sylvain thévoz

07/07/2015

Prenez-les chez vous! Vous démissionnez alors?

 

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que celles et ceux qui ne veulent ni s'occuper ni voir les problèmes de l'accueil des migrant-e-s terminent une discussion lorsqu'ils sont à court d'arguments... quand ils ne la commencent pas de cette façon.

Prenez-les chez vous ! C'est comme cela que Mauro Poggia, Conseiller d'Etat MCG, se positionne ; de la même manière Daniel Sormani conseiller municipal MCG, quand il envoie un message aux autres élu-e-s. Vous voulez trouver des solutions à ce problème social ? Prenez-les chez vous ! 

La volonté de faire porter à celles et ceux qui s'engagent la responsabilité d'une gestion étatique, doit être entendu comme un aveu d'impuissance ; ou une stratégie pour faire toujours porter aux citoyen-ne-s des charges qui reviennent à l'Etat mais dont il cherche à se défausser.   

Ni vu ni connu : prenez-les chez vous ! 

Vous avez des critiques, vous n'êtes pas satisfaits du travail effectué ? Vous pensez qu'il est indigne de mettre des humains dans des bunkers; que l'Etat a volontairement mal anticipé, mal évalué et mal traité ce problème des migrations ? Vous pensez que l'on peut faire mieux en faisant autrement? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que l'on ne peut pas simplement faire disparaître des humains, comme s'ils n'existaient pas ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez que, dans une société vieillissante comme la nôtre, où les aîné-e-s représentent un quart de la population, -cette part ne cessant de croître- laisser des jeunes hommes inoccupés est absurde? Prenez-les chez vous !

Vous pensez que le système administratif et carcéral prétendant gérer la question de l'asile ne fait que l'alourdir et rendre plus coûteuse sa charge à la collectivité ? Vous pensez que ces enjeux doivent être repensés ; que les multiples révisions de l'asile voulues par l'UDC ont totalement crispé la question de l'asile ? Prenez-les chez vous!

Vous pensez qu'il y a un lien entre la déshérence dans laquelle sont laissés ces hommes et la petite criminalité ? Prenez-les chez vous!

Vous proposez des Assises sur la question de l'asile, incluant les associations, l'Etat, les communes et les communautés religieuses? Prenez-les chez vous!

Prenez-les chez vous ! Cette réponse est indigne d'un Conseil d'Etat. Cette manière culpabilisante de faire de la politique : en individualisant les questions politiques et rendant responsable le citoyen de leur gestion, est désastreuse.

Elle est, de plus, anti-démocratique, parce que précisément, nous élisons nos représentants pour leur déléguer le pouvoir d'agir, pas pour qu'ils nous le renvoient à la gueule sans concertation avec un "Prenez-les chez vous" qui est un aveu de démission. 

 

L'incohérence de Monsieur Poggia

Paradoxalement, en faisant cela, Monsieur Poggia légitime ceux qui prennent la rue et manifestent en occupant des lieux !

Vous voulez qu'on les prenne chez nous ! Bien, on va le faire. Vous démissionnez? On s'en occupera.

C'était le sens de la banderole "Plutôt prendre qu'attendre" qui a été déroulée au 28c route de Meyrin  le 26 juin dernier lors d'une brève occupation de ce bâtiment. Monsieur Poggia, lorsqu'il demande ensuite au collectif de dégager et menace d'envoyer la police est incohérent. 

S'il veut que les gens s'occupent de la délicate gestion des migrants pourquoi le refuse-t-il lorsqu'ils rentrent dans une maison inutilisée de l'Etat, prêts à y faire des travaux, y remettre de l'ordre ?

N'est-ce pas parce que ce qui le dérange profondément, c'est le passage de l'individuel au collectif et le fait qu'un mouvement organisé puisse finalement faire le boulot à sa place?  

 

Séparez-les tous

Prenez-les chez vous.. mais un par un, dit Poggia ! Il affaiblit ainsi tout mouvement social de solidarité.

Prenez-les chez vous! Cette phrase de la droite et l'extrême droite est extensible à tous les domaines dans lesquels l'Etat a le mandat d'être actif, réactif et efficace mais duquel il se retire à bas bruit, s'absente, pour des questions prétendues financières mais liées avant tout à des choix politiques. 

L'avenir que dessinent les politiques de droite et d'extrême droite se profile ainsi clairement devant nous :

Une personne âgée qui n'est plus autonome? Prenez-la chez vous !

De l'insécurité dans votre rue ? Prenez votre batte de baseball !

On vous a volé ? Prenez sur vous !

Vous êtes malade ? Votre famille s'occupera de vous !

 

Chantage à la charité

 

Il faut le dire clairement, ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de se substituer au rôle de l'Etat, d'éponger l'échec des politiques publiques, ni à la charité individuelle de combler ses déficiences.

Ce ne sont pas aux citoyen-ne-s de payer de leur personne pour les cadeaux fiscaux fait aux entreprises ou aux plus fortunés, ni aux citoyen-ne-s de croire les bobards du Conseil d'Etat quand il dit qu'il n'y a pas d'autres solutions aux enjeux sociaux que l'abri, la prison ou l'expulsion.

 

Et notre Constitution, c'est du flan?

Prenez-les chez vous ! Ce report sauvage de charge de l'Etat vers les citoyen-ne-s est abusif.

En cela, la difficile question de la situation des migrant-e-s est une ligne de combat. C'est une ligne de front qui refuse à l'Etat démissionnaire de reculer encore devant ses missions de base. 

Si nous devons prendre des migrant-e-s chez nous, par substitution, ce ne sera en tout cas pas parce que le Conseil d'Etat aura refusé de faire dignement son travail et nous l'intime. Ce sera contre lui et pour nous organiser collectivement. 

Nous lui demanderons ensuite des comptes: sa démission par exemple, puisque il aura fait preuve de son inutilité; son incapacité d'honorer la délégation de pouvoir, principe constitutionnel, qui implique précisément de réaliser au nom de tous ce que chacun, en société, ne peut ni ne doit faire seul.

 

 

 

 

Références:

http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2015/06/24/un-conseil-d-etat-toujours-aux-abonnes-absents-268258.html

https://stopbunkers.wordpress.com/2015/06/26/communique-de-presse-no-bunkers-collectif-doccupation-du-gru%CC%88tli-vendredi-26-juin-2015-des-solutions-existent-pour-fermer-les-bunkers/

 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-policiers-evacuent-un-squat-a-la-route-de-Meyrin/story/10417521

 

 

 

 

14:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrant-e-s, politique sociale, poggia, mcg, udc | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/05/2015

La FIFA : une affaire Suisse

Son président est Suisse, son siège est à Zurich. Quand la tempête s'abat sur la FIFA et que les preuves de corruption s'accumulent, Ueli Maurer, conseiller fédéral UDC, vole au secours de Sepp Blatter. Devant les quelques 340 participants du 5e Forum suisse des médias à Lucerne, il a défendu le bon président, affirmant qu'il ne faut pas oublier tout ce qu'il a fait de formidable pour le football.

Sans blague, alors que la FIFA est sous enquête, corrompue jusqu'à l'os, que la justice américaine va déballer des années de corruption généralisée. Ueli Maurer a la même ligne de défense que Blatter : il fait diversion et préfère parler football, se rangeant aux côté de Poutine pour le soutenir.

Didier Burkhalter, autre conseiller fédéral, PLR, voit dans cette affaire une chance à saisir.  "Cela va peut-être faire évoluer les fédérations sportives internationales". Surtout ne pas s'en mêler, surtout ne pas réfléchir sur le rôle tenu par la Suisse dans ce système, surtout ne pas se sentir responsable, alors que notre pays est le champion du monde toutes catégories pour l'hébergement des fédérations sportives (une soixantaine) et que ces fédérations bénéficient chez nous d'un statut fiscal privilégié. Elles sont définies comme sans but non-lucratif. La FIFA fait des millions de bénéfices, a plus d'un milliard de réserve en cash, est au bénéfice d'une grande flexibilité juridique, sans obligation de rendre ou de publier des comptes. Quel est le système fiscal qui permet à la FIFA une totale opacité sur ses gains ? Le nôtre. Qui le défend mordicus? La droite.   

L'Hebdo rappelle, dans sa dernière édition, les sept péchés capitaux de Blatter et revient sur le fait que la FIFA soit exemptée de tout impôt fédéral direct. En effet, le parlement (à majorité de droite) a refusé, en juin 2012, d'abolir ce privilège. Parce que les partis bourgeois ont toujours servi l'argent, et pratiquent les mêmes tactiques qui a cours à la FIFA : chantage, lobbying, graissage de pattes et complaisance envers ceux qui possèdent l'argent et le pouvoir.

La FIFA: un produit de la droite

Couvrir le blanchiment d'argent sale, encourager les forfaits fiscaux, les évasions fiscales, fermer les yeux sur la Suisse qui lave plus blanc, la Suisse mafieuse, c'est un sport de droite qui a été érigé en système puis en droit. Faire du chantage au départ, couvrir les malfaiteurs des palaces, c'est la mission de la droite. Cette stratégie a conduit le système bancaire à ne pas se réformer et au final à le payer cher. Aujourd'hui, les procureurs américains font le ménage à Zurich dans les palaces où les magouilleurs se prélassent et la droite menace notre souveraineté en s'acoquinant avec des indélicats. Avec l'affaire de la FIFA, on découvre que la complicité de la droite pour soustraire des millions d'impôts au fisc et faire plaisir aux copains est dans son ADN.  

Le parti socialiste, par son conseiller national Carlo Sommaruga, avait proposé en 2012 une loi pour «poursuivre d’office les cas de corruption dans le secteur privé», et non plus seulement lorsqu’une plainte était déposée. Le PLR, l'UDC, economiesuisse, l'USAM et l'association suisse des banquiers l'avaient rejetée, ainsi que... la FIFA. La droite n'aime pas les lois anti-corruption. Elle aime la "main invisible" du marché et les yeux qui se ferment. Elle adore les forfaits fiscaux et les associations milliardaires à but non-lucratifs. Elle adore agiter le chantage au départ pour ceux bénéficiant des largesses et de la complaisance de la législation helvétique. Cela la conduit à la paresse intellectuelle et encourage la criminalité des cols blancs. La crédibilité de la Suisse est aujourd'hui gravement entachée. L'image de notre pays salement détériorée. La FIFA est une affaire suisse, le produit de son système fiscal voulu par la droite.

 

Tous les regards vers Zurich 

Ce jeudi, tous les regards seront tournés vers Zurich où un valaisan cherchera à se faire élire pour un cinquième mandat à la tête d'une association corrompue brassant des milliards et ne payant pas un centime d'impôt en Suisse.

Tous les regards seront tournés vers notre capitale financière où nos conseillers fédéraux et la majorité de droite de notre parlement ont choisi de protéger la FIFA et la corruption.

Que Blatter s'en aille. Et avec lui les valets de la droite helvétique, championne du monde d'un système fiscal opaque qui sert l'argent plutôt que les intérêts du peuple, les intérêts des puissants plutôt que ceux du droit et de la justice. 

 

 

 

 

https://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/portrait-les-sept-p%C3%A9ch%C3%A9s-capitaux-de-sepp-blatter

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/77cfbfc2-f312-11e3-a2d8-dc7d3196b5d7/La_Suisse_h%C3%A9site_%C3%A0_domestiquer_la_FIFA

 

08:21 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fifa, blatter, maurer, forfaits fiscaux, cadeaux, plr, udc, pdc, economie suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/02/2014

Nous sommes les 49,7%

1653540_10152189125346826_1160588183_n.jpgNous sommes le 49,7%. Belle consolation. Et puis quoi? Nous sommes le 49,7%, ce n'est pas rien, certes, mais en l'état ça ne pèse pas encore bien lourd. Il y a dans ce nombre quelque chose de fortifiant, une source de cohésion, mais nous valons mieux, et surtout, plus que cela.


49,7% mais de quoi?

On sait contre quoi nous nous sommes retrouvés : refus de l'initiative trompeuse de l'UDC contre l'immigration de masse qui péjore le développement de la Suisse, complique toute dynamique de création de richesse (sans résoudre la question de sa répartition), en revenant à des contingents pour les travailleurs étrangers. Initiative rendant plus précaires les conditions de travail des employé-e-s, ajoutant des complications aux entreprises, et n'améliorant pas d'un iota la question du dumping salarial, tout en crispant encore plus les rapports sociaux et bureaucratisant à l'extrême les conditions d'embauche des travailleurs et travailleuses. Nous sommes, pour l'instant, le 49,7% du refus au refus, du rejet au rejet de l'autre qui apporte travail et prospérité à la Suisse.

Non à la division des masses

A lire les analyses de la semaine, plutôt qu'une Suisse unie et forte, ce sont la division et l'opposition qui ont marqué des points. Opposition de la suisse-romande à la suisse-allemande, des villes aux campagnes, des vieux aux jeunes, opposition des suisses qui auraient une conscience nationale à ceux qui ne l'ont pas, de la Suisse réelle à la Suisse irréelle, des bobos hystériques au peuple authentique, du quartier des Avanchets et de Châtelaine aux autres communes, des élites autistes au peuple réifié... des 49.7% aux 50,3%. N'est-ce pas surtout là que se nicherait la victoire des initiants?  Dans la division de masse qu'elle a réussit à imposer? Dans le fait de creuser les clivages et la division dans un pays qui a crée sa richesse en faisant travailler ensemble les différences plutôt qu'en les exacerbant? Blocher ne dérape pas quand il dit que les romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. Il poursuit, inlassable, son projet de division des masses, en bon petit patron.

Suspens économique

Et maintenant qu'allons-nous faire? L'annonce de la non-ratification par le Conseil Fédéral de l'accord pour l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie oblige l'Europe à geler la participation de la Suisse aux programmes "Horizon 2020" (8000 emplois potentiels en Suisse de perdus) et Erasmus (fin d'une mobilité facilitée pour les étudiants suisses en Europe). Jusqu'aux CFF, on s'inquiète. 25% des monteurs de voies salariés, 26% des installateurs de ligne de contact, 15% des employés de maintenance sont étrangers. Selon Le Temps, 75% du personnel qui travaille sur les chantiers ferroviaires a un nom à consonance étrangère. Dès 2016, lorsque le fonds d'infrastructure sera débloqué, qui va aller poser les rails et renouveler le réseau ferroviaire? Les retraités à la croix-blanche, comme le désire l'UDC? Il serait bon de les voir serrer les boulons de nuit sur les chantiers ferroviaires. Quel gâchis. Et qui va aller ramasser les patates dans les champs? Les chômeurs ? Quelle illusion.

Un conte rappelle l'histoire d'un homme tellement en colère qu'il marchait dans la rue avec une pierre pour frapper les gens. Ne voulant plus avoir à ramasser sa pierre à chaque fois qu'il en frappait un, il l'avait attaché à un élastique afin qu'elle lui revienne à chaque fois. Parfois il touchait quelqu'un, mais toujours, qu'il atteigne sa cible ou non, la pierre lui revenait... dans la figure. Soulagé, il recommençait plus tard, encore, encore. Effet boomerang, quand tu nous tiens....

download.jpg50,3% de f...âchés ?
Non, "eux" ce ne sont pas 50,3% de fachos, plutôt 50,3% de fâchés (39% à Genève). Je les écoute. Ils disent non aux bus bondés, aux cacas de chiens en bas de chez eux, aux cages d'escalier taguées, oui à la Suisse du formol, non à l'étranger (sans savoir très bien qui c'est au juste), oui à la Suisse éternelle, au goût original du Toblerone, au "c'était mieux avant", à des billets de train moins cher, au deuxième McDo gratuit. Non au changement-si-je-ne-sais-pas-ce-que-j'ai-au-bout, aux jeunes qui traînent dans la rue. Cette Suisse fâchée des 50,3% a mille bonnes raisons de l'être, mais au final, en l'écoutant bien, pas une seule qui rentre directement en adéquation avec le libellé de l'initiative UDC. Cette Suisse des 50,3% vote contre ses intérêts. En suivant sa colère, elle s'est surtout fait instrumentaliser et mal à elle-même. Recommencera-t-elle? C'est à craindre. La Suisse de celles et ceux qui ne sortent plus de chez eux le soir et n'essaient même plus, parce qu'en lisant les nouvelles on voit bien que c'est l'horreur. Et qui maintenant ont même peur chez eux en lisant le GHI qui annonce la torture d'un aîné en Une, créant la psychose  (4 cas avérés rappelle la Police en petit caractère en bas de page). La Suisse de celles et ceux qui veulent retrouver un pays d'avant, mythifié et rêvé, plutôt que de construire le pays d'après, et font confiance à Blocher, petit patron du tassement, qui divise les masses pour mieux prospérer. Une Suisse qui à force d'être en sécurité à tout prix, risque d'être morte avant de commencer à vivre.

Le 18 mai nous serons combien?

Nous étions 49,7%. Il nous a manqué 0,3%. Il a manqué 20'000 voix à l'appel, ou d'avoir pu faire changer d'avis 10'000 personnes. Cela veut-il dire qu'il ne nous manquerait plus que 0,3% pour être une majorité ? Ce serait si facile. Aujourd'hui, une semaine après, combien sommes-nous? Plus ou... moins de 49,7%? Et demain?

Combien serons-nous le 18 mai à refuser de payer la somme astronomique de 3 ou 4 milliards pour acheter des avion de combat Gripen ? Un petit peu plus ou un petit peu moins que 49.7%? Combien serons-nous le 18 mai à accepter l'initiative populaire pour la protection de salaires équitables (initiative sur les salaires minimums) qui résoudra pour partie les questions du dumping salarial et des abus patronaux ? Plus, ou moins de 49,7% ?

Si nous avons su nous rassembler contre une Suisse qui regarde dans le rétroviseur, nous pouvons maintenant réussir à faire une majorité pour la Suisse qui avance, économiquement et socialement. 

11:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, votation, immigration de masse, division des masses, udc, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/08/2013

Il joue à la roulette russe

24203231.jpgLa dernière affiche de l'UDC genevoise en vue des votations fédérale du 22 septembre sur la suppression de l'obligation de servir a la mérite de faire tomber les masques. Violence pure, volonté extrême de faire le buzz en choquant, le soldat Schwitzguebel joue à nous faire peur en se mettant en scène une arme pointée sur sa tête. Cela fonctionne. Il rend compte à merveille de la morbidité de l'armée et des dangers de celle-ci. Il faut faire de la publicité à cette affiche, elle desserre la cause d'une armée suisse qui soi-disant protégerait sa population et lui donne son vrai visage: une institution armée qui menace ses recrues, et tue, accidents après accidents ceux qui, par l'arbitraire de leur sexe ou de leur nationalité, ont le malheur d'y être engagé. L'armée d'amateurs telle que nous la connaissons menace la population plus qu'elle ne la protège en mettant des milliers d'armes en circulation et en initiant à la guerre. L'UDC illustre combien jouer avec les armes peut rendre agressif ou suicidaire. Si l'armée suisse a pour mission de défendre le pays qu'elle prétend servir, concrètement, elle est surtout une institution qui retourne ses armes contre ceux qui la servent. Et ceux qui la servent, avant de se défendre d'un ennemi, sont surtout prêt à en découdre avec eux-mêmes ou avec leurs proches. Les multiples morts en lien avec l'armée sont illustratifs. L'amateurisme et les armes, ça ne fait pas bon ménage.    

Une expérience à Savatan

Mon expérience personnelle de l'armée : 4 mois à Savatan pour une école de recrue. 1 mort. Un jeune homme plein de vie qui marchait peu et que l'on a sanglé pour forcer à avancer, ce qui l'a tué. Rien appris, rien lu, coûté cher à la société, en matériel, en heures de travail perdues et en veilles inutiles dans des trous creusés dans la montagne, siestes à l'arrière de camions, marches sans but dans la nature. Des milliers de cartouches vidées dans la montagne, parce qu'il fallait bien épuiser des stocks de munition. Des levers à 4h30 du matin pour attendre quoi: - rien. Le mythe de l'école de recrue facteur de mixité nationale c'est du bidon. On était entre romands, et ça ne volait pas haut. Cela n'a pas fait de nous "des hommes" mais des abrutis en groupe passant le visage au cirage des plus fragiles et tondant les cheveux des plus petits ou de ceux qui ne tenaient pas les secouées à l'abricotine du mardi matin. L'uniforme porté par des amateurs rend con. L'uniforme porté par plusieurs cons rend au mieux très très con, au pire: méchant.  

