sylvain thévoz

20/07/2016

Mollo les rambos !

On a lu avec attention, dans le climat tendu et hystérique qui règne aujourd'hui, les déclarations du magistrat Maudet annonçant des mesures de lutte contre la radicalisation. On a pris bonne note de sa volonté affirmée de cibler les jeunes avant tout, nonobstant le fait que dans les récents événements de Paris, Bruxelles et Nice, il s’agit d’hommes pas si jeunes que cela, plutôt entre 20 et 39 ans, soit… des adultes.[1] Ce ne sont pas les esprits faibles des jeunes qui semblent un facteur déterminant, mais la misère de l'impasse sociale et de parcours d'échec.

Monsieur Maudet affirme que la réponse doit être de deux ordres : policière et sociale.[2] Bien. On se prend alors à espérer que ces deux démarches avancent en parallèle, main dans la main. Malheureusement, cela n'est pas le cas aujourd’hui. A entendre ce qui remonte du terrain, elles sont même plutôt antagonistes. Si les sociaux font un travail de lien et de construction, la paranoïa qui anime la police et sa manière brusque d’intervenir dans l’espace public, nourrie par une volonté de contrôle et une appétence à sur-réagir, jouer les gros bras, envoie un message qui ne peut qu’attiser ce qu’elle prétend combattre.

Le résultat de l’action policière : stigmatiser certains profils, les harceler. Poursuivis pour délit de sale gueule, ils sont alors tentés de se radicaliser. Le résultat de l’hystérie policière ? Rendre sexy une posture de djihadiste de préaux et donner à certains une raison d’exister en jouant, face aux policiers, qui en voient partout, les effrayants djihadistes, rendant ainsi valorisante la posture du barbu. La police nourrit ce qu’elle prétend combattre. A force de surjouer au djihadiste et au flic, la police finira par en créer davantage.  

 

L’hystérie policière est mauvaise conseillère

Un exemple ? Dans un bus, une femme, qui rentre d’un pique-nique dans un parc. A quelques arrêts de chez elle, elle note la montée d'une équipe de contrôleurs. Alors qu’elle leur tend son billet, elle note la présence de plusieurs policiers en tenue d'intervention. La tension devient palpable dans le véhicule. La police interpelle chacun. Le bus roule plus lentement, n'ouvre pas les portes à l'arrêt suivant. Les policiers demandent à voir les contenus des sacs. Un grand policier, tendu, fatigué... poli mais à cran.

 - Madame, est-ce que ce sac est à vous ? Elle a à ses pieds, entre ses jambes, quasi sous sa longue jupe : un cabas papier visiblement quasi vide.

- Oui, c'est le mien

- Peut-on voir son contenu?

- Oui bien sûr...

Pas même agacée, elle le lui tend. Il le fouille et se fige. Quelque chose se modifie dans sa posture : main qui va se poser sur son arme de poing à la ceinture. Car dans le cabas de papier, il y a, outre une plaque à gâteau avec un reste de tarte maison fromage/poireaux (délicieuse, même froide il paraît), un TOUT PETIT COUTEAU DE CUISINE... dont la lame maculée de fromage (serait-ce de l’anthrax ?) montre très visiblement qu'il a servi… à faire de belles parts. Mais voilà, soudain, c'est une arme blanche, et visiblement, la jupe pourrait tendre vers le noir burka.   

Cette femme relativise, explique très calmement qu’elle rentre d'un pique-nique au parc...


-Par ce temps ? A cette heure-ci ?

-Oui, il faisait un peu froid c'est vrai, mais c'était un beau moment. Les enfants étaient ravis...

- Les enfants ? Quels enfants ? Vos enfants ? Et maintenant, ils sont où vos enfants ?

- Non ce ne sont pas les miens...

- ... pas les vôtres, comment ça ?

- ...

 

Le climat de peur généralisé fout les jetons

Les questions fusent, l’interrogatoire sauvage commence. Elle explique, encore et encore, est reprise, interrompue. Elle sent que tout ce qu’elle dit est de plus en plus suspect. Elle fait tout pour rester calme, mais effrayée, elle est placée radicalement sur la défensive.

Elle a juste pris, comme à chaque pique-nique, son couteau à mini lame, à peine de la longueur de sa paume, de ses si petites mains qui n'ont jamais blessé personne. Que cherche la police, qui veut-elle arrêter ? Pas un mot. Aucun policier ne prend la peine d’être pédagogue. Chaque personne est suspecte, voire complice, dans ce bus où la tension monte. Ces citoyens, paisibles il y a peu, deviennent nerveux... contagion de la suspicion, de la peur. Finalement, après un échange en code ridicule avec ses collègues via micro/ oreillette, le rambo cesse son harcèlement envers sa cible par un sermon:

- Madame, on ne doit pas se promener dans l'espace public avec un couteau...

- Mais je..

- Non, on ne doit pas ! Point ! Oui, même dans son panier de pique-nique ! 

A l’arrêt suivant, les rambos descendent, comme si de rien n’était. Et bye. Fin de l’opération de chasse et surveillance... jusqu'au bus suivant. En général, ce genre de manœuvre se termine par la rafle d’un sans papier ou d’un rom, sur lesquels les flics passent ensuite leurs nerfs.  

 

Les tactiques d’intimidation de la police radicalisée

Tout cela a duré quelques minutes, avec une femme sûre d’elle-même, et qui pourtant portera encore, durant de nombreux jours, la marque de cette rencontre avec la police, la racontant plusieurs fois, comme pour l’exorciser.

Le dimanche, quand elle achètera son fromage au marché, elle demandera au vendeur de le lui trancher en portions, par peur d’avoir à le faire elle, l’après-midi, avec son petit couteau au bord du lac. Alors, bien qu'on soit dans un lieu public, le fromager sortira son grand couteau et tranchera le gruyère pendant qu’elle lui racontera l'incident du bus.

Il la servira poliment, mais il s'interrogera certainement lui aussi : Et si cette femme était vraiment dangereuse... il n’y a pas de fumée sans feu n'est-ce pas, ni d’intervention de police sans suspect -jamais-. Et d'ailleurs lui, tenant ce couteau haut levé, n'est-il pas soudain un peu limite aussi…  comme bientôt tous ceux qui manient la pelle, la pioche, les drones ou même les balais dans l'espace public ?

 

Identifier l’ennemi ou l'inventer ?

Cette petite histoire, reproduite des milliers de fois sur des milliers de personnes quotidiennement, montre l’ampleur de la contagion et de la pression psychique. On peut imaginer, dans un climat psychologique difficile, ce que cela donne quand la police en rajoute ;  quand cette police rambo applique sa méthode de gros bras dénués de psychologie sur des profils ciblés en fonction de leur taille ou couleur de peau, jours après jours, comme elle le fait pour les roms ou d’autres catégories précaires de la population, harcelés d’un coin à l’autre de la ville et poussés à bout, parce qu’ils ont un profil terrorisable.

 

Le risque est aussi grand de fabriquer des radicalisés par l’hystérie de la police et la paranoïa ambiante que via des imams illuminés

Le plus grand relais de Daech, ce sont les agents de la peur, ils se comptent en nombre jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Au Département de la sécurité que préside Monsieur Maudet, ils ont des strapontins et certains de leurs remèdes sont les pires carburants à la haine.

