sylvain thévoz

18/08/2013

Grand homme, petit dormeur: éloge de la couille

sexisme,le matin,presse,politique,maudet,barthassat,dal busco,künzler,rochat,etc.,féminisme,virilité,couilleFallait-il se lever tôt aujourd'hui ou plutôt dormir debout comme des somnambules pour avaler le matin Dimanche et son article édifiant sur les hommes politiques qui se lèvent à 4h30 ou 5h pour être actifs le matin? Cet éloge des hommes qui veulent être la hauteur de l'adage l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt est une charge contre les femmes. L'adage dit bien à ceux et pas à celles; les femmes, c'est bien connu, lambinent et ronronnent dans leur sensualité, l'article nous le rappelle en les excluant. Trop lentes: hors-jeu. Du balai.

Le sexisme revient au sprint

A ces heures matinales où nous dormons, rêvons, faisons l'amour, poétisons, récupérons de la soirée de la veille, bref : vivons, nous sommes en-dehors du champ du pouvoir. Car le pouvoir c'est la puissance. Et la puissance vient de la virilité qui est forcément masculine. CQFD. Il faut le réaffirmer:  le vir, dans sa racine étymologique veut dire: le guerrier, l'homme. Le vir est même devenu le dénominateur du sexe masculin et par extention de l'humanité entière. Le pouvoir c'est le vir: le membre. Et les testicules, du latin testis témoin, témoignent du fait d'en être doté. Les testicules, testis culus, c'est donc littéralement avoir des couilles au cul et témoigner de sa virilité. Il faut donc lire cette mise en scène virile des grands hommes qui dorment peu par Le Matin comme une éloge de la couille et une mise en scène politique de la domination masculine.

Le pouvoir est réservé aux couillus. Et les couillus sont ceux qui se lèvent tôt, les super-mâles. Alors, les plus tôt debout, les plus virils, les plus actifs? Oui. Et encore mieux s'ils chassent les bêtes, les dominent, dirigent à l'armée d'autres mâles. Pourquoi Dal Busco sera élu au Conseil d'Etat et pas Barthassat? Pour une question de centimètres, au finish? Ou parce que Serge fait plus jeune, court le marathon, a une poignée de main ultra-virile et se lève tôt, alors que Luc cavale de noces en vogues, se couche tard et rigole? Le modèle de domination pourrait privilégier l'un au détriment de l'autre, mais la moto et la culture de la terre, permettont peut-être à l'hédoniste de regagner du terrain perdu sur l'homme de fer.

Une étude américaine le démontre, il y a une corrélation entre celui qui a des couilles et le courage. Celui qui n'en a pas n'a pas de force, pas de courage, c'est donc... une femme. Voilà pourquoi le PDC ne présente que des mecs et pourquoi les PLR cachent les leurs. Chère Isabel, si tu avais des couilles et si tu faisais du jogging, tu serais peut-être réélue. Tu sais ce qui te reste à faire: arrête de faire ta gonzesse. Il n'est pas trop tard pour faire campagne, prends de la testostérone! Le sexisme revient au sprint. Nous voilà revenu à l'âge des cavernes.

Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Ce que fait le Matin:

1) Une éloge gratuite du masculin. Parce que les femmes en sont exclues, hormis Doris Leuthard, qui a droit à une petite ligne parce qu'elle a renoncé à avoir des enfants pour porter un projet politique. Le Matin aurait dû aller plus loin et noter les temps de celui qui vide une bière le plus rapidement, urine le plus loin, a le plus grand nombre de conquêtes, propulse un noyau de cerise au-delà de ses limites. Ils se sont contentés du chrono, du classement, et de poser la couronne sur la tête du champion. Tout y est pour célèbrer le mâle dans sa puissance. Pas une femme sur le "podium" des surhommes (par définition, les frontières du genre et de la domination sont bien gardées). Mais où sont-elles les femmes? A la cuisine? Derrière leur grand homme (le petit dormeur)? Se lèvent-elles pour des tâches moins visibles et viriles que faire un jogging ou lire son courrier? Type: s'occuper des enfants, nettoyer le salon? - Il faudra lire Fémina pour le savoir... ah, ça tombe bien, il est en supplément-

2) Une mise en scène politique et morale. La mise en scène de cette masculinité dominante rappelle les heures les plus racoleuses du sarkozysme en mettant en avant un élu au trot dans la rade à 50 jours d'une élection cantonale. La question entre dormir peu et agir beaucoup est rhétorique, elle recouvre de fait un outil de promotion people et personnelle. Nul doute que cette publicité gratuite vaut son pesant de sueur. 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC. Tous des mecs, des bons mecs de droite qui se lèvent tôt. Mais se lèvent-ils tous pour courir? Non. Philippe Pidoux (PLR) se redresse pour s'occuper modestement de son cheval. Il rappelle:  "Il n'y a aucune vertu à cela. Les relations entre un homme et sa monture sont semblables à celles d'un homme et d'une femme. On sert d'abord avant d'être servi." Ah, la vache! Vu le choix du journaliste de les exclure, la phrase courtoise pourrait être remaniée pour les femmes en politique: " Nous on sert d'abord pour se faire monter ensuite". Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Sexisme partout égalité nulle part

Le sexisme revient au sprint. Il imbibe les rapports de domination, de leadership, et évacue les questions politiques portant sur l'éducation des enfants, des gardes, des rôles attribués aux femmes et qui les ralentissent dans les courses au podium et aux flashs, aux emplois en vue. On croyait l'ère Sarkozy et la mise en scène médiatique du jogging révolue. Non. On nous la refait en nous rejouant le cirque de l'hyperactif qui ne s'arrête jamais. On croyait que le suicide de Carsten Schloter serait un avertissement pour les surhommes. Mais non. La pression sociale et la nécessité de dépasser les limites et de s'afficher en téflon les pousse à s'aligner à bloc sur la ligne de départ. Et Vae victis, qu'ils aillent tous se faire pendre.

Il faut lire le Matin dimanche avant de le recracher, parce qu'il illustre le fait que le sexisme est présent ici maintenant, partout, en force, tout le temps. Que l'air du temps est un air vicié qui nous ressert les mêmes rengaines de vieux modèles de domination. Que ces modèles de domination sont masculins; qu'au nom de la neutralité journalistique, ils servent les pouvoirs dominants. Après cela, il faut mettre ce journal à la poubelle, ses préjugés sexistes et politiques avec.... et choisir résolument son camp histoire de construire une société ou ce n'est pas celui qui a les plus longues dents, les plus grosses jambes, des couilles en or qui l'emportera mais celle (ou celui) qui porte un projet collectif pour le plus grand nombre, jeunes comme vieux, homme comme femmes.   

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |