sylvain thévoz

06/03/2014

Politique: jeu d'enfant

Le 9 février tu as vite léché toute ta glace préférée pour que personne d'autre que toi ne puisse en profiter. Tu as fait ça dis? Oui, bon, c'était mi pour rire mi sérieux, mais maintenant tu te demandes si tu n'as pas fait une bêtise. Oups. Tu as quand même envie de goûter à d'autres parfums. Le parfum Erasmus, Blue Brain, Bilatérales douces. Mais pas touche, c'est désormais con-gelé. Tu comprends quand les autres disent: si tu veux pas partager ta glace, pourquoi on partagerait la nôtre? Tu comprends, mais c'était plus fort que toi, il fallait l'affirmer: cette glace est à moi, ce cornet m'appartient, ce sucre je le veux, je ne le partage pas. Seules les saveurs d'antan m'intéressent: les vieilles recette sinon rien. Alors les glaces c'est fini? - Bon, tu n'as pas un Sugus?- Si, mais made in Illinois maintenant. Bah, il nous reste le chocolat: Toblerone de Kraft Food. Les américains sont peut-être des étrangers, ils restent des valeurs sûres, surtout chez nous.


49.7% et moi et moi...

Le 10 février, tu as compris: il y en a qui veulent paraître très très sérieux. Tellement sérieux qu'ils en deviennent durs et stupides, c'est-à-dire: égoïstes. Ils montrent leurs petites dents, ça sent le vieux renard dedans. Ils ont fait de grandes affiches comme ça, avec des bottes noires à la place des glaces, ça faisait très très peur comme si on allait tout nous voler et être submergés. Plutôt que d'autres langues s'approchent, mieux vaut que la glace ne profite à personne. La glace par terre: au moins personne ne l'aura. Ils réfléchissent comme ça. Moins de glace, moins de langues. Le "travailler plus pour gagner plus" n'a plus la cote, c'est désormais: " Posséder moins pour partager moins" Miam Miam.Tu peux toujours traîner ta langue par terre si tu veux, ou sucer des cailloux, ça c'est déjà vu par le passé (cf. Victor Klemperer, LTI: la langue du III Reich) Tu peux aussi adopter la langue de bois ou celle du ressentiment, du pourrissement par la tête: celle des milliardaire versés en politiques, des agresseurs victimaires. On est pas à une contradiction près. Il n'y en pas comme nous, même si on veut toujours être comme tout le monde. Slurp. 


Politique du passeport

Ils te montrent du doigt les "bons suisses". Toi, toi, toi, non pas toi là, pas toi non plus là. Pour l'un la bonne glace au lait des Alpes, pour l'autre l'abri de la Protection Civile, les surplus de l'armée, les barbelés ou la mer méditerranée. Toi: Raus. Toi: Papa partir travailler en Suisse, il reviendra dans une année. Pour toi : Papy Blocher, cul bordé de nouilles, qui dit que l'on est tous des demeurés si on ne s'aligne pas casqué pour chanter l'hymne national comme de bons patriotes (bien constipés si possible, ça résonne mieux dans les aigus). Pouët Pouët.


Les héros des barricades

Tu as vu à la télévision là-bas les barricades, des hommes et des femmes qui ont tenu des mois dans le froid, devant la police, sous les coups, reprenant la place quand ils en avaient été chassé. Tu as demandé : de quoi vivent-ils? Qu'est-ce qu'ils mangent? Qui leur cuisine une soupe chaude? Où dorment-ils? Que feront-ils demain? Personne ne t'a répondu. Tu les as juste vu tenir, matins après matins. Avec le grand piano sur les sacs de sable. Et les pneus tout plein de flammes. Puis, on leur a tiré dessus. Des hommes habillés en noir. Dans la foule. Bang Bang Bang, visant la tête. Maintenant, finis ton déjeuner, c'est l'heure d'aller à l'école.


Du show de Sotchi à celui des militaires

Tu dis: pourquoi ceux qui n'ont pas de drapeaux et des cagoules mais dont tout le monde sait très bien qui ils sont, ont passé la frontière? Pourquoi personne ne les arrête ? Plus on est gros et fort, plus on peut faire peur, et prendre les glaces des autres ? On a le droit avec soi pour dire: la glace là-bas dans la main de cet homme elle est à moi, je la lui prends? On a le droit pour dire : j'ai pensé que tu allais prendre ma glace alors je prends d'abord la tienne et si tu bouges t'auras une torgnole? On peut faire ça? Oui, on peut. Cela, tu le savais déjà, ça s'apprend tout petit. Mais tu pensais que les grands... Et tu te souviens comme c'était joli le patinage artistique à Sotchi, la voix douce du commentateur.


