sylvain thévoz

Police et santé font-elles bon ménage?

Imprimer

58E16F76-5BD8-4EBA-BE5A-BBD665025CE6.jpegAlors que certain-e-s entament leur troisième mois sans salaires, la réponse médico-policière de l'État qui annonce un déconfinement graduel musclé et peu clair, fait craindre l'accentuation des injustices sociale. En menaçant d'amende celles et ceux qui ne se plieront pas aux injonctions d'isolement, l'État montre le bâton (article de la TDG du 30 avril titré « le médecin cantonal appelle à la prudence », où les mots recommander et contraindre sont employés comme synonyme). Cela risque surtout de conduire certain-e-s à jouer avec leur santé (et celles des autres) en n’allant par exemple pas se faire tester de crainte de se voir isolé et perdre ainsi tout revenu. Quels mécanismes de soutien l’État a pensé développer pour les personnes qui se mettront en quarantaine ?

 

Toute personne doit désormais, selon le médecin cantonal, aller se faire tester rapidement si elle présente des symptômes. On oublie pas qu’il y a quelques semaines les services de Monsieur Poggia étaient incapables de fournir des tests en suffisance. Ils veulent maintenant forcer les gens à se faire tester. Que se passera-t-il si la personne n’y va pas ?


Pour chaque cas positif une « enquête d’entourage est désormais réalisée. Que se passera-t-il si la personne malade ne souhaite pas communiquer les noms de personnes avec lesquelles elle a eu un contact de plus d’un quart d’heure à moins de deux mètres de distance ? Monsieur Poggia dirige la santé et la police n’est-il pas en train de confondre les deux?

Ces personnes, selon le médecin cantonal, seront d’office mises en quarantaine. Et pourquoi pas en prison pendant qu’on y est. On va les séparer de leur famille? 


Le médecin cantonal va plus loin: le malade sera isolé et les personnes avec qui ce dernier a eu un contact seront  priées de rester confinés chez eux durant dix jours au mininum.

Sauf qu’il s’agit d’un ordre et non d’une recommandation. Une amende de 5000.- peut être infligée en cas de non-respect de ces consignes. Quelles sont les bases légales sur lesquelles le Conseil d’État s’appuie pour contraindre à ce point chacun-e et menacer encore plus des citoyen-ne-s frappé-e-s par la crise. Menacer des malades... on ne vous dit pas bravo Monsieur Poggia. 

Le médecin cantonal annonce également que des contrôles téléphoniques auront lieu pour s’assurer que les gens seront  bien chez eux. Mais qui fera ces contrôles ? Qu’en est-il du consentement et du secret médical dans ce cadre-là ?


Il existe un risque que des personnes n’aillent tout simplement pas se faire tester ou cachent leurs symptômes du fait des menaces d’isolement forcés et d’amendes salées alors que pour certaines voilà déjà 2 mois qu’elles ne perçoivent aucun salaire.

On aurait plutôt souhaité des incitatifs positifs de la part de Monsieur Poggia afin que les gens prennent soin de leur santé plutôt que de recevoir des menaces propres à soulever l’anxiété et des conduites dangereuse pour leur santé et celle des autres.

Soigner par la menace ne mérite aucun applaudissement et entache la gestion de crise du Conseil d’État qui devrait chercher l’adhesion plutôt que la répulsion. 

Santé et police ne font pas bon ménage.
.

Lien permanent Catégories : Genève, Humeur 7 commentaires

Commentaires

  • Incitations positives ? Soyez clair, un exemple, une place au ciné?
    Au lieu de faire de la petite politique et critiquer, donner votre façon de voir afin de contenir l'épidémie. Si pour vous la quarantaine est superflu, je suppose que votre grande connaissance des virus sera utiles à Genève.

    Lorsqu'il s'agit d'une épidémie, il n'y a pas de solutions magiques, il y a des règles à établir temporairement. Donner ses coordonnées pour aller au resto, c'est aller trop loin, mais il faut se rappeler que le semi confinement dans un canton hyper endetté à couté cher à celui-ci. Et un canton sans les sous aura plus de peine à aider les mal lotis.

    Quant aux illégaux, il n'y a pas de solutions comme partout. On ne fait pas de politique basé sur des gens qui ne sont pas censé être là. C'est un problème à part.
    Pour les autres, en quarantaine, il continueront à percevoir un salaires.

  • Visiblement, M. Poggia et vous ne faites pas bon ménage non plus.
    Haro sur le ministre de la Santé et ses sbires, forcément aux ordres ! Foin du danger potentiellement mortel du virus chinois !

  • Se faire dépister, s'isoler, se mettre en quarantaine.... ce sont les mesures préconisées depuis le début.
    Que proposez-vous ? Que les personnes ayant côtoyé un malade aillent serrer des pognes à gauche et à droite comme l'ont fait Trump et Boris Johnson ? Que ceux qui ont des symptômes grippaux n'aillent pas se faire dépister ?
    Quant aux amendes de 5000,-, j'ai de la peine à y croire.
    Un tuyau: dépistages gratuits (Covid et HIV) aux Vernets, merci la Caravane de la Solidarité ;-)

  • Vous êtes dans l'erreur.

    L'amende dans le cadre de la contravention prévu par l'article 83 de la loi sur les épidémies n'est pas d'un montant maximal de 5'000 francs, mais de 10'000 francs. 5'000 francs c'est en cas d'agissement par négligence (83 al.2). En cas d'agissement intentionnel c'est 10'000 francs (333 al. 1 cum 106 CP).

    Cette précision juridique est pédantesque mais permet de relever que le médecin cantonal et autres supposés sachants en le domaine sont incapables de comprendre la loi.

    Dès lors pensez-vous qu'ils sauront appliquer la loi sur les épidémies et les principes qui sous- tendent les mesures de contrainte ? Par exemple, ne vont il pas perdre de vue l'article 30 (proportionnalité) en envisageant dans le cas du coronavirus l'application des articles 36 (diagnostic) et 37 (traitement). En effet, il suffit d'isoler la personne pour éviter la propagation de l'épidémie. Certes, elle peut périr faute de soin, mais là n'est pas l'objet de la loi sur les épidémies.

    Enfin 10'000 francs c'est le maximun. Il faut tenir compte, entre autre, de vos moyens. Et en cas de multirécidive commise avant le jugement du Tribunal de police le plafond est toujours le même.

    Cela, quelle est la responsabilité de Poggia qui a été prévenu dès fin 2018, comme tous les chefs de la santé de Suisse, que la prévention des épidémies avait des carences, notamment en matière de masques et que cela était de la compétence des cantons.

    Enfin, pour réponder à votre question c'est non ! Il est insupportable de voir la santé et la police confiés au même homme.

  • Le danger de mettre un place un contrôle fasciste est bien sous notre nez. Révéler son identité obligatoire au restaurant et alors pourquoi pas ailleurs dans les magasins par exemple ? Le tracking obligatoire sous menace d'amende est violation des libertés individuelles grave. On joue tout absolument tout pour la santé au détriment de nos libertés, on joue nos valeurs, notre éthique, nos acquis !
    Avec un tel contrôle, si on connaît un proche malade on n'osera plus l'approcher de crainte d'être amendable et confiné ! Bonjour ceux qui mourront dans la plus grande solitude ou on cachera la liste des gens fréquenté. Quelle idée "insane"!

  • J'apprécie votre voix discordante et votre souci des libertés. Vous êtes plus réaliste sur les conséquences réelles de ces mesures. Sur le papier c'est efficace, mais une personne dans une situation précaire n'osera pas se faire tester si elle doit craindre des mesures très lourdes pour elle et son environnement. Au moins faudrait-il accompagner ces mesures de quarantaine d'aides financières en cas de besoin. En quelque sorte, il s'agit d'une expropriation de la liberté pendant quelque temps.

  • "Santé et police ne font pas bon ménage." >>>

    La vraie question est : c'est pour quand, le testing sérologique, pris en charge*, des salariés des services publics exposés: police, etc.

    Un point à prendre en compte:
    les salariés résidant en Suisse (je n'ose plus dire les citoyens CH, qui sont chez eux) ne devraient pas devoir assumer les coûts desdits tests de leurs franchises Assmal, soumis à une énorme facturation en Frs,

    vs les coûts réels desdits tests facturés hors CH aux libre-circulationnistes UE salariés en CH.

    Ai posé la question à M Poggia, en charge de cette fonction, sur son blog.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel