sylvain thévoz

05/06/2015

Roms, pourquoi tant de haine?

Silivaş roms,eric roset,kanaan,frontièresest un petit village situé dans la campagne de Transylvanie. C’est un village « comme un autre » de Roumanie. La partie rom, très pauvre, est séparée de celle des Roumains.

 

Accéder à l'école, pour les roms, n'est pas une sinécure. De fait, la majorité ne sait ni lire ni écrire. Le cimetière ne se partage pas. Les Roumains sont enterrés sur le terrain de l'église, les Roms sur un terrain de remblais. La discrimination sociale se poursuit jusqu’après la mort.

 

Eric Roset, photographe, a réalisé 4 séjours à Silivaş entre 2011 et 2015. A l'initiative de Sami Kanaan et à l'occasion de son année de mairie, ses photographies sont exposées sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Ces photographies nous engagent dans le quotidien de ce village.

La plaine de Plainpalais est le bon endroit pour montrer ces photos. Le gore y est aussi minéral que l'herbe est minimale à Silivaş. Bien sûr, on ne comprend pas l’entier de ce qui est en train de se dérouler. On partage ce quotidien le temps d’un instantané. La pauvreté matérielle frappe comme un contraste avec l’expressivité des visages et une intensité de vivre qui ressemble pourtant à une joie puissante d’être au monde.

 

roms,eric roset,kanaan,frontièresDeuil d’un enfant, réception d’un document administratif – amendes pour mendicité venant de Genève-, lessive dans des bidons, martelage d’un fer à cheval, allaitement d'un enfant, plaisir d’une cigarette : des actes simples, bruts, qui font éclater devant nos yeux l’extrême précarité des conditions de vie.

 

Les maisons sont rudimentaires et brinquebalantes. Les vêtements sont sales. Si la plupart des familles de Silivaş partent tenter leur chance dans des villes européennes, et notamment à Genève, ce n’est pas par appât du gain, par amour inné du nomadisme ou parce que l’herbe y serait plus verte, mais bien poussée par une pauvreté crasse. Parce que les murs en torchis ne tiennent plus debout.

Silivaş, au milieu de la plaine déserte, n’est pas un paradis perdu et romantique, mais un village sans eau courante ni canalisations où l’inégalité économique et les risques sanitaires sont majeurs. Partir de cet endroit est une nécessité vitale. 

 

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Le travail d’Eric Roset est exposé sur la plaine de Plainpalais jusqu'au 11 juin. Il nous invite sans bruit à Silivaş, village européen. Les maisons y sont ouvertes. -Elles n’ont pas toutes de portes-  

 

 

Sami Kanaan a voulu terminer son année de mairie par l'organisation d'une grande rencontre sur la thématique des roms. Des débats, des conférences et des présentations, mais aussi des contes et des concerts ont eu lieu et permis de voisiner avec la culture rom, de mieux comprendre les mécanismes qui génèrent de la méfiance, voire de la haine.

De Silivaş à Genève, de la Roumanie à la Suisse, ce sont toujours les mêmes rouages du rejet qui sont à l'oeuvre. La magnifique exposition d'Eric Roset et le geste fort de Sami Kanaan permettent d'envisager l'autre avec un regard différent.

En allant se promener sur la plaine de Plainpalais, ce week-end, nous découvrons Silivaş, un village européen, mais aussi, en arrière plan, le panorama de nos préjugés.  

 

 

 

www.eric-roset.ch

 

http://www.ville-geneve.ch/mairies-precedentes/mairie-2014-2015/manifestations-evenements/roms

 

 

 

 

 

 

 

 

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20/04/2014

Pâques à la rue

rom-soiree-dehors.jpg

Pour les croyants, Pâques est la fête de la la résurrection, le symbole d'une espérance folle: même quand tout semble perdu, que l'histoire paraît s'achever, il y a une prolongation possible. Quelque chose se relève du silence; et la parole, la vie, demeurent possibles. Pâques, pour les croyants, c'est la fête de la folie et de l'espérance, de la résistance aussi. Pour ceux qui ne croient pas, au-delà du symbole humaniste, c'est un long week-end de congé, un week-end en famille prolongé, un séjour à l'hôtel, en demi pension. Et, pour ceux qui sont à la rue, c'est une nuit sous les ponts, dans la solitude, rien de plus.   

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14:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, roms, ponts, pâques, eric roset, précarité sociale. | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/03/2014

Marcher avec les roms

18.jpgEric Roset, photographe, vit avec les roms à Genève. Il a appris le roumain, le romani, et années après années s’est impliqué dans l’association Mesemrom pour la défense et le soutien des roms de passage.  Ses photos sont nées de cet engagement quotidien auprès de personnes sans domicile harcelées par la police, maltraitées et voyant leurs droits quotidiennement violés. Au fur et à mesure qu’une hystérie anti-rom se développait dans la ville, les roms se trouvaient mis en danger dans l’espace public. La proximité et les amitiés qu’Eric Roset a développé avec les roms donne à ses photos une valeur de témoignage intime en profond décalage avec le caractère d’anonymat qui entoure les roms dans la rue et le poids des préjugés qui est projeté sur eux. 

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12:54 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, genève, eric roset, exposition, précarité sociale, xénophobie, police | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

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11/07/2012

Opération Casanova

Après l'opération Figaro et Mousquetaire, la police genevoise a lancé son opération Casanova. Son objectif: se faire belle pour séduire la population. Sa tactique: à défaut de régler le problème du deal et des crimes, se refaire le portrait et une popularité auprès des habitant-e-s. Après le dévoilement de ses dix commandements, le 11e est tombé aujourd'hui : sans cesse tu feras l'éloge de tes actions. Sitôt une campagne de finie, une autre de lancée. La machine Maudet.com tourne déjà à plein régime, et ses moteur médiatiques vrombissent en vue de l'automne 2013. Les actions de la police ne sont pas efficaces, mais l'opération Casanova est en route et veut nous faire croire qu'elles le sont subitement devenues. Modus operandi: occuper une page de la tribune de Genève chaque jour et avoir une journaliste enrôlée en vitrine.

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17:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, police, communication, dix commandements+1, roms | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/06/2012

Robin des roms?

Militante des droits humains, je la rencontre dans la rue, elle me dit: moi, je n'ai pas d'avis tranché sur la question des roms que l’on a arrêté hier à la frontière et que la police présente comme des mafieux. Mais je veux te donner un exemple qui explique pourquoi je doute de l’existence du réseau en question. Elle s’allume une cigarette, réfléchit puis dit: Ion n'a pas de travail au pays et n'arrive pas à nourrir sa famille (une femme, 3 enfants) il croise Paul qui revient de France. Avec le pécule gagnée là-bas, il peut ajouter quatre murs a sa maison en construction.  Paul a sa fierté, il ne va pas décrire les conditions de vie inhumaines qu'il a connu là-bas. Il répond qu’en France, il y a beaucoup d’argent à se faire, qu’il y faut juste de la volonté. Ion décide alors de partir mais n’a pas un rond. Il va demander à Codrutz qui a une voiture et a déjà fait du transport de personnes de l'amener. Pierre accepte mais lui rappelle une règle. Je te prête 200 euros et tu as 1 mois pour m'en rendre 400, sinon c'est 800 que tu me rendras. Usure? Je ne suis pas juriste elle dit, mais au moins c’est une chance de changer de vie et c’est donnant-donnant. Les banques, ça fonctionne comme cela aussi, non? 

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12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, roms, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/06/2012

Un rom pour l'exemple?

invitation à la pierre.jpgQuand être pauvre est une honte et sans le sou une tare, quand les insultes et les menaces envers les minorités et la population rom en particulier se multiplient, quand criminaliser la pauvreté et ethniciser l’autre pour l’exclure devient une manne électoraliste, quand une loi xénophobe contraire aux droits de l’homme, interdit la mendicité, mobilise les polices et apauvrit la société; quand, sur un budget cantonal de plus de 7 milliard on arrive à encore dépenser 20 millions pour rien (merci le PLR!) et aller faire les poches des mendiants, quand la peur devient un facteur d’incohérence sociale, nous ne pouvons plus nous taire. 

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14:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roms, genève, politique, interdiction de la mendicité, xénophobie | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/04/2012

Pour ne pas en finir avec la mendicité

350889605.jpgLe 10 décembre 2011, un collectif composé d’une vingtaine d’associations et de partis politiques lançait une pétition visant à abroger la loi interdisant la mendicité à Genève. Durant 4 mois, divers événements militants, festifs, politiques, ont jalonné cette campagne de récolte des signatures. Au décompte final, ce sont près de 3500 personnes qui ont apposé leur signature à cette pétition. Au-delà de l’aspect purement comptable, ce qu’il nous paraît important de souligner -dans un contexte social marqué par un climat de plus en plus délétère, anti-rom et pénalisant ses minorités- c’est le fait que cette pétition a favorisé un débat de fond sur la place de ces derniers dans notre société tout en exigeant la fin d’une loi raciste, inutile et coûteuse pour le contribuable.

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30/03/2012

Une droite à bout de souffle

urban 067.JPGUne droite à bout de souffle? Pourtant, en ligne de mire, il y a le sprint jusqu'au 17 juin, élection complémentaire au Conseil d'Etat. Il faut donc mettre les boosters à la campagne comme dit Marine Le Pen, mais comment? Eh bien, en faisant campagne sur "la sécurité", "les valeurs", pardi! Et voilà qu'à droite on s'agite pour rééditer le hold-up de 2009 sur ces thématiques pour lesquelles Monsieur Maudet en ville et Madame Rochat au Canton, ont avant tout fait preuve de leur impuissance à les résorber. On parle d'insécurité, d'incivilités, on fait peur, et on amalgame le tout dans une bouillabaisse que ne manque pas de reprendre la presse de boulevard en y mettant son gros grain de sel. La droite, asthmatique, redouble d'énergie pour souffler sur les braises du populisme sécuritaire, alors que c'est autour du logement, de l'économie, de la mobilité que se cristalisent les véritables enjeux dans ce Canton.

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03/02/2012

Oui à la mendicité

A Genève, la mendicité est punie par la loi depuis novembre 2007, mais on devrait plutôt écrire : les mendiants sont punis par la loi; et pour être plus juste : les mendiants Roms sont stigmatisés par un édit qui fait d’une nécessité vitale un crime. Les amendes distribuées sont convertibles en jours de prison. Etre pauvre et le montrer est donc un crime puni d’emprisonnement. Par cette loi, c’est la pauvreté qui est visée, bannie de l’espace public, et le pauvre prié de s’enfermer chez lui. Et quand il n’a plus d’espace privé? Il est condamné à aller se faire voir ailleurs.

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14:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, inégalités sociales, genève, loi, roms | |  Facebook |  Imprimer | | |