Les avions que nous avons et qui ne servent à rien

Toi, tu aimes les avions. Quand le monsieur qui vient d'Afrique parce que les demandes il ne peut plus les déposer dans tes ambassades a amené directement son avion à Genève, tu étais tout content. Tu as dit: je veux aller le voir sur la piste! C'est quand même plus chouette que lorsque l'on attache les gens avec un sac sur la tête pour les faire partir, Et moins gênant que lorsque l'on va en vacances dans le pays de celui qui s'étouffe dans ses crachats et sa morve, bâillonné sur le siège à côté. Tu as dit: pourquoi il n'y a pas des gens qui nous amènent des avions plus souvent ? On t'a répondu: parce qu'ils n'ont pas d'autorisations. Et sans autorisations, on ne peut rien avoir. C'est pour cela que l'on va voter l'autorisation d'avoir plus d'avions pour lutter contre les avions de ceux qui n'ont pas d'autorisation pour venir. Oui, mais... puisque nous avons déjà les avions des autres que l'on a autorisé pourquoi avoir besoin d'autres avions pour empêcher que des avions arrivent encore? On t'a dit alors: les avions qui sont à nous ne volent pas avant l'heure du petit-déjeuner. Point barre. Ou alors quand il y a un sommet pour les plus riches dans les Grisons. Car c'est pas Suisse de voler avant le petit-déjeuner, ça perturbe le sommeil des gens, les vols migratoires des canards. Le terrorisme peut bien attendre l'heure de l'apéro. Tout ça ça s'appelle la souveraineté du ciel. La sou-ve-rain-et-é-du-ciel... oui oui là où passent tous les avions de chasse des autres armées. Alors tu as fait le calcul, ces petits jeux d'adultes, ça coûtera 4milliards, pour des avions qui ne voleront toujours pas avant que le ciel soit clair. Tu as pensé : c'est se moquer un peu du monde et surtout de la grand-maman du 3e qui a de la peine à payer son loyer.   


Politique: jeu d'enfant

Avec 4 milliards, tu as pensé à toutes les glaces que tu pourrais t'acheter, à toutes les grands-mamans qui pourraient être aidé pour payer leurs loyers et tes yeux ont brillé. Tu as pensé à tous les petits copains que tu allais rencontrer si tu les partageais, et tu t'es dit, parce que tu es économe, que de ne pas envoyer l'argent en l'air, c'était vraiment le salaire minimum. La politique: un jeu d'enfant.


Vivement que tu grandisses un peu.

 

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14/06/2012

Festifoot: fête à la censure

"Il est hors de question de diffuser un clip d'une telle violence et susceptible d'engendrer celle-ci sur notre esplanade. Je vous rappelle que les forces de l'ordre sont présentes sur le site et que leur image en serait détériorée." La réponse de l'organisatrice de Festifoot à la question de savoir pourquoi une vidéo d'Amnesty International n'avait toujours pas été diffusée sur l'écran géant de l'esplanade des Vernets est martiale. Olivier Francey, dans un article Tribune de Genève du 14 juin, met en exergue la censure opérée par l'organisation. La gouvernance à la mode ukrainienne s'inviterait-elle à Genève? Lors du dépôt de la motion socialiste au conseil municipal demandant la non-diffusion des matchs de l'eurofoot ayant lieu en Ukraine en raison du non-respect des droits humains les plus élémentaires dans ce pays, la droite avait poussé des cris d'orfraie, criant à la censure en arguant du fait que le sport n'a rien de politique. Or, on le voit aujourd'hui, non seulement le sport est politique mais ceux qui ont pour tâche de le diffuser et de faire de l'argent avec, aussi. Madame Andersen (d'obédience libérale-UDC), assume avoir pris seule le soin de censurer le clip d’amnesty international avant les matchs de l’eurofoot sur l’esplanade des Vernets. En Ukraine, et à Genève, désormais, la libre expression à ses limites, qu'on se le dise, faut pas que ça dérange, ni mette en cause le pouvoir policier, économique et donc moral en place. Sinon: couic, on coupe.

 

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13:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, festifoot, amnesty internationale, ukraine, usage de l'espace public | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/06/2012

Foot-business ou justice sociale?

Ce vendredi débute l'eurofoot en Ukraine et en Pologne. En Ukraine, l'emprisonnement de Ioulia Timochenko jette une lumière crue sur le mépris pour les droits de l'homme affichés par le pouvoir en place. La question que se posent les gouvernements européens est celle de savoir s'ils se rendront en Ukraine. Et à Genève, se pose-t-on la question de l'attitude à adopter? Faut-il diffuser les matchs comme si de rien n'était? Le fait que le football est le sport avec le taux d'audience le plus fort, qu'il est un évènement rassembleur et festif, ne doit pas servir à couvrir les agissements d'un pouvoir politique inique. Se régaler de matchs sans y porter attention serait cynique. Derrière l'eurofoot viendra le mondial au Brésil en 2014. Une campagne de Solidar a mis sur le terrain les plus de 150'000 personnes déplacées afin d'aménager un mondial le plus glamour possible. Et ensuite viendront les jeux d'hiver de Sotchi en Russie.... La question se pose donc de l'éthique à avoir en matière de retransmission sportive, de l'emballage qu'il faut ou non leur donner (message d'introductions, scène offertes à des ONG, etc.,?) La Ville de Genève ouvre et finance un bel espace devant la patinoire des Vernets pour la diffusion des matchs, avec DJ et stands de bière. Offrir cet espace pour des ONG défendant les droits de l'homme et pouvant sensibiliser les spectateurs ne serait-il pas bienvenu?  

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16:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, ukraine, droits de l'homme, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |