sylvain thévoz

28/09/2016

Loin des yeux, loin des heurts ?

J'ai laissé confiant mon vélo à l'arrière-cour d'un bâtiment public. Quand, à 22h, je suis allé le récupérer, la porte du grillage était fermée. J'ai fait tranquille le tour du bâtiment pour le récupérer. Malheur, de l'autre côté aussi : porte verrouillée. Vélo: kidnappé. Rien de dramatique. Rien à faire non plus. L'espace public, ouvert il y avait quelques heures à peine, s'était transformé en petite geôle, sans préavis ou signe avant coureur de privatisation sauvage. 

Cela m'a conduit à réfléchir à ceux qui veulent, en Ville, fermer, par exemple, tous les préaux, les boucler parce que certains y font la fête la nuit. Aujourd'hui, dix préaux sont fermés à la tombée du jour (Necker, Saint-Gervais, Ferdinand-Hodler, Eaux-Vives, Montchoisy, Vollandes, Sécheron, Chateaubriand, La Roseraie et Mail). Alors, ce serait une solution ? Fermer les uns après les autres tous les préaux, en commençant par celui qui est en bas de chez soi, avec pour seul résultat de repousser les problèmes plus loin, chez d'autres, selon le même principe: loin des yeux, loin des heurts.

 

Fermons fermons, le problème ira ailleurs

Après les préaux, réclamer la fermeture des parcs, des terrains de jeux, car il y aura toujours trop d'espaces ouverts dans l'espace public ? Car enfin, ceux qui y passent une partie de la nuit, discutent sur un banc, dérangent. Ils laisseront quelques détritus au sol (à quelques mètres d'une poubelle, ou quelques longueurs. de pas : infâmes provocateurs ou corniauds, ils l'auront évidemment fait exprès, les mal éduqués).

Même si ceux qui salissent, souvent, ne sont pas forcément ceux qui crient le plus fort, il est aisé d'incriminer sans distinction "les pauvres ou les jeunes", c'est selon. Bien entendu, quoi qu'il en soit, la police demandera au matin aux précaires de dégager. Sinon, on verrait combien ils sont à dormir dans les parcs. Mais cela non, on ne veut pas le voir ni savoir... pas en bas de chez soi en tout cas... plus loin ce n'est pas si grave, on peut faire comme si cela n'existait pas. Tant qu'ils demeurent invisible et inaudibles ils peuvent même s'entasser sous les ponts.

Mais qu'ils gardent un matelas et voilà que la police le jette à la benne. Vous ne pouvez pas privatiser l'espace public, leur lancera le magistrat de la sécurité, se permettant lui, au passage, de jeter leurs affaires privées, sac en papier et parfois médicaments aux ordures. Vous ne pouvez privatiser l'espace public... toutefois, je peux vous en exclure : et quand, indésirables, vous serez dans les recoins des bois, des parcs, vous en faire sortir, si je le désire.   

 

Petite histoire de réduction des libertés

On commence donc par les digicodes, on condamne ensuite les cours intérieures, les caves d'immeuble. Et puis, on étend ensuite le système aux préaux. On continue avec les arrières cours des bâtiments publics, tous les espaces vides, on poursuit avec les transports publics, où ceux qui ne peuvent payer de tickets sont amendés, et ensuite enfermés. La liberté de déplacement, qui est pourtant un droit fondamental, est entravée. Cela, pour quels résultats?

Repousser, chasser, déplacer, fermer à tout va, camériser à tous crins, et au final ne jamais résoudre la question centrale : comment créer des lieux adaptés et accessibles pour ceux qui veulent se réunir ou se déplacer mais ont peu ou pas de moyens. Cette question est escamotée.

On préfère déplacer ce que l'on ne veut pas voir en bas de chez soi, repoussant ainsi toujours plus loin, ailleurs, des problématiques que l'on s'ingéniera à ne pas régler, dans une ville où l'espace public se modifie pour devenir un espace pour certains publics, à certaines heures seulement.

 

Les indésirables

Que certains espaces soient publics à temps variables pose quand même question. Et même temporairement ouverts, certaines catégories de la population n'y sont jamais bienvenus. L'espace public n'est plus à tout le monde. Il est fait pour circuler ou commercer avant tout, pas pour être ou y rester (sauf quand on ferme les quais et qu'il est de si bon ton d'y mettre des tables pour mieux apprécier que le reste de l'année on y tousse et que les bagnoles l'ont annexés). Autrement dit, l'espace peut être rendu au public de manière précaire et réversible un jour par an à tout un chacun, mais le reste de l'année, il est privatisable et réservé à l'usage de ceux qui n'y laisseront ni marque ni trace hormis gaz d'échappements).

Loin des yeux, loin des heurts. Je m'en foutais de mon vélo confisqué. Ce dernier m'avait juste fait penser aux hommes et aux femmes qui finissent à Champ-Dollon pour amendes de TPG impayées ou parce que la police les incrimine d'avoir mendié, quand bien même ils étaient juste assis sur un banc.

Car si les vélos, eux, sont libérés au matin, dans ce beau Canton de Genève, on boucle les précaires pour amendes impayées et pour plus longtemps qu'une nuit.

 

 

 

 

12:49 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélos, libertés, espace public, liberté, police, classes sociales | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/04/2015

Barazzone pédale dans la semoule

Le magistrat en charge du Département de l'environnement urbain et de l'espace public Guillaume Barazzone est très fort pour faire de la communication. On sait l'homme habile pour se mettre en valeur sur des dossiers sans véritables enjeux : mettant du plastique vert ici coupant un arbre là-bas pour en replanter illico un nouveau et annoncer ainsi la "végétalisation" de la Ville. ll est passé maître pour faire du chiffre au détriment du contenu. Mais quand il faut empoigner le taureau par les cornes et lutter sur le terrain, plus personne. L'homme se fait discret ou prend rapidement le train pour Berne.

Vol de vélos : quelles actions ?

Un petit exemple ? Le vol des vélos en Ville de Genève. Véritable fléau. Les chiffres sont sortis vendredi 10 avril. Le Canton de Genève a enregistré 3251 vols de vélos l'an dernier (9 par jour!), soit une hausse de 13% par rapport à 2013. Et combien de vélos volés non déclarés? On est désormais proche du niveau record de 2009 avec 3300 larcins, pour la majorité commis en Ville de Genève. La disparition de la vignette vélo en 2012 a rendu les cycles plus anonymes et vulnérables. Les assurances privées doivent débourser chaque année plus de 60 millions pour rembourser les citoyens lésés! De plus, suite au vol, seul 1% des vélos volés sont restitués à leur propriétaire. Et plus d'un quart de cyclistes renoncent au vélo après s'être fait dérober le leur, ce qui a un impact négatif sur d'autres modes de transport. Que fait le magistrat Barazzone pour lutter contre ces vols répétés ? - Rien. Pire même, il ne prend pas la peine de s'inspirer des propositions que d'autres villes ont réalisé. Toujours plus de policiers municipaux, toujours plus de vélos volés : cherchez l'erreur.


Les cyclistes doivent être mieux défendus

Les Socialistes, s'inspirant d'expériences réalisée dans des pays du nord de l'Europe (champion en terme de vélos), de celle menée avec succès par la Ville d'Yverdon ont déposé une motion au Conseil Municipal le 29 octobre 2014 qui rappelle que le vélo est un moyen écologique, rapide et silencieux de se déplacer en ville. Il permet de diminuer l'impact du trafic automobile et encourage une pratique sportive et récréative qui est bonne pour la santé. Favoriser l'usage du vélo fait clairement partie d'une bonne politique de la ville. La maniabilité de ce mode de transport a toutefois son revers. Un cycliste, c'est vulnérable, et un vélo, c'est facile à se faire voler, ce que confirment les statistiques délivrées cette semaine. Qui, d'ailleurs, ne s'est pas déjà fait voler un vélo à Genève?


Dring dring Barazzone 

Un moyen efficace de lutter contre le vol de vélos existe. Il consiste à placer des puces avec un système de GPS sur le cadre. Si un voleur se saisit du vélo, il est immédiatement possible de le pister, Les expériences ont prouvé que  cette méthode fait chuter de plus de 40% le nombre de vélos volés, principalement par son caractère préventif et dissuasif.

Lorsque les malfrats savent qu'ils risquent à coup sûr d'être pris, ils réfléchissent à deux fois avant de commettre un délit. Ce n'est pas la dureté de la peine qui compte, mais la certitude de sa prononciation. Or, aujourd'hui, c'est l'impunité en terme de vols de vélo. Les policiers municipaux s'acharnent sur les cyclistes plutôt que de les protéger pendant que Barazzone joue au conseiller administratif à temps partiel.  

Les cyclistes trinquent

Toujours plus à Berne, toujours plus soucieux de communication au détriment d'actions permettant aux habitant.e.s de mieux vivre; décidé à poursuivre la politique de discrimination envers les cyclistes nommés "cycloterroristes" par son prédécesseur, Guillaume Barazzone, au sujet de la petite reine, n'a pas fait le boulot attendu, et pédale dans la semoule... 

et ce sont malheureusement les cyclistes qui en paient le prix.

 

 

 

Sources:

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/vols-velos-face-nouvelle-flambee/story/24723468

http://www.lematin.ch/suisse/Nous-avons-traque-des-voleurs-de-velos-par-GPS/story/16409567

http://www.24heures.ch/vaud-regions/nord-vaudois-broye/Une-puce-pour-traquer-les-velos-voles-lancee-a-Yverdon/story/30618799

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/La-police-s-equipe-pour-traquer-les-velos-voles-25836707


08:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vélos, vols, ville, santé, sport | |  Facebook |  Imprimer | | |