sylvain thévoz

18/02/2017

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

meg,musée,culture,genève,expositions,socialQue fait-on le premier dimanche du mois ? On va au musée bien entendu ! La gratuité qu’offre la Ville ce jour-là permet de découvrir les expositions temporaires, mais aussi permanentes, qui enrichissent le patrimoine culturel de la ville. Ce dimanche, on se rend au musée d’ethnographie.

Plus de communication, moins de contenu ?

Tenté par l’article du Temps qui annonçait une exposition pour dépassionner le fait religieux, on pensait que le MEG allait empoigner un sujet politique.[1] Or, d’expo, il n’y en a pas. Il s’agit simplement d’un parcours interactif au sein de la collection permanente proposé par la Plateforme interreligieuse de Genève[2].

Joli coup de pub donc, mais rien de nouveau sur le fond. Passée la déception, on slalome dans les collections en s’aidant du dossier : « objets du sacré, au cœur des pratiques religieuses », publié aux éditions Agora par la plateforme interreligieuse. On se demande alors pourquoi il faudrait dépassionner le religieux, quand le thème de la laïcité anime fortement la République. Qu’est-ce qui fait si peur dans la religion ? Le fait religieux est-il tabou, à prendre avec des pincettes ? Il serait intéressant d’y réfléchir. Mais l’appât du parcours interactif ne le fait pas. Dommage.

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

Les vitrines sont décidément bien froides pour rendre vivant quelque débat que ce soit. Certes, on a renouvelé l’étiquette sur les collections, et le MEG sait très bien communiquer, mais dans le fonds pas grand chose à se mettre sur la dent, hormis un esthétisme hipster évoquant une ethnologie postcoloniale.

La dimension apolitique de l’exposition permanente, bien loin de dépassionner les débats, les évacue. On feuillette Totem, le magazine du Musée ethnographique. Les prochaines activités portent sur le 14  février, la drague, des poncifs sur le tour du monde, ou l’initiation à la batucada, la chasse aux oeufs. Le MEG est-il devenu le Disneyland de l’ethnographie ? Certes non, le FIFDH (festival international des droits humains) apportera une projection-discussion le 18 mars autour du film « The opposition », sur la construction d’un complexe hôtelier en Papouasie-Nouvelle-Guinée- sur des terres autochtones. Il semble qu'il y ait ici et là des occupations de salles possible...

Une exposition temporaire ? Revenez dans 3 mois !

Pas d’exposition temporaire en ce dimanche pluvieux. L’exposition Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt s’est achevée au MEG le 8 janvier. Elle mettait en avant une sélection d’objets provenant de l’aire caraïbo-guyano-amazonienne avec force artefacts et céramiques. L’exposition suivante, l’effet boomerang, les arts aborigènes d’Australie débutera… mi-mai. Des thématiques toujours rassembleuses, dont on finit par craindre de ne pas trouver d’ancrage avec le quotidien ou les dimensions sociales actuelles des personnes qui vivent dans ces territoires. L’ethnologie façon MEG, une euphémisation des enjeux sociaux ?

Le nombre de visiteurs augmentent ? Mais au-delà des nombres, quel sens ?

On se rend alors à l’exposition permanente : « les archives de la diversité humaine », titre grandiloquent en regard de ce qui est montré. Quelques travaux de maintenance rendent des espaces inaccessibles jusqu’à mi-février. Au final, l’espace d’exposition est réduit comme peau de chagrin. Dans ce nouveau bâtiment, on se retrouve devant les vitrines du MEG classant par aire culturelle les objets comme dans les souterrains du château de Moulinsart. Le joyeux tohu-bohu dans les couloirs du MEG fait certes oublier un instant les interrogations chagrines. Les familles sont nombreuses, les enfants joyeux. Mais est-ce vraiment l’un des succès du musée, que d’en faire l’équivalent d’une maison de quartier ?

Un panneau l’annonce à l’entrée : les habitant-e-s- (sic) du Centre d’Anière nous font le plaisir de venir partager leurs traditions. Danse et musique de Guinée, danse et musique d’Afghanistan, Danse et musique du Sri Lanka, Danse et musique d’Erythrée animent tout au long de la journée les espaces en continu. La salle est pleine et les enfants s’amusent à faire des rondes, avec un DJ qui fait danser son monde. Mais rien ne sera dit de plus sur la situation de ces personnes, ni de leurs quotidien dans les foyers de l’Hospice Général...on aurait pu souhaiter une dimension relationnelle plus marquée.

Pour un Musée d’ethnographie empoignant les enjeux du monde

Arrivé au bout de la visite, on a l'impression d’un rapport superficiel, apolitique, du rapport à l’autre. Et on ne peut s’empêcher, en méditant sur les artefacts kanaks, malgaches ou maoris, d’être surpris du manque d’informations sur leurs combats, la dimension sociale de leur quotidien. Placé devant ces artefacts ramenés d’autres siècles, on ignore tout de ces peuples actuels, de ce qu’est leur diversité. Pourquoi ?

Certainement il faut des danses et de jolis objets pour égayer un dimanche pluvieux, intéresser les enfants. Mais si ces animations devenaient la raison d’être du musée, il nous semblerait manquer cruellement d’ambition et de vision, et donc trahir sa raison d’être. A trop aseptiser et esthétiser le discours sur l’autre, que reste-t-il au final de la diversité, de l’altérité et de ses difficultés ?

Alors, à quand des expositions au MEG sur le monde ouvrier, le capitalisme, le pouvoir, la lutte féministe, le terrorisme ou les migrations, par exemple ? A quand des expositions qui nous chamboulent et nous rendent à nos responsabilités de citoyen-ne-s, d’êtres politiques, et nous interpellent sur les rapports de domination du quotidien ? On aimerait du sens, de l’engagement, on en a besoin, vite. Et tant mieux s'il y a des jeux pour petits et grands pour faire vivre tout cela !  

 

 

Une version de ce texte est parue dans la journal Gauche Hebdo du samedi 18 février

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2017/01/12/une-expo-depassionner-religieux

[2] http://www.interreligieux.ch

 

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19/09/2016

Un livre est-il une banane ?

Un livre est-il une banane?

Oui, répond Philippe Nantermod[1], conseiller national PLR, car les deux se consomment... Et il revient à l'acheteur, selon lui, de faire ses libres choix pour se les procurer. Si l'on n'y prend garde, le monde appauvri des libéraux nous ramènera bien vite à l'époque des cavernes... quoique... les Hommes de Cro-Magnon, eux, avaient Lascaux.

La concurrence des grands groupes, les monopoles des diffuseurs, la force du franc suisse, les possibilités d'achat à prix cassé menacent l'existence même des petites librairies. Le marché n'est ni libre ni équitable. Quand certains peuvent négocier des achats de gros, voir court-circuiter les intermédiaires en s'approvisionnant directement chez les producteurs français, négocier les loyers d'immense surfaces commerciales, d'autres, plus petits, vivotent avec des loyers trop hauts et des charges administratives identiques. Le marché ne s'auto-régule pas. Sans mesures spécifiques, et cas particuliers, il désavantage les acteurs de plus petit taille qui n'arrivent pas à suivre sur les volumes des ventes ou les rabais consentis aux grands groupes.

Les librairies locales sont un bien collectif

Les librairies locales font vivre un réseau d'acteurs culturels et/ou économiques locaux : imprimeurs, éditeurs, auteurs. Ils permettent, par l'organisation de lectures publiques, de faire entendre des voix que l'on n'entendrait pas ailleurs, soutiennent la micro édition, l'émergence de nouveaux écrivain-e-s. Ce sont de micros agents culturels qui bénéficient directement aux circuits courts de l'économie locale. Leur garantir des conditions d'existence est une question de politique culturelle, pas uniquement de choix individuels de consommateurs. Et puis, pour le client, avoir le choix d'aller dans des lieux avec un service personnalisé, un-e libraire qui le connaît bien, l'aide à choisir, est un rapport humain important. On se plaint que les jeunes ne lisent pas assez ? Que la langue se perd? Conserver des lieux intéressants, humains, de dialogue, de curiosité et de rencontre, est important pour initier les nouvelles générations aux livres, à ceux qui les font, et ainsi leur présenter des modèles et des métiers de proximité. Pour les aînés: des lieux intergénérationnels, pour les plus petits: des lieux enchanteurs. Et toujours: la possibilité d'y passer gratuitement, d'y flâner, d'y rêver. Non, on n'entre pas de la même manière dans une librairie que dans une banque, il ne s'y passe pas les mêmes interactions sociales.   

Le monde se divise en deux. Ceux qui pensent qu'un Lidl ou une librairie c'est la même chose. Et les autres, qui refusent que tout soit ramené uniquement à la valeur marchande des choses.

 

Vers la fermeture de la librairie du Parnasse?