Comme le rappelle Humanrights.ch, dans l'affaire des 32 bagagistes de Cointrin virés à Noël 2015 par mesures préventives: "Les droits humains prévoient certes des restrictions proportionnées et reposant sur une base légale, mais comment savoir si ces restrictions sont proportionnelles lorsqu’on avance à l’aveugle, sur la base de fichiers tronqués et en acceptant, comme l’a fait Pierre Maudet, qu’il est «pratiquement impossible pour une autorité́ helvétique d’aller contrôler la véracité de l’information à̀ l’étranger»? [3]    

Allez-y mollo les rambos, car avec votre panique contagieuse et votre haute capacité à criminaliser les citoyens qui partagent des gâteaux dans les parcs, mangent du fromage au couteau suisse et tout barbu qui nourrit des pigeons, vous allez pousser à bout une catégorie de la population déjà sur le fil, excédée, harcelée par vos soins, et pour peu qu’un petit événement de vie ne vienne pousser au basculement- un manque de travail, une rupture sociale – vous allez nous fabriquer les bombes humaines dont vous prétendez nous prémunir.

 

Déradicaliser la police

Oui, le magistrat Maudet a raison, la lutte contre la radicalisation nécessite une réponse ferme et respectueuse des droits de tous. Mais il ne faut pas croire que la radicalisation islamique soit la première qui menace nos institutions, nos libertés, et notre sécurité. Aujourd’hui, il est une radicalisation plus perverse, c’est celle des polices et d'une politique de la mise sous pression, dont il faut calmer l’hystérie et l’agitation, si l’on ne veut pas que la main gauche crée le problème que la main droite s’emploiera ensuite à régler.

Certes, cette schizophrénie fait le bonheur du magistrat, se gaussant d’une nouvelle menace sur Genève. Mais calmer par le social ce que la police excite est une drôle et coûteuse politique.

Verrouiller à double tour les prisons comme des cocottes minutes, en y jetant à peu de chose près n'importe qui - des mendiants qui ne paient pas leurs amendes par exemple-, c'est préparer des bombes à retardement.

Ce cauchemar, ponctué par les sirènes hystériques des camions de déminages appelé pour faire sauter les gâteaux du dimanche et les valises quittées des yeux par des voyageurs distraits, servira au final surtout à remplir les hôpitaux psychiatriques de citoyens à bout de nerf et les nouvelles prisons de la République de gueux ratissés dans les opérations de la police genevoise.

Alors, que Maudet envoie en stage ses rambos pour leur apprendre pédagogie et respect envers tous les citoyens qu’ils ne sont pas censés harceler, mais protéger... ou qu'il arrête hypocritement de parler de social.

 

Patricia Vatré, Sylvain Thévoz

 

 

[1] http://labs.letemps.ch/interactive/2015/attentats-paris/

[2] http://www.ge.ch/dse/doc/news/160603_comp_bilan_mesures.pdf

[3] http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interieure/protection/securite/affaire-bagagistes-geneve

09:29 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, proportionnalité, police, terrorisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/11/2015

Au nom d'Allah, du marché et de l'audimat

Début octobre, la SSR annonçait la suppression de 250 postes et la réduction de programmes, films, séries, émission religieuses et littéraires. Le Tribunal fédéral ayant décidé d’amputer la TVA à la redevance, la SSR devra faire face à quelque 35 millions en moins par an. Mais en 2018, l’élargissement de la redevance, (acceptée en votation populaire en juin 2015), apportera des recettes supplémentaires!  La SSR pourrait donc s’endetter, temporairement, et ainsi dépasser ce cap sans casse. Pourtant, la direction de la SSR a fait le choix de couper dans l'offre, les programmes... et dans les postes. Cette gestion à courte vue est désastreuse, pour les postes d'emploi à Genève, l'économie locale, et le public. Et puis, couper des émissions littéraires, sur le fait religieux, par les temps qui courent... faut-il être sot ! 

 

Le mépris du partenariat social

La direction de la SSR confirmait, le 17 novembre, après "consultation", vouloir sacrifier les emplois publics. Ceci, malgré plus de 400 propositions d'économie alternative avancée par le personnel.[1] Ces propositions alternatives ont été balayées par la direction. La consultation a servi d'alibi. [2] Une consultation bidon, certes prescrite par la loi, mais sans effet, pour entériner des coupes avant même que le parlement fédéral n'ait été saisi.[3]  Une consultation pipeau donnant quittance aux petits soldats du management et de l'austérité: les sots, champions de l'abêtissement généralisé.

Vous reprendrez bien un grand Prix de Formule1 et une couverture saignante d'attentats pour vous exciter le dimanche soir ?

 

Pour une vrai radio-télévision publique

Et si la radio-télévision publique se recentrait sur le service... public, avec des émissions de qualité,  et d'approfondissement?

Et si l'on protégeait la radio de la structure organisationnelle qu'a imposé la télévision sur la radio ? Si l'on sortait du règne du nivellement par le bas, avec un affaiblissement général des programmes par manque de moyens et le diktat de l'audimat?

Si rien n'est fait pour contrer cette entreprise d'abêtissement général, nous allons à terme vers la mort du service public. Alors, si l'on veut louer la liberté d'expression et défendre notre mode de vie, ce n'est pas seulement dans l'après coup, après que des terroristes aient tiré dans le tas, mais aussi quand les exécutants de la doxa financières suppriment des lignes, des services et des postes, compriment les cerveaux et compactent la masse. 

Il est temps de monter aux barricades pour refuser qu'au nom d'Allah, du marché ou de l'audimat, l'entreprise de vidage de cerveaux ne soit généralisée.

 

Le travail de sape des sots

Encore un mot. Dans le Matin Dimanche, j'ai lu avec stupéfaction la proposition d'un député genevois, fort sot, d'ajouter 2 millions aux forces de sécurité du canton pour qu'elles aient de plus performants fusils et gilets pare-balles pour combattre d'éventuels terroristes. Sauf que, deux pages avant, le chef des polices romandes annonçait, rassurant et professionnel, le parfait équipement et la capacité adéquate à faire face des polices romandes! 

Ceci pour démontrer la sottise et la surenchère dans laquelle nous sommes embarqués; la vilaine pente de la dictature de l'audimat, de l'émotionnel et du tout sécuritaire, qui fait plier la raison.

Il suffit aujourd'hui à certains d'hurler sécurité sécurité, armement armement pour dégommer les moyens pour l'éducation, le social, la conscientisation des esprits.

La direction de la SSR, les bancs de droite des députés, les sots: alliés objectifs des terroristes, dans leur entreprise de sidération et d'abêtissement généralisé.

La 5e colonne est au Parlement

Vous cherchez la 5e colonne des terroristes? Je vous en prie, n'allez pas à la mosquée ou dans les quartiers précarisés, vous la trouverez à la droite du Parlement, et dans certains conseils d'administration. C'est là qu'elle est implantée et déploie ses effets délétères.

