sylvain thévoz

12/10/2017

Ne laisse personne être dans une précarité que toi-même ne supporterais pas

affichex600.pngLe 17 octobre est la journée internationale du refus de la misère. Cette année 2017 marque d'ailleurs le 30e anniversaire de l’Appel à l’action du Père Joseph Wresinski — qui est au fondement du 17 octobre en tant que Journée mondiale du refus de la misère - et de sa reconnaissance par les Nations Unies comme la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.[1]

 

Construire un monde qui ne laisse personne de côté

Que l'on soit suisse, rom, français, femme, que l'on soit jeune, chrétien ou musulman que l'on soit jeune ou âgé, avec ou sans papier, avec ou sans domicile fixe, personne ne doit être laissé de côté. Et personne, ça veut dire personne. Il serait aberrant d'opposer tel ou tel groupe en euphémisant des formes de violences sociales et de précarité sous prétexte qu'elles touchent plutôt tel groupe que tel autre, tel individu à défaut d'un autre. Les droits fondamentaux ne se négocient pas. Les droits fondamentaux ne se racialisent pas. Et ce qui nous rassemble, et nous fonde dans notre humanité partagée, c'est précisément le refus de la misère et la lutte contre toutes les formes de vulnérabilités et de précarités sociales, sans distinction de nationalité ou d'origine. Cela est incarné dans la règle d'or : fais à autrui ce que tu aimerais qu'il te fasse ou, autrement dit : ne laisse personne être dans une précarité que toi même ne supporterais pas. 

 

Le parlement des inaudibles 

A l’occasion des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, le Collectif 17 Octobre organise en Ville de Genève de nombreux événements.[2]  Il y en a un parmi ceux-ci qui a une dimension symbolique et politique particulière.

Le samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Chemin de la Gravière 7), la tenue du parlement des inaudibles permettra à chacun-e de s'exprimer et se faire entendre. Comme le rappelle Guillaume le Blanc : Dans notre société, les plus fragiles tendent à devenir invisibles, à disparaître du champ social. Mais une vie devient invisible à partir du moment où elle est inaudible. Il y a donc un enjeu politique à donner une voix aux sans-voix, à instaurer un parlement des inaudibles.  

La tenue du parlement des inaudibles sera précédé d’un repas convivial. Il sera suivi de l'adoption des mesures provenant des voix des citoyen-ne-s que l'on n'entend pas ou trop peut et à qui on ne porte pas suffisamment attention.[3] Si le parlement "officiel" est statistiquement celui des hommes blancs de 50 ans, bourgeois, il se trouve que dans la population des groupes bien plus nombreux ont d'autres voix et d'autres paroles à faire entendre que la dominante. Le Parlement des inaudibles débattra donc à haute voix de trois thèmes fondamentaux : les discriminations, le logement, le travail. Ce parlement discutera et votera les propositions travaillées auparavant en petits groupes. 

La précarité sociale est une violence.[4] Cette violence ne doit pas être glissée loin des regards ou repoussées dans les bois ou sous les ponts par les forces de l'ordre. Ce n'est pas à la force policière qu'il revient de traiter les inégalités sociales. A la violence sociale, il faut répondre par toujours plus d'écoute, de disponibilité, de solidarité, et... de moyens. Comme le rappelle le collectif : Notre société est fière de proclamer que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (préambule de la Constitution Suisse) ? Mais alors, pourquoi lui est-il si difficile de regarder en face et de prendre soin correctement de la précarité sociale qu’elle génère ?

Durant le parlement des inaudibles des témoignage seront partagés. En voilà deux parmi des centaines, parmi des milliers, qu'il nous revient de faire entendre et partager. 

Le témoignage d'Alexandre :

Bonjour, je m'appelle Alexandre, j'ai 30 ans, je suis de nationalité Suisse et Française. Ça fait depuis 2014 que je vis en Suisse. Je n'avais ni papiers français ni papiers suisses. Comme je ne suis pas genevois, je devais attendre 2 ans avant de m'inscrire sur la liste des logements de la ville. Quand j'ai pu enfin m'inscrire, le 1er janvier 2017, on m'a mis sur une liste d'attente de 2 ans de plus. Quand je suis arrivé à Genève, j'ai dormi dans la rue et dans les bunkers de la protection civile. J'ai ensuite été logé par l'hospice général dans un hôtel social. Par la suite, j'ai de nouveau vécu dans la rue. L'Hospice général me demandait de trouver un logement ou un hôtel, mais ils ont refusé de me payer un foyer que j'avais trouvé dans lequel il y avait pourtant des places. Comme je suis marié et que ma femme a un logement, ils ont refusé sous prétexte que je devais habiter avec ma femme. Mais ce n'était pas possible d'habiter avec elle car elle habitait elle-même dans une résidence-hôtel. J'ai donc dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je me suis fait voler mes papiers en dormant dans la rue, j'ai attrapé une pneumonie. Je me faisais expulser par la police et les agents de l'aéroport, je n'avais aucun endroit où aller. A cette saison, les bunkers de la protection civile n'étaient pas ouverts, ils sont ouverts seulement de novembre à avril. Pourtant, durant les autres mois de l'année, on a aussi besoin d'avoir un endroit où dormir. Au mois de novembre, l'Hospice Général nous ont placé, ma femme et moi, dans un hôtel. Ils nous mettaient la pression pour qu'on trouve un logement, en sachant qu'à Genève, c'est très difficile de trouver un logement. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous mettre à la rue en février 2017 si on ne trouvait rien. J'étais très stressé et en colère par rapport à cette situation. Heureusement, on a fini par trouver un logement 2 pièces, une chambre et une cuisine. Je suis encore actuellement dans ce joli appartement.

 

Le témoignage de Théo:

Bonjour, je m'appelle Théo, je viens de Roumanie. Je vis à Genève depuis 11 ans. Je suis venu pour la première fois à Genève pour des vacances chez ma tante qui a habité ici pendant plus de 40 ans. Elle travaillait à Meyrin. Ensuite, elle m'a demandé si je pouvais venir habiter avec elle parce qu'elle était malade et qu'elle avait besoin d'aide. J'ai donc quitté la Roumanie et je suis venu m'installer chez elle et je me suis occupé d'elle pendant 7 ans et demie. Après, elle est décédée. Je n'étais pas inscrit sur le bail, alors la régie m'a donné un délai de 3 mois pour quitter l'appartement. J'ai vécu dans la rue pendant 6 mois. Ce n'était pas facile. Ensuite, je suis allé chez un ami qui est malade et qui a besoin que je m'occupe du ménage, des courses, de l'administration, etc., Cela fait 4 ans que je suis chez lui. Sa santé s'est dégradée. Avec mon passeport roumain et mon âge, je n'arrive pas à trouver un travail qui me permette de payer un loyer à Genève, et je ne peux donc pas avoir mon propre studio. Pour moi, un studio, c'est du rêve.

En Roumanie, je travaillais comme installateur chauffage sanitaire pendant 22 ans. Ensuite, je suis venu m'installer à Genève chez ma tante qui était malade. Je pensais que je pourrai trouver du travail et me faire une nouvelle vie ici, en Suisse. Avec mon passeport roumain, un employeur pourrait faire des démarches pour m'engager mais avec mon âge, je n'ai rien trouvé. Je m'occupe de personnes qui ont besoin de moi pour faire les courses, le ménage, l'administration. Je fais du bénévolat pour des associations. J'aime faire quelque chose pour la société, même si la société ne peut pas forcément faire quelque chose pour moi. Je n'aime pas rester inactif. J'aimerais beaucoup trouver un travail.

 

Ami entends-tu la voix du parlement des inaudibles ?

Parlement des inaudibles : samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Gravière 7).

Bienvenue à toutes et tous.

 

 

[1]http://www.atd-quartmonde.org/mobilisation2017/30eme-jour...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-mi...

[3]https://www.radiolac.ch/actualite/la-precarite-a-geneve-parlons-en/

[4]https://www.letemps.ch/suisse/2017/10/11/thibaut-lauer-pa...

11/09/2017

Biji Kurdistan!

IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

 

kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

 

IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

 

Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

Biji Kurdistan !

 

[1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

 

....................

www.sylvainthevoz.ch

10:35 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : kurdistan, indépendance, peuple, votation, referendum, solidarité | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/03/2015

Ayop : Victoire du droit et de la mobilisation.

Ayop ne sera pas expulsé par le Canton de Genève. Mis sous pression populaire, associative, et politique, Pierre Maudet a été contraint de reprendre le chemin du droit. Il faut se réjouir de cette victoire des droits humains sur une tentative d'abus d'autorité de la part du magistrat de police, mais faudra-t-il à chaque fois que les associations et toutes les sensibilités politiques de gauche se mobilisent pour faire appliquer un droit qu'un magistrat cherche à court-circuiter?   

Ceci n'est pas une demande de grâce

Exiger de ne pas renvoyer Ayop n'était pas une demande de grâce ni un appel à faveur mais au respect du droit. C'est aujourd'hui une victoire que Maudet revienne au droit, mais on reste inquiet sur le fait que sans une extraordinaire mobilisation et débauche d'énergie, il se serait tout simplement assis dessus.

Pour rappel, Ayop a dû s'opposer jeudi 26 mars à être embarqué manu militari dans un avion. S'il n'avait pas physiquement défendu ses droits, il serait aujourd'hui au large et plus personne ou presque n'en parlerait.

Maudet a cherché à éliminer un témoin gênant. Il doit nous expliquer aujourd'hui comment il pouvait jeudi déporter un être humain et affirmer aujourd'hui avoir "décidé de surseoir à la décision de renvoi, sur la base des éléments du dossier, notamment de sa situation médicale et de son évolution durant le week-end".

Diable, on joue la vie des gens aux dés dans cette république ou quoi?

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile

Il y a quelque chose de pourri dans la gestion de l'asile par le Canton. L'incendie des Tattes et la tentative de se débarrasser du témoin Ayop est inquiétante. Il serait faux d'écrire que Monsieur Maudet a écouté la mobilisation des organisations citoyennes. Il est plus juste d'affirmer qu'il a cédé devant elles quand la mobilisation politique, citoyenne, associative est devenue si forte qu'il était trop coûteux pour lui de s'acharner.

Mais pour un Ayop sauvé du renvoi par les cheveux, combien de migrant.e.s dégagés avec des dossiers mal ficelés et le tampon aléatoire de Monsieur Maudet? 


Maudet et l'abus de droit 

Comme le rappelle la Ligue suisse des droits de l'homme dans un communiqué de presse :

Le Canton ne devait pas jeudi exécuter le renvoi car le dossier médical d'Ayop n'avait pas été transmis, en violation avec l'exigence fixée par l'ODM (office fédéral des migrations) à la suite du décès d'un jeune nigérian sur le tarmac de l'aéroport de Kloten.

Le Canton ne devait pas exécuter le renvoi car Ayop s'était constitué partie civile dans le cadre de l'incendie des Tattes; le virer était un déni de droit.

Le Canton ne pouvait se défausser de sa responsabilité en renvoyant Ayop. Il doit réparer le dommage subi par les victimes de l'incendie des Tattes.

Le Canton doit garantir a tout justiciable un droit à un procès équitable, à ce que sa cause soit entendue et traitée équitablement; et garantir le droit à la santé. Ayop a subi des atteintes à son intégrité physique pour sauver sa vie lors de l’incendie. Les séquelles, notamment à la tête, empêchaient tout renvoi, surtout dans les conditions d'un vol spécial.

Tous ces éléments étaient dans les mains de Monsieur Maudet jeudi 26 mars déjà lorsqu'il a essayé de fourrer de force Ayop dans un avion. Rien de nouveau depuis ne s'est ajouté au dossier, si ce n'est une extraordinaire mobilisation associative, citoyenne et politique. Sans celle-ci, Pierre Maudet aurait abusé du droit.


La mobilisation va se poursuivre

Bravo aux associations d'avoir rassemblé largement, à tous ceux et toutes celles qui ont lutté pour ramener Maudet à la raison. C'est une victoire de la mobilisation de celles et ceux qui mettent l'humain et le respect du droit avant la lâcheté et la soumission administrative. C'est donc une petite mais très forte et importante victoire d'étape pour le droit et la République.

Maintenant, de nombreuses questions se posent sur la manière dont Messieurs Maudet et Poggia s'occupent de l'asile, de la police et des renvois. Ce qui s'est passé autour d'Ayop nous invite toutes et tous à redoubler notre engagement et notre attention pour dénoncer les abus de droit du Canton et les dérives autoritaires que s'autorisent des magistrats.      

 

 

Sources:

http://www.lsdh.net (communiqué de presse Ligue suisse des droits de l'Homme)

http://www.stopexclusion.ch




16:31 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ayop, renvoi, tattes, solidarité, maudet | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/05/2012

Travailleurs de tous cols unissez-vous

topelement.jpgJeudi, les employés de Merck Serono ont marché "tous ensemble tous ensemble" sur l'hôtel de Ville pour rejoindre les 1200 fonctionnaires du Canton mobilisés pour la grève. Sur les dos "indignez-vous" et dans les bouches ce "tous ensemble tous ensemble" crié à donner des frissons. Aux terrasses du Bourg-de-Four, joli soleil de mai, personne n'a quitté son expresso pour rejoindre le cortège. Le combat social promet d'être violent ces prochains mois, comment se préparer à y aller armés? Partis politiques, syndicats, commissions du personnel, les ressources sont disponibles. Je veux m'engager avant d'être shooté.

 

Lire la suite

09:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : merck serono, emploi, engagement, syndicats, parti politique, solidarité | |  Facebook |  Imprimer | | |