A Genève, les librairies Forum, Artou, Panchaud et Descombes, la librairie du Musée d'Art et d'Histoire, entre autres, ont dû mettre la clé sous le paillasson ces dernières années. Pas par manque de clients ou de lecteurs, mais bien souvent à cause de loyers excessifs.

En 2012 une très large majorité en Suisse romande a voté pour le prix unique du livre. A Genève, 66% des citoyen-ne-s ont voté pour ! Leur message était clair : nous voulons un prix unique pour des livres moins chers et nous voulons préserver la spécificité du livre comme bien culturel. Nous sommes les 66%, il est indécent que les librairies tombent comme des mouches et que la volonté populaire ne soit pas respectée.

Non, un livre n'est pas une banane. 

Une librairie qui meurt, c'est un fast-food ou un kebab de plus. La diversité culturelle est une force sociale. Préservons-la. Défendons-la.

librairie,culture,marché,social,échanges,création,vivre ensemble,parnasse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] http://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/les-petits-libraires-sont-ils-condamnes?id=8007107

 

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22/03/2014

Le printemps c'est maintenant

bonhommeHiver1.pngOn a brûlé des bonhommes hiver un peu partout hier et depuis il fait un petit peu plus... froid. Etrange, et pourtant voilà, c'est le printemps. Les milans noirs ont fait leur retour en ville. Ils reviennent d'Afrique subsaharienne, avec un peu de sable dans les plumes. On les annonçait pour fin-avril, ils ont atterri mi-mars. Ils sont en retard? Mais que sait-on du temps des bêtes? On les a vu mercredi pour la première fois sur les hauteurs de Saint-Jean. Ils repartiront fin août, peut-être...

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11:47 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, printemps, politique, investissements, culture, social, animal, bêtes | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/07/2013

Attention: blog comestible

boletosphère,blogosphère,mycophilie,scriptophilie,écriture,blogs,politiques,social,cultureAller aux blogs, c'est un peu comme se rendre aux champignons. On ne sait jamais ce que l'on va y trouver, ni ce que l'on va en ramener. On pourrait y passer une partie de la journée en flânant, l'air distrait, l'oeil vague, sans y dénicher rien de bon, sans rien y voir ni avoir à se mettre sous la dent. Pire, il en est des blogs comme de certains bolets, comestibles seulement en apparence mais qui pèsent ensuite sur le ventre. S'il y a des bons coins pour champignonner, il en est certainement de même pour les blogs. Il y a les bonnes adresses. Il y a aussi des lieux de désert; la tentation demeure pourtant d'y retourner. N'avais-je pas trouvé une fois une morille là même où toujours je retombais sur... rien ? - Une amanite? Ah misère, même les empoisonnés je commence à les prendre en affection. Ils ont le mérite de pousser, de persévérer, de s'inscrire dans ce paysage lunaire. Blogosphère ou mycophilie: même combat!

Il en est des blogs comme des bolets. Bolets-de-fiel, bolets fissurés, bolets des charmes, mous, rose pourpre, rudes, pruineux, et même satan.... la cartographie des blogs ressemble aux taches crèmes sur les amanites tue-mouche. Et si je vais au blog comme aux champignons, afin de prendre l'air, de l'altitude, y creuser quelques idées, traverser des thèmes comme des sentiers en forêt, je me retrouve souvent à quatre pattes à chercher l'invisible dans des taillis obscurs.

Il y a une injonction sur le site de la TDG à l'écriture du blog :"Une note par semaine c'est bien! plus c'est mieux!" On est proche des prescriptions intimant 5 légumes et fruits par jour (et les champignons c'est quoi alors?) Précepte rempli de bon sens. Pourtant, les blogs ne sont pas bons pour la santé, j'en ai la preuve. Deux amis comparaient leurs nombres de visites et leurs statistiques comme gamins nous comptions nos billes. Dis: "combien de pages vues chez toi? - trois mille. Trois mille, ah la vache!  et toi ? Moi: deux mille seulement. Ah, c'est peu. Oui, c'est peu, tu l'as dit..." Ils comptent leurs clicks comme d'autres leurs like sur facebook. Ils comptent leur visites comme d'autres leurs amis sur un site de rencontre.

J'aime les blogs. Parce que l'écriture. Parce que dire. Parce que l'autre. parce que l'on s'y échine, échoue, heurte, s'y confronte, dans la langue. Certains auront le plaisir d'apparaître dans l'édition papier du lendemain, comme sur un menu du jour, d'autres seront mis en exergue sur la carte du site. Par quels ressorts cachés certains sortent des broussailles alors que d'autres restent tapis sous les feuilles? Nul ne le sait. C'est la main invisible de la rédaction, tel un nuage de Tchernobyl, qui en agrandit certains, en rapetisse d'autres. Et si tout est bon dans le champignon, il n'en est pas autrement dans les blogs, il suffit d'avoir l'estomac costaud, un bon canif pour la découpe, et un solide coup de fourchette pour la dégustation. 

J'aime les blogs comme d'autres leurs paniers leurs canifs. Quelques conseils: faut surtout pas faire trop long. Non. Surtout pas. Faut être bref. Oui, bref, absolument. Percutant? Oui: per-cu-tant! Coller à l'actu'? Oui, coller à l'actu, radicalement. Râler? Non, râler ça suffit, basta, et si on essayait plutôt la marche buissonnière? Coupe moi le pied de ce bolet hideux, enfin, de ce blog gluant - ok?- ok! il faut faire comme cela. Oui, comme cela, tu vois? Ah bon.

On peut rire de tout? Pas sûr. Mais écrire? Assurément....Vote électronique le doute, pour sauver une ruche, l'expertisme nous gagne, la messe est dite, la Syrie un conflit oublié, Suisse scandale des enfants parias, conservons l'armée de milice (beurk), rendez le ciel aux oiseaux! Geneva airport: pay to jump the queues, Kate et Williams: naissance du royal baby. Voilà pour la récolte du jour. Merci.

Je blogue donc je suis. Et je crois que je suis tombé bien blog. Toi tu me réponds, mais non, depuis quelque temps tu planes, mais j'ai bien aimé ce que tu as écrit sur la soupe aux champignons. Même si je n'ai pas tout compris, fallait oser.

Tu n'as pas tout compris?

Non.

Ah, dommage.

Pas grave. Mais un peu long quand même.

Un peu long?

Oui, mais c'était bon.

C'était bon?

Oui.

Ah. Merci...

 

 

 

28/12/2012

Bang Bang

Depuis la folie meurtrière de Newtown, elle est entrée dans les cerveaux, la question fiévreuse portée par l'industrie médiatique : quand est-ce que cela nous arrivera ici. Dans la veillée d'arme du tsunami meurtrier, certains guettent des signes, nerveux. La propagation de la panique (Miguel D.Norambuena) fait son chemin dans les esprits. Oubliez votre cartable dans une rue, la rue est évacué, votre cartable explosé. Faites péter un ballon dans la rue, quatre personnes se couchent à terre. Ecrivez sur facebok "je vais faire un massacre LOL", les flics sonnent à votre porte, alors que vous vous prépariez à aller jouer aux quilles. La panique prend racine, elle se visse dans les têtes, comprime les poumons. L'air qui se respire ne permet plus de ne pas prendre au sérieux ce qui pourrait faire croire au pire. Dans le doute: alarme générale. Pour tout, pour rien. Comme des rats de laboratoires soumis à un stress constant, la parano du pire entretient son coûteux appareil sécuritaire. A la présomption de vie bonne et confiante se subsitue la présomption criminelle et violente biberonnée par les amplificateurs médiatiques qui se régalent de confiture rouge.... allô police bobo, je sais pas ce que tu m'as fait suis plus safe.

Suite à Newtown, des autorités scolaires et des polices helvètes sont montées fissa au créneau. La ville de Zürich a annoncé des investissements de plusieurs millions pour un système d'alerte unifié. Il manquerait des hauts-parleurs, des systèmes bloquants les portes. Elle s'est vantée de la mise en place d'un logiciel d'analyse des risques: 30 questions permettent d'évaluer si un jour un élève fera usage de la violence. Programme, programme, dis-moi qui est le plus dingo. Tout élève est désormais un tueur potentiel. A force de fantasmer le carnage on peut se poser la question sur l'attente inconsciente d'en voir surgir un...

Nous voilà donc arrivés à un temps de l'histoire où la peur est devenue panique. Où ce qui garantissait notre sécurité commune: la certitude d'une vie commune et d'une protection entre pairs, s'étiole et où le fait de vivre ensemble n'est plus une garantie que l'autre, c'est-à-dire, l'inconnu, potentiellement autistiquement arrimé uniquement à son ordinateur, son téléphone portable et son antidépresseur, n'est pas une menace mortelle. Pour y faire face, l'escalade sécuritaire est promue antidote. Vous voulez quelques millions pour de nouvelles portes blindées et des gilets pare-balles, des caméras? Si pour avoir la paix il faut y mettre le prix, allez, on casse la tirelire. Un garde armé devant chaque école? Oui, pourquoi pas. On va se rassurer à coups de caméras, se régaler de portes bloquantes, d'APM 24/24 sans bien sûr toucher au sacro-saint service militaire et aux armes d'ordonnance à la maison; celles-là on les garde sous l'oreiller, pour le cas où. Et des avions supersoniques sur nos têtes? Oui, oui, c'est bon. Et s'il y a un petit malin pour sortir l'argument comme quoi cela va booster l'économie, il faudra bien policer à blanc l'espace public, car notre sécurité le vaut bien.

Mais pourquoi mon adolescent me regarde-t-il avec ce drôle d'air? Pourquoi la menace me semble-t-elle avant tout intérieure, et pourquoi, concrètement, les policiers sont-ils dans le voisinage? Demandez-leur, ils vous le diront: pour des jeunes dans un parc, des voisins qui font du bruit, un homme qui marche seul à minuit dans la zone villa, pour un arabe ou un black assis sur un pas de porte. Allô police bobo ou le blues du gendarme. 9 fois sur 10, la police, quand elle ne tourne pas en rond dans le vide, est réclamée pour des tâches de conciergerie de gardiennage, de pouponnage, dans une société du cran où le gendarme est devenu avant tout le gardien des angoisses et le doudou des faillites relationnelles ; deus-ex-machina d'un espace social remplacé par des écrans et des interfaces tactiles. 

Nous voilà arrivés à un temps de l'histoire où des alarmes toujours plus sophistiquées et coûteuses ne nous protègeront plus de rien. Dans un état de guerre économique où la guerre des places s'ajoute à la guerre des classes, où l'épuisement guette, les derniers mécanismes inhibants de contrôle social qui faisaient aux bêtes humaines retourner la violence contre eux, et se jeter sous un train ou du haut d'un pont, menacent de céder à la tentation de se lancer dans la rue armés d'un flingue.

Ceux qui attaquent le service public, vident les espaces de leur dimension commune, remplacent partout l'homme par la machine et le témoin par l'automate, le texte par l'annonce publicitaire, et créent des champs urbains minéralisés au nom de la rentabilité, faisant tenir à l'humain un rôle subalterne ou décérébré, ceux là, quand ils attaquent en plus les budgets et les ressources sociales qui créent du lien : les financements d'écoles, d'hôpitaux, des travailleurs sociaux, des maisons de quartier, des crèches, des concierges, sont alors les porte-flingues qui huilent et arment les tireurs de demain.

Une logique de sécurité préventive viserait d'abord à se prémunir contre ces porte-flingues et leurs attaques préméditées contre l'espace social, le tissus, le lien, la transmission et cohésion sociale, garants de la sécurité collective. Assurer cette sécurité là ne coûterait pas des millions d'ailleurs... ni même la corde pour les pendre, ces sicaires.

 

22:14 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : newtown, suisse, violences, social, écoles | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/09/2011

Pour un deal respectueux du voisinage

Discussion avec un ami gendarme qui me fait part de son désarroi, du blues profond de son corps de métier. Dans son discours, l’impuissance se mêle à la colère. Entre les entraves administratives qui freinent leur présence sur le terrain et les frustrations liées au manque de moyens, être flic, aujourd’hui, n’est pas une sinécure. Il faut l’écouter raconter les courses derrière les dealers qui se foutent de sa gueule, lui glairent dessus à l’occasion, planquent leur dope sous les bagnoles. Et c’est ainsi durant des heures le jeu du chat et de la souris. Tout ça pour quel résultat ? « Au final, quand on en chope un, c’est souvent 5 heures de travail administratif derrière, et le jour même ou le lendemain, le gars est dehors. Bien souvent il n’a pratiquement rien sur lui ». « Non entrée en matière, la plupart ont jeté leurs papiers avant d’arriver en Suisse, ils se disent nés un 1e janvier, on les appelle comme cela d'ailleurs. Ils ne peuvent être expulsés vers d’autres pays, tout simplement parce que l’on ne sait pas vers où les envoyer et là où l’on voudrait, ben on les refuse… alors, on fait quoi ?»

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22:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : insécurité, deal, police, figaro, criminalité, social, communauté, immigration | |  Facebook |  Imprimer | | |