sylvain thévoz

10/07/2015

Barthassat 2.0 : une mise à jour

Je souhaite ici poursuivre le débat engagé par mon dernier billet  : Baby Barthassat et la chose publique. J'ai été surpris par la charge émotionnelle voire passionnelle que ce dernier a déclenché ; étonné aussi par les injures portées à mon encontre par des gens bien en vue de cette société; des élu-e-s, qu'ils soient PLR ou PDC. Certes, Facebook désinhibe fortement, et ceux qui ne goûtent que peu le débat démocratique et la production d'arguments y cèdent trop facilement.

Beaucoup d'amis de Monsieur Barthassat se sont mis sur la défensive suite à mes propos. Ils ont sincèrement essayé de le défendre (comme s'il n'arrivait pas à le faire tout seul); mais peut-être aussi qu'un vieux fond bourgeois les encourageait à vouloir maintenir inaudible ce que tout le monde murmure tout bas. Lorsque quelqu'un soulève cette coutume, il faut alors inévitablement ... le réduire au silence. Pour ma part, il me semble avoir, certes avec engagement, mis des mots sur des actes qui appartiennent à Monsieur le Conseiller d'Etat Barthassat et dont il ne se cache pas du tout : l'exhibition répétée de son fils dans son cadre professionnel.  

 

Pour ma part, les enfants doivent être tenus en dehors de la vie politique

J'ai été sensible aux deux mots que la fille du Conseiller d'Etat a laissé en commentaire de mon billet. Elle y regrette que son frère voit si peu son papa, elle en souffre elle-même. Comme elle s'invite elle aussi dans le débat, j'aimerais rappeler ici que je ne m'adressais pour ma part en aucune manière au fils, à la fille, au tonton, à la tata, au papa, mais uniquement au Conseiller d'Etat en charge du Département de l'Environnement, des Transports et de l'Agriculture. Les enfants n'ont rien à voir là-dedans. Ils devraient, à mon avis, très soigneusement en être tenus à l'écart. Monsieur Barthassat conviendrait-il de cela? 

Il me sera toutefois difficile de plaindre le Conseiller d'Etat Barthassat. Certes, le métier de CE est exigeant, mais il est aussi composé de joyeux moments de détente. S'y ajoute une rémunération plus que correcte. Ajoutez à cela une retraite à vie, cela paraît suffisant pour que nous ne pleurions pas trop sur son sort. Cela rend encore plus surprenants les cris indignés des supporters de Barthassat, voire pathétique la manière dont ils le victimisent. 

Car enfin, un très grand nombre de nos concitoyen-ne-s vivent les mêmes difficultés que le magistrat Barthassat. Ils ne peuvent voir autant qu'ils le souhaiteraient leurs enfants. S'en plaignent-ils ? Ont-ils le choix ? Ils bossent. Emmènent-ils pour autant leurs bambins sur leur lieux de travail le lundi matin avant de le diffuser sur les réseaux sociaux? J'en doute. Vous avez déjà vu une vendeuse avec son bambin à côté d'elle dans un magasin? Vous vous positionneriez comment devant cela?   

C'est leur situation qui m'interpelle et celle des inégalités sociales. C'est pour changer la condition des familles moins nanties, de celles et ceux qui ne disposent pas d'un train de vie de ministre pour faire vivre leur famille, que je m'engage.

Je suis fier d'appartenir à un parti politique qui travaille activement et concrètement à lutter contre les inégalités, que ce soit par le biais de l'instauration d'un congé parental, pour l'augmentation des places en crèche; pour une égalité plus grande entre les femmes et les hommes tant au niveau des salaires que des responsabilités professionnelles ; un parti qui a instauré les frais de garde pour les élu-e-s siégeant au Conseil municipal, afin précisément que vie familiale et vie professionnelle puissent se dérouler d'une manière optimale, sans confusions de genre, ou que l'une ou l'autre de ces dimensions ne soit sacrifiée; et au final que les enfants en paient le prix. 

 

Et si Barthassat faisait son boulot plutôt que de se substituer à Gala magazine ?


Il est normal qu'un fils veuille passer du temps avec son père me glisse la fille du Conseiller d'Etat en bas de blog. Je suis d'accord avec elle. Il me semblerait encore plus normal, à l'inverse, qu'un père se rapproche davantage de son fils plutôt que de l'entraîner avec lui dans ses bourlingues et bastringues politiques, l'affichant à tout va. Mais de cela je ne suis pas juge, c'est du domaine de sa vie privée... pour autant qu'il ne l'étale pas publiquement à tort et à travers.

Car en affichant très fréquemment des images de son fils sur Facebook, en en faisant un sujet médiatique et politique, le Conseiller d'Etat Barthassat a choisi de projeter son fils dans la sphère publique et polémique. A partir de ce moment, il n'y a rien de choquant à en discuter ouvertement et à prendre une position critique sur cette manière de faire. Cela me semble même plutôt sain. Qu'en pensent d'ailleurs les chefs de services et les fonctionnaires qui travaillent sous Barthassat. On leur demande pour voir?    

En s'indignant de ma critique, les amis de Luc Barthassat le défendent mal. Par leurs insultes, ils confortent plutôt ceux qui pensent qu'il y a un problème dans l'approche du fait qu'un gamin de 15 ans se retrouve avec des hauts fonctionnaires à discuter de projets et de leur mise en oeuvre, avant de retourner à l'école comme si de rien n'était pendant que papa Conseiller d'Etat fait des selfies pour facebook.

 

Ce qu'il faut retenir de cette petite polémique ? 

A mon avis, une opportunité pour aborder des sujets importants pour notre République :

Un Conseiller d'Etat ne doit-il pas faire preuve de prudence dans sa manière d'exposer ses enfants en les impliquant dans sa vie professionnelle ?

Comment vie privée et vie publique se délimitent-elles à l'heure des réseaux sociaux; un élu à l'exécutif peut-il tout mélanger et l'afficher?

Avons-nous la capacité de sortir des débats à bas bruits entre les happy-few de la Vieille-ville comme il est de coutume dans cette République, atteindre une maturité démocratique qui permette de questionner ce qui m'apparaît personnellement comme une dérive d'un dirigeant politique  ?

 

Enfin, et pour conclure, le Conseiller d'Etat Barthassat, puisqu'il est féru de réseaux sociaux, pourrait-il réaliser sa mise à jour 2.0, et arrêter de faire de son fils un hochet médiatique?

 

Car je vois dans cela, pour ma part, quelque chose de profondément troublant pour la gestion de la chose publique et de la représentation qu'il en donne : un domaine que l'on gèrerait comme une petite entreprise familiale personnelle... à se transmettre ensuite ainsi... de père en fils, en quelque sorte.

 

Ce n'est pas ma conception du bien public, ni ce qui fonde mon engagement politique.

 

 

 

12:11 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barthassat, conseil d'etat, privé, public, transparence, réseaux sociaux | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/04/2012

Bordel d'Etat

lectureetvierge 044.jpgJuguler les tensions, pénaliser les petites transgressions, réduire les espaces d'expression et de manifestation, filmer, ficher le quotidien, criminaliser les mendiants, soumettre au contrôle social via facebook et internet l'intime, foutu programme. Pas étonnant que la marmite sociale, de plus en plus serrée, se fêle dans des passages à l'actes incontrôlés et que la dépression guette. Pourquoi alors ne pas prendre le contre-pied et soulever le couvercle pour donner libre cours aux pulsions et aux expressions profondes dans un espace aménagé pour cela dans la cité de Calvin? C'est le bordel à l'Etat? Exigeons de ce dernier qu'il y fasse participer la population en créant un bordel d'Etat. L'Etat a toujours eu pour fonction de contrôler les conduites de ses citoyen-ne-s, il s'est échiné à employer la contrainte et la force, et s'il s'adonnait un peu plus au plaisir? Pour le bien de tous et toutes, le bordel d'Etat est l'avenir du bordel à l'Etat.

Lire la suite

05/12/2011

Indignes ou indignés? Bastion-HUG.

001.JPGPour s'indigner aujourd'hui, faut-il être indignes, retirés de la marche bien pensante, mis de côté (et il y a plusieurs manières d'être à côté, sur ce point,l'économique ne prime pas)? Les indignés, retranchés aux Bastions, sont indignes, car ils réclament avant tout ce qui ne se calcule pas, ne se monnaie pas. Aujourd'hui, réclamer cela, c'est un vrai sacrilège. Qu'exigent les indignes? Une visibilité, une reconnaissance, en somme: une dignité. Des queues de cerise, quoi! Mais ils la réclament pour tous et toutes. Pour certains, ce mouvement est proprement hallucinant ou alors anodin. Les intérêts des intéressés se moquent bien de cette revendication. Mais attention, demandez aux grévistes des HUG ce qu'il en est des rapports de force quand on touche à la dignité et qu'en plus on la monnaie et c'est un autre chapitre.

Lire la suite