Au nom du marché, du profit et de l'austérité; cherchant à détruire l'Etat, le vivre ensemble, avec une compréhension sotte et à courte vue d'une société sans culture et sans justice sociale, cette 5e colonne façonne une société extrêmement vulnérable.

Si nous laissons faire ce travail de sape, à ce rythme là, nous n'aurons bientôt plus besoin de terroristes, pour que tout s'écroule.

Notre société tombera d'elle-même, absorbée par sa propre vacuité (mais avec des budgets équilibrés).       

 

 

 [1] http://www.ssm-site.ch/fr/medienmitteilung-das-ssm-ist-schwer-enttaeuscht/

[2] http://www.ssm-site.ch/fr/note-de-protestation-relative-a-lissue-de-la-procedure-de-consultation/

[3] http://www.edito.ch/fr/2015/11/17/ssr-la-consultation-nau...

 

 

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De la Sottise (D.Bonhoeffer)
 
 
La sottise est une ennemie du bien plus dangereuse que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le mettre à nu, l’empêcher par la force; le mal porte toujours en soi un germe d’autodésagrégation, en laissant derrière soi un malaise. Nous sommes impuissants contre la sottise. Nous n’obtenons rien, ni par nos protestations ni par la force; le raisonnement n’opère pas; les faits qui contredisent ses préjugés, le sot ne voit pas la nécessité de les croire - dans ce cas, il va jusqu’à devenir critique- et lorsqu’ils sont inattaquables, il peut les mettre de côté comme cas isolés sans signification.
Contrairement au méchant, le sot est entièrement satisfait de lui-même; il devient même dangereux lorsque, facilement irrité, il passe à l’attaque. C’est pourquoi la prudence est de mise davantage face au sot que face au méchant. Nous n’essaierons plus jamais de convaincre le sot par le raisonnement; ce procédé est absurde et dangereux. Pour avoir prise sur la bêtise, il nous faut chercher à comprendre son essence. Elle est un manque qui n’est certainement pas intellectuel, mais bien plutôt humain. Il existe des gens d’une grande souplesse intellectuelle qui sont sots, et d’autres qui, bien qu’engourdis intellectuellement, sont intelligents. A notre grande surprise, nous avons fait cette découverte dans des situations précises. On constate que la sottise n’est pas un défaut inné, mais que, dans certaines circonstances, les gens s’abêtissent ou se laissent abêtir. Nous observons en outre que chez les solitaires ce défaut est plus rare que chez les gens ou dans les groupes qui penchent vers la sociabilité ou qui y sont contraints. Ainsi, la sottise semble être un problème sociologique plutôt que psychologique. Elle est une forme spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, une manifestation psychologique qui accompagne un certain état de choses. En y regardant de plus près, nous constatons que n’importe quel grand déploiement de puissance extérieure, politique ou religieuse, frappe de sottise une grande partie de l’humanité. Cela semble être carrément une loi psycho-sociologique. La puissance des uns a besoin de la sottise des autres.
Dans ce processus, certaines aptitudes de l’homme, comme l’intelligence, ne viennent pas à manquer brusquement, pas plus qu’elles ne s’étiolent, mais, sous l’influence écrasante de ce déploiement de puissance, l’homme est privé de son indépendance intérieure et renonce consciemment ou inconsciemment, dans telle ou telle situation, à une attitude personnelle. Qu’on ne s’y trompe pas: l’obstination fréquente du sot ne doit pas nous faire croire qu’il agit ou pense de façon autonome. Dans la discussion, on sent nettement que ce n’est pas à lui personnellement qu’on a à faire, mais aux grands mots qui le possèdent. Il subit un charme, il est aveugle. On abuse de sa personne, on l’aliène. Devenu ainsi un instrument dépourvu de volonté propre, le sot sera prêt à commettre n’importe quelle mauvaise action, et en même temps incapable de la reconnaître comme telle. C’est là le danger d’un abus diabolique. Par là, des hommes pourront être abîmés pour toujours.
Il saute alors aux yeux, précisément, que seul un acte de libération peut vaincre la bêtise, et non pas le raisonnement. On est obligé de convenir qu’une vraie libération intérieure ne peut intervenir que lorsqu’elle est précédée d’une libération extérieure; jusque là, il nous faut renoncer à toute tentative de convaincre le sot. Cet état de choses explique d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours en vain de savoir ce que “le peuple” pense réellement, et pourquoi cette question est si inutile pour celui qui pense et agit de façon responsable, toujours dans certaines circonstances. Le texte biblique qui dit : “la crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse” (Ps 111:10) déclare que la libération intérieure de l’homme responsable est la seule victoire véritable sur la sottise. Du reste, ces pensées sur la bêtise sont consolantes en ce sens qu’elles ne permettent absolument pas de croire sotte la majorité des hommes en toute circonstance.
Les autorités attendront-elles davantage de la sottise des hommes ou de leur intelligence et de leur liberté intérieure ? Tout dépendra de cela.
 
Dietrich Bonhoeffer, Résistance et Soumission, Editions Labor et Fides.

 

 

 

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20/11/2015

Touche pas à mon Etat

Suite aux attaques de Paris de vendredi passé, les services publics sont en première ligne, et montrent, s'il en était besoin, ce qui nous permet de vivre et survivre ensemble, ce qui fait le liant dans nos sociétés. 

La police, les pompiers, les ambulanciers, les psychologues, les bénévoles coordonnés par des travailleurs sociaux, les douaniers, la Mairie de Paris, les radios publiques, les médecins, les infirmières, les pompes funèbres, les experts, les consultants, les spécialistes, formés dans des universités, tous en premier ligne, tous au service de la population. Ceux qui travaillent en amont, les puéricultrices, les artistes, les éducatrices, les enseignants, les matons, les juges, les gardiens de la loi, tous et toutes: au  service de la population.  

Ces services, c'est l'Etat, qui se positionne, affirme, protège, pare au plus pressé, travaille et évite que la catastrophe ne se transforme en apocalypse. 

 

Touche pas à mon Etat ! 

Ces services, c'est tout ce qui, pour les petits soldats du libéralisme, "coûte cher" et ne rapporte rien ; tout ce qui, alors que nous nous balançons au-dessus de l'abime, voir que nous y avons déjà un pied, nous retient par le col. 

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A nourrir, éduquer, protéger, soigner, entretenir, choyer, et protéger.

Vous vous demandez parfois à quoi servent les impôts? A préserver le vivre ensemble. A établir un Etat que les tenant de l'austérité et du libéralisme forcenés veulent mettre à bas.

 

Est-ce que Mac Do nous protègera des attaques terroristes?

Est-ce que Procter & Gamble, UBS, Crédit Suisse, les patrons du trading et de la finance viendront ramasser ta maman sur le trottoir quand un connard l'y aura collé?

Non, selon le modèle américain, et les normes du management contemporain, ils l'enjamberont pour aller travailler, parce que ce n'est pas rentable de ramasser les mamans au sol.   

Il est choquant qu'aujourd'hui, des entreprises ayant quitté la France pour venir s'établir en Suisse, n'y paient pas d'impôts, s'y trouvent à l'aise, en sécurité, bien content d'être ici, à l'oeil et en sécurité, pendant que d'autres se font canarder, que des ressources qui devraient être alloués pour lutter contre le terrorisme, l'insécurité, en France et en Suisse, se trouvent évacués pour engraisser des actionnaires.

Il est choquant que la droite veuille une transparence totale sur les citoyens (Lrens), et protège par des lois spéciales l'opacité des circuits financiers depuis des décennies (secret bancaire, forfaits fiscaux), se faisant l'allié objectif des terroristes, d'Oussama Ben Laden à Daech.

Il est choquant que malgré le péril, la droite la plus bête du monde, veuille encore dégommer l'Etat.  

 

Le terrorisme est le visage ultralibéral de la guerre économique

J'ai été éberlué d'entendre le patron d'un des cafés mitraillé de Paris, motiver ses employés à reprendre le travail le lundi suivant la canarde, comme s'il s'était agi là d'un événement mineur : allez hop les gars on y retourne... on va pas se laisser abattre. Il y avait une part d'héroïsme là-dedans, de résistance, oui. Mais il y avait aussi une part de folie, l'impossibilité de freiner, se réparer, se recueillir, soutenue par la tyrannie du travail.

Comme le déni du hamster dans sa roue, une frénésie : la terrible violence économique, celle qui fait renvoyer sur une terrasse celui qui a failli y claquer 4 jours avant, en lui demandant de sourire, pour satisfaire le client, comme il faut, comme avant.

 

L'Etat garant du vivre ensemble

Vers qui se tournent les citoyen-ne-s alors que le trouillomètre est à zéro ?

Vers  l'Etat et ses services, garants de l'ordre, de la sécurité, d'un enseignement de qualité, avec de lieux culturels diversifié, permettant les échanges sociaux, de proposer aux cerveaux autre chose que la merde djihadiste ou consumériste se trouvant sur internet et en abondance sur les écrans des gamins avec des décapitations à la pelle et une boucherie continue.  

 

Qui, hormis l'Etat, sera un antidote à la propagande djihadiste ? 

Alors que la tempête est sur nous, l'Etat prévient, balise, encadre, éduque, encourage, et punit au besoin.

Aujourd'hui, cet Etat nous protège. La droite libérale veut le casser en bradant par des cadeaux fiscaux, le juste prix d'établissement en Suisse pour des entreprises, en bousillant des associations, un savoir faire et savoir être, en coupant dans les effectifs des fonctionnaires, en ne payant pas les acteurs culturels qui créent du lien social et luttent à leur échelle contre les forces de destruction, etc.

Moins d'Etat c'est moins de service, de protection, et plus d'insécurité. 

 

Tu préfères que la dette augmente ou te faire shooter un matin par un djihadiste?

Faire, comme s'en gausse la droite, des annonces de coupe sur les budgets 2016 pour le Canton de Genève et la Ville de Genève au nom de la dette, c'est, de la part de la droite la plus bête du monde, une déclaration de guerre.

C'est pour elle se ferait l'alliée objectif des terroristes et des forces de destruction. 

C'est aussi ridicule et bête que la RTS qui annonce 250 licenciements, et coupe des émissions littéraires (Entre les lignes, index.php?id=855) et religieuses (rts-fache-supprimant-emissions-religieuses) sur ses ondes. Alors que nous n'avons jamais eu autant besoin de créer du sens, de comprendre le monde que nous habitons, de construire un vivre ensemble, bousiller ce qui fait notre culture et notre lien social est un acte suicidaire, donc terroriste. 

 

L'hydre à deux têtes

A l'hydre à deux têtes: djihadistes et droite libérale : alliés objectifs dans la destruction. 

A l'hydre à deux têtes, nous disons : ne touchez pas à notre Etat, ne touchez pas au vivre ensemble, ne touchez pas à nos cultures, nos musées, nos lieux d'enseignements.     

Nous refusons vos plans de destruction.

 

 

 

 

 

 

 

13:04 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : terrorisme, paris, néo-libéralisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/11/2015

Résister à la terreur

Pleurer les morts, soutenir les vivants 


Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont aux vivants, à ceux qui, aujourd’hui à Paris,  et partout ailleurs dans le monde, descendent dans la rue pour acheter leur pain, croisent leur voisin, iront à un rassemblement demain, avec l’angoisse que cela pète encore, ne sachant plus trop qui ils vont croiser, où rôde le danger, à qui ils parlent ; à tous ceux et celles qui devront résister à la méfiance, à la peur, au règne de l’angoisse.

Mes pensées vont à tous ceux et toutes celles qui se feront désigner comme responsables, en raison d’une appartenance, d’un silence, d'une religion; à tous ceux qui refuseront de crier avec les loups, avec les chiens, à ceux qui refuseront la mort, le repli, la récupération et l'instrumentalisation.

Mes pensées vont, aux différents, aux silencieux, aux choqués, aux secoués, aux amoureux et aux enfants, aux doux et aux sidérés. 

A tous ceux et toutes celles qui aujourd'hui pleurent et résistent, allument une bougie, écrivent, travaillent, prient, plantent ou sèment pour d’autres, tournent les yeux au ciel, vers leur voisin : là où se trouveront toujours tous les possibles. 


Résister à l'intimidation massive

Attaquer simultanément et en 6 lieux différents dans Paris et proche du stade de France où se déroulait un match avec 80'000 personnes dont le président de la République, il fallait y penser. A un mois des fêtes de Noël, frapper pour terroriser, Il fallait y penser. Oui, il fallait y penser. Cela pour dire que : « les barbares », les « tueurs » sont, et c'est peut-être difficile à écrire, aussi des penseurs. Et cette pensée là, précisément, d'assassins, donne froid dans le dos, jusqu’à la moelle. Cette terreur n'est pas aveugle. Elle porte la trace d'une déclaration de guerre, avec la signature de l'Etat islamique à ce jour et avec une intention : nous entraîner dans sa spirale.  

Rien n’a été laissé au hasard. Attaquer le Bataclan, lieu culturel, de rassemblement, ravager des terrasses, cibler la rue, c’est attaquer le vivre ensemble, ébranler la racine du quotidien, le peuple. Il n’y a pas eu de tuerie aveugle. Il y a eu un choix du terrorisme comme arme d’intimidation massive. Après Charlie Hebdo, il y a 11 mois, c'est, ce vendredi 13 novembre, encore en France, pays des lumières, des cibles culturelles, symboliques, populaires qui ont été désignées et 132 personnes assassinées, 250 blessées. 

 

Tous et toutes des cibles
Face à cela, un fait s’impose aujourd’hui comme une brutale évidence. Nous sommes tous et toutes des cibles. L’Europe n’est plus, si elle pouvait encore se penser telle, une bulle isolée des tourments du monde, un îlot à l’abri de ce qui hier, aujourd’hui et demain, frappe, frappait et frappera à Beyrouth, à Nairobi, à Tripoli. Nous sommes dans le monde, immergés dans sa violence, et nous sommes désormais là pour tenter d’y vivre, non pas comme avant, mais comme après, en résistant. 

