sylvain thévoz

19/07/2018

Déraciner le racisme !

37197741_10156321900956826_2772716446893998080_n.jpgLa France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d'une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu'est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l'école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une "origine" aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l'armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l'activisme et l'indignation de nombreuses personnes pour que l'affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d'alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l'ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d'impunité que certains ressentent. 

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m'interpelle que l'information aie d'abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu'il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s'était saisi de l'affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le "travail journalistique", pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L'indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n'est pas une caricature, c'est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d'une telle image est inacceptable.[2]

C'est inquiétant qu'il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu'il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l'emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans "l'humour" ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l'on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de "chasse aux sorcières" ou de "lynchage médiatique", comme si la personne qui poste publiquement une photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d'être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l'ont bien cherché mais qu'elles sont des victimes d'agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre. 

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu'il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la "blague", l'humour, le renversement du rôle d'agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s'engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d'un autre temps.

Rappelons l'existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse...

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene...

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs...

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-...

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-...

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-...

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

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28/12/2017

Réponse à P.Rothenbühler

Monsieur Rothenbühler,

Dans votre dernier billet paru dans le matin Dimanche, vous vous en prenez aux femmes mendiantes roms, les accusant d’être les vraies harceleuse de notre temps. Empilant les considérations sexistes, racistes, sur une minorité discriminée, vous le faites à dessein pour détourner le regard du harcèlement sexuel de rue, problème social avéré. Votre manœuvre est grossière et ne trompe personne.

Banalisant le harcèlement sexuel de rue, niant son caractère massif, vous devenez l’allié objectif des abuseurs et harceleurs sexuels, dont le pouvoir découle du silence et de la complicité. Niant les rapports les plus récents démontrant l’ampleur du phénomène, vous prétendez qu’il n’y a pas plus de 10 cas par an qui aboutissent à des plaintes. Ce phénomène est donc, selon vous, insignifiant. Vous faites ainsi mine d’ignorer que le chemin menant du harcèlement à la dénonciation est complexe, les preuves difficiles à apporter.

Selon vous donc, une femme qui marche dans les rues, qui se fait harceler, siffler, toucher, est dans le même rapport que vous l’êtes vis-à-vis des femmes mendiantes roms qui vous demandent la pièce. Or, entre une femme harcelée dans la rue et votre choix de donner ou non votre écot, le rapport n’est pas symétrique. Le rapport de force et de domination est et sera toujours totalement à votre avantage face à une mendiante, monsieur Rothenbühler, et vous le savez, jusque dans votre billet qui l’illustre.

Vous n’êtes pas une victime, mais bien un mâle occupant une profession en vue doté d’une parole influente. Prétendre le contraire, face à des femmes battant le pavé pour mendier, c’est travestir la réalité sociale. Il semble hallucinant, qu’il faille ici rappeler de telles évidences.  

 

La grande menace, les femmes mendiantes rom. Vraiment?

En ces temps des fêtes la grande menace pour vous, le grand harcèlement, vient des femmes  mendiantes rom qui, je vous cite : « se mettent en travers du chemin, nous interpellent à tous les coins de rue ». Non content de vous en prendre à une minorité particulièrement vulnérable, vous ciblez, au sein de celle-ci, les plus exposées, en les peignant comme « les plus agressives  et insistantes ». Vous les ciblez pour en faire des furies à la tête de « petites pme roumaines qui squattent l’espace public », mentant allégrement sur les prétendues fortunes qu’elles retirent de l’aumône. Mais, et vous le savez, si elles en obtiennent 3 ou 4 francs de l’heure pour survivre, c’est un miracle. Et finalement peu payé pour se farcir des insultes et parfois des coups de la part de gens qui, je regrette de vous le dire, vous ressemblent furieusement.  

