sylvain thévoz

Genève - Page 2

  • Comment faire campagne avec le coronavirus ?

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    14088231730_55761a10cf_b.jpgIl faut s'approcher des gens en gardant ses distances. Cette invitation paradoxale n'est pas simple à tenir quand naturellement, en campagne, on est porté par le désir de convaincre, l'envie de partager, le souhait précisément de se rapprocher de l'autre pour s'en faire mieux connaître et développer ses idées. 

    On va pour serrer la main... on se reprend de justesse: pas de ça ! On va pour une bise... et demeure suspendu à mi-chemin. Il est intimé de ré-inventer la bonne distance. 

    Triste réflexe : on se lèche le pouce pour séparer deux flyers. Ce qui semblait  simple auparavant fait désormais office de repoussoir. Déjà que l'autre lorgnait d'un air suspect ce flyer ayant passé dans des mains inconnues... mais lécher un papier, c'est devenu immonde (criminel?). Un flyer ça pouvait encore passer, mais un flyer ensalivé ? - ENSALIVÉ? Jamais. Autant mourir. Faut plus lécher les tracts. Évidemment. 

     

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  • Des défis majeurs pour les villes

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    PROD_LV_AFFICHES PS-VERTS_F4-1.jpgLes villes sont l’échelon institutionnel le plus proche des habitant·e·s. Paradoxalement, elles ont peu de compétences décisionnelles, en particulier à Genève. Leur force et leur légitimité se trouvent dans l’action de proximité pour renforcer la cohésion sociale et l'inclusion de toutes les composantes de la population. Cet équilibre se concrétise également par un aménagement urbain respectueux du cadre de vie des gens.

    Aux défis de justice sociale s'ajoutent ceux générés par les dérèglements climatiques.

    Ses effets néfastes ont un fort impact sur les populations urbaines ; davantage encore sur les personnes défavorisées sur le plan socioéconomique.

    Les villes doivent préserver et consolider leurs compétences, leurs ressources et leur capacité de mobilisation et d’innovation pour faire face à ces enjeux. A elles également d’interpeller fortement les échelons insti- tutionnels supérieurs, ainsi que le secteur privé lorsque c’est pertinent.

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  • Le virus ou la vie ?

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    76c387532194999f5e7095cfdcc0f2fa.jpgAlors que le coronavirus a débarqué en Suisse et que la décision du Conseil fédéral d’interdire tout rassemblement de plus de 1'000 personnes, fait trembler l’économie et suscite un mouvement de peur diffus, il est important de garder la tête froide, appliquer et faire appliquer les consignes de sécurité. Mais il ne s'agit pas, comme des bandits de grand chemin de dire : "le virus ou la vie" et de paniquer dès qu'un-e voisin-e éternue dans son coude, ou renfile dans sa manche, mais bien d'inclure la possibilité du virus dans nos vies, et tirer rapidement les enseignements politiques de cette crise. 

     

     

     

     

     

     

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  • Sortir du panneau du sexisme

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    83362439_10157726909976826_1899120549859164160_n.jpgAvant l’intervention de la Ville de Genève, les panneaux qui représentaient des femmes étaient ceux relatifs aux poussettes dans les TPG ou aux mamans pour les rues piétonnes. La présence des femmes dans l’espace public était donc réduit à un rôle maternel. Bizarre que celles et ceux qui souhaitent avoir des panneaux ‘neutres’ et ‘universels’ ne s’en soient jamais plaints. Bizarre que celles et ceux qui hurlent quand on modifie des panneaux en argumentant sur le fait que le petit bonhomme à chapeau des années 50 serait universel, ne dénoncent pas le fait que le bouton pressoir des TPG ne l'est aucunement et ne le réclament pas. On pourrait en dire beaucoup sur la représentation de cette maman, au ventre plat, à la cambrure marquée. Encore une représentation du sexisme ordinaire. 

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  • Les arbres repoussent, pas la vie humaine

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    D63BC086-7C04-4CA0-B00D-422F13FA671A.jpegInterpellé par l'article de La Tribune de Genève annonçant le dépôt de deux pétitions, dont une pour s'opposer à la coupe d'arbres le long de la route de Pinchat, je suis allé voir sur place de quoi il retournait[1]. Première nouvelle, des panneaux indiquent la crainte de citoyen.ne.s que cette pétition empêche la concrétisation d’une piste cyclable qui résoudra une situation dangereuse pour les cyclistes. En voyant les voitures se croiser, carrosserie contre carrosserie, sans laisser de places aux cyclistes, tassant les vélos sur le bas côté,  on comprend vite la mortelle dangerosité du lieu. Est-il préférable d'abattre un arbre ou d'attendre qu'un.e cycliste se fasse écraser? Le lieu est mal éclairé. Dangereux, dangereux! On comprend immédiatement que des cyclistes montent aux barricades pour défendre la future piste cyclable. Ce lieu est un coup-gorge. Bien sûr, il ne faudrait pas avoir à choisir entre la vie d'un arbre et la vie d'un cycliste. Si vous étiez au conseil municipal de Carouge qui va en débattre ce jeudi soir : vous voteriez quoi ? La préservation de la vie d'un arbre ou celle d'un.e cycliste? 

