sylvain thévoz

21/09/2016

Lettre à Christoph Tonini, PDG de Tamedia

Monsieur Christoph Tonini,

J'ai appris avec inquiétude et colère que votre groupe Tamedia, plus grand groupe de médias privé de Suisse, chiffre d'affaire de plus d'un milliard, dizaines de millions de bénéfice chaque année[1], avait planifié des réductions de postes dans les journaux de la Tribune de Genève et du 24h, dans le cadre d'une restructuration planifiée de ces deux titres romands.

 
Vous ne pouvez ignorer que ces titres sont d'une grande importance pour la vie citoyenne, démocratique, participative, de notre pays. La liberté et qualité de la presse, principe de base des systèmes démocratique reposant sur la liberté d'expression et la liberté d'opinion, est pareil à l'air que l'on respire.

 

Comment interpréter votre décision de virer des journalistes alors que votre groupe réalise depuis de nombreuses années de confortables bénéfices ?

 

Votre salaire annuel en 2015? 6 millions! Augmentation de 100% en une année! Cela fait de vous l'un des patrons les mieux payés de Suisse. Cette promotion a été obtenue avec la bénédiction de votre conseil d'administration: "On peut se demander si c'était justifié, mais nous nous sentons à l'aise avec ce chiffre, vu qu'il s'agit d'une exception»... vous n'aviez "que" 3 millions de salaire l'année précédente. Qu'en sera-t-il en 2016 ? Vous allez envoyer votre fiche de paie aux employé-e-s virés, pour les remercier d'avoir arrondi vos comptes sur leurs dos ?[2]

 

Votre plan ? Continuer à investir les juteux bénéfices réalisés notamment grâce à vos sites (jobup, ricardo, doodle, etc.,) ailleurs que dans la presse, et soumettre celle-ci au même régime de sur-rentabilité en virant des journalistes. Finalité : toujours plus d'argent pour l'argent.

 

Votre responsabilité, en terme d'accès à l'information, s'arrêterait-elle sur la barrière de rösti ?

 

Par ces coupes, visant uniquement des titres en Suisse romande, vous laissez entendre que la Suisse allemande est soumise à un traitement différenciée.

Pendant que sont dégommés, à la kalachnikov, des journalistes en France, et dans le monde, qu'on loue avec raison, l'importance pour la démocratie de la liberté d'opinion, dans une époque où l'ignorance et la peur nous menacent, vous avez fait des petites listes pour rayer des emplois au nom des courbes de bénéfices et par obéissance aveugle aux taux de rendement maximum.


Par la planification de ces coupes, quand bien même vous vous targuez d'en être l'un des garants, vous incarnez une menace pour la démocratie. Par la manière dont vous menacez les travailleurs et travailleuses, faisant planer parmi ceux-ci le doute sur l'identité de ceux qui seront frappés, vous exercez aussi un jeu malsain. Fragiliser les travailleurs, les mettre en rivalité, espérant probablement qu'ils craqueront, est un jeu sadique.

Mais surtout, c'est une aberration économique de se passer de gens formés, compétents, connaissant le milieu dans lequel ils travaillent, pour un modèle dépassé d'économie virtuelle. La violence a plusieurs visages. Par l'annonce de ces coupes, vous montrez que vous en êtes, ni plus ni moins, l'une des facettes, tout respectable que soit votre CV. Un journal n'est pas un arbre que l'on élague et les gens des branches que l'on coupe. Le tissu économique genevois ne vous remercie pas.

Qu'est-ce qui vous fera reculer ? La pression populaire, politique, votre possible dégât d'image. Ainsi je vous écris, et relaie ci-dessous l'appel lancé par les journalistes à le faire. Puisque vous ne comprenez que le langage de l'intérêt, vous faire entendre qu'il est dans le vôtre de renoncer à ces coupes.

Monsieur Tonini, lâchez plutôt l'un de vos millions, plutôt que de virer des travailleurs genevois!

Ne déclarez pas la guerre à ceux qui écrivent, nous informent et nous renseignent, nous avons besoin d'eux.

 


Sylvain Thévoz

 

 

L’appel à Tamedia

(que vous soutenez, à renvoyer à appel.tamedia@gmail.com)

 

Que restera-t-il de de l’information, culturelle, économique, politique, sportive, dans les cantons de Vaud et de Genève ? Comme nous l’avons appris, Tamedia, propriétaire de 24 Heures et de la Tribune de Genève, prépare une restructuration des deux titres romands, avec à la clé la suppression probable de dizaines d’emplois et une baisse certaine de la qualité de l’information. A terme, c’est la disparition pure et simple des deux titres de presse, relais des activités socio-culturelles et de la vie économique et politique de nos régions, que nous craignons.

 

La Tribune de Genève et 24 Heures se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile. Mais nous savons aussi que TA-Media réalise de consistants bénéfices. Dans ces circonstances, il est du devoir d’un grand groupe tel que le vôtre, en situation de quasi-monopole en Suisse romande, d’y maintenir la qualité de l’information. Et pour cela d’y maintenir l’emploi et de s’engager fermement pour la pérennité de la presse romande.

 

Nom, fonction, domicile :

Votre propre commentaire (si vous le désirez):

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[1]http://www.tdg.ch/economie/tamedia-baisse-22-benefice-net/story/31656108

https://www.letemps.ch/economie/2016/03/15/tamedia-degage...

[2]http://www.24heures.ch/economie/entreprises/Tamedia-a-ben...

 

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www.sylvainthevoz.ch

18/12/2012

Tamedia Midas moderne?

journalisme,cct,tamedia,travailLes éditeurs de la presse écrite en Suisse romande, par l'intermédaire de leur association, Médias Suisses, ont annoncé la semaine passée qu'ils allaient résilier la convention collective de travail cette année, avec effet au 1e janvier. La convention collective de travail, comme le rappelle impressum, l'association professionnelle des journalistes, prévoit les conditions de travail des journalistes et des photographes de presse, un plan social en cas de licenciement massif, des salaires minima. Elle traite du paiement du salaire en cas de maladie, du congé de maternité et autres absences, prévoit les normes en matière de santé au travail., édicte les délais de congé en cas de licenciement, etc. En bref, c'est la garantie de conditions de travail correctes et d'un minimum de sécurité au travail.

Attaquer la convention de travail (comme l'a aussi fait la RTS plus tôt dans l'année), c'est une déclaration de guerre contre la paix du travail et la porte ouverte aux dumpings et aux inégalités de traitement. C'est l'instauration de la loi de la jungle pour toutes et tous, et surtout, de la part de Tamedia, qui s'était engagé au moment du rachat d'Edipresse de respecter et maintenir la CCT romande et l'accord interne des rédaction, voir son nez s'allonger sur son visage marqué par l'abus de pouvoir, le non-respect des travailleurs, et la dérégulation forcée des conditions de travail. 

On peut se gargariser des mots de démocratie, de participation, de liberté de la presse, mais quand il n'y a presque plus qu'un seul acteur dans le domaine de la presse écrite, et que ce dernier souhaite fixer tout seul les règles du jeu pour faire valser ses journalistes comme bon lui semble, c'est-à-dire: au gré des courbes de ses bénéfices, quel sens pouvons-nous encore donner au mot information et quelle sera demain la qualité de celle-ci, si ceux qui la font seront des journalistes payés au rabais au sein d'une profession toujours plus précarisée?

Tamedia, Midas moderne, ayant fait le choix de vouloir tout changer en or, fait un mauvais calcul. Il perdra ce qui fait la base, le pain et l'eau de son entreprise: l'adhésion des journalistes à leur travail ; leur respect pour celui-ci et leur employeur. Tamedia, en faisant le choix de précariser ses journalistes pour plaire à ses actionnaires, fait à moyen terme un calcul avide qui péjore les conditions de ceux qui sont son unique plus-value. Comment des journalistes payés au rabais et révocables à merci, feront-ils un travail de qualité et garderont-ils un bon niveau de publication?

Mais peut-être est-ce cela, au final qui est visé. Peut-être faut-il se demander si ce n'est pas l'existence même d'une presse de qualité qui est en jeu. Car enfin, pourquoi servir des informations travaillées, et un journalisme fouillé, quand la pâtée molle remplit aussi, et que les pages people sont suffisantes pour agrémenter le voyage en tram et trouver quelques annonceurs?

Dans le final du mythe antique, Midas supplie les dieux de l'arracher à son brillant fardeau, et de revenir à sa nature première. Il finit néanmoins avec des oreilles d'âne allongées, puni d'avoir eu des oreilles si grossières et d'avoir su si mal entendre. Tamedia, Midas moderne, saura-t-il s'épargner la même fin que son ancêtre mythique ? Pas sûr. Il y faudrait une autre volonté, et surtout: une autre éthique que celle de la bourse.



06:44 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : journalisme, cct, tamedia, travail | |  Facebook |  Imprimer | | |