Tous et toutes des cibles? Passée la sidération, comment réagir ? Un constat : ceux qui appellent aujourd'hui aux fermetures des frontières, au renforcement des système de sécurité, essaient de nous faire croire que cela serait LA solution, ou désignent des boucs émissaires, sont dans la naïveté de l'angélisme viriliste. La France s'y est essayée après les attentats de Charlie Hebdo. Quel résultat aujourd'hui ? Il faut craindre que le terrorisme ne soit là pour durer. Robert Badinter le rappelait à propos cette semaine à Genève lors d'une conférence sur le terrorisme. La réponse doit être plus large qu'une délégation incantatoire au tout sécuritaire. Elle sera politique, policière, sociale, culturelle et dépassera forcément le cadre de nos frontières.     


Répondre au quotidien

Qu’elle doit être notre réponse face au carnage et à l’intimidation massive ? 

Le formidable élan qui rassemble les Français, les Européens, et le mouvement de solidarité dans le monde nous oblige à défendre notre vivre ensemble, à continuer d’aller au théâtre, au cinéma, au match de football, à ne pas fuir à Noël sur des îles ou des montagnes, mais à se rendre à Paris, à Tunis ou Beyrouth, à tisser des liens, partout, tout le temps.  

Parce que ce que veulent les terroristes, par leur méthode brutale et réfléchie d'intimidation massive, c'est nous fragmenter, nous replier, désunir, et nous rendre les uns aux autres suspicieux, paranoïaques et menaçants. 

Non, il ne s’agit pas de construire de nouveaux ilots sécurisés pour quelques happy few à l’abri, des archipels sécuritaires, en repoussant les terrorisables sur les marges, mais de vivre en résistants, avec cette menace qui nous désigne tous et toutes comme cibles, et en la refusant radicalement.

Aux islamistes radicaux, notre réponse doit être celle d'humanistes intégraux.

Nous ne resterons pas cloîtrés chez nous.

 

Mes pensées vont aux victimes, aux blessés, à tous ceux et toutes celles qui vivent dans leur corps et leurs esprits les violences d’hier soir à Paris, y ont perdu un proche, un ami, dans l'horreur absolue.

Mes pensées vont à tous ceux qui dans ce monde se lèvent le matin sous la menace des tueurs,

le soir pleurent ceux qui sont tombés sous leurs coups

se relèvent le lendemain.

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

 

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19/01/2015

Terre, terreau, terrorisme (III)

Ils attendent leur tour. Ils attendent que ça tire. Ils flairent la poudre, le moment où ils n’auront plus besoin de poireauter pour mourir.

Ils sont seuls, sans secours, sans état, sans maman, sans soldats, sans sirène, superman ou supermarché pour venir les sauver, détourner l’attention ou la balle.

Ils sont seuls. Il ne reste que le ciel et la terre qui est là, la dernière, la première, -toujours été fidèle-, et qui ouvre grande sa bouche : large fosse creusée rapidement à la pelle ou par arrachement d’une bande au bulldozer. Ils ne savent pas comment ni pourquoi. Eux, ce sont des figurants des paysans des maçons des potiers. Ils n’ont pas le script. On les a raflé au village pour les placer là, les aligner les uns à la suite des autres, et on a attendu longtemps que l’autre vienne avec sa caméra… pour commencer le shooting.  

Celui au village qui faisait pousser les blés pense maintenant aux quintaux de farine bien sèche qu’il aurait pu tirer de ce sol. Il évalue les heures de travail : sarcler arroser, enlever les mauvaises herbes, chasser la nuit les sangliers et les bêtes sauvages qui ravagent les épis, broutent les boutis dans les blés, cassent les tiges de leurs sabots cornés.

Graine de courge à la grange la glèbe est partout maintenant.

Les grenades si grosses ressemblent à des pommes, les obus alignés : betteraves oblongues. Tout semble si innocent. Irréel.

Il revoit presque sa grange craquer sous le poids des sacs de farine qu’il ramène en tracteur, utilisant la vieille poulie rouillée –la même que son père et son arrière-grand-père utilisaient- pour monter les récoltes à l’abri. C’était du temps d'avant. Il y a très longtemps déjà. Il a les muscles tendus et fatigués. Les cosses sont au sol, il marche dessus, enfonçant sans même le remarquer les graines dans le sol. La vie le dépasse. Il sème malgré lui.

Elles pousseront ces graines, elles pousseront avec ou sans lui. Elles jailliront sans même qu’on leur ait demandé quoi que ce soit, dans ce sol non préparé. Elles jailliront malgré le manque de soin. Il voit les épis sauvages, l’imprévu, le vent qui balaie les têtes du son, lourdes graines, chardonnerets roses, ronces et rhododendrons. On dirait des ballots sur des ânes dodelinant, un ciel de lavande presque métallisé maintenant par l’orage qui vient par l’orage qui gronde.

Et soudain, alors qu’il est dans sa tête mais ailleurs déjà, que déjà il n’entend plus rien alors qu’il perçoit tout – assourdi- : un grand coup de tonnerre résonne et se loge en lui portant son corps loin de lui et glaire et bourbe se brouillent et barbouillent son visage. Il plonge dans la terre comme une graine que l’on sème de force et fore au cœur des choses. Abyssal et lunaire.  

Il ne voit pas le talon de l’homme qui l’enfonce plus avant dans le sol. Il ne voit plus rien. Son destin est de naître maintenant. Il ne doit plus rien à ce monde.  Il ne doit plus rien entendre ni comprendre.

C’est ailleurs que ça se déroule maintenant.   

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18/01/2015

Terre, terreau, terrorisme (II)

Désormais on n'y brasse plus la terre. Ce temps-là est révolu.

On n'y produit plus les bandelettes cuites au feu de bois qui donnaient contenant à une farine bistre, des haricots secs ou des cornichons conservés avec les poivrons épicés dans une saumure couleur d’oeuf.

Ce qui s’élève désormais de la terre, c’est la mort, l’industrie du cinéma, les fumées phosphorescentes de l’armement. Ce qui s’élève de la terre maintenant ce sont des mitrailleuses lourdes commandées par radar et les drones téléguidées. Il n’y a plus d’oiseaux. Au bout du champ, l’épouvantail rivalise avec le drapeau, sourire blafard. Plus vrai que nature, il a été pris pour cible par erreur, il ressemblait trop aux morts-vivants. Les épouvantails ne font plus peur aux oiseaux. Seulement aux hommes qui se demandent s’ils sont minés. Une croix sur cette femme, une croix sur cet enfant, une croix sur cet homme, et même sur ce chien, pour rire.

Quelque chose tourne dans ma tête qui n’est pas juste un exotisme lointain que l’on zappe ou écarte. Quelque chose qui entrave et empêche la pensée ; ce ruissellement du sang et des vies allongées le long de la tranchée ouverte. Les hommes sont assis côte à côte, ils ne bougent pas, ne semblent pas respirer. Leur cœur bat fort pourtant à faire rompre leurs artères dans leur corps, ça tape, et leur cri est monté. Sur l’écran, on ne peut observer tout ça, on ne peut ni sentir ni toucher. Ce n’est pas réel. C’est plus fort que du cinéma. On veut les observer se débattre, hurler, on ne peut croire qu’ils seront tués plus facilement que des bêtes à la corrida.

On est assis devant notre télé à manger du pop-corn comme des bœufs, on rumine le fourrage. On veut du pain et des jeux. Pas les jeux de l’abattoir sans compote de pommes. Ils seront tués comme des  bêtes, on le sait. Ils basculeront dans le fossé sans un mot, sans un seul mouvement de refus, de rejet, de révolte. Est-ce vrai ? Et nous : consommateur hagard, impuissant d’un mauvais sitcom ? Ils sont très loin de nous ceux-là. Allongés en ligne le long de la fosse.

Peut-être qu’ils ont hâte que cela se termine. Peut-être même que de basculer dans le sol la bouche ouverte sera un soulagement.

Retourner aux entrailles, dans les profondeurs, revenir à l’enfance à l’informe et même avant : au non-être et au rien pour en finir avec les souffrances. Charger l’anesthésie de paroles bibliques, coraniques, de l’éternel Dieu qui façonne l’Homme avec la poussière de la terre, insuffle un souffle de vie dans ses bronches bousculant ses narines (Genèse 2.7) Et l’homme devint un être vivant ! Et l’homme devint un être vivant ! Par la neshama l’ajout du souffle de vie, haleine vitale par le don de l’âme, la nefesh située dans la gorge ou le sang ou alors Dieu sait où, par le rouah : souffle, esprit extérieur à l’homme.

Je ne sais pas d’où vient la vie où elle va, d’où vie vient d’où vie va, l’impossible devenir et la fin de toutes choses. Quand débute le sujet, je ne sais pas. Je ne suis pas mystique je n’ai pas le canal, même pas M6. Je sais seulement qu’une balle arrête la vie. Enfin, même de cela encore je ne suis pas certain. Peut-être, je crois, le cœur le corps absorbent les balles les refondent pour se propulser ailleurs, et tout se poursuit autrement.... je réfléchis à tout cela, et eux...

Ils sont comme des bêtes qui ne peuvent plus lutter, ont tiré sur leur laisse jusqu’au sang tapé leurs têtes sur les parois de l’étable. Ils se sont excités en vain. Bientôt ils sont mûrs pour la boucherie, l’abattage. Sont à point pour céder.  Hébété et absent : ils vont perdre la vie. Hébété et absent, comme ils l’ont reçus. Comme des objets posés sur une étagère. Eux...allongés en ligne le long de la fosse.

Et maintenant: à table! A chacun sa ration de terre, une poignée dans la bouche de chacun.

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17/01/2015

Terre, terreau, terrorisme (I)

 

Les sans terre qui partent des sans foi en quête de territoire les mains sales et caleuses non de terre non du travail des hommes de la glaise de la salive et de la céramique mais du sang et des boyaux et des flashs des appareils photos.

Terre, terreau, terrorisme de ceux qui partent de chez eux, mais étaient-ils déjà accueillis quelque part ? Avaient-ils vraiment atterris, sentis un jour le sol sous leurs pieds, où alors, d’où qu’ils soient, n’étaient-ils pas déjà en rotation, en suspension dans l’air, et frappés par chaque idée comme des cerfs-volants affolés par le vent ; de petites miettes même, projetées par un ventilateur invisible et puissant baladés de-ci de-là sans attaches, sans repères ? N’étaient-ils pas déjà apatrides, ceux que la violence a déraciné profond, les sans terre que les flashs-backs, les mémoires brisées, effacées, lavées à l’eau de javel ou aux écrans pixélisés ont déterritorialisés ?  

Ils rejoignent là-bas loin ceux qui se battent pour un bout de terre, rien de nouveau, même pas une idée, rien. La lutte pour le territoire, pour des arpents de bois ou les faubourgs d’une ville, pour avancer, reculer, et avancer-reculer encore, réussir l’offensive, la dernière c’est promis, avant le jugement dernier, où tout pourra recommencer. Opérer le repli, le premier, faire de la terre où poussent où pousseraient où pousseront, qui sait, oliviers, blé, ou chêne de Mamré, un champ non de ruine ou de mines mais stérile, de terre durcie par le martellement des bottes, des roues, des camions. Prendre un temps d’avance pour détruire plus vite, ils disent.

Ils ont tassé le jardin là-bas, où ? –c’était il y a si longtemps déjà- les légumes y étaient cultivés, les fanes des carottes avaient belle allure et quelles côtes de bettes... Devant l’école poussaient quelques fleurs, dahlias et pensées éclairaient un petit muret où des fruits rouges gorgés de sucrés pendaient. Les enfants s’y écorchaient les genoux, y grimpaient, environnés d’abeilles au vol ballot comme trop lourdes de pollens de pistils, abus de sucs des poires blettes au sol tombées. Des graines étaient séchées et conservées précieusement au grenier. Sésame et thym jetées par poignées dans le pétrin pour agrémenter avec huile d’olive le pain. Gros sel couché sur des tartines dorées. Tout cela c’était avant que la terre du jardin ne soit tassée.

Les paysans n’auraient jamais pu imaginer cela : des dameuses d’abord puis des hommes foulant aux pieds non le raisin mais piétinant les abords du jardin pour que la terre soit bien plane, pour que la terre soit un roc, ne puisse plus produire autre chose qu’un bon sol aride, un bon sol calcaire, sol solide pour véhicules blindés, bonne plateforme pour hélicoptères huilés, aux pales larges et coupantes comme des faux mais chargées comme des brouettes de missiles longues portées : aubergines géantes de métal ou grosse courges prêtes à exploser.

De la cabane à outils ils ont fait un hangar à pièces détachées : rotors, hélices, carlingues, repoussé dans un coin le tour du potier. Le mouvement de rotation est désormais fait pour propulser l’air non ramener la glaise au cœur, faire vrombir des moteurs et décoller les zincs, grincer des écrous, brinquebaler des boulons, non lisser la terre et donner souffle à ce qui naît.     

C’est comme un jeu, un casse-pipe. Cela consiste à aligner le plus possible d’objets noirs sur la cible. Mettre une croix sur cette femme, une croix sur cet enfant, une croix sur cet homme, même sur ce chien, pour rire. Marquer des villages entiers, en rayer autant de croix planifiées, étudiées, pour bien faire gicler la tourbe, éclabousser les murs et les yeux d’un sang pressé fort – frais du jour- framboises broyées.

Projeter la matière, la disséminer, faire sauter, déformer débonder,  bouillabaisse de glaise, purée de chaires trop cuites : à l’étouffée ou chauffés à blanc, oubliés au balcon et tartinées sur des murs effondrés. Les écrans restent propres. A la fin de la journée, y passer un tampon de désinfectant. Il n’y a pas une tache. Rien de crotté.

Terre, terreau, terrorisme.

Peut-être nous faut-il travailler les récits autrement qu'en comptant les victimes à l'heure des talk-shows. 


 

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11/01/2015

Charlie Hebdo : d'Hommages collatéraux

Pendant que la France "pousse un ouf de soulagement", que des journaux inconscients osent titrer: "happy end" (La liberté) à une telle boucherie, faut-il célébrer béatement la "liberté d'expression", et se glorifier qu'un aréopage de chefs d'état viennent marcher dimanche à Paris, Benjamin Netanyahaou en tête dans le piège sirupeux du : le cauchemar est terminé, vous pouvez vous assoupir à nouveau, dans le péril d'une récupération massive des évènements des derniers jours par ceux qui bafouent les valeurs que la rédaction de Charlie défendait.  

Rendre hommage aux victimes est un besoin vital, nécessaire, qui nous rappelle à notre humanité. Affirmer que l'équipe de Charlie Hebdo serait morte pour la liberté d'expression est aussi morbide qu'asséner que d'autres meurent pour Allah. Coller des étiquettes et des raisons à la mort divise encore. L'équipe de Charlie Hebdo ne cherchait pas la mort. Ils ne sont pas morts pour, ils ont été assassinés par, lâchement, tristement, injustement alors qu'ils célébraient la vie, le rire, le blasphème, la dérision jusqu'à la moquerie.  

Pendant que se prépare l'hommage de ce dimanche par une grande marche républicaine à Paris, la liberté d'être, mais aussi de religion, de rassemblement est quotidiennement bafouée en France. Tirs contre des mosquées, graffitis, menaces de morts, passages à tabac; comment sont qualifiées aujourd'hui ces attaques contre les lieux de culte et mosquées ? Je n'ai pas encore entendu le mot 'terroriste' ni 'attaque contre la liberté religieuse' ni aucun républicain, chrétien bouddhiste ou Dieu sait qui sommé de venir s'en excuser. Plus ou moins passés sous silence au profit des remerciements aux forces de l'ordre et au soulagement général; ce sont là pourtant des attaques contre la liberté d'être extrêmement graves.

Il faut saluer les nombreuses prises de parole et éditoriaux rappelant la nécessité d'une France refusant la violence, l'intolérance; le soin et la dignité prises à faire la différence fondamentale entre musulmans et terroristes; le désir d'éviter les amalgames, de bien distinguer les "bons musulmans des affreux terroristes". Saluer les hommages, au-delà même du cercle restreint de la rédaction de Charlie, des hommes et femmes tombés, et parmi ceux qui composaient cette rédaction, les poètes les dessinateurs, qui faisaient leur boulot avec joie et passion. Ce sont des humains qui ont été tués, pas des symboles. 

La tentation sécuritaire prend du galon. Certaines rédactions lèvent bien haut le drapeau de cette "liberté d'expression" (Tribune de Genève), tout en faisant paradoxalement (Judith Mayencourt), l'apologie dans ce journal d'une diminution de la liberté individuelle et d'un contrôle accru des citoyens : "à l'heure du fichage universel, défendre les droits de la personne contre la surveillance de l'Etat est sans doute louable. Mais ce combat semble d’une naïveté presque coupable au regard des enjeux sécuritaires" [1] Mais oui, fliquons tout le monde, c'est sûrement la meilleure solution qui s'impose.

Si les terroristes ont assassiné " au nom de", rappelons que l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo n'est pas morte au nom de quoi que ce soit, mais assassinée en pleine vie qu'elle vivait avant tout du désir, du plaisir, de la joie et  de la création. Valeurs qui risquent, au nom des raisons d'Etat et des récupérations avides, d'être violemment, aujourd'hui même, piétinées. D'Hommages collatéraux.      

 

 

Dernières atteintes à la liberté d'être ou d'exercice du culte en France depuis mercredi : 

Mercredi : tirs contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle, tirs contre un véhicule d'une famille musulmane dans le Vaucluse. L'entrée de la mosquée de Poitiers est couverte de graffitis anti-musulmans énonçant" mort aux Arabes".

Jeudi : trois grenades à main lancées contre la mosquée des Sablons au Mans, une balle tirée. Explosion d'origine criminelle visant un kebab proche d'une mosquée à Villefranche-sur-Saône. Deux mosquées vandalisées avec des graffitis anti-musulmans à Liévin et Béthune. En Isère un jeune homme de 17 ans est agressé par une bande et battu après des insultes racistes. Une mosquée prend feu dans des circonstances suspectes à Aix-les-Bains.

Vendredi : graffitis à l'extérieur d'une mosquée à Bayonne disant " liberté, Charlie", "assassins", "sales arabes". A Rennes, un centre islamique de prière est vandalisé et tagué avec le mot "dehors" en breton et en français. La mosquée de Bischmiller est vandalisée avec le mot "ich bin Charlie". 4 tirs contre la mosquée de l'entrée de la mosquée de Saint-Juéry, proche d'Albi (sud de la France). 5 coups de feu contre la mosquée à Soisson. En Corse, une tête de sanglier est déposée devant une salle de prière avec l'inscription : " la prochaine fois ce sera votre tête".

Samedi : "Dieu n'existe pas" tagué sur une mosquée,

etc., etc.,

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09/01/2015

3 terroristes made in France

Il sera difficile de regarder la vérité en face pour les français. Il sera difficile d'assumer que les trois terroristes abattus ce vendredi sont de purs produits nationaux. La tentation sera forte de basculer sur l'Islam, sur les musulmans (indistinctement), les femmes voilés et que sais-je encore, la responsabilité, la défiance, la genèse de ces jeunes trentenaires parlant à peine l'arabe, ayant à peine quitté l'Hexagone de toute leur existence.

Il sera tentant de faire peser la responsabilité sur l'Islam de France... des partis politiques s'y emploieront activement. Il sera tentant et on les entend déjà, les généraux, les militaires, les policiers, demander plus de moyens, plus de surveillance. Mais quoi, mettre des milliers de jeunes mecs sous surveillance, ce sera la solution ? - Et comment, pour quels résultats?- Il s'est avéré impossible de sécuriser une rédaction de journaliste, comment surveiller un pan de sa jeunesse? Ces terroristes, avant de passer à l'acte étaient connus des services de sécurité, sur des listes noire américaines, et pourtant ils ont été capables de passer à l'action. Un pas a été franchi. Et maintenant, vous voulez encore plus de sécurité? Changez d'approche plutôt.  

Les crimes écoeurants de ces derniers jours ont montré combien la République est démunie, combien elle est faible, combien le déni sera puissant pour ne pas constater que ces trois terroristes ne sont pas des illuminés, des extra-terrestres, mais des produits sociaux, ceux de la société française, ceux de jeunes largués auxquels la République n'a plus grand chose d'autre à offrir que des prisons surpeuplées et des existences en péril sans filet de sécurité, facilitant grandement le boulot pervers des prêcheurs et semeurs de haine.        

Ces terroristes made in France révèlent l'échec extrême de la République. Pas que les terroristes soient tout puissants (avant de l'être, pour leur sommet morbide et médiatique, ils étaient orphelins, à la rue, puis en taule), mais parce que la République peine à proposer à des jeunes de "seconde génération", "français", "musulman" (mettez tous les guillemets que vous voulez si ça vous rassure), autre chose qu'une identité au rabais, une appartenance sur les marges, et des identifications impossibles.

Ce terrorisme est un produit social, pas une importation exotique. Nos analystes peuvent bien s'efforcer d'aller chercher à des milliers de kilomètres ce qui s'est tramé à Paris sur 60km2, le cauchemar ne se terminera pas ce soir par le soulagement de la neutralisation de ces terroristes suicidaires, et la célébration des forces de police. Le cauchemar a atteint une nouvelle intensité, et qu'on le veuille ou non, ces trois là seront désormais célébrés par des moins de quinze ans comme des héros (c'est écoeurant, ça donne envie de vomir, oui). Pourquoi le seront-ils, quelle est donc la racine de la guerre menée à la République?       

Ces trois trentenaires sont nés, ont grandi, aimé, en France (c'est désagréable à entendre, assurément). Ils sont, jusqu'à la moelle, des produits made in France. Les français pourront-ils se placer devant cette vérité et essayer d'en assumer toutes les conséquences? Pas sûr. Derrière cet événement, c'est l'affreux retour d'un refoulé colonial jamais traité, l'impasse d'une société raciste où le front national devient une référence banalisée, d'inégalités sociales extrêmes, où les semeurs de haine (Zemmour, Finkelkraut, Dieudonné,  Elisabezh Lévy, pullulent); où les armes lourdes, de guerre, se vendent facilement ; où le socialisme est fade, un pays qui n'a jamais véritablement traité les racines de son passé collaborationniste, s'autoconditionnant aveuglement au fait que la menace viendrait du retour de djihadiste de Syrie ou d'Irak, alors qu'elle vient de l'origine de ces départs, quand plus rien ne les rattache à leur pays d'origine (France). Pour preuve, quand on les empêche de partir (Kouachi), c'est ici qu'ils passent à l'acte; comprendre: quand il n'y a plus rien à perdre, une aura de martyre est préférable à une existence minable. Pas besoin d'aller faire un camp d'entraînement en Syrie, les buttes Chaumont feront l'affaire. 

Ce que j'écris ne soustrais aucune responsabilité à ces trois assassins, tueurs abjects, mais elle cherche à l'approfondir. Ce que j'écris est peut-être inaudible aujourd'hui. Si la France veut faire le procès du djihadisme et de l'Islam, qu'elle le fasse, qu'elle s'y complaise, elle y trouvera réconfort et cohésion, replaçant soigneusement à l'extérieur la menace en glorifiant ses forces de sécurité et pleurant la merveilleuse équipe de Charlie Hebdo qu'elle a pourtant très faiblement contribué à protéger, la laissant être une cible désignée bien isolée.

Ces trois terroristes seront enterrés en France, car ils y sont nés, y ont grandi et été éduqué. Ils lui appartiennent pleinement.     

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22/04/2013

Deux hommes seuls


Etait-ce possible de ne pas suivre ce qui se passait à Boston? Etait-ce possible, même d'un oeil, de s'en éloigner, tant l'hystérie était forte, tant la construction du récit singeait celle d'un film à suspens? Après le journaliste "embedded" pour couvrir l'évènement, c'est désormais le spectateur qui est entraîné dans la construction du récit. C'est lui qui fait l'enquête, en décortique les éléments, signale à la police des indices, compare les photos. Il suit l'action en direct, il peut même l'influencer, entraver l'action de la police ou l'aider. Le télespect'acteur va vite alors regarder dans son arrière-cour si le terroriste ne s'y cache pas; ou s'il se vide de son sang dans son bateau rangé pour la belle saison. La réalité est devenu un mille feuilles. Le telespect'acteur regarde d'un oeil son écran et de l'autre par la fenêtre s'il voit passer en courant celui qui est sorti brusquement du cadre un fusil à la main.

Et moi, à distance, je regarde tout cela. 

Passez moi le pop-corn, ou alors c'est que je rêve.

Le terroriste est un intimiste. C'est nouveau? Il ne frappe pas le pouvoir politique où il se trouve, dans ses tours ou ses parlements, dans ses voitures blindées, mais là où il s'exerce. Il le frappe dans sa télé, sur la ligne d'arrivée du marathon, dans un théâtre public. La haute sécurité des périmètres protégés a rendu les lieux du quotidien des cibles par défaut. Dans une société de masse, le pouvoir, c'est... la masse. Qui d'autre? Mais la masse, c'est par définition... personne. Alors que le terroriste, lui, c'est quelqu'un, et il le prouve. Il peut la secouer la masse. Et de celle-ci tombent des êtres, qui deviennent subitement un peu tout le monde. Car c'est toi cet homme qui court sur le bitume, c'est moi ce passant ensanglanté, et c'est toi le monstre aussi, car c'est ton fils qui part en fumée sans que tu n'aies rien pu faire. 

Mais pourquoi une telle chasse à courre derrière deux hommes? Parce que, durant l'intervalle de quelques heures, le pouvoir a perdu le contrôle de la masse. Il ne savait plus qui l'habitait et ce qui la secouait. Et la masse ne savait plus qui elle hébergeait et donc qui elle était. La ville n'a pas été arrêtée pour retrouver deux individus mais pour l'empêcher de s'activer encore plus. Au final pourtant: deux hommes seuls, rien de plus. Vraiment?      

La réalité ressemble désormais tant à la fiction qu'elle en prend la trame, jusque dans l'indécence de la relégation des victimes au rang de résidus de l'actu. Les superstars médiatiques sont les hommes armés, police ou terroristes, et le télespectateur jouit de pouvoir suivre le script de l'histoire en temps réel. Images hypnotiques de verres soufflés au ralenti, secousses puis fumées grises qui se répandent sur la ligne d'arrivée d'une course populaire.  Echo avec le petit bruit de la canette de bière ouverte et du bip du micro-onde signalant le terme de la cuisson à air chaud - la tarte aux pommes congelée est prête! - La haie d'honneur aux policiers casqués ramenant les cornes et le corps d'un jeune homme à casquette montre que le socle a vacillé. Et les trophées tristes illustrent les hauts niveaux d'angoisse et la fragilité d'un système qui ne repose plus que sur sa capacité à générer du rêve de la fiction et du sport.... ou des ennemis à abattre.   

Deux hommes seuls, avec des clous, deux cocotte minute, ont fait fermer une ville d'un million d'habitant-e-s, en mettre plusieurs autres sur un pied de guerre et fait tanguer tout un pays.  Signe de l'extrême faiblesse d'une nation rongée par la violence d'un système qui roule depuis longtemps sur sa jante. Les Etats désunis d'Amérique n'ont jamais semblé aussi vulnérable. Ses forces de cohésion s'épuisent. Or, si ce qui a conduit à la violence n'est pas compris et modifié, qu'est-ce qui l'empêchera de réapparaître? Et qu'est-ce qui est en train de se passer pour que des hommes de moins de trente ans, français ici, américains là-bas, tirent ou fassent sauter à l'aveugle des bombes dans la foule, et avec une radicalité morbide, sans revendications, sans paroles, sans messages, sans destinataires baculent dans la mort avec une trouble résolution ?

THE END

Et l'Amérique entière, "comme un seul homme" parvenue à la fin de son talk-show, se leva pour applaudir la prouesse de ses forces de l'ordre. Fin d'un mauvais film, problème réglé, on va pouvoir continuer "comme avant". Vraiment? Que raconte, dans le fond, cette histoire, si ce n'est que cette séquence fait partie d'un récit plus large pour laquelle nous avons les images, et dont nous sommes les acteurs, mais à laquelle il nous manque la bande son.

 

22:11 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : boston, terrorisme, medias, telespect'acteur | |  Facebook |  Imprimer | | |