     

     

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  • Panneaux signalétiques : merci madame la Maire !

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    La politique, ce sont des projets d’infrastructures, des mesures lourdes et des mesures symboliques. Le beau projet mené conjointement par la Ville de Genève et le Canton de modifier avec une belle économie de moyens les panneaux signalétiques pour les rendre à la diversité démontre que rien n'est figé n’est figé dans le formol, et que la politique peut changer très concrètement notre quotidien.

    Le symbole, et l'acte politique fort, dans cette action, c'est que le personnage lambda "neutre" du passage piéton n'est plus un monsieur à chapeau. C'est fini. La société a changé et celles et ceux qui n'avaient pas leur place ne peuvent plus être nié-e-s aujourd'hui. Les citoyen-ne-s de second rang et de longue date (femmes, enfants, aîné.e.s) effacé-e-s de la statuaire urbaine, gommé-e-s des nominations de rue, des commémorations officielles et historiques, refont désormais surface grâce à une volonté politique, celle de la maire de la Ville de Genève Sandrine Salerno. Voilà un joli geste qui aurait dû être unanimement salué. Pourtant, des réactions conservatrices, machistes, voire haineuses et dénigrantes se sont fait entendre. Mon Dieu on a touché à la statuaire. On a remis en cause, par une modeste action, ce qui semblait de tout temps figé dans le métal et bien cadré. 

     

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  • Le compte à rebours du 31 décembre

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    F06B4E5D-04E8-4B00-AEBA-70A1DCE368BB.jpegC'est un cycle plus immuable que le lever du soleil. Chaque année il revient, chaque fois similaire. Tout change peut-être. Notre monde s'accélère, se dématérialise disent certains, se numérise certes, mais il demeure un pieu bien solide fiché jusqu'au fond des cerveaux des spectateurs fussent-ils écervelés : le triptyque charité-rétrospective-strass et paillettes de fin d'année.  A chaque journal télévisé, la fabrique du bornage social est puissante. Les phases médiatiques de fin d'année:  plus prévisibles que les cycles des marées. 

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  • Mobilisation pour Julian Assange

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    Ce jeudi, sur la place des Nations, à Genève, les partis politiques de gauche et de nombreuses associations étaient réunis pour demander la libération immédiate de Julian Assange et sa conduite en lieu sûr, pour soutenir toutes les démarches possibles afin que la Suisse lui accorde l’asile politique.

    Le Conseiller aux Etats Carlo Sommaruga a été remercié pour les démarches entreprises à Berne afin de protéger la vie de Julian Assange. Toutefois, les démarches pour obtenir l’asile ou un visa humanitaire en Suisse sont complexes et très réglementées. Depuis 2012, plus aucune demande d’asile ne peut être déposée auprès des représentations diplomatiques suisses à l’étranger. Ce qui est regrettable. Des personnes perdent la vie aujourd’hui du fait de cette impossibilité de déposer des demandes d’asile depuis l’étranger. La Ville de Genève a également demandé au gouvernement suisse d’intervenir pour sauvegarder la vie et l’intégrité corporelle de Julian Assange, fondateur de Wikileaks.

     

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  • Les casseurs sont au parlement!

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    80361208_10157597195016826_3031445225265430528_n.jpgLes député.e.s étaient réuni.e.s au Grand Conseil pour le vote du budget. La droite cantonale a procédé alors au massacre de Noël en biffant 412 postes du budget 2020 de l'Etat de Genève (des postes d'enseignant.e.s, au service de la protection de l'adulte, au service de la protection des mineurs, etc.,); cassant violemment l'équilibre social. Un collègue partageait alors avec moi la photo prise lors de l'inauguration officielle du Leman Express ce jeudi 12 décembre. Et que montrait cette terrible photo? un tag! Sur le nouveau train ! Blasphème.

    Avec un brin d'humour, et un clin d'oeil décalé rendant hommage à l'acte créatif et politique d'appropriation d'une rame de train flambant neuve par des adeptes de peinture, je soulignais brièvement le caractère subversif et créatif de ce trait sur un réseau social. Pour rappel, la culture du graff est une culture non-violente, et avant tout un mode d'expression. Les graffitis existent depuis des époques reculées, certains exemples remontent à la Grèce antique et à l'Empire romain. Le graffiti est aussi une forme d'art graphique. Certains le trouvent beau et esthétique, d'autres y voient du vandalisme. Au moment où les officiels étaient réunis autour du Léman Express, ce graffiti ramenait sur le devant de la scène ceux qui n'y étaient pas été conviés, ceux qui, au milieu des délais et budgets respectés, avaient réussi à glisser un trait décalé. Il y avait dans cet acte aussi quelque chose de fort Pas de quoi casser trois pattes à un canard?    

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  • Sion-Servette: mettons le racisme hors-jeu!

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    73056627_10157449749036826_4998682663653998592_n.jpgSortez vos bâtons les rats sont de sortie. Voilà le message affligeant répandu en Ville de Sion avant le derby Sion-Servette de ce samedi 26 octobre. Voilà ce que peuvent produire de plus ineptes des petites affichettes A4 sorties d’une imprimante et de tous petits cerveaux. D’autres messages rappellent aussi l’heure du match et l'accompagnent d’impératifs brusques comme « honore ta ville » une phraséologie bas de plafond et dangereusement haineuse.  

     

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  • Es-tu vraiment au coeur de ta vie?

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    0AE69D4C-068F-4111-A987-D4BD4956E161.jpegCela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu. D'habitude il se tenait devant le supermarché du coin, jouant de la flûte, demandant une pièce. Puis il avait disparu. Ce dimanche matin, il était de retour, devant le supermarché fermé, dans une rue déserte, jouant de son instrument, pendant que de timides lumières s'allumaient aux fenêtres. Les petits-déjeuners se préparaient, les enfants se réveillaient. Je me suis arrêté pour l'écouter et lui parler. Il m'a raconté sa vie. Il n'était pas d'ici. Il m'a dit : "Es-tu vraiment au coeur de ta vie?" 
     
     

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  • Lettre d'amour à un.e candidat.e

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    metro-bonde-a-chatelet.jpgCher.e candidat.e

    Les élections sont au système démocratique ce que la déclaration est à l'amour. Un passage obligé et chargé d'émotions. Un moment clé, où la connexion intime est confirmée, ou une gênante fin de non-recevoir murmurée.

    Quand tu t'es porté.e candidat.e, tu n'aurais jamais imaginé combien cet amour pouvait être exigeant. Passage obligé, les plateaux télé ou radio, les émissions de plus ou moins bonne qualité, où tu dois parfois te faire violence pour répondre aux questions. Ces dernières vont du quizz indigeste (date de naissance d'un illustre inconnu du 18e aux dernières lois votées à Berne) à des développements qui n'ont rien à envier à de véritables thèses de doctorat. Toi, tu dois être prêt.e à tout. Tu dois répondre de tout. 

    Insidieusement, tu t'es transformé en toutou savant.e, en encyclopédie sur patte. On attend de toi au minimum une forme de science infuse; on ne te pardonnera pas de manquer de sympathie et de sourire ou de charisme. Et cela 24 sur 24, à l'aube comme au bout de la nuit. 

    Tu connais par coeur maintenant le sadisme galant de ceux qui veulent te prendre en défaut, te glissent avec délectation des peaux de banane sous tes pas. Heureusement, il y a les autres, celles et ceux pour qui tu te bouges et qui ont besoin de changement, attendent de vraies réponses pour leur vie quotidienne, ont des besoins criants et cherchent des partenaires fiables pour y répondre : toi. 

    Tu devrais tout savoir. Et si tu ne sais pas, nous faire croire que tu sais? C'est vrai, on n'aime pas rester sans réponse et si possible immédiate, dans notre société. Mais surtout, on te désire sincère. C'est la base de l'amour non? La séduction n'a qu'un temps, et est souvent un leurre. 

    Les invitations, innombrables, pleuvent. Elles vont d'une fête de quartier aux cercles les plus restreints d'entrepreneurs ou d'artistes. Dans ton sac maintenant, toujours deux jeux de vêtements, au minimum. Ainsi, en une journée, tu peux traverser plusieurs mondes. Toujours, tu dois correspondre aux codes des milieux que tu traverses. Gare au faux-pas. Quand il pleut, te déplacer d'un lieu à l'autre tout en restant impeccable. Quand il fait chaud, ne plus transpirer sous les aisselles. Tu n'aurais pas imaginé que notre société était composé de tant de différences. Si l'élu.e est du peuple, il doit montrer des talents d'homme ou de femmes orchestre que peu possèdent. 

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  • Grève des femmes* et féministes à Genève : combien étaient-elles ?

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    storybundle.jpgCe vendredi 14 juin, jour national de grève des femmes* et féministe, une foule immense, que l’on n’avait jamais vue de mémoire de Genevois-es, s’est réunie sur la plaine de Plainpalais pour exiger la fin des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail, l’établissement de rentes qui permettent de vivre dignement.

    Cette foule immense et résolue de femmes* habillées en violet regroupant plusieurs générations, demandait que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé, de même que la charge mentale, afin que que le travail éducatif et de soins soit une préoccupation collective. Cette mobilisation impressionnante, s'est levée dans toutes les villes et les campagnes de Suisse ainsi qu'à Genève. Elle exigeait, ce 14 juin, d'une même voix, la fin des violences sexistes et sexuelles ainsi que la fin de toute forme de discrimination basée sur le sexe. L’intensité émotionnelle ce 14 juin était dingue, le moment historique. Combien étaient-elles ? 

     

     

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  • Urgence démocratique

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    11E39E96-A101-488C-A2D8-896D6933F74E.JPGFranchement, cette votation du 19 mai était déjà bien compliquée. Les électrices et électeurs s'étaient déjà faits assommer par une brochure explicative longue comme le bras. Ils devaient ensuite, estourbis, chercher dans une deuxième enveloppe leur parvenant en décalé, leur matériel de vote. Déjà la participation plafonnait à une poignée de pourcents (18% à J-10). On se demandait qui allait vraiment voter au final. C’est alors qu'éclatait une bombe : l'annonce de possibles manipulations de matériel de vote au service des élections et votations et ce durant des années, pouvant potentiellement avoir faussé, biaisé des résultats, et déjà entaché les votations du 19 mai. 

    Avant la bombe déjà, cela demandait beaucoup d'abnégation pour voter; un certain nombre de compétences pour comprendre les enjeux, se sentir certain de son choix ou à tout le moins suffisamment serein pour le lâcher, s'en remettre aux mots d'ordre des partis, aux recommandations d’un tel ou une telle. Après la bombe, instantanément, la certitude que sa voix allait porter ne semblait plus garantie. Sentiment de trahison. La bonhomme certitude de la fiabilité du processus volait en éclat. A tel point qu’il faille s’interroger froidement aujourd’hui sur qui ira au bout du processus en allant voter. A cette question, le peuple devrait donner une réponse forte: mobilisation! 

     

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  • Pousse toi de mon trottoir que je pousse un sprint

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    femina_41_bootcamp_1_0.jpgCe matin un homme torse nu, petit short, s’étire devant la boulangerie où j’ai l’habitude de prendre mon premier café de la journée. Musclé, il fait ses étirements sur le trottoir, comme s’il était dans un parc ou au fitness. Peau bronzée, impeccable, les abdos bien découpés, un banc public fait office de barre d'appui pour ses exercices d'agrès. La patrouilleuse scolaire ne se laisse pas perturber et continue de lever son sémaphore: autre type d'exercice, afin de freiner les voitures pour laisser traverser les écolier.e.s en sécurité. Lui, imperturbable, fait son stretching sur les caissettes de journaux. Le matin orange est mort, vive l'étirement des mollets durcis...   

     

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  • Anachronisme chronophage

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    7A35D62C-2FDE-41A7-8CE8-B82EAAD887B7.jpegAnachronisme chronophage c'est un peu barbare comme énoncé, mais je trouve que ça résume bien le fait qu'il y a des survivances du passé qui aujourd'hui nous empêchent d'être dans le présent.

    Je m'explique : Devant un hôtel 5 étoiles du quai des Bergues, sous les enseignes rutilantes des marques de luxe, des bolides de luxe sont alignés. Des modèles rares sûrement, qui se manoeuvrent avec précaution, s’emboîtant les uns dans les autres pour former une lignée tape à l’œil. 

    Est-ce remarquable ? En tous les cas, cela attire l’attention. En face de ce mur de rétroviseurs stylés, de carénages empâtés, de jeunes hommes prennent des photos, immortalisent un monde en train de mourir, se prenant eux-mêmes en photo devant ces cercueils de métal rendus sexy par des peintures affriolantes. . 

    Ces jeunes hommes s’approchent des modèles comme s’il s’agissait d’un Saint-Graal ou de totems anthropologiques à vénérer. Mais on dirait plutôt des reliques d'un monde défait. Sorte de mausolées ou de cénotaphe, monument funéraire sans corps, sans vie, sans avenir. On se rappelle alors que le quai des Bergues devait être piéton des ponts de l’Ile à l’hôtel des Bergues, et que devant l’hôtel de luxe devait se trouver une zone piétonne. Dans les faits, cet espace sert de fait de parking de luxe offrant l’image la plus vulgaire, à contre-courant de l’histoire et caricaturale que l’on puisse imaginer. On en vient vite au constat de la quantité de vie que prennent ces bolides. Vie des rues, vie des routes, place des places piétonnes. Empiétement et envahissement.   

      

    Mausolée de l'auto

    Ce culte des bagnoles de luxe doit avoir lieu en lien avec une grande messe quelconque. C’est évidemment le traditionnel salon de l’auto qui s’annonce. Ce défilé de bagnoles est aussi vulgaire et anachronique qu’un « ballet aérien » (nom poétique pour dire « vol d'avions en escadron » ou un concours de jet ski.

    Ces occupations du XXe siècle, définitivement ringardes, polluantes, traces historiques d’une période de l’histoire où l’humain pouvait pétarader comme un cochon dans la nature, et avec jubilation s’envoyer en l’air avec son petit avion ou sa grosse bagnole en se pensant le roi du monde et définitivement seul dans celui-ci.

    Ces occupations désuètes devraient être remisées aux expositions du musée d’ethnographie. On pourrait les documenter, en retracer l’histoire, cela aurait des vertus éducationnelles pour les prochaines générations. Pas sûr que cela les fasse rire. Peut-être pleurer. Mais les déployer encore pour en faire des événements publics, en 2019 ? Démontons ces voitures et gardons un rétroviseur pour le musée d'art et d'histoire ou une boîte d'embrayage pour le MEG. Et basta. 

    Dans cet alignement pornographique de bolides de luxe devant un hôtel de luxe, tout y est d’un monde qui s’écroule. Les inégalités sociales jaillissent d’abord, dans ce que les jantes rutilantes laissent voir des employés qui les astiquent, l’étalement vulgaire du luxe, et le cannibalisme visuel de téléphones qui sont exhibés pour prendre en photo des machines pétaradantes et suintantes d'arrogance.   

    La manchette du Temps de ce mardi 5 mars : « La terre est-elle à son point de rupture ?», fait réfléchir. Et si c’était notre cerveau qui était au point de fusion ?

    Anachronisme chronophage c'est un peu barbare comme titre. Je voulais dire que les reliquats d'hier non seulement maltraitent notre présent mais mettent en péril notre futur. Et que si nous voulions commencer à vivre maintenant comme demain, il faudrait se débarrasser rapidement de certaines de ces habitudes archaïques. 

    Mais peut-être devrais-je changer le titre de ce billet. Anachronisme chronophage, ça traîne en longueur.

    Et du temps, nous n'en avons plus beaucoup. 

     

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  • Nos tilleuls sont-ils chinois ?

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    C'est un joli parc de la Ville. Un panneau y annonce que la municipalité va y replanter 7 tilleuls, afin de restaurer le double alignement du parc régulier du XVIIIe siècle. Cela permettra d’accélérer la perspective menant au cœur bâti du domaine.

     

    Ce matin-là, un gros camion aux plaques hollandaises occupe l’espace et des hommes en déchargent des arbres. Renseignements pris, auprès de l’un d’eux, les tilleuls viennent bien de Hollande (parfois seul le camion l’est, car après avoir livré en Espagne il peut remonter à vide et charger en France ou en Italie, ou alors en revenant de Pologne, ajouter du matériel en Suisse-allemande). L’homme à casquette est catégorique. Le chargement vient bien des Pays-Bas... ce qui ne veut toutefois pas encore dire que les arbres aient poussés là-bas. Peut-être viennent-ils d’abord en bateau de plus loin sourit-il, goguenard, en se moquant un peu de moi, et de nous tous finalement, montrant par son ironie, le côté illimité et dément de ces déplacements forcés et des origines masquées. Seraient-ce des tilleuls chinois ? 

     

    Bien sûr, je lui demande pourquoi les arbres ne sont pas indigènes. On ne sait plus planter des tilleuls ici ? Je repense à l’homme qui plantait des arbres, ce livre de jean Giono, qui décrit le geste simple d'un homme qui plante en une terre déserte des glands pour y faire pousser des chênes et qui, par sa générosité, repeuple entièrement une terre déserte. Je me souviens bien de la figure de ce berger, qui examinait attentivement ses glands, les choisissant soigneusement. Une phrase m'est restée : La société de cet homme donnait la paix. La terre appartenait-elle au berger? Non. Elle n'était à personne. Mais il plantait ses arbres dans la solitude et le silence, pour servir la vie, il en planta des centaines, puis des milliers, qui devinrent des dizaines de milliers.[1]

     

    Désert urbain

    Pourquoi ici, dans nos déserts urbains, réglementés, faut-il maintenant, pour les décorer, faire rouler des arbres sur des milliers de kilomètres avec une dépense de pétrole et de caoutchouc brûlé, depuis l’autre bout de l’Europe ? Pourquoi faut-il ici, avant de les mettre en terre, comme on dépote une plante pour la mettre dans un autre contenant, y ajouter force tourbe et terreuses boissons énergétiques, stimulus dopants, pour que le flétrissement de la transplantation ne survienne, que la greffe tienne? Pourquoi faut-il compter sur ses doigts le nombre d'arbres plantés, comme s'il s'agissait de pierres précieuses. Quand les bagnoles s'entassent les unes sur les autres?

    Parfois la greffe prend. Parfois elle ne prend pas. L'arbre meurt. Mais il n'était finalement peut-être jamais né. On ne transplante pas les arbres et les être comme on déplace des choses. On ne plante pas 7 arbres, chichement, sur l'espace que le béton ne nous a pas encore volé, comme on refait un trottoir, en veillant simplement à ce qu'il soit à niveau, en respectant les espacements prescrits. 

      

    Une société qui ne plante plus d'arbres a-t-elle encore un avenir ? 

    Si un arbre tombe, on ne veut plus voir le trou, ni prendre le temps de voir pousser une graine, une tige, puis des branches, avec tous les risques d’échec, de fragilité, que cela comporte. Non. Nous voulons un arbre, direct. 

    Il nous faut un arbre déjà tout fait que l’on puisse planter en terre. S'il était en plastique, à la limite, ça irait aussi. Le remplacement immédiat, comme si de rien n’était.  D'un claquement de doigt. Parce que le temps, c'est de l'argent. Ce serait donc lui qui imprimerait la mesure de toute chose? Parce que nous ne serions plus capables de voir pousser les plantes, les êtres, se développer les choses dans la durée, à leur rythmes? 

     

    Pourquoi ne plus planter d'arbres depuis la graine?

    Peut-être, parce que cela coûte trop cher, parce que les pépiniéristes n’ont plus le temps de passer de la graine à l’arbre. Mais si c'est trop coûteux d'attendre ne devient-il pas pareillement coûteux de vivre? Si nous sommes dans une société qui ne peut plus attendre de voir pousser les arbres, comment imaginer qu'elle puisse avoir le temps d'attendre sa fin sans la précipiter, et de vivre et mourir selon les cycles et les rythmes de la nature, pas ceux du marché.  

     Promenons-nous dans les bois... avant que plus rien n'y soit 

    Je me demande si une société qui ne prend plus le temps de planter et voir pousser des arbres, peut prétendre durer encore. Alors quand je passe maintenant devant ces 7 nouveaux tilleuls du joli parc de la ville, je les regarde avec un mélange de joie et de tristesse.

    Ils me font penser à des survivants ou à des malades luttant pour leur survie, sans que l'on sache bien de quel côté de la vie ils vont basculer, ni comment on peut les aider. Un peu comme nous. Nous sommes à leur image.

    Par sauvage semis de graines, déposé dans ce parc, je m'efforce de les multiplier maintenant...   

     

     

    [1] https://www.youtube.com/watch?v=n5RmEWp-Lsk&t=929s

     

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  • Test : Es-tu plutôt... ?

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    test,politique,social.Voilà un petit test à faire en famille ou avec soi-même le soir en s'endormant, avec ses ami.e.s, parce que l'on croit toujours les connaître, et l'on est parfois surpris quand on creuse un peu de leur position politique ou sociale, et parfois on se dit : mince, j'aurai jamais pensé ça.

    On peut même imaginer le faire avec ses adversaires, ça permet aussi d'être surpris et malgré tout de se découvrir quelques points communs, ce qui est, c'est clair, parfois troublant. Il faut être prêt aussi à découvrir que l'on a parfois plus de points communs avec des adversaires que ses ami.e.s; que l'humour peut être l'apanage de gens que l'on combat, et certains alliés emmerdants comme la pluie.

    Bref. Ce petit test du "es-tu plutôt" permet de sonder la profondeur de ses options politiques. Enfin, on s'entend, le monde étant ce qu'il est, il nous invite modestement à se positionner pour le moins mauvais choix personnel possible, ce fameux "choix du moins pire" qui, s'il n'est pas sexy et ne nous fait pas dresser les poils sur les bras et les gambettes, s'il rend parfois maussade et chafouins mes collègues allumant des cierges pour le grand soir, espérant que Santo subito, la révolution viendra nous doucher du jour au lendemain comme une évidence subite, ce petit test un brin ludique (j'espère), permet à tout le moins d'envisager le choix possible évitant peut-être, une décrépitude accélérée pour continuer à lutter pied à pied, millimètres par millimètres pour un monde meilleur ou moins pire, ce qui revient au même : pour que ça rigole un peu plutôt que ça ne dégringole. 

    Ok, le test est un peu biaisé. Et binaire. Et ironique. Bien vu.

    Une amie, un peu sadiquement testait toujours ses copines avec une question qui était invariablement la suivante : préférerais-tu coucher avec Bachar Al-Assad ou Poutine. Le "choix" n'est pas ragoûtant. C'est vrai. Ce sont les mains sales de Sartre. Cela évoque, enfant, le choix de finir ses épinards maintenant ou tout de suite. Parfois la vie veut ça. On a pas toujours le choix. Tu votes ou tu votes pas? Ou le choix est limité. Ou ce qui nous est proposé dans l'assiette est d'une hypocrisie sans fin. Alors changeons l'assiette, le menu. Retournons la table! 

     

    Attention ce test prend 5mn... et ne changera pas le monde. 

     

    Es-tu plutôt:

    gilet jaune ou gueule de bois  ?

    extinction des insectes ou survie des petits commerces

    Emmanuel Macron ou Alexandre Benalla 

    pour le mur de Trump ou celui de Netanyahou 

    champ de mine ou champ de blé ?

     

     

    Es-tu plutôt :  

    aux abonnés absents ou sur liste d'attente

    recyclage du papier ou sauvegarde de données sur le cloud

    méditation sur la rade ou traversée du désert

    démission de Maudet ou apparition de la sainte vierge

    moi d'abord ou après moi le déluge ?

     

    Es-tu plutôt:

    taxe sur le kérozène ou impôt sur le capital

    justice partout ou police nulle part

    toblerone halal ou coca-cola sans viande

    égalité salariale ou interdiction du voile 

    pour des élections anticipées ou un renvoi aux calendes grecques?

     

    Merci pour ta participation. Il ne te sera envoyé aucun fatras commercial, aucune tentative d'accroche, aucun produit d'appel.

    S'il y a peut-être une source d'espoir dans tout ça, c'est la volonté de se bouger avant d'être placé dans l'étau des non-choix; les impasses, fusil sur la temps. La montre tourne contre nous. L'urgence climatique est une urgence de la mobilisation; l'urgence sociale, une volonté de renversement.  

    Préfères-tu crever comme un dinosaure ou comme à Hiroshima... n'étant pas une question que l'on souhaite poser un jour à ses enfants, après avoir regardé une dernière fois le téléjournal. 

     

    Es-tu plutôt test individuel ou engagement collectif? 

     

     

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    Photo : Fredrik Raddum

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  • Déclaration d’amour aux partis politiques (et à celles et ceux qui les font vivre)

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    Il semble fort à la mode d’argumenter contre les partis politiques. Ces derniers seraient lourds, peu agiles, abritant avant toute chose des sommes d’égoïsmes ou d’ambitions avides. Selon certain.e.s, pour que notre démocratie fonctionne mieux, on devrait s’en affranchir.

    On voit donc pousser ici et là des mouvements éphémères (Genève en marche) ou à visées communicationnelles principalement (Opération Libero), sur le modèle des start-up ou des meubles Ikea, laissant entendre que les partis c’est dépassé et que l’improvisation spontanéiste serait tendance.

    Face aux dinosaures de la politique il serait venu le temps des petites bêtes mutantes. Comme dans un Fablab ou un projet à la cool, voire une publicité hype, la politique se ferait en souriant dans un style très décontracté, en lissant son image, à défaut de présenter des arguments, sans se coltiner des sujets rébarbatifs comme la CPEG, RIE3, ou la RFFA, la question technique des bilatérales. Seulement voilà, l’opportunisme décomplexé s’enfilant sur des sujets porteurs en évitant de se casser les dents sur des thèmes complexes, s’il permet éventuellement de secouer des manières traditionnelles de vivre notre politique passe souvent à côté de la défense du bien commun. Il n’est que voir les dérives des mouvements comme En marche en France ou 5 étoiles en Italie pour constater le peu de consistance des mouvements champignons ou construits à la hâte autour de leaders auto-proclamés.

     

    Le bien commune ou l'auto-promotion?

    La politique est bien moins rigolote et sexy qu’il n’y paraît, y durer est un défi. C’est rêche, c’est rude, à l’image du quotidien : une lutte. Celles et ceux qui en doutent n’auront qu’à consulter, par exemple, le menu des votations du 19 mai prochain (ci-joint). Ils seront ainsi assurés, si celui du 10 février leur semblait consistant, de la dimension massive de cette échéance, nécessitant un important travail de mastication ne permettant guère aux opportunismes politiques de s’y glisser. Ce sont pourtant des enjeux cardinaux pour notre collectivité. Quelle serait la qualité du débat publique, la profondeur de notre démocratie, si les partis n'étaient pas là pour les empoigner et les décrypter ?  

    Travail de fond ou shopping list ? 

    La technicité des débats, la complexité des enjeux, leur caractère parfois contradictoire rend ardu le fait de les traiter sans les ressources organisationnelle et les compétences pour le faire (assistant.e.s parlementaires, secrétariats, élu.e.s).

    En cela, l’existence des partis est fondamentale. Ils sont au cœur de notre démocratie semi-directe et représentative. Indiquant des lignes, a minima des repères; offrant lors des votations, à la simple lecture du fascicule de vote, des consignes et des balises pour s’y retrouver.

    Disposer de partis dotés d’une histoire, d’un héritage et qui, votation après votation, sur tous les sujets, posent leur appréciation, demeure un bienfait collectif inestimable. De nombreuses personnes, dans la rue, disent se fier à un parti pour faire leur choix, et votent finalement en confiance en fonction de l’appréciation de telle ou telle couleur politique. L’appartenance et la reconnaissance d’une expertise alliée à des éléments affectifs oriente et assure les choix.

    Sans ce travail de défrichage, à l’ère des nouvelles mensongères, des manipulations de meute des réseaux sociaux et des invasions barbares des trolls numériques, les votes risqueraient d’être toujours plus aléatoires et l’abstentionnisme toujours plus fort. La complexité des sujets, le manque de temps ou l’indécision rendent les arbitrages et prise de position délicates. Au niveau des référendums et des initiatives également, combien passeraient la rampe sans l’appui des partis ou si eux-mêmes n’en lançaient plus ?

    Les partis : des valeurs sûres

    Les partis sont le socle de notre démocratie. Qu’ils doivent être sans cesse investis, rénovés, réinventés, c’est évident. Qu’ils se fassent chambrer par des mouvements qui aimeraient que cela aille plus vite, ou désirant se faire bien voir sur leur dos, en obtenant les bénéfices médiatiques immédiats sans le coût du travail parlementaire, c’est de bonne guerre. Mais imaginer se passer des partis, cela serait périlleux. Des partis faibles, c'est notre démocratie affaiblie.  

    L’enjeu fondamental donc, plutôt que de chanter l’illusoire ou la périlleuse fin des partis, est de les investir toujours davantage pour en faire des outils au service du bien commun et non des egos de quelque un.e.s ; de renforcer  le poids collectif de ces derniers pour utiliser au maximum leurs ressources et leur expertise politique au cœur même des lieux décisionnels. Et pour les partis eux-mêmes : augmenter leur niveau attractif et qualitatif dans les débats sociétaux.  

    Renouveler l'existant plutôt que vendre du neuf en produisant du toc

    Plutôt que prétendre vouloir réinventer la roue, il est surtout important de continuer à la faire rouler dans le sens du bien commun. Pour cela, investir les partis me semble fondamental. Renforcer leurs collectifs, réaffirmer que ce sont des assemblages extraordinaires, des carrefours complexes de ressources, de compétences et de potentiels.  

    Notre démocratie a besoin de partis davantage investis. Ce serait une grave erreur de laisser le nihilisme ou l’acidité des espérances déçues, le spontanéisme communicationnel recouvrir le travail de fond et la résilience qui sont leur marque de fabrique. 

     

    Les partis politiques sont comme l’amour : au-delà du coup de foudre éphémère ou du flirt, ils impliquent un investissement dans la durée, dans la joie et dans la douleur. Ils sont une formidable école de vie où apprendre à perdre (échouer, échouer encore, recommencer échouer mieux, disait Beckett), où savoir gagner sans triompher, l'emporter sans humilier. Dans l'intérêt commun, toujours.  

    Sans retenue, je déclare ma flamme à celles et ceux qui, jour après jour, d'une manière parfois anonyme, souvent désintéressée, font vivre ces entités humaines, et par leur engagement, animent et renforcent notre incroyable mais pourtant si fragile démocratie. 

     

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  • La dent, ce coeur de l'être humain

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    IMG_6950 (2).jpgLe 10 février, les Genevois.e.s sont appelé.e.s à voter l’initiative populaire 160 : "Pour le remboursement des soins dentaires." Cette initiative garantit un accès équitable à des soins médicaux essentiels : les soins dentaires. Il est important de la soutenir.  

    La langue française regorge d'expression avec le mot dents dedans, illustrant le fait que celles-ci sont bien au coeur de nos vies. Ne dit-on pas : mentir comme un arracheur de dents, avoir une dent contre quelqu'un, avoir la dent dure, avoir la (ou les) dents; se mettre quelque chose sous la dent, avoir les dents longues, être sur les dents, parler entre ses dents, se casser les dents, serrer les dents, être armé jusqu'aux dents ?  

    Pourtant, aujourd'hui, le système de l’assurance-santé ne couvre pas les soins dentaires. C’est une aberration totale qu’une partie du corps humain ne soit pas comprise dans le système de l’assurance-maladie. L’initiative populaire « Pour le remboursement des soins dentaires » part du constat de la mauvaise santé dentaire chez certain.e.s Genevois.es et souhaite améliorer cet situation du point de vue de la santé publique.

    Une grande majorité de personnes, notamment dans la classe moyenne, n’ont en effet pas les moyens d’aller chez le dentiste, ou repoussent toujours à plus tard les soins pour des questions financière. Ils délaissent leur santé pour des raisons financières, ne pouvant se payer des soins dentaires élevés, ce qui aggrave à terme les problèmes. Les dents sont évidemment un enjeu de santé publique, mais aussi un problème social important. La profession de dentiste n’étant pas conventionnée, les tarifs des dentistes ne sont pas régulés. Pourquoi une profession échappe-t-elle ainsi à une réglementation et à un contrôle ? Il est pourtant urgent de limiter les tarifs et d’encadrer les pratiques des dentistes. Genève ne dispose actuellement pas de catalogue et fonctionne de façon archaïque puisque les médecins-conseils décident sur des bases floues. Ceci aussi afin d'éviter le tourisme médical et que des Genevois.e.s doivent aller se faire soigner à l'étranger. Cela est un signe de dysfonctionnement et n'est pas optimal pour notre économie locale.  

    Une assurance de l’Etat permettrait dès lors de fixer un tarif maximal pour chaque prestation. Et si les dentistes dépassaient ces tarifs, ils ne seraient pas remboursés. Ce modèle permettrait de responsabiliser les médecins en termes de résultats de santé et de charges financières, afin d’éviter une tarification à l’acte plutôt que sur l’ensemble d’un traitement.

    Tout au long de la vie, les soins dentaires sont estimés à 40’000 ou 50’000.- par personne. L’élément déterminant est donc de savoir comment ces coûts doivent être répartis. Bien sûr, la prévention et la responsabilité individuelle jouent un rôle, mais tout axer sur la prévention est insuffisant. Une excellente hygiène buccale n’empêchera jamais totalement les maladies. L'assurance dentaire serait financée de manière similaire à l’AVS ou à l’assurance maternité: paritairement entre l’employeur et l’employé et en complément par l’Etat. La cotisation salariale ne dépasserait pas 1% du salaire. 

    Pour rappel, le 4 mars 2018, le canton de Vaud a certes refusé une initiative demandant le remboursement des soins dentaires par 57%. Mais, fait remarquable, les villes de Lausanne et de Renens l’ont acceptée, ce qui montre bien que la possibilité existe, à Genève, de faire passer cette initiative progressiste. L’assurance est un système digne mutualisant les coûts et permettant de faire une promotion active de la santé publique.

    Certaines personnes en situation de précarité ne peuvent se permettre de payer des soins dentaires et y renoncent, même si elles ne fréquentent pas pour autant les services sociaux, étant situées dans la classe juste au-dessus de celle ouvrant les droits à l’aide sociale. Pour les personnes âgées, la prévention n’a que peu d’impact. Ce public aîné et économiquement fragilisé ne se voit proposer aucune piste d’amélioration ou de prise en charge. Trop de personnes âgées ne s'occupent plus de leurs dents en raison des coûts. Cela n'est pas acceptable. 

    Il est important de permettre à celles et  ceux qui ont des problèmes dentaires, quels que soient leurs trajectoires de vie, leurs revenus, leur génétique d’être soignés et bien soignés. 

    Croquons donc à pleines dents dans cette initiative, mordons dans la vie, et votons OUI à des soins dentaires pour toutes et tous sans se ruiner ! 

     

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