sylvain thévoz

18/12/2012

Tamedia Midas moderne?

journalisme,cct,tamedia,travailLes éditeurs de la presse écrite en Suisse romande, par l'intermédaire de leur association, Médias Suisses, ont annoncé la semaine passée qu'ils allaient résilier la convention collective de travail cette année, avec effet au 1e janvier. La convention collective de travail, comme le rappelle impressum, l'association professionnelle des journalistes, prévoit les conditions de travail des journalistes et des photographes de presse, un plan social en cas de licenciement massif, des salaires minima. Elle traite du paiement du salaire en cas de maladie, du congé de maternité et autres absences, prévoit les normes en matière de santé au travail., édicte les délais de congé en cas de licenciement, etc. En bref, c'est la garantie de conditions de travail correctes et d'un minimum de sécurité au travail.

Attaquer la convention de travail (comme l'a aussi fait la RTS plus tôt dans l'année), c'est une déclaration de guerre contre la paix du travail et la porte ouverte aux dumpings et aux inégalités de traitement. C'est l'instauration de la loi de la jungle pour toutes et tous, et surtout, de la part de Tamedia, qui s'était engagé au moment du rachat d'Edipresse de respecter et maintenir la CCT romande et l'accord interne des rédaction, voir son nez s'allonger sur son visage marqué par l'abus de pouvoir, le non-respect des travailleurs, et la dérégulation forcée des conditions de travail. 

On peut se gargariser des mots de démocratie, de participation, de liberté de la presse, mais quand il n'y a presque plus qu'un seul acteur dans le domaine de la presse écrite, et que ce dernier souhaite fixer tout seul les règles du jeu pour faire valser ses journalistes comme bon lui semble, c'est-à-dire: au gré des courbes de ses bénéfices, quel sens pouvons-nous encore donner au mot information et quelle sera demain la qualité de celle-ci, si ceux qui la font seront des journalistes payés au rabais au sein d'une profession toujours plus précarisée?

Tamedia, Midas moderne, ayant fait le choix de vouloir tout changer en or, fait un mauvais calcul. Il perdra ce qui fait la base, le pain et l'eau de son entreprise: l'adhésion des journalistes à leur travail ; leur respect pour celui-ci et leur employeur. Tamedia, en faisant le choix de précariser ses journalistes pour plaire à ses actionnaires, fait à moyen terme un calcul avide qui péjore les conditions de ceux qui sont son unique plus-value. Comment des journalistes payés au rabais et révocables à merci, feront-ils un travail de qualité et garderont-ils un bon niveau de publication?

Mais peut-être est-ce cela, au final qui est visé. Peut-être faut-il se demander si ce n'est pas l'existence même d'une presse de qualité qui est en jeu. Car enfin, pourquoi servir des informations travaillées, et un journalisme fouillé, quand la pâtée molle remplit aussi, et que les pages people sont suffisantes pour agrémenter le voyage en tram et trouver quelques annonceurs?

Dans le final du mythe antique, Midas supplie les dieux de l'arracher à son brillant fardeau, et de revenir à sa nature première. Il finit néanmoins avec des oreilles d'âne allongées, puni d'avoir eu des oreilles si grossières et d'avoir su si mal entendre. Tamedia, Midas moderne, saura-t-il s'épargner la même fin que son ancêtre mythique ? Pas sûr. Il y faudrait une autre volonté, et surtout: une autre éthique que celle de la bourse.



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09/09/2011

Le travail c'est la santé, à condition d'y survivre!

"Le travail c'est la santé... à condition d'y survivre." Cette boutade échangée à la cafétéria ferait sourire si, tout comme les plaisanteries russes sous le communisme elle ne marquait une ironie et une résistance face à une situation de violence et d'oppressions dans le monde du travail et de la rentabilisation maximale qui "broient l'humain" Pour preuve, ce regard curieux jeté dans les pages Carrières du Temps.

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15:27 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : santé, travail, capital. | |  Facebook |  Imprimer | | |