 

Par ailleurs, vous ne désignez pas à votre vindicte ciblée, les toxicodépendants, qui eux aussi s’adonnent à la mendicité, ni les personnes âgées dans la précarité. Peut-être parce qu’il se trouve parmi eux le cousin de votre garagiste, ou le fils d’un ami. Vous faites croire à vos lecteurs que la mendicité ne serait que l’apanage d’un groupe ethnique éloigné. Ce faisant, vous renforcez les préjugés, la stigmatisation et le racisme. Faut-il encore le rappeler : les roms sont discriminés et menacés dans l’ensemble des pays européens. N’ayant suivi aucune scolarité pour la plupart et vivant dans des conditions telles que l’exil est la seule issue; la mendicité, la prostitution, les solidarités familiales, les rares possibilités de revenus pour survivre. Vous avez choisi de faire de ces femmes mendiantes rom vos boucs émissaires. Honte à vous.    

Travestissant les faits, vous vous cachez derrière un « nous » de circonstance, comme si ce que vous énonciez était une vérité largement partagée. Quand vous insultez, Monsieur, à tout le moins dites « Je », ce sera plus courageux, plutôt que de vous faire le porte-parole de vos fantasmes comme si vous étiez un chef de meute. 

Vous me répondrez qu’en démocratie, chacun-e- à le droit de penser ce qu’il veut et de l’exprimer comme il l’entend. C’est vrai. Il m’est donc parfaitement légitime de répondre que ce faisant, par votre billet, vous vous êtes mis au service du sexisme le plus décomplexé. Que vous ayez encore une tribune pour exprimer un tel niveau de violences sexistes, est parfaitement hallucinant.

Monsieur  Rothenbühler, plutôt que de vous lâcher sur les femmes les plus précaires, vous auriez pu écrire directement  à vos confrères Weinstein, Buttet et Ramadan, pour leur dire toute l’admiration que vous leur portez. Certes, ils agissent à une autre échelle, mais ce sont les mêmes serviteurs zélés du sexisme ordinaire que vous pronez dans votre billet.

Pour conclure, le vrai scandale, monsieur Rothenbühler, ce n’est pas, alors que 2017 touche à sa fin, que des femmes mendiantes roms vous demandent une pièce à Noël. Le véritable scandale, c’est que des femmes soient harcelées sexuellement dans la rue, en allant aux courses ou à leur boulot, et encore une fois quand elles y arrivent ; que des gens n’aient pas d’abri où dormir, ni accès à des soins de qualité, que d’autres se fassent virer de leur boulot ou de leur logement comme des malpropres à 50 ans, et qu’il se trouve des gens comme vous pour non seulement nier ces faits, mais même tomber sur celles et ceux qui les subissent, pour les en rendre responsables !   

En 2017, Buttet et Weinstein ont dégagé. Peut-être, devriez-vous aussi songer à vous en inspirer. Si vous ne voulez pas lutter contre le harcèlement sexuel, la précarité sociale, et les violences institutionnelles, au moins pourriez-vous, en vous ressaisissant, par votre silence, cesser de les aggraver.

 

www.sylvainthevoz.ch


www.hesge.ch/hets/editions-ies/roms-en-cite

www.lacite.info/nouveauxmondes/2015/09/28/roms-le-combat-...

www.rts.ch/play/radio/linvite-du-12h30/audio/jean-pierre-...

 

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mendicité,sexisme,domination,racisme,matin,dimanche,opinions,violences

 

 

10:24 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, sexisme, domination, racisme, matin, dimanche, opinions, violences | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/03/2012

Le racisme à la mode de chez nous

portraits_web1.jpg Alexandra Rys, présidente du conseil municipal de la Ville de Genève a écrit une lettre aux élu-e-s la semaine passé pour leur rappeler les bases de la vie en société, rien de moins. "Chacun a droit au respect", "les propos sexistes, attentatoires à l'honneur ou d'autre manière irrespectueux à l'endroit d'un ou d'une collègue..." sont condamnés. Pas de mention de racisme. Ah bon? Démodé, le racisme? Pourtant, enrobé sur le ton de la blague, de l'humooooour, et sur le dos des Roms, ou des femmes noires et de leur psychologie singulière (signé MCG), le racisme reste une valeur refuge. Depuis le début de la législature d'ailleurs, des élus MCG font étalage de tirades homophobes, xénophobes et racistes. Ne jouons pas sur les mots, pourquoi le respect devrait-il être donné "entre collègues" seulement et pas à toutes et tous les citoyen-ne-s?

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23:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : racisme, sexysme, xénophobie, conseil municipal, genève, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |