sylvain thévoz

03/09/2017

Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-d...

 

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02/09/2015

Ni pour le meilleur ni pour le pire (réflexions sur le mariage)

 

L'office fédéral de la statistique nous avertit : 42 couples sur 100 sont voués à l'échec, si le comportement actuel par rapport au divorce ne change pas dans le futur.[1] Diable, mais comment changer le rapport au divorce. En voilà un problème de société, ça cogite sec à Berne...

 

Le PDC n'a pas trouvé la parade. Le "parti de la famille" doit constater son échec. Non seulement il ne sait plus trop ce qu'est la famille, mais par dépit se replie frileusement sur une définition limitée. Le mariage, ce serait l'union d'un homme et d'une femme, basta. Quel manque de créativité, et surtout, de réactivité par rapport aux nouvelles manières de faire famille aujourd'hui. D'autres (UDC) voient des mariages blancs partout, ou des mariages inféconds même quand ceux-ci portent déjà des enfants. Ils veulent défendre la forteresse mariage comme ils isolent la Suisse. La commission juridique du Conseil des Etats elle, vient tout juste d'autoriser le mariage homosexuel par 7 voix contre 5.[2] Voilà enfin une décision qui va dans la bonne direction. 

 

Certains proposent des "solutions" qui n'ont rien à envier au parti démocrate chrétien : si vous n'avez pas réussi votre mariage, réussissez votre divorce! Bof, à tout prendre, on préférerait quand même réussir son union.

Il reste la tentation des aventures extra-maritales, commerciales ou non.  Ashley Madison, spécialisé dans l'offre aux mariés, avec son slogan " la vie est courte, tentez l'aventure", ne convainc pas. Vivre caché n'est pas particulièrement sexy. Et quand la double vie est révélée à tous par un piratage de données, quel ridicule.

Mais, si on ne peut pas changer le rapport au divorce, autant changer le rapport au mariage, non? 

Ce qui sauvera le mariage ? Sa désacralisation et son ouverture à toutes et tous afin de donner à chacun.e l'exercice de ses droits, à l'union, à l'adoption et à la procréation.  

 

Mariages flashs

En 2013, Genève est deuxième concernant le taux brut de divorce pour mille habitants (2.6) et bonne dernière concernant la durée de vie moyenne d'un mariage : 13.5 années.

 

Globalement, au niveau Suisse, la durée de vie d'un mariage progresse de 14,5 à 14.7 années. Explications ? Le divorce menace avant tout les premières années de mariage. Bref, ce n'est ni pour le meilleur ni pour le pire que l'on se quitte, mais en général parce que l'on a n'a pas eu le temps d'expérimenter l'un ou l'autre.

 

Fait nouveau, un nombre croissant de couples divorcent après de longues années en commun. Les couples divorçant après 30 ans ou plus de mariage représentent désormais 8,2% en 2013 contre 3% de tous les divorces prononcés en 1970.

 

Pour résumer, il est de plus en plus dur de durer longtemps dans le mariage. Peut-être aussi parce que l'on dure de plus en plus longtemps... dans la vie? Lorsque l'on a vécu le pire le meilleur avec la même personne, que les enfants seront grands, l'hypothèque payée, on se dit qu'il est temps de tenter autre chose. Bref, si le cadre du mariage a été éprouvé...  pourquoi ne pas expérimenter le divorce pour continuer à aimer. 

 

Mariage pour toutes et tous :en avant  !

Et si plutôt que de réussir son mariage ou son divorce l'ambition, peu importe son orientation sexuelle, son âge, le fait d'avoir des enfants ou non, était de bien réussir à aimer? L'office fédéral de la statistique a-t-il un avis là-dessus?

En tout cas, aujourd'hui : en avant pour le mariage pour toutes et tous, belle manière de rénover cette vénérable institution pour l'adapter à notre société.

Ni pour le meilleur, ni pour le pire.

Simplement, par égalité de traitement.

Et pour mettre le mariage à la page, plutôt qu'à la porte.    

 

 

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[1]http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/01/06/blank/key/06.html

[2]http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/27827293

09:20 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, suisse, droits, lgbtiqh | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/08/2015

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire

Ami.e entends-tu le discours de division et d'oppression ? Il souffle et laisse entendre qu'il n'y a de vie collective possible que dans la tension et la division; dans la survie du chacun pour soi, dans la peur et le repli. Il veut nous convaincre qu'il n'y a de survie que dans les guerres de tranchées: des jeunes contre les vieux, des noctambules contre les lève-tôt, des étrangers contre les locaux, des locaux contre les frontaliers, de ceux qui veulent aller plus vite contre ceux qui n'ont plus le temps, avec toujours la fragmentation et la peur comme poison. 

 

Ami.e entends-tu la ritournelle ? Elle oppose les besoins, dresse les uns contre les autres: les laïques aux croyants, les juifs contre les non-juifs... et les musulmans contre tous les autres. Elle favorise toujours les puissances du profit ; dresse les sans-emplois contre ceux qui en ont, ceux qui en cherchent contre ceux qui l'ont perdu; elle monte les employés contre les indépendants, les indépendants contre les professions libérales, et fait des fonctionnaires une espèce exotique.

 

Ami.e entends-tu ceux qui montent les blancs contre les moins-blancs, les tachetés contre les mouchetés, les hommes contre les femmes; hétérosexuels contre homosexuels, les familles composée d'un homme et d'une femme... contre toutes les autres, et qui veulent nous faire rendre l'âme pour en profiter encore un peu?


Ami.e entends-tu ceux qui te disent de te serrer la ceinture pendant qu'ils se pètent les bretelles? Les discours de la haine, des semeurs de discorde ? Toujours plus de superficiel et de fiel, ils en font leur miel.   

 

 

Une Suisse ouverte, juste et solidaire

 

Ami.e, développons nos forces et nos solidarités. Toujours aller à la rencontre des personnes, pas de leurs représentations : "les migrants", "les assistés", "les roms", "les classes moyennes" sont le pense-bête de ceux qui veulent faire de la Suisse un pays rétrograde et figé. Rencontrons les personnes, pas leurs images déformées. 

 

Ami.e, toujours plus créatifs et soudés contre la pensée figée, qui travaille pour que la lutte devienne inutile et la loi du plus fort incontournable.

 

Le fatalisme et l'impuissance : nous ne mangeons pas de ce pain là. Ensemble contre toutes les formes de violence, et sa matrice : la violence économique, qui fait de l'humain une machine augmentant le bien être de quelques uns au détriment de tous les autres.

 

Ami.e, nous refusons d'opposer les catégories et d'alimenter la lutte des uns contre les autres. Chacun.e mérite plus que des miettes. Nous ne nous battrons pas entre nous pour celles-ci. Les valeurs de solidarité, d'attention et d'égards sont largement partagées, faisons-les résonner ! Nous ne nous contenterons pas du minimum.

 

La Suisse solidaire, durable, avance. Celle, mesquine, trompeuse, qui fait son beurre de ce qui fait peur, entretient les problèmes et les impuissance, veut nous réduire à une vision à court terme. Les bourses flanchent, le développement chinois s'essouffle. Notre modèle de développement doit être repensé. Ne mettons pas tous nos oeufs dans le même modèle de la finance.   

 

Ami.e, tous ensemble pour la taxation des transactions boursières, des salaires équitables, des logements abordables, des retraites solides, et le renforcement de la protection contre les licenciements.

 

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire.

Pas sa confiscation au profit de quelques uns.

 

 

 

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20/08/2015

La démocratie à l'épreuve des gestionnaires

C'est dans l'air du temps, les gestionnaires et les légalistes sont au pouvoir. Ils se cachent derrière la loi, la règle, pour maintenir le statu-quo et les inégalités sociales.

 

On en a eu récemment un exemple frappant. Monsieur Maudet dézingue un mouvement populaire et militant, No Bunkers, ayant rassemblé des milliers de personnes dans des manifestations. Il invalide tout un mouvement du fait que certains déboutés de l'asile auraient commis des délits; comme s'il y avait de bons ou de mauvais migrants, comme si ses catégories et ses étiquettes disaient l'entier de la personne et permettaient de traiter ceux-là en sous-hommes.

 

D'une façon similiaire, Monsieur Poggia qui répétait il y a peu aux citoyens aux sujets de ces déboutés de l'asile : Prenez-les chez vous ! Mais prenez-les chez vous ! Et quand certains répondent: chiche nous le ferons, il invoque ensuite la loi pour leur interdire de le faire, avec une seule visée en tête : réduire au silence un mouvement, le mettre à tout prix en échec. Il montre là que sa considération humaine est nulle. C'est la gestion des masses et de l'image qui le préoccupe.    

 

La loi : ce cache-sexe du pouvoir

Ce n'est pas le respect de la loi, faussement invoqué, qui est en cause ici, mais plutôt la préservation du pouvoir et de ses intérêts, sa manière de se raconter des histoires et se mettre en scène.

 

Ce n'est pas la "fin de la récréation" que siffle à la fin de l'été Monsieur Maudet, c'est sa propre mise hors-jeu par son incapacité à penser plus large et autrement qu'en fonction de son esprit formaté stratégie et gestion.       

Or, le danger de notre époque vient clairement de ceux qui font appliquer des lois en bafouant leurs fondements, qui ne voient pas plus loin que leur opinion publique, la caressent dans le sens du poil et évitent soigneusement tout risque et décision susceptible de fâcher.

La majorité des politiques sont devenus des suiveurs. Et les "décideurs" des petits caïds du marketing accros à l'opinion publique. Du contrôle de celle-ci dépend leur survie. Ils ne voient pas plus loin.

Et c'est cela que nous appellerions démocratie et devant lequel il faudrait s'incliner comme devant une figure sainte? Devant ce règne des idées molles, sans portées, sans visions, ne visant au final qu'à maintenir l'existant et au pouvoir ceux qui ont eu l'habileté, ou la chance, de s'y faire porter?

Les gestionnaires et les légalistes font subir à la démocratie le pire essorage qu'il soit. Après rinçage, ils la rendent d'une fadeur et d'un hygiénisme puant.

 

Juste bons à voter et se taire ?

La démocratie est plus qu'un légalisme. Elle est plus que la médiacratie et l'étroite justification légale arrangeant le pouvoir en place.

La démocratie est même plus que le respect dû à des majorités élues tous les 4 ou 5 ans à 35% de votant. La démocratie n'est pas une tyrannie de la majorité, mais un équilibre des différentes composantes de la société, chaque citoyen.ne ayant droit de cité et de parole, en tous temps.  

Ceux qui, tel le journaliste Philippe Barraud [1], s'insurgent dans un article du Temps, que des collectifs s'engagent, se mobilisent, pour rappeler aux élu.e.s l'existence de Constitutions, devraient arrêter de vendre au rabais, dans un journal qui devient d'une fadeur affligeante, une démocratie bradée où les élu.e.s uniquement auraient un droit de parole et d'exercice politique alors que les autres pourraient aller se brosser étant "juste bons à voter" et se taire. 

Ceux qui dansent sur le ventre des autres ne sont pas ceux qui s'engagent et manifestent, mais plutôt ces élu.e.s légalistes et gestionnaires, vivant leur mandat comme une rente de situation, faisant semblant d'être dans une stricte observance de la loi, tout en fermant les yeux sur ses abus ou manquements.

Le risque ne vient pas de ceux qui gueulent mais de ceux qui dorment, continuent à se faire bercer en toute bonne conscience.  

 

Qui pour faire respecter la Constitution ?

 

Si l'on relit, par exemple, l'article 15 de la Constitution genevoise :

Art. 15 Egalité
1 Toutes les personnes sont égales en droit.
2 Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d’une déficience.
3 La femme et l’homme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail.
4 La femme et l’homme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale.

 

Qu'un seul politicien "bon gestionnaire" ou garant de la loi et de sa stricte "observance" ose affirmer que ce principe n'est pas bafoué à répétition et à longueur de journée sur notre territoire en toute impunité !

Et quand le président du PLR Alexandre de Senarclens érige la discrimination en règle et l'affirme : oui, mettre ces hommes en sous-sol, c'est une discrimination au détriment d'hommes célibataires, déboutés, il bafoue purement et simplement notre Constitution.[2] 

Art. 39 Droit à un niveau de vie suffisant
1 Toute personne a droit à la couverture de ses besoins vitaux afin de favoriser son intégration sociale et professionnelle.
2 Toute personne a droit aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience.

 

Toute personne, rappelle la Constitution. Pas uniquement les électeurs libéraux-radicaux n'est-ce pas?

Monsieur Maudet, plutôt que de pourchasser de ses foudres une poignée de déboutés, de se positionner en moraliste devrait commencer par faire respecter la Constitution comme il s'y est engagé.

Toute la Constitution, rien que la Constitution, pas seulement les quelques lois qui font son beurre politique après un soigneux écrémage.    

La démocratie est plus que le respect d'un état de fait

 

La délégation du pouvoir ça ne veut pas dire uniquement signer un blanc-seing pour 4 ou 5 ans. La démocratie c'est le frottement des idées: des débats, des refus, des tensions.

Bravo aux collectifs et association, aux citoyen.ne.s qui le rappellent et le font entendre courageusement haut et fort.

Ils sont le tonus de la démocratie.  

 

La démocratie est plus que le respect du pouvoir en place

Elle est la garantie de respect des principes supérieurs et constitutionnels, qui touchent aux droits et au respect de la personne, à sa liberté individuelle et à sa sécurité.

Lorsque ces principes supérieurs sont attaqués, quand certains élu.e.s les perdent de vue au profit du racolage médiatique, alors oui il est légitime de monter aux barricades, de secouer le corps gras et mou que devient notre démocratie, en employant tous les moyens possibles, tous les réseaux nécessaires, qu'ils soient électifs, militants, grévistes, pour ne pas être dans une démocratie de ventriloques où le pouvoir a été confisqué par des gestionnaires à la petite semaine.     

 

L'observance de la loi, de toute la loi, par le pouvoir politique, est sous la surveillance des citoyen.ne.s, tous les citoyen.ne.s. Ces derniers sont légitimes à l'exercer en tous temps.

 

Nous ne sommes ni enrôlés dans une armée, à la messe ou un talk-show.

Parce que nous sommes des êtres libres, il revient à chacun.e. en démocratie, de faire entendre sa voix, lutter pour ses opinions, quelles qu'elles soient.

Délégation du pouvoir ne veut pas dire démission.

 

Voter c'est très bien, agir c'est parfait.     

 

 

[1]http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d62f3918-45a4-11e5-85d0-41b5fd577541/Ces_collectifs_qui_dansent_sur_le_ventre_des_autorit%C3%A9s

 

[2]http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante/

 


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01/08/2015

La Suisse est un muscle qui se travaille

C'est toujours un moment singulier que le 1er août, jour de fête nationale. Pas que je sois un fanatique du drapeau, ni que le nationalisme soit quelque chose que je valorise particulièrement, mais en ce jour, ce sont toujours des sentiments de gratitude et de reconnaissance, un rappel de l'incroyable chance de vivre en Suisse qui surgissent. 

Pourquoi ?

Nous vivons en paix, dans un pays serein, fort, qui permet à chacun, de chercher et d'occuper la place qui lui revient.

Malgré les tensions, les dissensions, et parfois les conflits (mais nous n'en arrivons généralement pas là, notre ADN y est réfractaire), nous faisons plus que partager un territoire, nous y vivons ensemble. 

Grâce à notre tradition, notre histoire et notre confiance, nous apprenons des crises et les surmontons.

Le débat, le dialogue, la volonté de servir le bien commun l'emportent encore sur les égoïsmes. Nous constituons une communauté qui se parle et agit pour le bien du plus grand nombre. 

 

1er août d'hier

Le 1er août, relève en partie de souvenirs heureux. Depuis l'enfance : s'émerveiller des feux de la fête nationale sur les montagnes; dans les villages, des lampions, du cor des alpes et les tartes aux noix des grands-parents jouant aux cartes; jappements du bouvier bernois, grésillement de la raclette fondue sur la pierre à l'alpage.

Le 1er août porte sa part de nostalgie et de retour vers les origines. Une forme de ressourcement aussi : ovomaltine froide et barre de ragusa. Le feu qui brûle, les amis rassemblés autour. C'est un moment fort, intemporel et rassembleur. Il fournit une combustion pour aller de l'avant. S'il n'existait pas il faudrait l'inventer... ce que nous avons d'ailleurs fait. Le copyright date de 1891 à l'occasion de la commémoration du 600e anniversaire du pacte de 1291.

Par ces feux, nous perpétuons ce que l'humain a fait depuis qu'il est : se réunir autour d'un feu, ériger un totem (symbole) manger et boire autour, se tenir chaud. Nous ne sommes pas différents des autres. La naissance de la Suisse date en fait de l'origine de l'humanité.

Un nationalisme bien pensé devrait être un humanisme curieux, pas un repli sur soi inquiet; pas un privilège de naissance ou administratif, mais un engagement envers une collectivité en lien avec d'autres.  

 

1er août d'aujourd'hui

Le 1er août, c'est avant tout un présent. Dans des pays voisins, les jours de fête nationale, on brûle aussi des bagnoles. Ici, et pour longtemps encore je l'espère, des morceaux de bois, comme le faisaient nos anciens. Et c'est un moment magique de voir, venant de différents lieux, aux origines multiples, des gamins lancer des fusées, et les différentes langues parlées autour des feux. 

Il m'a toujours semblé que le drapeau suisse à croix blanche, symbolisait la croisée des chemins. Là où certains veulent dessiner pour les quatre branches des impasses, j'y ai pour ma part toujours distingué au moins quatre ouvertures possibles, et des débouchés vers les quatre points cardinaux. Petit pays au centre de l'Europe, notre pays s'est développé par les échanges et s'est fortifié par son hospitalité. Un pays risquant l'ouverture, c'est sa nature.  

Un pays central, ouvert et responsable, qui s'exporte bien à l'étranger, et représente quelque chose de fort dans le monde. Le symbole de la croix rouge s'y confond même. Aujourd'hui, nous devons veiller à ce qu'il ne soit pas écorné, par le monde de l'économie, des multinationales helvétiques avides, qui par le profit absolu qu'elles poursuivent lui font du mal, ou par des tendances politiques autistes, qui stigmatisent l'étranger, les accords internationaux, et laissent entendre que barricadés derrière nos petites frontières, réfugiés dans le quant-à-soi, nous pourrions vivre mieux. C'est une erreur. Ce serait trahir notre histoire. Nous risquons surtout de devenir, aux yeux du monde, un pays égoïste voulant avant tout défendre ses privilèges. Et pour nous même, que l'usure, le refus de vivre et de nous dépasser, nous sclérosent.     

Et si notre croix suisse à quatre branche était un muscle ? Et si nous étions le sang qui bouge pour l'oxygéner. La Suisse : un organe ? C'est un coeur! Un coeur, c'est une pompe : ce sont deux artères, deux veines; un muscle, une circulation. C'est une puissance, une organisation. Mais c'est aussi plus que cela. Un souffle, une oxygénation, un rythme. Et si notre présent était d'amener du sang frais, pour en améliorer la circulation ?

