sylvain thévoz

09/11/2015

La tyrannie des normes

La tyrannie des normes, c'est celle du courrier de l'Etat arrivé la semaine passée sur le bureau de la magistrate Esther Alder qui "l’avertit" que les normes en matière de sécurité ont changé. L’entrée en vigueur, au 1er janvier 2015, de nouvelles prescriptions de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI) intimerait à la Ville de Genève de limiter son accueil dans l'abri de protection civile des Vollandes avec pour conséquence que des personnes dorment dehors et risquent leur vie le long des berges gelées de l'Arve. 23437568

La tyrannie des normes, obligerait de limiter les places dans des abris en se moquant du fait que des hommes et des femmes dorment toute l'année dehors. Il n'y a donc pas de normes sécuritaires qui protègent la dignité humaine? Que fait l'association des établissements cantonaux d'assurance incendie pour ceux qui se reposent dans les caves, les cabines téléphoniques, des voitures? Leur chemin de fuite est-il véritablement assuré ?

 

Limiter les risques : tuer les pauvres

On se souvient de la montée de l'Arve au printemps passé. Une trentaine de personnes dormant à même les talus avaient été évacué d'urgence et sans ménagements grâce à l'alerte lancée par le service social de la Ville de Genève. Sans cette réactivité qui ne doit rien aux normes, aux drones, aux caméras, mais au souci de l'autre et à  sa vigilance, des vies ont été épargnées de justesse ; ces mêmes vies qui, toute l'année, sont menacées par le choix sélectif de ce que les normes et les lois protègent, escamotent ou condamnent. 

 

Le feu au lac : l'aléatoire tyrannie des normes

La tyrannie des normes c'est, lors du nouvel an 2014, les pompiers de Genève qui refusent l'installation de 1800 postes de feu et des dizaines de fûts et fontaines de braise à l'entrée des Bains des Pâquis et jusqu'au sommet du phare pour fêter la Saint-Sylvestre, puis s'adoucissent devant la résistance des Bains pour imposer uniquement aux spectateurs de contempler le feu depuis le quai Wilson, avant de céder sur toute la ligne. Les Bains des Pâquis se sont, ce soir-là, littéralement enflammés: braises, escarbilles et flammes faisant rêver les milliers de genevois-e-s devant un feu géant.

Au nom de la norme !

Simultanément, le tunnel de la rue du Valais subissait les foudres du normativisme le plus acéré. Pas une seule bougie dans le tunnel pour fêter le Nouvel An. Au nom de la norme ! Comment expliquer alors aux habitant-e-s que les Bains des Pâquis s'embrasent et qu'à Sécheron, il n'y ait pas une seule chandelle autour de trois extincteurs ?

Parce que la tyrannie des normes est économique et politique. Elle pèse de tout son poids sur ceux qui ignorent les moyens d'y résister, est instrumentalisée par le pouvoir politique, domine ceux qui, timorés, n'osent s'y opposer, ou cèdent à une prudence excessive devant celle-ci, en favorise d'autres.

 

 

Arracher des arbres par sécuritarisme

N'a-t-on pas entendu récemment le magistrat Barazzone préconiser des arrachages d'arbres lorsque les racines risquent de faire trébucher les passants et invoquer la menace terrible et mortelle de la chute des branches sur la tête des passants pour dégommer les vieilles branches ? Le terrorisme sécuritaire est la plus grande menace pour le vivre ensemble en Ville de Genève.

Le magistrat de police Pierre Maudet abat lui son arme secrète de la loi sur la restauration et le débit de boisson pour mettre au pas l'Usine en écrasant d'un légalisme étroit ceux qui, par bon sens, économie et volonté créative, commettent le grave péché de penser et créer en dehors de normes mal ajustées.

Et pendant ce temps, au mépris de tout respect des normes et des lois, les taux de particules fines dans l'air sont dépassés, vous éclatent les poumons et envoient des bébés asthmatiques à l'hôpital et les aînés au cimetière sans que les tenants rigides du respect des normes ne s'en soucient le moins du monde.

 

 

L'application des normes est politique 

L'argument fallacieux des tenants de la tyrannie des normes :  les normes sont telles qu'elles sont et doivent s'appliquer pour tous est hypocrite. Les inégalités sociales illustrent combien le normativisme étroit ne peut être l'unique facteur d'appréciation d'une situation. Personne, à ce jour, n'est égal devant les normes. Quand l'égalité sera réalisée, alors on pourra prétendre appliquer avec la même vigueur les mêmes normes à tous et toutes. 

Car d'une simple fête du nouvel an à la gestion de l'Usine et à celle des Ports-Francs, on voit que si, pour certains, la loi s'applique avec toute sa vigueur, d'autres y sont, avec complaisance, soustraits.

Les espaces de non-droit ne sont pas à chercher au Lignon ou aux Avanchets, mais dans les  entrepôts des Ports-Francs ou les comptes d'exploitation d'UBS.

 

Lutter contre l'instrumentalisation des normes

La tyrannie des normes doit être combattue. Il y va de notre liberté. Surtout quand elle est portée par des personnes qui en font une application stricte et rigide à but anti-social et anti-culturel.

Quand la tyrannie des normes, au nom de la sécurité ou de l'efficience conduit à laisser des gens sur le carreau et à amender ceux qui ont le malheur de dormir à la rue, la résistance est un droit, et invoquer d'autres textes (nos constitutions: genevoises, fédérales, nos codes éthiques et moraux) une nécessité; employer d'autres moyens que la soumission béate: une obligation morale. 

 

La démocratie dépasse le normativisme

Les décideurs politiques qui, sous couvert de sécuritarisme et de fausse prévenance cassent la culture, le social, accroissent les inégalités, provoquent des coûts accrus pour la collectivité.

La lutte contre les inégalités et les privilèges est engagée. Ce combat est politique et économique. Le courage de dire non au normativisme et à son instrumentalisation politique nous anime.

L'épouvantail agité de la tyrannie des normes ne doit pas nous induire en erreur. Ce qui est effrayant, ce sont les privilèges toujours plus grands que s'octroient ceux qui prétendent mettre aux pas l'Usine, les Roms, les fumeurs de joint, les jeunes, pour nous distraire des largesses dont ils disposent en prospérant d'une manière hors-norme sur le dos de notre démocratie.    

Ce qui fait peur, c'est la politique qui déplace, cache, les plus précaires d'un lieu à l'autre de la ville, police les conduites, interdit les pratiques festives, bannit les grèves, construit de nouvelles prisons, et maintient des privilèges d'un autre temps pour les plus riches et puissants. 

La tyrannie des normes est un outil de domination sociale.

Elle doit être combattue. Il y va de notre liberté.

 

 

Genève, 9 novembre 2015.

 

 

 

------------------

www.sylvainthevoz.ch

 

 

 

11:27 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : normes, lois, usine, précaires, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/10/2015

La droite irresponsable veut détruire l'Usine

La droite élargie (PLR, PDC, UDC, MCG) si elle ne sait pas s'unir pour des projets communs au service des Genevois, sait par contre faire alliance pour casser des institutions et mettre en péril ce qui fonctionne à Genève.

 

Au Conseil Municipal de la Ville de Genève, ce mercredi soir, la droite destructrice, unie, a donc décidé de suspendre toutes les subventions de l'Usine et de forcer la Ville de Genève à prendre en charge les déprédations commises par quelques individus isolés ayant débordé l'encadrement de l'Usine samedi passé et malheureusement dénaturé cette manifestation, y déversant leur désarroi. 

 

La droite, en faisant payer à une institution culturelle les dégâts que celle-ci n'a ni commis ni voulu, commet une injustice; et en faisant payer au public de l'Usine une situation qui ne le concerne pas, elle le prend en otage. Voulant faire payer à la Ville la casse, elle crée un précédent juridique absurde. Depuis quand la Ville devrait-elle payer pour des casseurs?

Avançant des arguments plus moraux que politiques: "quand mon enfant fait une bêtise je lui donne une claque"; ignorant tout de la réalité d'une institution culturelle de l'ampleur de l'Usine; allant même jusqu'à la comparer à un club de sport:  "quand les supporters d'un club de sport dérapent, c'est au club de payer", la droite destructrice, en plus de faire démonstration de son incompétence, faire preuve de rétorsion en punissant une entité culturelle qui accueille plus de 100'000 personnes par an, est animée par 18 associations (un théâtre, un lieu d'exposition, des salles de concerts, des buvettes, une radio, un atelier de sérigraphie, etc.,) http://usine.ch/ ; une institution phare qui a joué et joue un rôle clé, historique, symbolique, alternatif, à Genève, à l'échelle de la Suisse, et même européenne.

Cette droite destructrice est nocive, dangereuse pour Genève et pour sa paix sociale. 

 

L'Usine, c'est une Institution, une référence. Ouverte en 1989 avec l'appui décisif d'un libéral de l'époque (Claude Haegi) qui avait, lui, compris que la jeunesse a besoin d'un lieu d'expression  et que l'on ne peut laisser une ville sans lieux bon marché, culturel, inclusif et associatif.

L'Usine, c'est une institution qui a vu émerger des artistes de classe internationale, qui a permis de former, créer et donner des espaces d'expression à des artistes qui aujourd'hui font la fierté de Genève (John Armledder, les Young Gods, Sandrine Kuster, Greta Gratos, Yann Marrussich, Gigi, Lionel Bovier, les Klat, qui ont crée la statue Frankenstein à Plainpalais, Nirvana est passé à l'Usine, Mapping Festival, Electron, Black Movie y ont pris leurs marques, et tant d'autres... la liste est longue.)

 

Attaquer l'Usine, de la part de la droite destructrice, c'est une déclaration de guerre irresponsable envers des milliers de personnes. C'est mettre le feu aux poudres. 

 

Ce coup, porté par la droite torpille tout effort de dialogue entamé par l'Usine. Au nom d'une application de la loi littérale sur un enjeu de petite ampleur (il faudrait que l'Usine demande sans délai 5 autorisations administratives distinctes pour ses buvettes), elle sape tous les efforts de dialogue et de médiation entamés par la Ville de Genève pour trouver une issue à la crise déclenchée et alimentée par la magistrat de police Pierre Maudet et son petit homme de main en ville Barazzone.

Pire, la droite bafoue l'Usine, qui jusqu'au dernier moment a cherché le dialogue en demandant, sans succès, d'être reçue et entendue en commission par les casseurs du conseil municipal. 

 

Rien, dans ce conflit jusqu'alors administratif entre l'Usine et le Canton, ne concerne au fond le conseil municipal. C'est une affaire cantonale que gère (mal) Monsieur Maudet magistrat de police cantonal. Ce dernier a bloqué le versement de dons de la Loterie Romande, il instrumentalise maintenant sciemment le conseil municipal de la Ville de Genève pour forcer l'Usine à plier. Cela n'est pas démocratique. Le chantage institutionnel n'a pas sa place dans notre République. Etre chargé de garantir la loi et son application, ne signifie pas faire usage de la loi du plus fort. C'est mal interpréter l'esprit de la loi, en détourner l'usage, que de prétendre l'appliquer à son unique avantage.

 

L'entière responsabilité des violences et déprédations qui pourraient découler de l'attitude irresponsable et dangereuse de la droite, ainsi qu'à Monsieur Maudet, pyromane en chef, devront lui être imputée. 

Ceux qui ont choisi, bien au chaud sur leur siège, de couper des subventions, de saboter une institution culturelle pour l'empêcher de fonctionner en conformité avec la loi, de punir tout un public la fréquentant, ont opté pour la voie de la violence institutionnelle.

Cette droite destructrice, irresponsable, a jeté de l'huile sur le feu et sciemment déclaré la guerre à l'Usine. 

On ne peut que craindre désormais le retour de flamme.  

 

23:16 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usine, maudet, genève. | |  Facebook |  Imprimer | | |