sylvain thévoz

13/05/2014

Protège ta jouissance comme toi-même

teaser_ring_bestellen_fr.jpgElle est belle cette nouvelle campagne de prévention contre les infections sexuellement transmissibles de l'office fédéral de la santé publique. Elle est esthétiquement aboutie, puissante, jouissive. Surtout pas moralisatrice, ou punitive, elle ne vise pas à faire peur mais donne envie. Envie de faire l'amour, envie de se protéger, envie d'explorer, de ne rien regretter. Ouverte à toutes les classes d'âge représentant les diverses orientations sexuelles, elle est un chant à la diversité et à la beauté des corps humain, de leurs relations entre eux. Un clip de campagne, sur l'air de "Non je ne regrette rien" d'Edith Piaf, donne envie de faire l'amour, oui, de se protéger, oui, tout simplement. On en viendrait presque à se demander s'il ne faudrait pas s'inspirer de ce type de campagne pour lutter contre les abus du tabac et de l'alcool. Peut-être bien que l'amour de la vie est un moteur plus fort que la crainte de la perdre et la non-diabolisation d'un comportement le moyen le plus sûr d'éviter les transgressions et les conduites à risque.

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19:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lovelife, prévention, sida, mst | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/08/2013

Les pandores veillent au bain?

 

download.jpgTous sur le pont pour éviter les noyades. Vraiment ? Cinq agents de la police municipale, un gendarme pour surveiller un pont vide, diable ceux qui voudraient se jeter à l’eau n’ont qu’à bien se tenir durant les jours qui viennent. Le dispositif on ne saute plus, à défaut d’on ne se noie plus est en place. Il est plutôt imposant.

La noyade du mois de juin, celle de vendredi passé et l’alerte déclenchée ce dimanche ont laissé des traces. Peu importe que celle-ci n’ait pas été le fait de quelqu’un qui s’était jeté du pont mais depuis le quai du Stand ;  peu importe que la présence des pandores, si elle dissuade les sauts n’empêche quiconque de se jeter à l’eau. Au final ils sont 6 sur le pont, et ils guettent. Personne ne vient. Personne ne saute. Personne ne se noiera donc. Vraiment ? L’interdiction ne résout rien (sauf quand le niveau de l’eau est bas, ce qui n’est pas le cas ces jours-ci). Rassure-t-elle ? Pas sûr non plus. L'embargo sur les sauts, si ce n’est pas la meilleure « prévention » qui soit, est en tout les cas la plus coûteuse.  

Depuis 2007, le Conseil d'Etat a adopté un arrêté cessant d'interdire la baignade le long du Rhône en aval du pont Sous-Terre. Cet arrêté interdit néanmoins toujours les plongeons depuis le pont. En 2010, quatre échelles sur la rive gauche du Rhône ont été posées pour faciliter l'entrée et la sortie dans le fleuve. En 2011, trois pontons d'une longueur totale de 90 mètres ont pu être installés pour inviter à la baignade après des années de discussion. Un quatrième emplacement de 160 mètres doit encore être installé cet été. Mais on cherchera en vain des indications sur la température de l’eau, un maître-nageur surveillant les flots, une indication d’heures de baignade protégée. On cherchera en vain des douches pour préparer les nageurs à la baignade et prévenir les chocs thermiques, des toilettes publiques et des installations complémentaires sur place, un miroir pour permettre à celles et ceux qui sautent du pont de voir si un bateau arrive dessous, voire une indication de la profondeur ou de la vitesse de l’eau ? Pourquoi pas un petit commerce qui équipe les nageurs, vend des manchons, des bouées? Enfin, des panneaux d'avertissements plus grands, signifiants? On pourrait imaginer une distribution de papillons aux baigneurs pour leur rappeler les dangers du fleuve, les comportements de sécurité de base, le comportement à avoir en cas de début de panique et si quelqu’un se trouve en détresse ? Le Canton est propriétaire de l’eau, la Ville des berges. Qui est responsable de l’information pour ceux qui vont de la berge à l’eau ?

On oscille pour l’instant dans une schizophrénie douce entre facilitation de la baignade le long des berge et répression de celle-ci depuis le pont. Six hommes en armes sur un pont dissuadent un plongeur en short de sauter. Le message transmis est paradoxal : ici c’est interdit, mais d’en bas vous pouvez y aller : aucuns soucis. Aucuns soucis, vraiment ? Quelle est la différence de risque entre sauter du pont ou sauter de la berge ? Il n’y en a pratiquement pas.

En 2011, les socialistes avaient préconisés, en plus des pontons, l'installation d'une passerelle piétonne reliant la promenade de Saint-Jean à la pointe de la Jonction et soutenu l'idée de l'installation d'une plate-forme au milieu du Rhône afin que les personnes en difficulté puissent se raccrocher à quelque chose; ou que quelqu’un tout du moins puisse, en cas de difficulté, leur venir en aide. Pourquoi ne pas imaginer des cordes qui pendraient ici et là, et que l’on pourrait saisir ?

45 personnes ont  péri noyé en Suisse en 2012 selont la société suisse de sauvetage dont 35 hommes, 6 femmes et 4 enfants. Ce sont 5 victimes de plus que l'année précédente. Ce chiffre de 45 noyades se situe dans la moyenne des années précédentes. 21 personnes ont perdu leur vie dans des rivières, 16 dans des lacs, six lors de la plongée, une personne dans une piscine, et une personne dans une piscine privée. Si les mauvais nageurs évitent en général les fleuves et les cours d’eaux, à la Jonction, la proximité urbaine et l’engouement autour des lieux de baignade, rendent peut-être les choses différentes.

Il s’agit maintenant de réagir rapidement afin de limiter au maximum les risques de noyades et sécuriser autant que possible le fleuve sur ce tronçon. Amener la police sur le pont ne résoudra rien, elle serait bien plus utile ailleurs. On est donc en droit d'attendre du Canton, qui a les compétences en matière fluviale, d'appliquer les propositions durables et créatives qui existent afin que les noyades ne soient pas une fatalité, et le Rhône ou la victime elle-même trop facilement blâmables.

Se limiter à une schizophrénie armée, en tout cas, ne résoudra rien. 

 

08:29 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pont sous-terre, noyade, police, prévention, sécurité | |  Facebook |  Imprimer | | |