Les conservateurs sont le signe d'un infarctus. Ils veulent figer dans le formol une Suisse qui avance au risque de la tuer. Les racistes? un mauvais cholestérol enkystant la Suisse, la rendant atrophiée et fragile. Quant aux rationalistes, économistes forcenés, ils pensent qu'une boîte en métal est identique à un coeur. 

 

1er août de demain

Le 1er août c'est aussi, et toujours, un moment pour se projeter dans l'avenir. Comment vivrons nous en 2016 et 2018 et 2020, et au-delà? Quels sont les caps que nous voulons nous donner? Qu'adviendra-t-il de notre pays? Comment évoluera-t-il ? Serais-je dans celui-ci une force d'oxygénation ou un corps inerte? Une force de développement ou de repli sur soi, un globule rouge ou un virus noir ? Ferais-je le choix du risque et de l'ouverture ou de l'enfermement et du dépérissement? 

Le 1er août mêle notre passé, notre présent et notre avenir, comme il mêle les langues, les origines diverses. Il permet, dans notre Confédération, de rappeler que s'il n'y en a pas des comme nous, nous constituons toutefois, genevois, vaudois, zurichois, etc., un tout.

De la même manière, si notre pays est singulier, il appartient à un ensemble plus vaste dont il dépend, et auquel il doit une grande partie de sa richesse et de ses succès, et envers lequel il a aussi des responsabilités. 

Le 1er août sera toujours pour moi un hommage à celles et ceux qui font la Suisse, qu'ils en aient le passeport ou non; s'engagent pour le vivre ensemble, au courage qu'il faut pour poursuivre cette aventure. Il sera toujours un moment de lutte contre les périls de fragmentation, de rejet et de repli sur soi qui nous guettent. Un temps de joie, flamboyant.

 

La Suisse est un muscle qui se travaille.

Le 1e août est un temps pour l'exercer. 

 


 

 

 

 

 

 

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12/05/2015

Abou et les vacances d'été

575459999.jpgOn lui a répété de ne pas bouger, pas respirer, pas crier. Quoi qu’il arrive il n’aurait pas moufté.Une fois dans la valise, Abou a pensé qu’il allait passer les douanes tout droit… pas qu’il pouvait crever.  

Il s’est dit : tout plutôt que les touristes adipeux et arrogants, les touristes qui parlent fort et se foutent de nos gueules quand on prie puis s’angoissent au moment de s’en aller, de peur de rater leur vol.

Il serait mort sans un bruit Abou. Il était préparé à cela. Il s’est mordu les lèvres. Il était disposé à disparaître dans son petit cercueil de cuir de 80 sur 80 cm. On aurait pu le mettre direct à la poubelle ensuite, comme s’il n’avait jamais existé. Avec un peu de terre dessus, et bye bye: bon voyage. 

 

Le cousin Omar, Khalid le fils du voisin sont partis au nord et on ne les a plus revu. Un dans la mer, un en Libye. Pour rien.

Avant, la Suisse prenait des demandes d'asile à l'ambassade. On faisait la queue mais on avait cette espérance. Maintenant c'est fini, ce n'est plus possible. Une votation populaire a tout changé. Il faut traverser pour espérer. Risquer sa peau. Encore.  

 

Les douaniers ont envie de rire subitement. Abou: petit con, comment pensait-il passer ainsi, se jouer d’eux d’une manière aussi naïve ?

Les grands frères d'Abou courent vers la barrière et se jettent dessus pour l’escalader, un et deux et dix, individuellement, puis par groupes, ça c'est du sport.

La plupart sont pris, certains passent. La masse l’emportera toujours sur les drones. Les douaniers pensent au début : les cons, nous avons des tasers, des gaz lacrymogènes, des menottes. Mais impossible d’arrêter une armée de pauvres. Une colonne de désespérés, tu ne la stoppes pas.

— La Méditerranée sera comblée par nos corps. Nos petits frères nous marcheront dessus s’il le faut- disent ceux qui embarquent sur les rafiots, les péniches, s’accrochent aux bidons. Plus rien à perdre. 

Les caravanes sont ciblées dans le désert. Ici, on te tire comme un chien. Seule issue, la mer, la fuite vers le Nord sans voie de retour possible. La mer ou la mort et peut-être les deux. Mieux vaut encore crever dans la mer que d’une balle dans la tête - disent ceux qui n'ont plus de choix-  

Les douaniers rêvent de vacances à Helsinki ou Berlin. Là où la frontière est loin, où il fait frais et gris, où rien n’est sec ni salé. Tiens, pourquoi pas Genève, capitale des droits de l’homme, où l’on ne voit pas toute cette merde des gamins asphyxiés dans des valises, dans les soutes des cargos, où les gens se piétinent pour entrer ou sortir. Découvrir une session des Nations unies, le musée de la Croix-Rouge, participer à un colloque de formation continue sur les droits de l'Homme, contempler enfin une guerre à distance. Et puis : un petit crochet par l’exposition universelle à Milan... ça dépendra du petit futé ou du guide du Routard.

 

En attendant les vacances, ici ça pousse encore et ça transpire. Sous les bâches des camions, dans les double fond des coffres, attachés sur des rafiots afin qu’en cas de panique le navire ne chavire pas. Dans les pirogues de fortune, sur des radeaux de planches mal assemblées, dans les trains d’atterrissage des avions, ça s'entasse.

Abou senior, Abou junior, Abou fœtus dans un container, un bidon, un camion frigorifique, dans un carton de banane, une carcasse de bête, sous le poisson, les crevettes, entre les arêtes, faut que ça entre Abou, ça doit entrer, ça doit passer Abou, et sinon tu essaieras à nouveau.

Et toi, tes vacances cet été ? D'abord prévoir. Ne pas oublier de refaire le passeport. Expiration anticipée. Puis, devant la valise, être sans pitié. Ne pas prendre trop de vêtements, juste l’essentiel. Crème solaire, quelques vêtements de rechange, une paire de tongs, de sandales, c'est bien. On voyage mieux léger.

Peut-être une petite laine quand même, au cas où… les soirées à la mer peuvent être fraîches. Le reste : acheter sur place, c’est bien de faire fonctionner l’économie locale. Eviter les pays instables, choisir la sécurité. Renoncer aux pays trop pauvres, trop musulmans, c’est déprimant.

Toujours rester du bon côté du mur, même loin de chez soi, éviter le ramadan, pas sexy. De la musique dans l’ipod, we are the world, c’est touchant. C’est bien, c'est certain. Nous sommes l’universel, des citoyen-ne-s du monde, pas des douaniers des passeurs, des morts-la-faim, des mendiants. Nous sommes des voyageurs, des explorateurs. Alors: pas besoin d’une valise trop grande, une petite de 80 sur 80 suffira pour les livres et les fringues.

Et si vraiment on a besoin d'une valise, on en achètera une nouvelle en route.

Il y en a plein sur les marchés pour pas cher. C’est parfait pour y ranger les bibelots du souk, les cadeaux-souvenirs. De la valise, on prendra soin de négocier le prix. On est pas des pigeons.  

Faudra pas oublier de négocier sec avec le petit Abou qui voudra la vendre.

 

 

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/bd62a8c6-c2f6-11e2-b4cc-25ebe225791f/Ce_que_la_suppression_de_lasile_dans_les_ambassades_va_changer

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/05/12/l-ordinaire-de-la-brutalite-policiere-contre-les-migrants-filme-a-calais_4631949_1654200.html

http://www.poesieromande.ch/wordpress/?page_id=311

 

 

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11/05/2015

Abou dans la valise

Sylvain-1.jpgIl a 8 ans, il est ivoirien, il est pressé dans une valise pour passer la frontière.

La femme qui le transporte, elle a 19 ans. Quand elle arrive au poste de frontière de Ceuta elle regarde à droite et à gauche. Elle semble nerveuse.

Elle ne veut pas mettre la valise sur le tapis du scanner. Cela rend les douaniers suspicieux. (Toute la journée ils scrutent, on ne la leur fait pas).

Ils pensent qu’elle transporte de la drogue. Ils l’arrêtent. Ils ouvrent la valise. Peut-être qu’ils sourient un peu, je ne sais pas. Dedans, il y a un jeune gamin, les genoux repliés sous le menton. Il a très chaud ou très froid, ou alors il a peur. En tous les cas, il grelotte.

Il a soif. Il dit : je m’appelle Abou. Il le dit en français, c’est tout. Il ne connaît pas la femme qui le transporte. Il ne connaît pas les visages qui le scrutent. Il ne sait pas lire. Il ne connaît rien de la Bible, du Coran à peine quelques bribes. La religion c’est du vent.

Il connaît le foot, Messi et Tevez. Abou a grandi aux sabots des chameaux. Il a bu l’eau trouble des gourdes de peau. Il répète que son père est en Espagne. Il ne sait pas où. C’est un chiot du désert, un enfant nourri au sable, au lait, aux dates, aux tablettes de chocolat Herschey’s et cannettes d’Isostar; les touristes les abandonnent avec leurs restes, après avoir tripé dans le désert pour se reconnecter spirituellement dans l’immensité du rien.

Les blondes américaines – doubles graisses – parlent fort et suintent sous le soleil. Elles le prennent en photo, lui laissent encore et encore des plaques de chocolat et des marshmallows. Le chocolat, il connaît bien, il aime ça. Elles viennent, elles twittent, elles sourient, elles aiment les couchers de soleil, puis repartent.

Il a 8 ans, il reste là. Il fait partie du décor.

Il les entend dire, les grosses : citoyenne du monde citizen of the world i am je suis, se prendre en photo, selfie bras dessus bras dessous, et chanter presque we are the world avec un regard mièvre bombé de bonté et de charité sur lui.

Elles se prennent pour Madonna, Mère Teresa, Lady Gaga, elles s’ouvrent les chakras au forceps avec leur road-trip sous les étoiles, avec du sable et du sable encore, partout.

Pendant ce temps, les chameliers bavent. Ses oncles ont envie de sauter sur les blondes. Ils s’agrippent à leur corde usée. Mains calleuses sur les selles, autour du cou des animaux, serrent les licous comme la laine.

Il voit les blondes se dandiner sur les dunes de sable. Il a eu peur qu’elles l’adoptent.

Il préfère la valise en cuir usé de 80 cm sur 80 cm et passer sous les radars, dans les scanners, risquer sa peau en soute, que d’être adopté par la grosse qui l’envisage piteusement comme un affamé de Somalie ou d’Erythrée.

Il préfère voyager clandestin que finir dans une banlieue du New-Hampshire ou de Malibu.

C’est fini l’époque de l’esclavagisme. Il s’appelle Abou, joueur de football en devenir et son père l'attend en Europe de l'autre côté de la mer.

Qui l’a mis au monde, qui l’a fourré dans cette valise?

Qui, au péril de sa vie, a voulu le sauver ?

Qui l’a abandonné, Moïse du 21e siècle dans les mains d’une passeuse post-adolescente complètement larguée ?

Qui l’a bouclé là-dedans, sans trou de respiration, sans vivres, parmi les vêtements épars, l’a laissé se faire embarquer par une main fragile, tremblante au moment de passer des portiques, portails, dispositifs de sécurité, casquettes des douaniers, détecteurs thermiques, caméras, chiens, scanners, détecteurs de métaux, de faux papiers, empreintes digitales, passeports biométriques ?

Qui l’a bourré là-dedans et pensé que c’était : LA MOINS MAUVAISE SOLUTION POSSIBLE ?

Il voulait juste une main ferme bien serrée pour l’aider à traverser la route et aller à l’école. Une main bien posée sur la sienne, ou sur sa tête pour la caresser, rien de plus.


Sylvain-1.jpgIl ne voulait pas la valise Abou. 

Il voulait l'école, le football, et écrire.



 

 


http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/un-enfant-ivoirien-de-8-ans-decouvert-dans-une-valise-a-un-poste-frontiere-espagnol_898215.html


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13/03/2015

Ueli Maurer et son petit chocolat chaud

 

C’est un grand jardin et dans ce grand jardin il y a des orangers et des oliviers. Le jardin descend en pente douce jusqu’à la source, de couleur verte émeraude et charbon sur ses bords. Les chevriers y amènent leurs chèvres noires, leurs sabots glissent sur la pierre et les clochettes dorées comme des soleils tintent au milieu du thym joyeusement piétiné.

 

Les bêtes s’ébrouent, bondissent, s’affrontent parfois cornes contre cornes. Le ciel est invariablement bleu et le vent atone. Non, du vent, il n’y en a pas, jamais. Des enfants jouent là, ils font des bulles de savon noir et frottent des cailloux les uns contre les autres pour produire de petites étincelles orangées. Ils prennent un peu de paille la ramassent dans leur paume et l’enflamment. Parfois ils ramassent des cailloux et les lancent.

 

Ils rient en se soufflant de la fumée les uns sur les autres, tournent autour du petit feu. Les femmes lavent leur linge juste à côté. Elles sont courbées, frottent sur la pierre des draps, des nappes, des pantalons de couleur très grands. Elles chantent parfois, une chanson du village que tu ne comprends pas.

 

Elles chantent encore plus fort parfois, et leurs mouvements se font plus lents, leurs mains se crispent sur les anses des bidons, bleus pour le savon noir, blancs pour le linge sale et des paniers d’osier pour la linge propre. Un âne harnaché à une charrette de bois attend, patient. Et dans le ciel : formes grises qui passent en bourdonnant.    

 

Les hommes se réunissent dans la salle du village. Ils fument doucement, se prennent l'avant bras lorsqu'ils rient. Une radio est allumée à longueur de journée. Elle diffuse, dans une langue que tu ne comprends pas, les nouvelles quotidiennes, parfois de la musique aussi. Les yeux des hommes s’embrument très vite, comme quand vient la pluie, ou quand les jeeps apparaissent sur la colline. Ils prétextent alors une poussière dans les yeux et détournent la tête, ou alors ils serrent les poings, forts.

 

Certains, parmi ceux qui ont des visages durs comme des pierres manient les armes. Ils ont tranché la gorge de mouton et savent comment faire jouer des mouvements de culasse. Ils peuvent aussi soudain se mettre à pleurer, là, pour une chanson pour un poème ou pour un conte ancien, presque anodin, racontant comment les figues sont apparues sur cette terre :  graines tombées des cheveux d’une femme qui se lavait à la source avec le lait des chèvres. En s’endormant, elle avait laissé glisser sa tête proche du terrier d’une bête dont les habitants préfèrent ne jamais le nom. La bête dont les habitants préfèrent ne jamais dire le nom a donné les figues aux habitant-e-s du village et le blé, les olives.


Les figues sont belles, elles sont grasses et très lourdes. Les femmes quand elles les mangent regardent les hommes d’une autre manière, et se penchent en avant. Les hommes aussi regardent alors les femmes d’une autre façon. Ils fument doucement et leurs pieds font au sol des cercles, comme des animaux qui grattent le sol, des chiens sauvages quand ils tournent sur eux-mêmes, balayant le sol de leur queue.  

 

Les enfants ont dessiné à la craie des arbres sur la pierre, des oiseaux, en rose en blanc et rouge pastel. Une vieille affiche pour du bouillon Knorr énonce   « once upon a time » :  il était une fois, dans le village, mettant en image une grande bassine en cuivre, une vieille dame toute blanche dont la soupe est comme une histoire que l’on se raconte et que chacun voudrait partager.

Alice au pays des merveilles a visité ce paysage, et  Bambi, et Lady Gaga ? Non. Jamais. Depuis longtemps: plus rien. Il y a des braises qui brasillent sous la casserole. Toujours un cône de terre cuite sous lequel mijote un agneau, un pain chaud et large sur la plaque de fonte brûlante. En hiver, le pain brûle les doigts et les lèvres, embaume les maisons basses. Il est bon alors de le tremper chaud dans l'huile d'olive. En été, pareil : même pain, même chaleur, une pâte de pois chiche qui colle un peu au palais, de la menthe fraîche.   

 

Un tout petit peu plus loin, il y a les barbelés un tout petit peu plus loin encore les tracteurs cassés, et encore un tout petit peu plus loin des hommes casqués. Un tout petit peu plus loin encore un chef de chantier et des plans déposés sur la table. Un tout petit peu plus loin des trax américains qui comme des béliers vont taper les oliviers et briser-fendre-casser les troncs.

Et si une femme se met devant, ils lui roulent dessus pour l'écraser (Rachel Corrie). Et si une femme essaie de les arrêter : ils la tuent. Un tout petit peu plus loin il y a des grands pans de parois de béton que des grues jaunes comme des citrons soulèvent dans le ciel et déposent au milieu des champs dans un nuage de poussière. Un tout petit peu plus loin, il y a la tour centrale à côté du puits condamné et des caméras dessus, un tout petit peu plus loin encore une autre tour, d’autre caméras dessus, et encore une tour, et encore des caméras, et encore une tour, et etc…. là où il y avait avant des oliviers.

 

On entend  du village les morceaux de béton que des hommes habillés de vert soudent et clac fer tendu qui les ceint et clac ces hommes fixent les morceaux de béton entre eux, et clac ils serrent et clac serrent, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumière qui puisse passer, non rien. Jusqu’à ce que fer et béton soient collés comme les lèvres des vieux lorsqu'ils ont expiré, ou lorsque des enfants, dans les manifestations, se prennent une balle dans le front clac clac clac.  

 

Depuis le village on entend ce bruit des morceaux de béton que l’on encastre. Certains enfants croient que la terre tremble ils commencent à pleurer. Mais c'est leur cœur qui tape plus fort, c’est leur cœur qui tape plus fort…. et leurs mains qui se serrent, tu vois.


Et plus loin il y a ceux qui ne se salissent pas les mains, et plus loin il y a ceux qui vendent les bulldozers blindés, et plus loin ceux qui achètent des armes, et plus loin encore ceux qui viennent ici en vacances juste de l'autre côté du mur, pour aller se bronzer, et plus loin encore il y a Ueli Maurer, que la honte soit sur nous et sur notre pays qui abrite les conventions de Genève, qui boit un chocolat chaud loin des barbelé des murs et des gamins avec le coeur qui bat à rompre. Il dit : 400 millions pour vos drones efficaces, je suis prêt à payer, comme cela la Suisse sera bien gardée, bien protégée et nos civils correctement surveillés.   

 

Il boit son chocolat chaud, il saigne un petit peu du nez. 



http://www.rts.ch/emissions/temps-present/5722547-bientot-un-tueur-dans-le-ciel-suisse.html

11:00 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drones, ueli maurer, suisse, conventions de genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/02/2015

Ueli Maurer est une menace pour la Suisse

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Le Conseiller fédéral UDC Ueli Maurer veut 6 drones[1] pour protéger la Suisse contre l’entrée illégale de migrant-e-s ; ou plus prosaïquement, contre des contrebandiers de viande et de fromage. Pour cela, il a choisi un produit israélien ayant fait ses preuves dans la boucherie de Gaza en 2014. Attention danger !

Ueli Maurer trahit la neutralité Suisse

L’affaire est extrêmement grave. Ueli Maurer, après l'échec de l'achat des avions Grippen, veut de nouveaux jouets, à n'importe quel prix. Il a choisi 6 nouveaux drones d’exploration, non armés (mais armable), du type Hermès 900, de la société Elbit.

