sylvain thévoz

24/06/2015

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances?

Depuis le lundi 15 juin la Maison des Arts du Grütli est occupée. La Ville de Genève n’a pas choisi cette situation, mais s’est trouvée mise devant l’urgence du fait accompli. Des requérants d’asile, une trentaine, refusant un transfert dans les abris PC, ont investi la maison des Arts du Grütli. Ils sont aujourd'hui plus de 40, ce chiffre pourrait encore augmenter.

 

La Ville a accueilli ces hommes, et entamé un intense travail de recherche de solutions pour que la maison des Arts du Grütli, qui n’est pas un lieu viable  et adapté pour ceux qui s’y sont réfugiés ne soit pas transformé en bunker à ciel ouvert par la faute du Canton.  

 

En tant que résidents de la ville de Genève nous avons pour but commun la poursuite des intérêts de cette dernière et le respect de ses institutions.

Comme socialiste, la recherche du dialogue, le respect du débat politique et la recherche de solutions pragmatiques.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances ?

A un moment toutefois, il ne faut pas hésiter à dire les choses telles qu'elles sont. La gestion par le Conseil d'Etat de cette crise est calamiteuse.

 

D’un côté se trouvent des requérants d’asile, soutenus par des collectifs (Stop bunkers, Solidarité Tattes, collectif sans Retour) qui refusent le fait que l’on loge des êtres humains jusqu’à 6-9-12-18 mois dans des abris de la protection civile en violation de la Constitution Suisse (Article 7 et 12).

Ces revendications sont à ce jour formellement soutenues par le Parti Socialiste, Solidarité, Caritas, CSP, la Ligue Suisse des droits de l'Homme - section Genève-, avec l'appui de la Ville de Genève et celle de Carouge. 

 

La LSDH – Genève s’indigne en outre de l’amateurisme outrageant des autorités responsables qui ont fait preuve non seulement d’un défaut d’humanité dans leur gestion de la situation et le suivi des personnes qui en dépendent directement, mais encore d’une absence totale de planification et d’organisation.

 

L’occupation du Grütli n’est pas un micro événement. Il faut le relier à d’autres, et y réfléchir aussi d’une manière globale. A Lausanne, le collectif R , Stop renvoi, occupe la paroisse de Saint-Laurent depuis des mois. Ces évènement sont des conséquences de la politique restrictive d'asile menées par l'extrême droite au niveau fédéral. Cette politique conduit à une crispation généralisée du système.

 

Un Conseil d'Etat crispé

Face à ces collectifs et partis, il y a un Conseil d’Etat qui se crispe. Pour lui, il n’est pas possible de loger ces requérants ailleurs que dans des abris, pas d’autres solutions que d'être les soldats les plus obéissants de la politique décidée à Berne. C’est le langage de l’impuissance et de la soumission, fruit d’années de négligence dans la gestion de l'asile. Cette ligne rigide du Conseil d’Etat crée inutilement de la violence et de la tension.

 

La Ville de Genève gère l'urgence

La Ville de Genève se retrouve au centre de ce rapport de force entre deux positions en apparence peu conciliable. Bien seule, elle travaille toutefois dignement à dessiner une issue à la crise.

Il faut ici relever les efforts menés depuis plus d'une semaine par le magistrat du Département de la Culture et des sports Sami Kanaan et par la Maire Esther Alder, magistrate du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que du médiateur Monsieur Ueli Leuenberger, qui redoublent d'efforts et d'inventivité.

 

Comment sortir de la crise ?

Monsieur Poggia plutôt que de s’en prendre à Sami Kanaan qui essaie de le sortir un peu de sa torpeur (est-ce là un crime de lèse-majesté ?), de le réveiller un tant soit peu (la sieste au Conseil d’Etat est-elle sacrée ?) devrait effectivement se mettre au travail et proposer des solutions plutôt que de se contenter d'une posture de monarque choqué quand un conseiller administratif questionne sa non-politique et le confronte sur le fait que, depuis 8 jours, la Ville fait front et assume seule une situation héritée de l’inaction du Canton.

J'ai été choqué des lamentos que Monsieur Poggia a poussé quand Monsieur Kanaan l'a interpellé et pressé d'agir.

J'ai été choqué par sa fébrilité. Plutôt que de se sentir attaqué dès qu'il est remis en cause, Monsieur Poggia devrait plutôt arriver avec des propositions et faire preuve d'initiative.

Pour l'instant, la Ville fait le boulot à la place du Canton. Ce n'est pas acceptable. 

 

Rafle, expulsion.. baston?

Lors du Conseil Municipal du lundi 22 et mardi 23 juin, le MCG et le PLR ont voulu voter des résolutions pour faire expulser de force les requérants réfugiés au Grütli.

Après avoir utilisé la police pour  mettre de force des hommes en abri PC, les matraquer hors du Grütli semblerait être une option pour la droite élargie. Mais envoyer la police pour virer les requérants qui occupent actuellement le Grütli n’est pas responsable. Cela fera le jeu des extrémistes, jetant encore plus d’huile sur le feu.

Quand la violence commence, on ne sait pas où elle s’arrête. Quand l’état de droit se transforme en volonté d'abuser de la violence étatique. Il est juste de s’y opposer.  

 

Evacuer de force le Grütli, en voilà une mauvaise idée

Ceux qui préconisent l'évacuation de force du Grütli pensent-ils plus loin que le bout de leur nez?

Comment le boucleront-ils pour éviter une réoccupation ? En le ceinturant de forces de police ? Puis en mettant un cordon de policiers autour de chaque lieu culturel de la Ville ? La réponse de la matraque n'est pas une solution, c'est une fuite en avant.

La droite, en choisissant cette impasse comme option, montre son incapacité à chercher des solutions à cette crise sans cumuler de nouveaux problèmes. 

 

Des issues, il en existe

Les issues à cette situation complexe à la Maison des arts du Grütli, conséquence directe de décennies d’inaction cantonale existent.

Elles sont à trouver par le dialogue, et une implication du Canton. Dialogue entre le Canton et les requérants avant tout, le Canton et la Ville, la Ville et les requérants; entre tous les acteurs en présence. Il n’y a pas d’autre solution viable.

 

Le Canton doit désormais s’impliquer à la recherche de solution, pas seulement à la recherche de sa propre préservation.

Des familles syriennes arrivent. Elles doivent être logées et préservées de la mauvaise gestion de la crise par le Conseil d'Etat.

Le fait que ce Conseil d’Etat trébuche sur le premier écueil n’est pas pour nous rassurer en vue d'un été qui s'annonce chaud.

 

Le Conseil d'Etat est-il déjà en vacances? Si ce n'est pas le cas qu'il donne un signe de vie. Qui a entendu Monsieur Longchamp, président du Conseil d'Etat, silencieux depuis plus de 8 jours?

 

François si tu nous entends, donne-nous un signe de vie. On ne se contentera pas d'une carte postale envoyée à la maison des Arts du Grütli, ni en poste restante au fin fond d'un abri pour qui vont y passer l'été

 

 

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/monte-ville-geneve-canton/story/21656474

http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante

 

 

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grütli, poggia, conseil d'etat, vacances, asile, requérants, négligence | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/05/2015

Abou et les vacances d'été

575459999.jpgOn lui a répété de ne pas bouger, pas respirer, pas crier. Quoi qu’il arrive il n’aurait pas moufté.Une fois dans la valise, Abou a pensé qu’il allait passer les douanes tout droit… pas qu’il pouvait crever.  

Il s’est dit : tout plutôt que les touristes adipeux et arrogants, les touristes qui parlent fort et se foutent de nos gueules quand on prie puis s’angoissent au moment de s’en aller, de peur de rater leur vol.

Il serait mort sans un bruit Abou. Il était préparé à cela. Il s’est mordu les lèvres. Il était disposé à disparaître dans son petit cercueil de cuir de 80 sur 80 cm. On aurait pu le mettre direct à la poubelle ensuite, comme s’il n’avait jamais existé. Avec un peu de terre dessus, et bye bye: bon voyage. 

 

Le cousin Omar, Khalid le fils du voisin sont partis au nord et on ne les a plus revu. Un dans la mer, un en Libye. Pour rien.

Avant, la Suisse prenait des demandes d'asile à l'ambassade. On faisait la queue mais on avait cette espérance. Maintenant c'est fini, ce n'est plus possible. Une votation populaire a tout changé. Il faut traverser pour espérer. Risquer sa peau. Encore.  

 

Les douaniers ont envie de rire subitement. Abou: petit con, comment pensait-il passer ainsi, se jouer d’eux d’une manière aussi naïve ?

Les grands frères d'Abou courent vers la barrière et se jettent dessus pour l’escalader, un et deux et dix, individuellement, puis par groupes, ça c'est du sport.

La plupart sont pris, certains passent. La masse l’emportera toujours sur les drones. Les douaniers pensent au début : les cons, nous avons des tasers, des gaz lacrymogènes, des menottes. Mais impossible d’arrêter une armée de pauvres. Une colonne de désespérés, tu ne la stoppes pas.

— La Méditerranée sera comblée par nos corps. Nos petits frères nous marcheront dessus s’il le faut- disent ceux qui embarquent sur les rafiots, les péniches, s’accrochent aux bidons. Plus rien à perdre. 

Les caravanes sont ciblées dans le désert. Ici, on te tire comme un chien. Seule issue, la mer, la fuite vers le Nord sans voie de retour possible. La mer ou la mort et peut-être les deux. Mieux vaut encore crever dans la mer que d’une balle dans la tête - disent ceux qui n'ont plus de choix-  

Les douaniers rêvent de vacances à Helsinki ou Berlin. Là où la frontière est loin, où il fait frais et gris, où rien n’est sec ni salé. Tiens, pourquoi pas Genève, capitale des droits de l’homme, où l’on ne voit pas toute cette merde des gamins asphyxiés dans des valises, dans les soutes des cargos, où les gens se piétinent pour entrer ou sortir. Découvrir une session des Nations unies, le musée de la Croix-Rouge, participer à un colloque de formation continue sur les droits de l'Homme, contempler enfin une guerre à distance. Et puis : un petit crochet par l’exposition universelle à Milan... ça dépendra du petit futé ou du guide du Routard.

 

En attendant les vacances, ici ça pousse encore et ça transpire. Sous les bâches des camions, dans les double fond des coffres, attachés sur des rafiots afin qu’en cas de panique le navire ne chavire pas. Dans les pirogues de fortune, sur des radeaux de planches mal assemblées, dans les trains d’atterrissage des avions, ça s'entasse.

Abou senior, Abou junior, Abou fœtus dans un container, un bidon, un camion frigorifique, dans un carton de banane, une carcasse de bête, sous le poisson, les crevettes, entre les arêtes, faut que ça entre Abou, ça doit entrer, ça doit passer Abou, et sinon tu essaieras à nouveau.

Et toi, tes vacances cet été ? D'abord prévoir. Ne pas oublier de refaire le passeport. Expiration anticipée. Puis, devant la valise, être sans pitié. Ne pas prendre trop de vêtements, juste l’essentiel. Crème solaire, quelques vêtements de rechange, une paire de tongs, de sandales, c'est bien. On voyage mieux léger.

Peut-être une petite laine quand même, au cas où… les soirées à la mer peuvent être fraîches. Le reste : acheter sur place, c’est bien de faire fonctionner l’économie locale. Eviter les pays instables, choisir la sécurité. Renoncer aux pays trop pauvres, trop musulmans, c’est déprimant.

Toujours rester du bon côté du mur, même loin de chez soi, éviter le ramadan, pas sexy. De la musique dans l’ipod, we are the world, c’est touchant. C’est bien, c'est certain. Nous sommes l’universel, des citoyen-ne-s du monde, pas des douaniers des passeurs, des morts-la-faim, des mendiants. Nous sommes des voyageurs, des explorateurs. Alors: pas besoin d’une valise trop grande, une petite de 80 sur 80 suffira pour les livres et les fringues.

Et si vraiment on a besoin d'une valise, on en achètera une nouvelle en route.

Il y en a plein sur les marchés pour pas cher. C’est parfait pour y ranger les bibelots du souk, les cadeaux-souvenirs. De la valise, on prendra soin de négocier le prix. On est pas des pigeons.  

Faudra pas oublier de négocier sec avec le petit Abou qui voudra la vendre.

 

 

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/bd62a8c6-c2f6-11e2-b4cc-25ebe225791f/Ce_que_la_suppression_de_lasile_dans_les_ambassades_va_changer

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/05/12/l-ordinaire-de-la-brutalite-policiere-contre-les-migrants-filme-a-calais_4631949_1654200.html

http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311

 

 

12:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrations, suisse, europe, vacances, été | |  Facebook |  Imprimer | | |