée du Nord, en camp de redressement, ces 'jeunes' (forcément) chenapans qui ont salopé le symbole suprême et envers qui une cure de 'bolsonarisme' ou de coups de trique ferait le plus grand bien. 

    Entre les tenants du révisionnisme historique et les adeptes d’une histoire figée au formol, nous voilà bien. Entre ceux qui agissent mais ne laissent pas de commentaire (même pas une petite revendication, dites?) et ceux qui commentent mais ne retiennent pas la leçon (cette petite coulure rouge sur Calvin, sans aller jusqu’au test de Rorschach, elle ne vous évoque rien?), c’est la même béance.

    On mettra de côté les injures (qu’on les vire, qu’on les pende) et les insultes homophobes, autrement plus grave qu’un jet de peinture et sans lesquelles on en serait resté au jeu d’enfant. Ce prurit fleurissant sur les réseaux sociaux, pullulant jusqu'aux pages de députés de droite mériterait aussi ses plaintes pénales.

    Qui pourra nous tirer de ce marigot par le haut ? Ce vieux punk de Calvin, évidemment. 

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  • Sur le chemin des vacances...

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    0C1CF489-058B-4486-8E63-0C8620BDC25F.jpegUn arrêt en gare pour un TGV, ce n'est pas long, 3 ou 4 minutes peut-être. Mais cela peut sembler un temps infini. Et lié à un événement qui se déroule durant ce laps de temps, cela peut même se poursuivre longtemps après. J'aimerai vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée sur le chemin des vacances...

     

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  • Le Conseil d’Etat s’inspire-t-il de Paul Biya pour faire régner l’ordre ?

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    Samedi 29 juin, la police genevoise réprimait violemment des manifestants camerounais dénonçant la présence du dictateur Paul Biya dans le palace de l’Intercontinental. Cette répression a choqué et fait tristement parler de Genève dans le monde entier. Un article du Washington Post titrait : Swiss police use tear gas on Cameroon opposition protesters, avec une photo explicite. Le recours au gaz lacrymogène, au camion à eau, a paru totalement disproportionné aux observateurs présents.

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  • Lettre ouverte à ceux qui se sont appropriés la route

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    letsbikeit2.jpgCher motoriste,

    Tu as gagné.

    Je l'accepte, c'est acquis. A l'avenir, je n'essaierai plus de me tasser le long des trottoirs pour te laisser passer. Je ne partirai plus 3 secondes avant toi alors que le feu est encore rouge, pour ne pas risquer de me faire écraser quand tu lâches tes chevaux.

    Je ne mordrai plus jamais sur les trottoirs pour te laisser le champ libre (au boulevard Georges Favon notamment, ou à la rue Wendt). Je n'embêterai plus les piéton.ne.s, en aucune façon. C'était une grave erreur de te laisser toute la place et d'enquiquiner des usager.e.s encore plus vulnérables, en empiétant ici et là sur leur espace vital. Je ne slalomerai plus sur les voies de tram, risquant la chute à chaque changement de direction 

    C'est fini. Tu as gagné. Désormais, je prendrai ma place sur la route. Simplement.

    Après tout, tu es à 90% du temps seul dans ta voiture comme je suis seul sur mon vélo. Pourquoi la route serait-elle à toi ? Nous allons à la même vitesse en ville, nous nous rendons au final du point A au point B à la même allure. L'air conditionné, la musique pour toi, les risques et les cassages de gueule pour moi ? Non. Désormais c'est acquis, je roulerai au milieu du chemin, sans me tasser, sans me faire encore plus petit devant ta tonne de ferraille.

    J'en profite pour inviter toutes et tous les cyclistes à faire de même. Prenez la route. Vous serez davantage en sécurité. La stratégie de se tasser dans les coins ou attendre d'improbables pistes cyclables a échoué.

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  • Pour que Genève déclare Paul Biya persona non grata

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    the voice newspapers 200 villages burnt.jpgLes gardes du corps du dictateur camerounais Paul Biya accusé de restreindre les libertés fondamentales et de commettre des violations des droits humains, ont attaqué des manifestant.e.s l'hôtel Intercontinental de Genève ainsi que le journaliste de la RTS Adrian Krause mercredi 3 juin. 

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  • Mes héros du jour

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    Ce sont mes héros du jour. Ils se brûlent les poumons pour construire la ville et refaire les trottoirs en pleine canicule. Ils sont Français, Portugais, Espagnols, Kosovars, Suisses ou d’autres nationalités encore. Quand tu trouves que la canicule est insupportable à 38 degrés, ils sont à 150 degrés le nez sur le bitume. Et ils sourient. 

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  • Cathédralise moi

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    Cathédralise-moi, incendie-moi, décendre-moi, débatis-moi,

    rénove renouvelle moi, arrose moi, dame-moi, pompiérise moi,

    christianise toi, crucifie toi, mondialise nous,

    baptise moi, toise toi, brûle brûle en toi.

    Faites ceci en mémoire du toit. 

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  • Grève des femmes* et féministes à Genève : combien étaient-elles ?

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    storybundle.jpgCe vendredi 14 juin, jour national de grève des femmes* et féministe, une foule immense, que l’on n’avait jamais vue de mémoire de Genevois-es, s’est réunie sur la plaine de Plainpalais pour exiger la fin des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail, l’établissement de rentes qui permettent de vivre dignement.

    Cette foule immense et résolue de femmes* habillées en violet regroupant plusieurs générations, demandait que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé, de même que la charge mentale, afin que que le travail éducatif et de soins soit une préoccupation collective. Cette mobilisation impressionnante, s'est levée dans toutes les villes et les campagnes de Suisse ainsi qu'à Genève. Elle exigeait, ce 14 juin, d'une même voix, la fin des violences sexistes et sexuelles ainsi que la fin de toute forme de discrimination basée sur le sexe. L’intensité émotionnelle ce 14 juin était dingue, le moment historique. Combien étaient-elles ? 

     

     

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  • Merci aux femmes*

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    la-greve-des-femmes-a-lhonneur-4-936x546.jpgEn cette journée de grève du 14 juin, les rassemblements aux quatre coins des villes ont commencé, les coups de cuillères sur les casseroles y résonnent depuis minuit déjà. La cathédrale de Lausanne s'est embrasée, Genève va suivre, et Bâle et Zürich et toutes les campagnes. Les journaux font leur une sur cette grève. Le soulèvement est déjà un énorme succès. Désormais, c'est depuis la France, à l'internationale que les messages de soutien, d'émulation affluent. Les réseaux sociaux se couvrent de violet, tout le monde en parle, partout. Avec cette grève, on va en voir de toutes les couleurs. Les femmes* se soulèvent! Quelque chose de grand, d'énorme est en marche. Alors que cette incroyable force se déploie, un mot simple et fort vient sur les lèvres : merci!

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  • Formule 1 et sexisme à La RTS : qu'on en finisse.

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    lewis-hamilton-f1_5323533 (1).jpgPremier juin, Massimo Lorenzi, rédacteur en  chef RTS des sports expliquait au journal du 19:30 pourquoi la chaîne publique ne pouvait pas diffuser la finale de la champion's league de football entre Tottenham et Liverpool : trop cher. Monsieur sports posait un discours clair, celui du refus de l'escalade des chiffres et des coûts faramineux (on parle de 25 à 30 millions) pour diffuser un match de deux fois quarante cinq minutes. Cette somme était impossible à payer selon lui sans péjorer d'autres sports, comme le tennis, le ski, ou les jeux olympiques, sur un budget total de la SSR de 50 millions.[1] Cette position semblait sage et réfléchie, seulement voilà... 

     

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  • Rebaptiser l'Ascension

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    iStock-186967131.jpgEt si on rebaptisait l'Ascension? Alors que les Genevois.e.s ont voté une nouvelle loi sur la laïcité le 10 février dernier, quelques mois plus tard, nous avons toujours officiellement congé pour méditer sur l'élévation au ciel de Jésus suite à sa dernière rencontre avec ses disciples après sa résurrection. Anachronique.

    Alors que la nouvelle loi sur la laïcité proscrit les signes extérieurs d'appartenance religieuse aux employé.e.s du canton, des communes et des établissements de droit public en contact avec le public et que les élu.e.s cantonaux et communaux sont soumis à la même restriction, les fêtes religieuses demeurent des congés officiels alors que plus personne n'y croit. Il est schizophrène, pour une République qui se veut et se prétend laïque, de maintenir ces fêtes, reliquats désuets du passé hégémonique du christianisme. 

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  • Capitalisme bébé

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    - Eh mais tu as eu un enfant, c'était programmé? 

    - Programmé ? 

    - Planifié, préparé anticipé, quoi  

    - Tu veux dire que j'en avais envie? Oui. C'était un désir et un rêve...

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  • Urgence démocratique

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    11E39E96-A101-488C-A2D8-896D6933F74E.JPGFranchement, cette votation du 19 mai était déjà bien compliquée. Les électrices et électeurs s'étaient déjà faits assommer par une brochure explicative longue comme le bras. Ils devaient ensuite, estourbis, chercher dans une deuxième enveloppe leur parvenant en décalé, leur matériel de vote. Déjà la participation plafonnait à une poignée de pourcents (18% à J-10). On se demandait qui allait vraiment voter au final. C’est alors qu'éclatait une bombe : l'annonce de possibles manipulations de matériel de vote au service des élections et votations et ce durant des années, pouvant potentiellement avoir faussé, biaisé des résultats, et déjà entaché les votations du 19 mai. 

    Avant la bombe déjà, cela demandait beaucoup d'abnégation pour voter; un certain nombre de compétences pour comprendre les enjeux, se sentir certain de son choix ou à tout le moins suffisamment serein pour le lâcher, s'en remettre aux mots d'ordre des partis, aux recommandations d’un tel ou une telle. Après la bombe, instantanément, la certitude que sa voix allait porter ne semblait plus garantie. Sentiment de trahison. La bonhomme certitude de la fiabilité du processus volait en éclat. A tel point qu’il faille s’interroger froidement aujourd’hui sur qui ira au bout du processus en allant voter. A cette question, le peuple devrait donner une réponse forte: mobilisation! 

     

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  • Voter est un écogeste

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    A4BC6D73-AFB4-4D2E-B0CA-97059DD825EF.jpegQuel sont les écogestes les plus importants? Trier ses déchets, ne plus prendre l'avion, ne plus consommer de viande, favoriser la marche à pied? Ne respirer plus qu'une fois sur trois, renoncer à avoir un animal de compagnie, des enfants ?

    On voit fleurir, de différents bords politiques, des propositions visant, sans changer fondamentalement le système de production et de consommation à le verdir, ou plutôt, en l'individualisant, à rendre chacun.e plus responsable et donc coupable du salut ou non de la planète. Or si les écogestes sont importants, ils sont insuffisants. C'est le complexe industrialo-financier qui doit être attaqué. Ce n'est pas du salut de la planète dont il est question, mais du défi, à notre échelle, de continuer à faire société d'une manière durable; et de voir clair sur les entreprises d'enfumage du profit à tout prix qui arrive encore, par exemple, à vendre des voitures toujours plus grosses, toujours plus puissantes, et faire croire qu'elles sont toujours plus économes, ou laisser entendre que les inégalités de richesse sont innées, et que celles-ci peuvent continuer de s'accroître encore. 

    C'est d'un exercice de lucidité radical, et de travail politique sans concession que naîtront collectivement les décisions de fond allant au-delà des postures, ou d'une morale individuelle culpabilisante. 

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  • Pousse toi de mon trottoir que je pousse un sprint

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    femina_41_bootcamp_1_0.jpgCe matin un homme torse nu, petit short, s’étire devant la boulangerie où j’ai l’habitude de prendre mon premier café de la journée. Musclé, il fait ses étirements sur le trottoir, comme s’il était dans un parc ou au fitness. Peau bronzée, impeccable, les abdos bien découpés, un banc public fait office de barre d'appui pour ses exercices d'agrès. La patrouilleuse scolaire ne se laisse pas perturber et continue de lever son sémaphore: autre type d'exercice, afin de freiner les voitures pour laisser traverser les écolier.e.s en sécurité. Lui, imperturbable, fait son stretching sur les caissettes de journaux. Le matin orange est mort, vive l'étirement des mollets durcis...   

     

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  • Moins de prévention, plus de droits

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    bd5093f2-bb3f-425e-838d-0b8dd61c6a82.jpegEt ça recommence. Avec le printemps revient la enième campagne de prévention à l'adresse des cyclistes et des piéton.ne.s, pour leur communiquer les bonnes pratiques et les manières d'être bien visibles sur les routes et le long de celles-ci.[1]

    Encore une fois on blâme les victimes, et déresponsabilise les conducteurs à téléphone portable, à l'attention évanescente, au pied vissé sur le champignon. Pensez-donc : si des cyclistes et des piéton.ne.s meurent, c'est de leur faute, ils oublient parfois de mettre leur gilet jaune, pas parce qu'ils avancent en milieu hostile et dangereux prétend le BPA (Bureau de prévention des accidents). 

    Prévention, piège à con

    Le constat est alarmant. Entre 2013 et 2017 le nombre de cyclistes et piéton.ne.s blessé.e.s sur les routes suisses a augmenté de 15%. Le vélo est le seul secteur dans lequel le nombre de personnes tuées ou blessées lors d’accidents a augmenté depuis l’an 2000: plus de 27% ! Alors que celui des automobilistes blessés ou tués a diminué de 34%. De plus en plus de gens se tournent vers le vélo. Pourtant, la circulation est encore régie par et pour les automobilistes. Nous avons des décennies de retard en terme d'infrastructures. 

    Un docte membre du bpa nous rappelle que des éléments ont déjà été pris en compte au niveau des lois, avec l'adoption de via Secura et de mesures sur l'alcoolémie pour les conducteurs et qu'il faudrait maintenant prendre des mesures concernant la mobilité douce. Il veut nous faire croire que l'effort est symétrique, et que c'est au tour des usager.e.s de la mobilité douce de "faire leur part". 

    Cette benoîte campagne nationale espère donc sensibiliser la population aux dangers mortels de la route pour les plus fragiles, nous faisant croire qu'il suffit de ne pas porter des habits sombres et avoir une petite loupiote à la main sur son casque ou à la main pour être "en sécurité".

    Nous avons droit à la sempiternelle vidéo d'un policier goguenard qui à l'aide de la réalité virtuelle à un citoyen de se retrouver virtuellement écrasé par un camion afin de "voir ce que cela fait". Assurément, s'il avait porté deux bandelettes fluorescentes cela ne se serait pas passé ainsi. Cette bonhomie complice nous laisse sans voix alors que les pandores sont impassibles face à l'usage des téléphones portable au volant et passifs face au parking sauvage, sur les pistes cyclables par exemple.  

    2019 : changer de braquet

    On avait déjà eu droit, en 2017, à une campagne irresponsable de la SUVA qui attaquait les cyclistes, les rendant coupables de leur propre insécurité.[2] Aujourd'hui, c'est encore et toujours la même rengaine qui est servie: ce serait aux usager.e.s les plus fragiles, les plus exposé.e.s de la route de faire attention, de se prémunir avec quelques mesurettes pour sauver leur peau.

    Ce n'est pas en respectant les feux que vous ne vous ferez pas tuer, ni en marchant sur des passages piétons que vous éviterez d'être une crêpe (la probabilité est pratiquement identique de s'y faire shooter qu'en dehors[3]). Car si l'espace publique est à tout le monde, la route ne l'est pas, et les véhicules motorisés y règnent en maître depuis plus d'un siècle.

    Les mesurettes et les discours de prévention nous prennent radicalement pour des cons. Pourquoi ? 

    Parce que ce sont les conditions structurelles qu'il faut changer. Le code de la route censé "être le même pour toutes et tous" est un héritage historique à revisiter. Il n'est pas possible d'avoir les mêmes règles pour des usages aussi dissymétriques que la conduite d'un camion ou celle d'un vélo. Les conditions structurelles du partage de l'espace public doivent être changées.

    Nos villes et nos campagnes sont balafrées et dénaturées par les décennies du tout à la route au profit d'un mode de transport. C'est cette architecture anti-écologique et sociale qui fait planer un danger mortel, au point où les jeunes générations prennent moins le vélo qu'avant[4], et que les enfants ne peuvent aller à leur école seul.e.s en sécurité. 

    En ville, le danger est partout, de jour comme de nuit. On ne risque pas sa peau parce que l'on oublie son catadioptre. On est en danger dès que l'on met une roue sur le bitume ou longe un trottoir. Le coût financier et social de notre manque d'évolution en terme de mobilité est énorme. 

    Les villes de demain seront plus vertes, plus sûres et sans bagnoles.

    Hâtons le mouvement!

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes?

    En multipliant les pistes cyclables, en construisant des espaces protégés et distincts pour les divers usagers de la route,  en réduisant les vitesses, en adaptant le code de la route pour protéger efficacement toutes et tous les usager.e.s, enfin en réduisant, puis éliminant les voitures des villes, puis les routes.

    Comment faire de la bonne prévention pour diminuer le nombre de cyclistes et piéton.ne.s mutilé.e.s et assassiné.e.s sur nos routes? En prenant de vraies mesures structurelles pour limiter l'emprise des véhicules motorisé.e.s au coeur de nos villes.

    Sans ce changement fondamental, la prévention ne sera qu'un piège à con, ou une manière sinistre de se moquer des victimes. Un peu comme certains disent aux femmes qui se font violer qu'elles n'avaient qu'à pas mettre une jupe, on lance post mortem aux cyclistes écrasée,s, qu'ils n'avaient qu'à mettre leur gilet jaune.  

    Le 23 septembre dernier, le peuple Suisse a voté OUI à l'inscription du vélo dans la Constitution, donnant mandat aux autorités de revaloriser le trafic cycliste. Le vélo est désormais inscrit dans la Constitution et les pistes cyclables encouragées au même titre que les chemins pédestres. Il serait donc bon qu'il en soit pris acte du changement et qu'il y ait désormais moins de prévention mais plus de droits pour les usagères et usagers de la mobilités douce. 

    En attendant, nous continuerons donc de mettre casques, gants, gilets, lumières, et de serrer les dents, comme si nous allions en expédition ou à la guerre, de craindre pour nos enfants et nos aîné.e.s, alors que nous souhaitons simplement utiliser l'espace public, et que nous y avons droit.  

     

    [1] https://www.rts.ch/play/tv/lactu-en-video/video/pietons-en-danger?id=10303224

    [2]https://www.letemps.ch/opinions/cyclistes-campagne-irresponsable-suva

    [3]https://www.mobilitepietonne.ch/fileadmin/redaktion/publikationen_f/FB_2014_04_Fussgaengerunfaelle_f.pdf

    [4]https://www.rts.ch/info/suisse/9638243-enfants-et-adolescents-apprennent-de-moins-en-moins-a-faire-du-velo.html

     

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