Je suis charnier

Elbit n’est pas n’importe quelle entreprise de n’importe quel pays. C'est un fleuron de l’industrie d’armement d’Israël et Israël est ce pays sympathique qui, cet été, souvenez-vous, même si c’est loin déjà, et qu'entre temps beaucoup d'entre-nous sont devenus Charlie, a massivement haché menu une population civile à Gaza faisant, selon le bilan annoncé par le bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) plus de 2130 morts dont 1473 civils et 500 enfants. 

Je suis charnier : Ueli le marquera-t-il sur ses drones?


Testé à Gaza en 2014, plébiscité en Suisse en 2015 ?

A Gaza, en 2014, l'armée israélienne, à la grande satisfaction de son état-major, [2] a engagé les mêmes appareil qu'Ueli veut nous faire acheter.  Nous voilà donc invité, 6 mois plus tard, bouche en cœur, à payer 250 millions de francs du matériel de guerre ayant servi contre des population civiles dans un climat international tendu. Quelles seront les réactions de ceux qui reçoivent les bombes israéliennes sur la tronche à l'annonce de cet achat par la Suisse "neutre" et dépositaire des quatre Conventions de Genève de 1949 sur le droit international humanitaire?  

Business is blindness?

"Comme souvent lorsqu’il s’agit d’armements, les affaires s’accommodent étrangement de la réalité géopolitique".[3] Ce commentaire est d’Israel Valley, chambre de commerce France-Israël. Celle-ci a raison de s’émerveiller que les affaires fassent fi de la réalité géopolitique. Ueli Maurer bonimente sur le dos de la neutralité, en mythifiant une Suisse indépendante et neutre, tout en poussant notre pays à acheter des drones militaires à un pays en guerre. Cette erreur politique majeure tache la neutralité suisse et doit être comprise comme une déclaration de guerre frontale à tous ceux qui refusent que notre pays prenne parti unilatéralement dans quelque conflit que ce soit.

 

Le Conseil national doit refuser cet achat

Dans une lettre transmise par BDS Suisse (Boycott Désinvestissement et sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation de la Palestine) aux membres des chambres fédérales, BDS demande aux conseillers nationaux de ne pas voter le projet d’achat de drones Hermes 900 produits par Elbit.[4] BDS argumente ainsi : "permettre l’achat de drones Hermes 900 de la société israélienne Elbit équivaudrait à soutenir une compagnie collaborant étroitement avec l’armée israélienne et tirant profit de violations du droit international".

La société Elbit a vu ses actions en bourse augmenter de 6% suite a la guerre à Gaza cet été. Cette société se vante publiquement du fait que ses "produits" ont été "testés sur le terrain" et d’œuvrer à la "satisfaction de ses clients". Voulons-nous que la Suisse soit le client satisfait d'une guerre coloniale et d'une situation d'apartheid en soutenant un état qui a désormais une enquête préliminaire ouverte contre lui à la Haye pour crimes de guerre en Palestine?[5] Non. 

 

Ueli Maurer retarde d'une guerre 

Comment la Suisse peut-elle demander à qui que ce soit de respecter le droit international alors qu’elle achète de l’armement à un état qui le viole ? La crédibilité et la neutralité de la Suisse sont jetés bas par le conseiller fédéral UDC. Et ce n'est pas tout : un deuxième volet d'achat militaire est prévu pour cet automne. Evalué à 800 millions de francs, il vise ... à acheter un système de canons de DCA de 35 mm!

En résumé : Ueli Maurer n'a rien compris aux nouvelles menaces terroristes et fait fausse route sur toute la ligne.

1) En achetant du matériel de guerre israélien, il déclare de fait la guerre à tous ceux qui luttent contre les violations des droits de l'homme de cet état.

2) Pour protéger la Suisse contre les nouvelles menaces terroristes, il propose d'acheter des canons de DCA!!!

Avec Ueli, c'est clair, la Suisse est dans de sales draps 

Il nous reste une petite chance. L’acquisition de ces nouveaux drones doit encore être votée par le Conseil National. Il est urgent de faire pression sur celui-ci afin qu’il renonce à acheter ce matériel de guerre. 

Une pétition a été lancée, elle a déjà recueillie plus de 30'000 signatures et sera déposée le 26 février prochain à Berne. Il est important de la signer [6] et d'agir pour freiner le kamikaze Ueli Maurer et sa politique suicidaire qui font désormais courir à la Suisse des risques sécuritaires majeurs.

Si le Conseil national suit Ueli Maurer, nous aurons des drones tachés de sang sur la tête faisant de la Suisse une cible légitime pour des terroristes. 



[1] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/3f1ac80e-b1f1-11e4-b561-84ba1d1afc1c/Des_drones_isra%C3%A9liens_pour_larm%C3%A9e_suisse

[2] http://rpdefense.over-blog.com/tag/hermes%20900/

[3] http://www.israelvalley.com/news/2013/09/08/41171/drones-de-iai-ou-elbit-pour-la-suisse-contrat-de-400m-de-francs-suisse

[4] http://www.bds-info.ch/index.php/fr/campagnes/bds-ch/boycott-consommateurs/161-bds-fr/campagnes/bds-suisse/embargo-militaire-securite/974-lettre-aux-membres-des-chambres-federales

[5] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/01/16/la-cour-penale-internationale-se-penche-sur-la-situation-en-palestine_4558002_3218.html

[6] http://www.bds-info.ch/index.php/fr/home-fr/161-bds-fr/campagnes/bds-suisse/embargo-militaire-securite/723-petition-contre-l-achat-de-drones-israeliens

 

 

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15/07/2014

10 arguments en faveur d'Israël qui alimentent le conflit (1-5)

israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.Pourquoi la colonisation israélienne nous concerne-t-elle directement? Pourquoi est-il impossible d'esquiver ce conflit en le mettant sur le même pied que ce qui se passe au Tibet ou en Ukraine par exemple ? Pourquoi ne pas s'y impliquer revient à terme à fragiliser notre sécurité et renforce la responsabilité de l'Occident dans les violences qui s'y déroulent? Pour agir, comment se libérer des clichés qui assurent la perpétuation de l'état de violence. Petit tour des représentations toutes faites qui aggravent le conflit en avançant 10 arguments fallacieux en faveur d'Israël (1-5).      

1) Le mur de séparation assure la sécurité d'Israël  

Faux. Il y a un paradoxe dans l'argumentation de ceux qui défendent la présence du mur. Ils affirment que le mur protège Israël des terroristes du Hamas. Pourtant, de nombreux travailleurs passent le mur pour travailler en Israël. Le mur n'est pas une garantie sécuritaire, il est non-étanche. De nombreux points de passages laissent entrer des clandestins. Le mur, comme le rappelle René Bachmann (Le Mur, éditions du Seuil) est avant tout un outil visant à découper des terres et à poser de nouvelles frontières au profit de l'état d'Israël, enserrant et protégeant ses colonies. Maale Adumim "perle brillante de l'état d'Israël" selon ses élus municipaux, en est l'une d'elle, construite illégalement, coupant la Cisjordanie en deux. Le mur est un outil de domination économique et géopolitique, pas une garantie de sécurité. Il demeure une des sources du problème, pas une possibilité de sa résolution. Ce n'est pas le mur qui a empêché les attentats terroristes, mais la trêve négociée entre le Hamas et Israël, et le choix politique de l'Autorité Palestinienne de renoncer à la violence. La diplomatie affirmera Israël, pas les murs ni les bombes, ni ses interventions armées qui donnent bien de nouvelles forces à ses détracteurs et attise  la haine. Il n'y a pas de solution militaire à ce conflit et le mur est une construction militaire. 


israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.2) Israël donne du travail aux palestiniens

Faux. Israël le fait payer plutôt, et cher. La colonisation produit de la main d'oeuvre bon marché, un lumpenproletariat corvéable à merci. Israël est une économie florissante sous perfusion américaine. Une colonisation ne peut se justifier parce que des colons emploient des colonisés à des salaires horaires misérables. Les français en Afrique employaient des natifs, cela donne-t-il une légitimité à la colonisation? Certainement non. Israël ne donne pas du travail, il développe une économie basée sur l'exploitation. Personne ne s'attend toutefois à ce qu'Israël soit plus vertueux que d'autres pays. Ce n'est pas de la vertu qui est attendue, mais le respect du droit. Si Israël se réclame de la démocratie et veut en honorer les engagements, elle ne peut se satisfaire d'être comparée à l'Egypte des maréchaux ou aux criminels islamistes qui égorgent et tuent en Syrie et en Irak. Comparer Israël à la lie pour lui donner un semblant de légitimité et la placer au-dessus des pires dictatures est humiliant pour elle. Si Israël se revendique de l'Europe, veut pousser la chansonnette à l'Eurovision, continuer d'envoyer ses équipes de football jouer dans les championnats européens, elle doit jouer à ce niveau là, pas se reléguer au niveau des états atomisés aux pratiques criminelles comme l'Irak ou la Syrie avec l'argument fallacieux d'être la "seule démocratie" du Moyen-Orient tout en commettant à Gaza des crimes contre l'humanité.     

israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.3) Le Hamas veut avant tout la destruction d'Israël

Faux. Le Hamas est à l'origine un mouvement communautaire et social. Il s'est radicalisé lors de la première intifada (1987) et a, à de nombreuses reprises, signé et accompli des trêves avec Israël. Il a proposé, en 1993, à Israël, la paix en échange de son retrait des territoires occupés. Les cycles de violence du Hamas avec Israël montrent un rapport de force, et un dialogue constant entre les deux entités. Il est impossible au Hamas de créer une véritable économie et donner du travail à  sa population actuellement en raison du blocus israélien (2005) enserrant Gaza; impossible à quiconque de développer une économie viable à Gaza autre que de survie. Le Hamas est une jauge de sécurité pour Israël. Si le Fatah prend de l'ampleur, Israël renforce le Hamas. Si le Hamas gronde, Israël desserre l'étreinte au Fatah. Si les deux s'unissent (2 juin 2014) Israël lance une attaque qui les fragilise tous deux. Le Hamas est une monomanie, une obsession israélienne, son repoussoir favori. En février 2006, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, réitère la proposition de trêve de durée indéterminée et de mettre fin à la lutte armée si Israël se retire de tous les territoires occupés et reconnaît les droits du peuple palestinien. Israël refuse. Il est aujourd'hui pervers de nier le droit à un peuple de s'autodéterminer en prenant en exemple sa composante la plus extrémiste pour la frapper tout en faisant parallèlement le nécessaire pour la renforcer quand elle peut être utile politiquement. L'Autorité Palestinienne ne partage pas l'idéologie et la stratégie du Hamas. Pourquoi Israël n'intensifie-t-il pas ses échanges avec elle? 


israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.4) Le droit au retour est un luxe dont finiront par se passer les Palestiniens

Faux. Tant qu'Israël n'accédera pas à cette exigence, le conflit perdurera. Il ne s'agit encore pas là de la vertu ou non d'Israël de s'y plier, mais du respect du droit international et d'honorer les quatrièmes conventions de Genève. Une fois les combats terminés, les civils doivent pouvoir retourner chez eux, dans leurs propres maison. Depuis bientôt quatre générations (1948), ce droit est bafoué par Israël. Il n'y a, là encore, aucun sens d'invoquer les autres états arabes et de pousser vers eux la question Palestinienne. On entend dire: "que les autres états arabes les accueillent". Mais non. Qu'ils choisissent ou non d'accueillir les palestiniens est non-signifiant. Les habitants de Jaffa sont originaires de Jaffa, pas Bagdad, c'est insensé de vouloir les envoyer au loin. Ils doivent pouvoir retourner chez eux, même si leur ville s'appelle Tel-Aviv aujourd'hui. Pourquoi l'Etat d'Israël bloque-t-il ce retour? Parce que ce serait la fin de l'état hébreu disent certains. Quel paradoxe. Si c'est le cas, comment prétendre démocratique un état qui se définirait par essence hébreu et donc par définition à dominance juive? Quelle est la nature de la démocratie de l'état d'Israël si une partie de sa population originaire ne peut y vivre, et celle qui y réside actuellement a pour vocation d'y demeurer minorisée ?      

5) Les épisodes de violence sont initiés par les arabes

Faux. La colonisation est un acte de violence, elle est à la racine, au coeur des autres violences qui en découlent. Invoquer le Hamas à tour de bras ne fait que le renforcer et lui donner plus de puissance. Pourquoi Israël ne s'appuie-t-il pas sur l'Autorité Palestinienne, ne renforce-t-il pas la position de Mahmoud Abbas, modéré, pragmatique, ayant reconnu l'état et l'existence d'Israël? Dès 1987 le Hamas a été toléré, accepté, voir soutenu par Israël pour contenir le Fatah selon le principe de "diviser pour régner". Israël, par les excès d'une politique de colonisation effrénée, a tout fait pour fragiliser Mahmoud Abbas qui a été présenté comme "trop tendre". La cote de popularité du Hamas est montée. Certains palestiniens ont cru qu'il pouvait être une alternative au Fatah. La colonisation divise. Choisir d'enfermer un peuple, à Gaza comme en Cisjordanie est une violence continue et quotidienne qui n'a pas besoin de coups de feu pour être dénoncée et sanctionnée. 


Les arguments 6 à 10 en faveur d'Israël qui alimentent le conflit seront publiés ultérieurement.  

Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

 

09:29 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israël, palestine, gaza, bds, bombardement, suisse, neutralité. | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/06/2014

Demain on sera champions du monde

C'est parti pour les hymnes, on aime ou on aime pas, ça fait toujours son effet: sur nos monts quand le soleil annonce allons enfants de la patrie, demain on sera champion du monde. On se regarde le nombril on twitte on s'en régale, c'est pas tous les jours que l'on redouble le 1e août. L'Islande, Chypre la Norvège et le Honduras, on les a liquidés tout de même, ça nous permet d'avoir des prétentions: cette année on sera champions du monde.  

Les chauvins c'est toi qui dit qui est

On peut dire du mal des français on peut les haïr les mépriser ce sont les pires chauvins nationalistes qui disent qui sont. On peut dire : je supporte la Suisse et n'importe quelle équipe qui battra la France et se rapprocher du camp de ceux qui disent: je supporte toute équipe qui battra l'Algérie, surtout si c'est l'Allemagne on peut laisser courir son racisme fleurir son complexe d'infériorité, sa mesquinerie. Le foot autorise / atomise tout. Il n'y a pas que le foot dans la vie, non, il y a le chauvinisme aussi. 

Marignan Manaus même combat

On peut mordre une épaule, donner un coup de boule, se rouler par terre pour rien, on peut prendre le ballon de la main, arracher le tibia de son adversaire, refaire le match mille fois entre le bureau et la chambre à coucher, tomber tomber encore faire semblant de tenir debout, traiter les autres de fils de P**** être d'une formidable mauvaise foi, crier sur la mamy qui passe devant l'écran, klaxonner comme des brutes rouler comme des mules, hoqueter seul dans son coin. Assister aux retournements de veste des commentateurs télé (plus versatiles qu'eux tu meurs) est un spectacle en soi. On ne leur jette pas la balle, on a vu les lettres et courriels qui arrivent à la RTS: soyez plus plus fiers d'être Suisse, ne soyez pas commentateurs, soyez harangueurs. Il faut hisser haut le drapeau, montrer son enthousiasme. Marignan 1515, Manaus 2014, la bataille a commencé, ce sera le même combat. La Suisse a battu le Honduras. Les mercenaires de Milan, de la Juventus de Turin ont bien fait leur boulot. Un jour bientôt, on sera champions du monde. Hop Suisse.

y'a de la joie

Héros ou zéro à quoi ça tient? Vae victis, malheur aux vaincus, mieux vaut mordre, arracher un oeil, que perdre, c'est clair. On pardonnera tout au vainqueur, à la guerre comme à la guerre. Demande à Maradona ce qu'il en pense. Il te dira le bien pour Suarez. Amen. Ils doivent tout donner, mourir sur le terrain s'il le faut. Cours donc espèce de chèvre, sous un soleil à 30 degrés, mais boire une bière tiède devant eux, c'est exclu. S'il faut faire les valises replier les maillots les shorts les chaussettes, ce sera fait, mais d'ici là on peut rêver encore et montrer qu'au klaxon on est très adroits, à la vénération du maillot, au niveau des meilleurs.

On est les champions

Pour l'instant, ne plus parler boulot politique amour poésie; tant que le ballon roule on continue d'exister. Quand il s'arrêtera il y aura peut-être le tour de France pour se consoler. Enfin, non, pas le tour de France, il y a trop de drogués, c'est un milieu qui n'est pas très sain...

On jour bientôt demain on sera champions du monde

On battra l'Argentine mardi je vous le dis et le Brésil derrière, de quoi tous les dégoûter. La petite Suisse deviendra grande, énorme. Elle fera sauter la banque.   

Et sinon je casse ma télé, soutiendrai uniquement l'équipe suisse de Hockey.Mais je préfère ne pas y penser. Demain, on sera champions du monde. Si ce n'est pas le cas, reste à prier pour que la France perde; petit dopant nationaliste, Viagra pestilentiel pour les faibles.   


09:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coupe du monde, nationalisme, chauvinisme, marignan, manaus, même combat, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/04/2014

Guillaume Tell, Marwan Barghouti: même combat

hodler-1.jpgLe 17 avril est, depuis 1975, sous l'impulsion du Front de Libération de la Palestine (FPLP) la journée internationale de solidarité avec les militant-e-s emprisonné-e-s en raison de leur engagement politique. Cette date du 17 avril, liée à l'origine à la détention des milliers de prisonniers Palestiniens s'est internationalisée et rend justice aujourd'hui aux prisonniers anticolonialistes, anti-impérialistes du monde entier. Elle rappelle les milliers de militant-e-s emprisonnés en raison de leurs opinions et engagements politiques; dénonce les peines les touchant, le manque de soin, de justice, et l'abus de violences à leur égard. La mère de toutes les violences: la privation de liberté. 1 détenu c'est au minimum 10 personnes qui souffrent. 

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16/02/2014

Nous sommes les 49,7%

1653540_10152189125346826_1160588183_n.jpgNous sommes le 49,7%. Belle consolation. Et puis quoi? Nous sommes le 49,7%, ce n'est pas rien, certes, mais en l'état ça ne pèse pas encore bien lourd. Il y a dans ce nombre quelque chose de fortifiant, une source de cohésion, mais nous valons mieux, et surtout, plus que cela.


49,7% mais de quoi?

On sait contre quoi nous nous sommes retrouvés : refus de l'initiative trompeuse de l'UDC contre l'immigration de masse qui péjore le développement de la Suisse, complique toute dynamique de création de richesse (sans résoudre la question de sa répartition), en revenant à des contingents pour les travailleurs étrangers. Initiative rendant plus précaires les conditions de travail des employé-e-s, ajoutant des complications aux entreprises, et n'améliorant pas d'un iota la question du dumping salarial, tout en crispant encore plus les rapports sociaux et bureaucratisant à l'extrême les conditions d'embauche des travailleurs et travailleuses. Nous sommes, pour l'instant, le 49,7% du refus au refus, du rejet au rejet de l'autre qui apporte travail et prospérité à la Suisse.

Non à la division des masses

A lire les analyses de la semaine, plutôt qu'une Suisse unie et forte, ce sont la division et l'opposition qui ont marqué des points. Opposition de la suisse-romande à la suisse-allemande, des villes aux campagnes, des vieux aux jeunes, opposition des suisses qui auraient une conscience nationale à ceux qui ne l'ont pas, de la Suisse réelle à la Suisse irréelle, des bobos hystériques au peuple authentique, du quartier des Avanchets et de Châtelaine aux autres communes, des élites autistes au peuple réifié... des 49.7% aux 50,3%. N'est-ce pas surtout là que se nicherait la victoire des initiants?  Dans la division de masse qu'elle a réussit à imposer? Dans le fait de creuser les clivages et la division dans un pays qui a crée sa richesse en faisant travailler ensemble les différences plutôt qu'en les exacerbant? Blocher ne dérape pas quand il dit que les romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible. Il poursuit, inlassable, son projet de division des masses, en bon petit patron.

Suspens économique

Et maintenant qu'allons-nous faire? L'annonce de la non-ratification par le Conseil Fédéral de l'accord pour l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie oblige l'Europe à geler la participation de la Suisse aux programmes "Horizon 2020" (8000 emplois potentiels en Suisse de perdus) et Erasmus (fin d'une mobilité facilitée pour les étudiants suisses en Europe). Jusqu'aux CFF, on s'inquiète. 25% des monteurs de voies salariés, 26% des installateurs de ligne de contact, 15% des employés de maintenance sont étrangers. Selon Le Temps, 75% du personnel qui travaille sur les chantiers ferroviaires a un nom à consonance étrangère. Dès 2016, lorsque le fonds d'infrastructure sera débloqué, qui va aller poser les rails et renouveler le réseau ferroviaire? Les retraités à la croix-blanche, comme le désire l'UDC? Il serait bon de les voir serrer les boulons de nuit sur les chantiers ferroviaires. Quel gâchis. Et qui va aller ramasser les patates dans les champs? Les chômeurs ? Quelle illusion.

Un conte rappelle l'histoire d'un homme tellement en colère qu'il marchait dans la rue avec une pierre pour frapper les gens. Ne voulant plus avoir à ramasser sa pierre à chaque fois qu'il en frappait un, il l'avait attaché à un élastique afin qu'elle lui revienne à chaque fois. Parfois il touchait quelqu'un, mais toujours, qu'il atteigne sa cible ou non, la pierre lui revenait... dans la figure. Soulagé, il recommençait plus tard, encore, encore. Effet boomerang, quand tu nous tiens....

download.jpg50,3% de f...âchés ?
Non, "eux" ce ne sont pas 50,3% de fachos, plutôt 50,3% de fâchés (39% à Genève). Je les écoute. Ils disent non aux bus bondés, aux cacas de chiens en bas de chez eux, aux cages d'escalier taguées, oui à la Suisse du formol, non à l'étranger (sans savoir très bien qui c'est au juste), oui à la Suisse éternelle, au goût original du Toblerone, au "c'était mieux avant", à des billets de train moins cher, au deuxième McDo gratuit. Non au changement-si-je-ne-sais-pas-ce-que-j'ai-au-bout, aux jeunes qui traînent dans la rue. Cette Suisse fâchée des 50,3% a mille bonnes raisons de l'être, mais au final, en l'écoutant bien, pas une seule qui rentre directement en adéquation avec le libellé de l'initiative UDC. Cette Suisse des 50,3% vote contre ses intérêts. En suivant sa colère, elle s'est surtout fait instrumentaliser et mal à elle-même. Recommencera-t-elle? C'est à craindre. La Suisse de celles et ceux qui ne sortent plus de chez eux le soir et n'essaient même plus, parce qu'en lisant les nouvelles on voit bien que c'est l'horreur. Et qui maintenant ont même peur chez eux en lisant le GHI qui annonce la torture d'un aîné en Une, créant la psychose  (4 cas avérés rappelle la Police en petit caractère en bas de page). La Suisse de celles et ceux qui veulent retrouver un pays d'avant, mythifié et rêvé, plutôt que de construire le pays d'après, et font confiance à Blocher, petit patron du tassement, qui divise les masses pour mieux prospérer. Une Suisse qui à force d'être en sécurité à tout prix, risque d'être morte avant de commencer à vivre.

Le 18 mai nous serons combien?

Nous étions 49,7%. Il nous a manqué 0,3%. Il a manqué 20'000 voix à l'appel, ou d'avoir pu faire changer d'avis 10'000 personnes. Cela veut-il dire qu'il ne nous manquerait plus que 0,3% pour être une majorité ? Ce serait si facile. Aujourd'hui, une semaine après, combien sommes-nous? Plus ou... moins de 49,7%? Et demain?

Combien serons-nous le 18 mai à refuser de payer la somme astronomique de 3 ou 4 milliards pour acheter des avion de combat Gripen ? Un petit peu plus ou un petit peu moins que 49.7%? Combien serons-nous le 18 mai à accepter l'initiative populaire pour la protection de salaires équitables (initiative sur les salaires minimums) qui résoudra pour partie les questions du dumping salarial et des abus patronaux ? Plus, ou moins de 49,7% ?

Si nous avons su nous rassembler contre une Suisse qui regarde dans le rétroviseur, nous pouvons maintenant réussir à faire une majorité pour la Suisse qui avance, économiquement et socialement. 

11:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, votation, immigration de masse, division des masses, udc, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/12/2012

Bang Bang

Depuis la folie meurtrière de Newtown, elle est entrée dans les cerveaux, la question fiévreuse portée par l'industrie médiatique : quand est-ce que cela nous arrivera ici. Dans la veillée d'arme du tsunami meurtrier, certains guettent des signes, nerveux. La propagation de la panique (Miguel D.Norambuena) fait son chemin dans les esprits. Oubliez votre cartable dans une rue, la rue est évacué, votre cartable explosé. Faites péter un ballon dans la rue, quatre personnes se couchent à terre. Ecrivez sur facebok "je vais faire un massacre LOL", les flics sonnent à votre porte, alors que vous vous prépariez à aller jouer aux quilles. La panique prend racine, elle se visse dans les têtes, comprime les poumons. L'air qui se respire ne permet plus de ne pas prendre au sérieux ce qui pourrait faire croire au pire. Dans le doute: alarme générale. Pour tout, pour rien. Comme des rats de laboratoires soumis à un stress constant, la parano du pire entretient son coûteux appareil sécuritaire. A la présomption de vie bonne et confiante se subsitue la présomption criminelle et violente biberonnée par les amplificateurs médiatiques qui se régalent de confiture rouge.... allô police bobo, je sais pas ce que tu m'as fait suis plus safe.

Suite à Newtown, des autorités scolaires et des polices helvètes sont montées fissa au créneau. La ville de Zürich a annoncé des investissements de plusieurs millions pour un système d'alerte unifié. Il manquerait des hauts-parleurs, des systèmes bloquants les portes. Elle s'est vantée de la mise en place d'un logiciel d'analyse des risques: 30 questions permettent d'évaluer si un jour un élève fera usage de la violence. Programme, programme, dis-moi qui est le plus dingo. Tout élève est désormais un tueur potentiel. A force de fantasmer le carnage on peut se poser la question sur l'attente inconsciente d'en voir surgir un...

Nous voilà donc arrivés à un temps de l'histoire où la peur est devenue panique. Où ce qui garantissait notre sécurité commune: la certitude d'une vie commune et d'une protection entre pairs, s'étiole et où le fait de vivre ensemble n'est plus une garantie que l'autre, c'est-à-dire, l'inconnu, potentiellement autistiquement arrimé uniquement à son ordinateur, son téléphone portable et son antidépresseur, n'est pas une menace mortelle. Pour y faire face, l'escalade sécuritaire est promue antidote. Vous voulez quelques millions pour de nouvelles portes blindées et des gilets pare-balles, des caméras? Si pour avoir la paix il faut y mettre le prix, allez, on casse la tirelire. Un garde armé devant chaque école? Oui, pourquoi pas. On va se rassurer à coups de caméras, se régaler de portes bloquantes, d'APM 24/24 sans bien sûr toucher au sacro-saint service militaire et aux armes d'ordonnance à la maison; celles-là on les garde sous l'oreiller, pour le cas où. Et des avions supersoniques sur nos têtes? Oui, oui, c'est bon. Et s'il y a un petit malin pour sortir l'argument comme quoi cela va booster l'économie, il faudra bien policer à blanc l'espace public, car notre sécurité le vaut bien.

Mais pourquoi mon adolescent me regarde-t-il avec ce drôle d'air? Pourquoi la menace me semble-t-elle avant tout intérieure, et pourquoi, concrètement, les policiers sont-ils dans le voisinage? Demandez-leur, ils vous le diront: pour des jeunes dans un parc, des voisins qui font du bruit, un homme qui marche seul à minuit dans la zone villa, pour un arabe ou un black assis sur un pas de porte. Allô police bobo ou le blues du gendarme. 9 fois sur 10, la police, quand elle ne tourne pas en rond dans le vide, est réclamée pour des tâches de conciergerie de gardiennage, de pouponnage, dans une société du cran où le gendarme est devenu avant tout le gardien des angoisses et le doudou des faillites relationnelles ; deus-ex-machina d'un espace social remplacé par des écrans et des interfaces tactiles. 

Nous voilà arrivés à un temps de l'histoire où des alarmes toujours plus sophistiquées et coûteuses ne nous protègeront plus de rien. Dans un état de guerre économique où la guerre des places s'ajoute à la guerre des classes, où l'épuisement guette, les derniers mécanismes inhibants de contrôle social qui faisaient aux bêtes humaines retourner la violence contre eux, et se jeter sous un train ou du haut d'un pont, menacent de céder à la tentation de se lancer dans la rue armés d'un flingue.

Ceux qui attaquent le service public, vident les espaces de leur dimension commune, remplacent partout l'homme par la machine et le témoin par l'automate, le texte par l'annonce publicitaire, et créent des champs urbains minéralisés au nom de la rentabilité, faisant tenir à l'humain un rôle subalterne ou décérébré, ceux là, quand ils attaquent en plus les budgets et les ressources sociales qui créent du lien : les financements d'écoles, d'hôpitaux, des travailleurs sociaux, des maisons de quartier, des crèches, des concierges, sont alors les porte-flingues qui huilent et arment les tireurs de demain.

Une logique de sécurité préventive viserait d'abord à se prémunir contre ces porte-flingues et leurs attaques préméditées contre l'espace social, le tissus, le lien, la transmission et cohésion sociale, garants de la sécurité collective. Assurer cette sécurité là ne coûterait pas des millions d'ailleurs... ni même la corde pour les pendre, ces sicaires.

 

22:14 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : newtown, suisse, violences, social, écoles | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/12/2012

Du mariage du sexe de l'homme de la femme de la famille et de l'onanisme politique.

Le mariage, d'essence divine ou sacralisant l'union exclusive d'un homme et d'une femme est mort. Il ne suffit plus, ne tient plus, n'est plus la digue qui assurait la durabilité et la reproduction contre vents et marées. Il n'est plus adapté aux amours, aux désirs, aux élans, aux besoins et aux formes actuelles de faire lien. Car on fait des gamins par éprouvette, par touchette, par pipette, et que l'on soit hétéro homo ou bi, ne change rien à l'affaire. Pour un projet d'enfant, la mère seule suffit. On lance un spermatozoïde sur un ovule par désir et de plus en plus par des rampes de lancement qui sont prothétiques. Ce geste désirant n'a pas besoin d'être porté par un phallus. Seulement, le droit retarde. Tous et toutes ne sont pas encore égaux pour le faire et s'en voir reconnaître la possibilité. Au nom de quoi? 


Ceux qui nient le droit au mariage pour les homosexuel-le-s, au nom d'un naturel hétérosexuel, sont à la pointe du débat d'arrière-garde. Car que l'on soit hétéro homo ou bi ne change rien aux liens et aux besoins d'une juste équité dans la reconnaissance de leur durabilité. Le fait est que l'on ne se marie plus pour la vie, mais pour faire du divorce une relation à long terme. Le mariage est désormais une garantie supplémentaire de faire lien dans la séparation. Il faut bien se marier pour réussir son divorce. Pas de jugement moral là, au contraire, ça bouge! Mais un constat de la nouvelle plasticité des liens et de leurs multiples possibles. Et pourtant, si le mariage a été désacralisé au XVIIIe, il sent encore l'encens.


L'institution mariage n'est plus up to date, elle est désuète, à rénover ou dynamiter. Après cinq ans de mariage, 50% de divorce. Les paires durables ou les mères mariées sont de fait devenus exception, source d'admiration ou d'idéalisation, pour ne pas dire de mythe. Nous sommes corps et âmes dans le temps des polygamies effectives, des choix affectifs à double-clic, plutôt que dans celui des signatures à la vie à la mort sur les parchemins. Le défi est doncde rénover ce qui peut l'être et de remplacer ce qui est mort. Ce qui se traduit concrètement par : mariage pour toutes et tous, ou alors, abrogation du mariage, source d'inégalité sociale.

 

Le mariage, la famille, l'hétérosexualité sont des constructions politiques. Aucun naturalisme là-dedans. Le mariage n'était d'abord que religieux, avec interdiction du divorce. John Milton (doctrine et discipline du divorce, 1644), a institué le droit de divorcer, acte fondateur de la conjugalité moderne. Et c'est grâce à la révolution française que le droit de se marier à la mairie a été inscrit. Le mariage c'est de la pâte à modeler. Il est politique, plastique et doit continuer d'évoluer, que ce soit sur les question de genre mais aussi du nombre de personnes qu'il lie. Si le mariage a encore un avenir, ce sera en incluant la diversité. Il sera de fait polygame, polyandre, comme l'est la société qu'il sert, assemblera 2, 3, 5 personnes ensemble, ou deviendra, de fait, une pièce de musée, vénérée par certains certes, mais à côté des mouvements sociaux de compositions décompositions et recompositions des liens. La famille ne tient plus seulement du couple mais de la meute, des parentalités partagées, des co-parentalités, des homo-parentalités et des mono-parentalités. Le mariage doit être actualisée et en rendre compte, la plupart des pays d'Europe l'ont compris, par encore la Suisse. Onanisme politique? 


13:20 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, homme, femme, sexe, famille, politique, suisse, droits, lgbtiq | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/11/2012

Notre état anti-rom

643911_10151279628801826_706181630_n.jpgLa dernière recommandation du Conseil de l'Europe aux Etats membres votée le 12 septembre porte sur la médiation comme moyen efficace de promouvoir le respect des droits de l'homme et l'intégration sociale des roms. Que dit-elle? Tout d'abord, elle reconnaît que les roms, depuis plus de cinq siècles, font face à travers l'Europe à une discrimination, un rejet et une marginalisation généralisée qui touchent tous les domaines de leurs vies, et que le recours à la médiation peut être utile pour améliorer leur intégration, leur accès aux services publics. 

Le Conseil de l'Europe recommande donc à ses membres, (dont la Suisse est le 17e), d'élaborer et mettre en oeuvre des politiques efficaces en faveur de l'intégration des roms ; de mettre en place un dispositif de médiation efficace et de qualité avec les communautés roms, et concevoir des évaluations participatives permettant aux membres de cette communauté d'exprimer leurs besoins et de participer activement à l'élaboration de solutions les mieux adaptées. Conséquent, le conseil de l'Europe a mis sur pied un système de formation pour des médiateurs roms. Toute personne qui en fait la demande peut être formée gratuitement à la médiation dans plus de 15 pays participants. Pourtant, la Suisse refuse, jusqu'à aujourd'hui, d'en faire partie. Pourquoi? http://www.coe-romed.org/

Du coup, je me pose quatre questions :

Pourquoi Isabelle Rochat, alors qu'elle était à la tête du département de la police a interdit tout programme sur les roms et prohibé au Bureau d'intégration des étrangers (BIE) de développer tout programme en lien avec cette population ?

Que va faire Pierre Maudet désormais chef du département de la sécurité pour améliorer l'intégration des roms? Quel sera son nouveau mot d'ordre pour le Bureau d'Intégration des Etrangers? Enfin, quel a été l'efficacité des mesures de nettoyage des campements des bords de l'Arve et de l'interdiction de mendier en Ville pour résoudre d'une manière pérenne les problèmes d'adaptation de cette population européenne?

Pourquoi la ville de Genève impose-t-elle des quotas aux roms pour l'accès à l'abri de la protection civile ainsi qu'aux lieux de distribution de repas chauds et gratuits? Au risque de quoi laisse-t-elle dormir des femmes enceintes et des enfants sur son territoire alors qu'il gèle la nuit et que le seul abri de la protection civile ne sera ouvert que le 15 novembre prochain?

Enfin, et, plus fondamentalement, pourquoi la Suisse qui paie son écôt comme membre du Conseil de l'Europe, n'en reçoit pas les bénéfices en ne faisant pas partie de ce programme de médiation concernant les roms, à tel point que les personnes qui souhaitent se former à la médiation (payée par le Conseil de l'Europe) doivent aller se faire former en France? La Suisse cotise donc pour faire partie d'un club dont elle refuse les avantages....

Avec des réponses claires de la part des pouvoirs fédéraux, cantonaux, municipaux, à ces questions nous aurons, il me semble, quelques pistes nouvelles afin d'améliorer la situation des roms en Suisse en général et à Genève en particulier. En tous les cas, nous aurons fait un pas pour sortir du tabou de notre état anti-rom, dont l'une des conséquences directe est qu'une femme enceinte de 6 mois "dort" sous les ponts le long de l'Arve avec d'autres personnes dans l'indifférence générale malgré les interpellations d'une conseillère municipale et de l'association Mesemrom. Probablement qu'à 4h du matin, la police viendra les faire dégager, comme cela fût le cas il y a trois jours, ce genre d'intervention étant pour l'instant la seule réponse qu'articule Genève face à la question de la présence et de l'intégration des roms sur son territoire.

17:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, état, rom, genève, maudet, rochat, conseil de l'europe, discrimination | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/07/2012

Pour un premier août métisse

Et si la fête nationale du 1e août devenait véritablement le signe de ralliement d'une Suisse plus respectueuse de ses diversités et ouverte sur l'avenir? Si elle incarnait la fête de l'élan pour le temps à venir, celui du nécessaire, incontournable métissage de la société helvétique en une société dont le, la migrant-e- est et sera toujours plus une pièce maîtresse ? Si les feux sur les montagnes étaient enfin un signal d'accueil de l'étranger-e, un appel à la diversité plutôt qu'un repli vers un essentialisme passéiste? Et si la communauté nationale s'entendait comme une base universalisable et négociable autour d'un devenir commun plutôt qu'une adhésion prescrite à un passé momifié?

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17:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête nationale, immigrations, étrangers, suisse, politique, intégration | |  Facebook |  Imprimer | | |