Les obsédés des armes repartaient à la maison le vendredi avec des cartouches volées dans les poches avant d'aller se bourrer la gueule le samedi pour oublier qu'ils devaient revenir le lundi. Mon expérience de l'armée aujourd'hui: des courriers qui me viennent de Berne pour me demander si j'ai bien rendu mon fusil militaire il y a environ 10 ans, car l'armée ne sait plus si je l'ai rendu ou pas. Comme je n'ai pas répondu à une première lettre, un rappel deux mois après m'est parvenu et puis plus rien. Aujourd'hui, non seulement l'armée ne sait pas si j'ai rendu mon arme ou pas, mais en plus, elle se moque de savoir que je lui réponde ou non sur le fait que je la lui ai rendue. Bref, c'est le chaos, et on ne parle pas d'allumettes ou des factures Billag, mais d'un fusil militaire. L'amateurisme semble aussi régner en maître à l'arsenal central.  

Vive l'armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, armée d'amateurs

Vive l'armée de milice, tant qu'elle n'oblige que les mecs

Vive l'armée de mecs amateurs, garantie tout risque contre tous les terroristes

Vive l'école de recrue, vacances garanties où l'on risque sa vie

Vive la mythologie des armes, ça peut toujours servir à un arrêt de bus

Vive n'importe quelle armée, du moment que l'on en a une

Vive les accords militaires avec des états en guerre. Il y a de l'argent à se faire. L'armée de milice sert à tester à peu de frais notre matériel

Combien de morts chaque année grâce à l'armée suisse? Entre les tombés de camion, les noyés de rafting (5 morts sur la Kander en 2008), les ensevelis sous les coulées de neige (6 morts à la Jungfrau en 2010), les heurtés par les tanks (Bure, 2011, 16 blessés graves) les dégommé-e-s à un arrêt de bus par des recrues (Zurich, 2007, 1 morte), les supprimé-e-s au hasard (Dübendorf 2013, 1 blessé grave, Daillon 2013, 3 morts, 2 blessés gravement par un ancien capitaine de l'armée, Menznau, 3 morts, 7 blessés, Baden, 2007, 1 morts, 4 blessés grave etc., etc ) les personnalités (Corinne Rey-Bellet supprimé à l'arme d'officier en 2006), liste non-exhaustive et qui ne retient pas les nombres importants de suicides à l'arme militaire. Nous sommes tous et toutes, toi, toi, toi et moi, et toi encore, victimes potentielles des petits Schwitzguebel qui jouent avec les armes en les pointant sur eux, sur d'autres, en affiche mondiale ou plus banalement depuis leur fenêtres vers la rue. 

Une obligation de servir très récente

L'instauration du service militaire obligatoire ne date que de 1874.  Les conscrits avaient alors à charge de s'auto-armer. L'Etat disposait alors de moyens limités, il a relancé des mythes comme celui de Guillaume Tell et celui du citoyen-soldat, utiles pour discipliner les citoyen-ne-s. Mais désormais, le pouvoir est suffisamment fort pour ne pas laisser traîner des armes dans la natures et les confier à n'importe qui. 466 morts par arme à feu en Suisse 1998. Il y en avait 221 en 2010. Cette baisse va de pair avec la dimimution des effectifs militaires de 850'000 hommes dans les années 1990 à 180'000 actuellement. Moins il y a de soldats, moins il y a d'armes, moins il y de morts. C'est mathématique. Moins il y a d'amateurs qui peuvent se procurer d'armes, moins on risque sa peau. L'armée suisse telle qu'elle est construite aujourd'hui, avec une obligation de servir anachronique, devient une menace plus qu'une assurance.

A quoi sert une armée de milice? A donner aux petits Breivik en puissance des munitions. L'affiche de l'UDC donne la juste image de l'armée suisse. Armée à laquelle il nous est proposé de retirer rapidement les armes cédées aux citoyens qui les manipulent. Chaque citoyen enrôlé en moins c'est un risque diminué. Le 22 septembre, je vote OUI à la suppression de l'obligation de servir pour assurer un peu plus la paix civile et empêcher tous les petits Schwitzguebel de faire un carton.  

23:56 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armée suisse, udc, milice, amateurisme, meurtre, 22 septembre | |  Facebook |  Imprimer | | |