sylvain thévoz

03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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www.sylvainthevoz.ch

07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/04/2015

Barazzone pédale dans la semoule

Le magistrat en charge du Département de l'environnement urbain et de l'espace public Guillaume Barazzone est très fort pour faire de la communication. On sait l'homme habile pour se mettre en valeur sur des dossiers sans véritables enjeux : mettant du plastique vert ici coupant un arbre là-bas pour en replanter illico un nouveau et annoncer ainsi la "végétalisation" de la Ville. ll est passé maître pour faire du chiffre au détriment du contenu. Mais quand il faut empoigner le taureau par les cornes et lutter sur le terrain, plus personne. L'homme se fait discret ou prend rapidement le train pour Berne.

Vol de vélos : quelles actions ?

Un petit exemple ? Le vol des vélos en Ville de Genève. Véritable fléau. Les chiffres sont sortis vendredi 10 avril. Le Canton de Genève a enregistré 3251 vols de vélos l'an dernier (9 par jour!), soit une hausse de 13% par rapport à 2013. Et combien de vélos volés non déclarés? On est désormais proche du niveau record de 2009 avec 3300 larcins, pour la majorité commis en Ville de Genève. La disparition de la vignette vélo en 2012 a rendu les cycles plus anonymes et vulnérables. Les assurances privées doivent débourser chaque année plus de 60 millions pour rembourser les citoyens lésés! De plus, suite au vol, seul 1% des vélos volés sont restitués à leur propriétaire. Et plus d'un quart de cyclistes renoncent au vélo après s'être fait dérober le leur, ce qui a un impact négatif sur d'autres modes de transport. Que fait le magistrat Barazzone pour lutter contre ces vols répétés ? - Rien. Pire même, il ne prend pas la peine de s'inspirer des propositions que d'autres villes ont réalisé. Toujours plus de policiers municipaux, toujours plus de vélos volés : cherchez l'erreur.


Les cyclistes doivent être mieux défendus

Les Socialistes, s'inspirant d'expériences réalisée dans des pays du nord de l'Europe (champion en terme de vélos), de celle menée avec succès par la Ville d'Yverdon ont déposé une motion au Conseil Municipal le 29 octobre 2014 qui rappelle que le vélo est un moyen écologique, rapide et silencieux de se déplacer en ville. Il permet de diminuer l'impact du trafic automobile et encourage une pratique sportive et récréative qui est bonne pour la santé. Favoriser l'usage du vélo fait clairement partie d'une bonne politique de la ville. La maniabilité de ce mode de transport a toutefois son revers. Un cycliste, c'est vulnérable, et un vélo, c'est facile à se faire voler, ce que confirment les statistiques délivrées cette semaine. Qui, d'ailleurs, ne s'est pas déjà fait voler un vélo à Genève?


Dring dring Barazzone 

Un moyen efficace de lutter contre le vol de vélos existe. Il consiste à placer des puces avec un système de GPS sur le cadre. Si un voleur se saisit du vélo, il est immédiatement possible de le pister, Les expériences ont prouvé que  cette méthode fait chuter de plus de 40% le nombre de vélos volés, principalement par son caractère préventif et dissuasif.

Lorsque les malfrats savent qu'ils risquent à coup sûr d'être pris, ils réfléchissent à deux fois avant de commettre un délit. Ce n'est pas la dureté de la peine qui compte, mais la certitude de sa prononciation. Or, aujourd'hui, c'est l'impunité en terme de vols de vélo. Les policiers municipaux s'acharnent sur les cyclistes plutôt que de les protéger pendant que Barazzone joue au conseiller administratif à temps partiel.  

Les cyclistes trinquent

Toujours plus à Berne, toujours plus soucieux de communication au détriment d'actions permettant aux habitant.e.s de mieux vivre; décidé à poursuivre la politique de discrimination envers les cyclistes nommés "cycloterroristes" par son prédécesseur, Guillaume Barazzone, au sujet de la petite reine, n'a pas fait le boulot attendu, et pédale dans la semoule... 

et ce sont malheureusement les cyclistes qui en paient le prix.

 

 

 

Sources:

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/vols-velos-face-nouvelle-flambee/story/24723468

http://www.lematin.ch/suisse/Nous-avons-traque-des-voleurs-de-velos-par-GPS/story/16409567

http://www.24heures.ch/vaud-regions/nord-vaudois-broye/Une-puce-pour-traquer-les-velos-voles-lancee-a-Yverdon/story/30618799

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/La-police-s-equipe-pour-traquer-les-velos-voles-25836707


08:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélos, vols, ville, santé, sport | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/04/2014

Le mall, cet animal

HK2 045.JPGLe mall, cet animal, avance. Le centre commercial rampe, il gagne du terrain, devient la ville même. Comme du chiendent, il se déploie, colonise du terrain. Nul espace ne lui résiste. Il couvre, envahit les recoins, étouffe sous lui les plus petites boutiques. Ce qu'il laisse derrière lui est pré-digéré, considéré comme marginal, quantité négligeable: petits vendeurs de journaux, ou d'électro-ménagers, diseuses d'oracles pour quelques billets, brins d'encens allumés, vendeurs de fruits et légumes. Tu les entends crier longtemps derrière les vitres par dessus le ronronnement de l'air conditionné. Deleuze avait raison quand il déployait les rhizomes, processus d'avancée de la pensée, en les opposant aux racines, considérées comme trop fixistes. Le mall, lui, conjugue les deux: un carottage pour faire fondation, une racine pour bétonner les fondements et le building s'élève, fétiche de métal et de verre s'étirant au plus proche du ciel. Simultanément: dissémination des spores. Ses germes font bouture, bouton, puis... boutique. Les néons clignotent, s'allument, et les antennes sortent : passerelles et bras de béton font ventouse sur l'immeuble voisin. Jonction. C'est un mouvement de reptation: le mall bouge, vit, meurt et renaît sans cesse. La ville est à son image: elle évolue à toute vitesse. Le mall est un animal domestique, citadin. Les humains le nourrissent au grain. Il les colonise, selon ses envies, leurs dépendances.

mall,centre commercial,architecture,villeLe processus de digestion

Un an après, tu ne retrouveras plus l'endroit où tu as donné ton premier baiser,  il a disparu. 6 mois plus tard tu ne peux plus t'asseoir sur le banc du petit parc ombragé, il a été recouvert par Esprit Chanel Burberry. 2 mois après ton dernier bol de riz, n'espère pas retrouver ce restaurant au même endroit, il a déménagé au 7e; prends l'ascenseur, les pas-de-porte son impayables. Il faut monter sur le dos de la bête pour espérer s'en sortir, bouger encore dès qu'elle avance et aller voir ailleurs ou accepter d'être recraché, éjecté, sans autre forme de procès que l'annulation du bail à 10'000 dollars que tu avais durement négocié 3 mois auparavant.     

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19:01 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mall, centre commercial, architecture, ville | |  Facebook |  Imprimer | | |