sylvain thévoz

21/09/2018

Un peu de courage Monsieur Maudet

42227085_10156478833111826_285982815470747648_n.jpg

Cher Pierre Maudet,

Je constate que vos affaires, vos mensonges continuent de prendre une place démesurée, dans la presse, dans les conversations des gens, et qu'elles commencent sérieusement à lasser, assurément à agacer, voire créer des conflits entre les citoyen.ne.s.

 

Vous en êtes pleinement responsable. Vous entretenez de ce fait un climat impropre à la bonne gestion du Canton. Un Conseiller d'Etat doit servir la collectivité, pas la déchirer. Vous avez certes vos groupies; une poignée de ceux-ci vous défendront certainement jusqu'au bout, mais la grande majorité ne vous comprend plus.

Vous pouvez vous barricader, nier une partie de la réalité, vous comportant comme ces militaires assiégés qui s'enferment dans un bunker avec leurs proches, spéculant sur un joyeux renversement de situation. Vous pouvez continuer de croire à une réalité parallèle. Est-ce du courage ? Je ne crois pas.    

Je ne suis pas un vautour, je ne crie pas avec les hyènes. Je suis un citoyen lambda, élu député pour une durée limitée, travaillant à côté de cet engagement pour la collectivité, ayant prêté, tout comme vous, serment de servir la République et les institutions. Chaque jour qui passe, nous découvrons le lourd coût pour la collectivité de votre combat personnel.

Le respect que certains pouvaient avoir pour vous s'est étiolé devant ce que vous imposez à la collectivité pour votre propre salut. Votre peau n'intéresse pas les Genevois.es. Nous souhaitons simplement que l'Etat fonctionne d'une manière adéquate et transparente. Menez votre combat de votre côté, laissez la collectivité tranquille. Avec vous au milieu, aujourd'hui, ce n'est plus possible. 

Ce n'est pas une élection qui vous a amené au pouvoir, mais un serment pris devant le peuple: votre main levée et une promesse de le servir plutôt que de vous servir et de protéger la République plutôt que de vous en protéger. Il y a une force de ce qui est juré devant la collectivité qui nous lie. Vous avez brisé ce lien. 

Comme la presse en a rendu compte, l'ensemble du Grand Conseil a voté ce jeudi soir votre levée d’immunité pour les besoins d’une enquête pénale. Vous êtes désormais soumis à la justice. C'est déjà mieux que d'être entre les mains de vos "amis libanais" qui vous tenaient par les roubignoles et vous ont peut-être fait chanter, sachant tout de votre voyage officiel à Abu Dhabi sur invitation du prince hériter Mohammed ben Zayed Al Nahyane, voyage que vous avez prétendu être privé, au mépris de la vérité, car vous y avez officiellement été invité comme Conseiller d'Etat et que vous avez été payé pour cela. Ce sont des faits, que vous avez finis par reconnaître. 

Vos "amis libanais" savaient tout de tous vos petits arrangements et dissimulations en marge de ce voyage sur lequel vous allez maintenant vous expliquer devant la justice. Sur ce point vous n'avez toujours pas pris soin de dire la vérité aux Genevois.es: qu'êtes-vous allé faire là-bas, il y avait-il des contreparties à ce voyage, avez-vous favorisé vos amis, quel était votre deal avec l'ancien président du Conseil d'Etat François Longchamp ? Peut-être avons-nous échappé au pire, mais peut-être le pire est-il encore à venir. Le temps qui passe n'est pas le temps de la normalité. Il est le temps de la suspicion, du trouble et des insondables conséquences de vos mensonges que vous continuez à accroître, encore et encore. 

Vous vous accrochez au pouvoir et nous ne savons pas qui vous tient, et nous ne savons pas jusqu'où vos mensonges vous ont rendu servile et redevable. 

Certains disent que c'est maintenant à la justice de faire toute la lumière. Certes. Mais c'est aussi à vous, au nom de votre serment de dire enfin la vérité si vous en êtes capables, et c'est à chacun.e de l'exiger de vous. Si vous ne le pouvez pas : démissionnez. La justice doit pouvoir travailler sans que l'un des hommes encore puissant de cette République, ne garde, au bénéfice de son poste, ses réseaux, ses contacts, ses informateurs et moyens de pression au coeur même de l'Etat. Vous ne pouvez prétendre en même temps être Conseiller d’état et prévenu. Ce mélange des genres est intenable et nocif pour la république, destructeur pour la confiance qu’ont encore les gens dans les institutions. 

Vous pouvez certes vous accrocher au pouvoir. Vous pouvez même agiter vos troupes pour qu'elles vous laissent entendre que vous êtes irremplaçable. Vous pouvez, seul contre tous refuser la transparence, et la clarté, utiliser vos réseaux pour sauver votre carrière politique. Vous montrez par là clairement le peu de valeur que vous accordez à notre système démocratique. 

Vous pouvez être animé par un esprit de revanche et de reconquête. Personne apparemment ne peut vous obliger à changer pour devenir un homme nouveau, ayant fait place nette de ce mélange des genres que vous affectionnez encore aujourd'hui. Vous pouvez mettre vos forces et votre énergie à assurer et organiser votre défense face aux lourdes accusations pénales qui pèsent à votre encontre, plutôt que d'essayer encore de vendre un bilan politique.

Devrons-nous attendre que vous connaissiez votre timing judiciaire et que vous ayez évalué vos chances de rebondir ou pas pour que vous démissionniez ? Un peu de courage Monsieur Maudet, arrêtez de vouloir tout contrôler en entraînant l'Etat dans vos turpitudes.

Le vrai courage, ce n'est pas d'essayer de tirer tout le monde par le bas, pour prétendre que, même à terre, vous maîtrisez encore votre sujet.   

 

Illustration : Patrick Chapatte @LeTemps

.........................

www.sylvainthevoz.ch

15:15 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : maudet, politique, collectivité, bien commun, pouvoir, mensonge, abu dhabi, pénal, inculpation | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

..............................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

08:32 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, genève, élections, ploutocratie, medias, libertés | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2018

Pourquoi je vote

politiqueDepuis les années 70, avec quelques variations, le taux de participation aux élections cantonales genevoises oscille autour de 40% pour les élections au Grand Conseil et de 45% pour le Conseil d'Etat. On était déjà passé sous les 50% au début des années soixante.[1] La voie la plus empruntée, aujourd'hui, dans notre démocratie, c'est donc celle de s'abstenir, subir et se taire. C'est en tout cas celle "choisie" - si l'on peut parler de choix, dans ce mécanisme d'auto-invalidation-, par la majorité des citoyen-ne-s ayant le droit de vote, soit grosso modo 50% de la population.

Au final, c'est donc moins de la moitié de la moitié qui s'exprime. C'est infime. Pourquoi je vote? Pour ne pas faire comme tout le monde. Je n'aime pas suivre la masse. Et la masse, aujourd'hui, laisse son expression s'effilocher. Pourtant, elle subit : primes d'assurance maladie trop hautes, montées des inégalités, pénurie de logement, mobilité en panne, etc. Quel animal accepterait de subir sans réagir?

Dans le cens caché, le politologue Daniel Gaxie montre qu'un des facteurs de l'abstention est le fait que certain.e.s ne se sentent pas compétent.e.s à voter. La durée d'éducation et le niveau socio-économique conduit au sentiment de compétence politique. Une majorité de la population aujourd'hui ne se sent pas habilitée à voter, par manque de compréhension, proximité avec les enjeux politiques. Ce cens caché dépend du niveau d'éducation et des inégalités. Comment changer cela? Il est important d'élargir la démocratie, en permettant à ceux qui n'ont pas le droit de vote de l'avoir plus facilement (j'y vis j'y vote!), en renforçant le sentiment de compétence (et d'appartenance) des citoyen.ne.s pour leur système politique. 

 

L'enveloppe : dans l'urne, pas à la poubelle

Nombreux ceux qui ont le droit de vote et ne l'utilisent pas. Parce qu'ils sont fatigués, dégoutés, trouvent dans le fait de chiffonner l'enveloppe une affirmation de refus, etc. Combien de fois m'a-t-on dit que cette enveloppe de vote passait de la boîte aux lettres au tas de papier (purgatoire), pour au final disparaître à la poubelle. D'autres, a contrario, se damneraient pour voter, mais n'en ont pas le pouvoir.

Je vote parce que mon choix se trouve entre la poubelle et l'urne, et que si l'urne permet de recueillir ma volonté, mon expression, la poubelle ne recueille que mon nihilisme, ma fatigue ou ma lassitude. Je refuse de devenir un être de nihilisme de fatigue ou de lassitude. Et c'est toujours la parole, l'écriture et les choix conscients, même mineurs, qui m'en tiennent éloignés. 

 

Voter par refus du nihilisme

Je vote parce que j'en ai le pouvoir. Parce que je sais et constate que cela change les choses, que ce n'est pas un exercice de style, mais un acte construisant des rapports de force, et des majorités qui auront une influence sur ma vie et celle de mes proches, leur quotidien.

Je vote, parce que je côtoie des gens qui, à partir du pouvoir qui leur a été confié, ont changé concrètement, et pour le meilleur, des pans entiers de notre société, en ont fait des choses belles. Alors que certains, a contrario, s'en sont servis pour la gloriole de leur ego. Ceux-là je ne voudrais pas les récompenser par mon abstention. Je ne voudrais pas que les incompétents, les poseurs ou les nuisibles se voient confortés dans le fait que l'on peut déchoir et gagner des élections en même temps.

Le vote est une arme radicale

Je vote, parce que j'en ai le droit, et que ce droit est une arme. Je vote, parce qu'un droit qui n'est pas utilisé se fossilise ou devient un objet de moquerie. Je vote parce que refuser de le faire, c'est faire le jeu de ceux qui pensent que l'Etat est un organe désuet face au libéralisme effréné et au capitalisme destructeur. Je vote parce que c'est une des armes que j'ai de contre-carrer celui de l'argent et les jeux d'influences. Je ne dis pas que c'est le seul. Mais que c'est l'un des moyens, efficace, de résister. Il y en d'autres : la rue, l'écrit, l'association, la fraternité. Je n'oppose aucun moyen. Je les cumule. Ils doivent tous être utilisés. Le vote, est une arme radicale et puissante. Pourquoi s'en priver?

Le vote est une arme de mobilisation

Dans la rue, on me dit parfois : j'ai voté comme vous, bravo, continuez ou : à quoi bon voter, tous les mêmes. Ce dernier argument de la similitude des engagements ou des défaillances, mettant tout le monde sur un même plan, m'attriste. C'est un des symptômes de l'éloignement de la chose commune et collective. C'est comme si on disait à un marin : vous ne vous ennuyez jamais en mer, ce doit être lassant de voir toujours tout ce bleu. Il ne faut avoir jamais navigué, n'être jamais entré dans le coeur des choses, pour ne pas percevoir les nuances, les changements, les mille et une variations de la mer suivant les vents, les courants, les circonstances.

Je vote, parce que le monde politique n'est pas différent de tous les autres groupes humains : les clubs, les familles, les associations. Dès qu'un groupe se réunit, dès qu'il se donne des règles, des objectifs avec des ressources limitées, des limites, et le fait avec d'autres ou pour d'autres, nécessairement, émergent des tensions, des rapport de pouvoir, de rivalité, allié à des élans enthousiastes et d'adhésion. Cela est le fait de tous les groupes humains. Regardez bien votre famille, comment se porte-t-elle. Pensez-vous que parce qu'elle n'est pas idéale vous en êtes délié? Comment vous sentiriez-vous si vous choisissiez de ne plus y participer ?

Je vote, pour que d'autres ne choisissent pas pour moi. Je vote, parce que je ne suis pas un individu tout puissant qui ne dépend de rien ni de personne et peut choisir de s'affranchir de ce qui le lie. Je vote, parce que c'est un des moyens, patient, tenace, de refuser d'accepter les forces telles qu'elles se donnent aujourd'hui.

Je vote, pour renverser les sinistres et les tristes, parce que c'est un pouvoir que donne notre collectivité, et qu'il la constitue en retour.

Aujourd'hui, je vote.

 

[1] https://www.ge.ch/statistique/graphiques/affichage.asp?filtreGraph=17_02&dom=1

 

..............................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

08:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, cens caché, votation, élections, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/03/2018

Laïcité : Maudet dégoupille la grenade

laïcité, églises, débat, politique, lois, Conseil d'Etat

Le projet de loi sur la laïcité voulu par le magistrat Maudet est parti pour rendre tout le monde mécontent. Trituré en commission durant deux ans par les députés, avec quantité d'auditions et une dépense en temps et d'argent conséquente, il a perdu au passage ce qui en faisait sa fragile qualité: une volonté louable mais maladroite de clarifier la place du fait religieux dans la Cité, alors que celle-ci est mise à mal par les extrémistes de tout bord.  

 

Les Eglises se sont positionnées ce mardi pour critiquer la nouvelle mouture sortant de commission.[1] Elles rappellent qu'elles mettent à disposition des aumôneries plus de 40 postes de travail, entièrement financés par leurs soins, que plus de 5'000 visites sont effectuées chaque année par les aumônier.e.s en prison, et que plus de 10'000 visites le sont sur les 6 sites des hôpitaux de Genève. Le Temple des Pâquis accueille plus de 60'000 précaires chaque année, offrant sans véritable dimension confessante un lieu pour se poser et reposer, en bénéficiant de cours donnés par des bénévoles. C'est un lieu qui sert la cohésion sociale. Les aîné.e.s, les précaires, trouvent dans les lieux spirituels, gratuits, un refuge bienvenu. L'Etat est tout content de se délester sur les lieux spirituel d'un travail qui lui incombe. L'Hospice Général envoie sans vergogne vers eux et au mépris de la loi, pour fournir une aide administrative qu'il lui incomberait de fournir.

Les Eglises entretiennent sur leur propre budget l'ensemble des temples et églises. Ce sont des bâtiments patrimoniaux et historiques qui font la fierté de Genève, sont un atout touristique pour notre Canton. Ils risquent aujourd'hui d'être mis en péril.

Le nouveau projet de loi nie les services que rendent les Eglises, avec un accent liberticide et une tonalité anxiogène donnant pouvoir à l'Etat de restreindre la liberté religieuse en cas de besoin, sans expliciter ni décrire quels en seraient les critères. 

Agiter toujours, et d'une manière anxiogène, les montées du fanatisme de l'intégrisme et du communautarisme, revient à faire des croyant.e.s des parias ou des boucs émissaires alors que l'on serait plutôt en droit d'espérer un débat serein, équilibré, et que les églises, ashrams, pagodes et autres mosquées soient valorisés et traités comme toute autre association servant le bien commun. 

 

Vers une discrimination des croyances

Le nouveau projet de loi dit que "les communautés religieuses s'organisent selon les formes du droit privé". Or, l'Etat en vérité discrimine les églises puisqu'il définit de manière très stricte l'utilisation que les églises peuvent faire des biens patrimoniaux. Le projet de loi qui va sortir des débats du parlement risque de rendre encore plus inéquitable la gestion du patrimoine. L'Etat propose aujourd'hui, contre rémunération, de percevoir la contribution ecclésiastique volontaire au nom des églises, en reconnaissance des services rendus à la population. Or, dans la dernière version du projet de loi, elle veut supprimer cette possibilité, ce qui revient de fait à laisser aux lieux de culte supporter seuls des frais importants en leur retirant une source de revenus essentielle. Est-ce équitable d'imposer d'une main des charges, et de refuser de l'autre des revenus?

 

On passe insidieusement d'une volonté rigide de légiférer sur la laïcité à une position de discrimination envers les églises et les autres communautés religieuses. 

Ce jeudi, si le traitement en urgence demandé par le Conseil d'Etat est approuvé par les député.e.s, ces dernier.e.s entameront un débat sensible ayant déjà dérapé en commission, et qui a toute les chances de virer à la foire d'empoigne. Au final, il faut craindre d'aboutir à une loi mal ficelée discriminant les églises et autres mouvements religieux, qui sera probablement attaquable en justice,  ou un enième renvoi en commission. Genferei quand tu nous tiens.... 

Nous ne sommes plus au XVIe siècle... refaire un procès de la religion est un faux débat. Le souci des genevois.es n'est pas de savoir si la transubstantiation a droit de cité... mais plutôt d'avoir un Conseil d'Etat actif sur les enjeux de l'emploi, du logement et de la santé.

 

L'irresponsabilité de Maudet

Le magistrat Maudet tente encore péniblement de justifier son projet de loi. Mais quoi qu'il arrive, au final, il aura échoué à convaincre. Et cerise sur le gâteau, il annonce qu'il ne sera pas à Genève cette semaine pour mener son débat. Il file benoîtement en voyage en Afrique, laissant le pauvre François Longchamp gérer la situation derrière lui, en ne faisant pas là preuve du plus haut sens des responsabilités.

 

Un projet de loi boute-feu plutôt que pare-feu 

Décidément, François Longchamp aura été l'homme à tout faire de cette législature, essuyant les bourdes de Barthassat, encaissant les approximations de ses collègues et héritant d'un débat explosif qui dérapera immanquablement selon les pulsions islamophobes ou laïcardes des députés.

Pierre Maudet, après avoir demandé l'urgence pour l'ouverture de ce débat sur la laïcité, s'en retire. Prétendant que "la future loi sur la laïcité servira de pare-feu"- Il semble plutôt évident que cette grenade dégoupillée ne forme une boule de feu explosive, ce qui est regrettable sur un sujet sensible, à une période tendue. Le rôle de l'Etat devrait être de rassembler et de rassurer, plutôt que d'offrir sans cesse des perches aux plus extrémistes.

 

[1] https://www.tdg.ch/28021747

..........

www.sylvainthevoz.ch

 

 

11:47 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laïcité, églises, débat, politique, lois, conseil d'etat | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/10/2017

Ne laisse personne être dans une précarité que toi-même ne supporterais pas

affichex600.pngLe 17 octobre est la journée internationale du refus de la misère. Cette année 2017 marque d'ailleurs le 30e anniversaire de l’Appel à l’action du Père Joseph Wresinski — qui est au fondement du 17 octobre en tant que Journée mondiale du refus de la misère - et de sa reconnaissance par les Nations Unies comme la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.[1]

 

Construire un monde qui ne laisse personne de côté

Que l'on soit suisse, rom, français, femme, que l'on soit jeune, chrétien ou musulman que l'on soit jeune ou âgé, avec ou sans papier, avec ou sans domicile fixe, personne ne doit être laissé de côté. Et personne, ça veut dire personne. Il serait aberrant d'opposer tel ou tel groupe en euphémisant des formes de violences sociales et de précarité sous prétexte qu'elles touchent plutôt tel groupe que tel autre, tel individu à défaut d'un autre. Les droits fondamentaux ne se négocient pas. Les droits fondamentaux ne se racialisent pas. Et ce qui nous rassemble, et nous fonde dans notre humanité partagée, c'est précisément le refus de la misère et la lutte contre toutes les formes de vulnérabilités et de précarités sociales, sans distinction de nationalité ou d'origine. Cela est incarné dans la règle d'or : fais à autrui ce que tu aimerais qu'il te fasse ou, autrement dit : ne laisse personne être dans une précarité que toi même ne supporterais pas. 

 

Le parlement des inaudibles 

A l’occasion des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, le Collectif 17 Octobre organise en Ville de Genève de nombreux événements.[2]  Il y en a un parmi ceux-ci qui a une dimension symbolique et politique particulière.

Le samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Chemin de la Gravière 7), la tenue du parlement des inaudibles permettra à chacun-e de s'exprimer et se faire entendre. Comme le rappelle Guillaume le Blanc : Dans notre société, les plus fragiles tendent à devenir invisibles, à disparaître du champ social. Mais une vie devient invisible à partir du moment où elle est inaudible. Il y a donc un enjeu politique à donner une voix aux sans-voix, à instaurer un parlement des inaudibles.  

La tenue du parlement des inaudibles sera précédé d’un repas convivial. Il sera suivi de l'adoption des mesures provenant des voix des citoyen-ne-s que l'on n'entend pas ou trop peut et à qui on ne porte pas suffisamment attention.[3] Si le parlement "officiel" est statistiquement celui des hommes blancs de 50 ans, bourgeois, il se trouve que dans la population des groupes bien plus nombreux ont d'autres voix et d'autres paroles à faire entendre que la dominante. Le Parlement des inaudibles débattra donc à haute voix de trois thèmes fondamentaux : les discriminations, le logement, le travail. Ce parlement discutera et votera les propositions travaillées auparavant en petits groupes. 

La précarité sociale est une violence.[4] Cette violence ne doit pas être glissée loin des regards ou repoussées dans les bois ou sous les ponts par les forces de l'ordre. Ce n'est pas à la force policière qu'il revient de traiter les inégalités sociales. A la violence sociale, il faut répondre par toujours plus d'écoute, de disponibilité, de solidarité, et... de moyens. Comme le rappelle le collectif : Notre société est fière de proclamer que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (préambule de la Constitution Suisse) ? Mais alors, pourquoi lui est-il si difficile de regarder en face et de prendre soin correctement de la précarité sociale qu’elle génère ?

Durant le parlement des inaudibles des témoignage seront partagés. En voilà deux parmi des centaines, parmi des milliers, qu'il nous revient de faire entendre et partager. 

Le témoignage d'Alexandre :

Bonjour, je m'appelle Alexandre, j'ai 30 ans, je suis de nationalité Suisse et Française. Ça fait depuis 2014 que je vis en Suisse. Je n'avais ni papiers français ni papiers suisses. Comme je ne suis pas genevois, je devais attendre 2 ans avant de m'inscrire sur la liste des logements de la ville. Quand j'ai pu enfin m'inscrire, le 1er janvier 2017, on m'a mis sur une liste d'attente de 2 ans de plus. Quand je suis arrivé à Genève, j'ai dormi dans la rue et dans les bunkers de la protection civile. J'ai ensuite été logé par l'hospice général dans un hôtel social. Par la suite, j'ai de nouveau vécu dans la rue. L'Hospice général me demandait de trouver un logement ou un hôtel, mais ils ont refusé de me payer un foyer que j'avais trouvé dans lequel il y avait pourtant des places. Comme je suis marié et que ma femme a un logement, ils ont refusé sous prétexte que je devais habiter avec ma femme. Mais ce n'était pas possible d'habiter avec elle car elle habitait elle-même dans une résidence-hôtel. J'ai donc dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je me suis fait voler mes papiers en dormant dans la rue, j'ai attrapé une pneumonie. Je me faisais expulser par la police et les agents de l'aéroport, je n'avais aucun endroit où aller. A cette saison, les bunkers de la protection civile n'étaient pas ouverts, ils sont ouverts seulement de novembre à avril. Pourtant, durant les autres mois de l'année, on a aussi besoin d'avoir un endroit où dormir. Au mois de novembre, l'Hospice Général nous ont placé, ma femme et moi, dans un hôtel. Ils nous mettaient la pression pour qu'on trouve un logement, en sachant qu'à Genève, c'est très difficile de trouver un logement. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous mettre à la rue en février 2017 si on ne trouvait rien. J'étais très stressé et en colère par rapport à cette situation. Heureusement, on a fini par trouver un logement 2 pièces, une chambre et une cuisine. Je suis encore actuellement dans ce joli appartement.

 

Le témoignage de Théo:

Bonjour, je m'appelle Théo, je viens de Roumanie. Je vis à Genève depuis 11 ans. Je suis venu pour la première fois à Genève pour des vacances chez ma tante qui a habité ici pendant plus de 40 ans. Elle travaillait à Meyrin. Ensuite, elle m'a demandé si je pouvais venir habiter avec elle parce qu'elle était malade et qu'elle avait besoin d'aide. J'ai donc quitté la Roumanie et je suis venu m'installer chez elle et je me suis occupé d'elle pendant 7 ans et demie. Après, elle est décédée. Je n'étais pas inscrit sur le bail, alors la régie m'a donné un délai de 3 mois pour quitter l'appartement. J'ai vécu dans la rue pendant 6 mois. Ce n'était pas facile. Ensuite, je suis allé chez un ami qui est malade et qui a besoin que je m'occupe du ménage, des courses, de l'administration, etc., Cela fait 4 ans que je suis chez lui. Sa santé s'est dégradée. Avec mon passeport roumain et mon âge, je n'arrive pas à trouver un travail qui me permette de payer un loyer à Genève, et je ne peux donc pas avoir mon propre studio. Pour moi, un studio, c'est du rêve.

En Roumanie, je travaillais comme installateur chauffage sanitaire pendant 22 ans. Ensuite, je suis venu m'installer à Genève chez ma tante qui était malade. Je pensais que je pourrai trouver du travail et me faire une nouvelle vie ici, en Suisse. Avec mon passeport roumain, un employeur pourrait faire des démarches pour m'engager mais avec mon âge, je n'ai rien trouvé. Je m'occupe de personnes qui ont besoin de moi pour faire les courses, le ménage, l'administration. Je fais du bénévolat pour des associations. J'aime faire quelque chose pour la société, même si la société ne peut pas forcément faire quelque chose pour moi. Je n'aime pas rester inactif. J'aimerais beaucoup trouver un travail.

 

Ami entends-tu la voix du parlement des inaudibles ?

Parlement des inaudibles : samedi 14 octobre à 14h à la Parfumerie (Gravière 7).

Bienvenue à toutes et tous.

 

 

[1]http://www.atd-quartmonde.org/mobilisation2017/30eme-jour...

[2]https://ecr-ge.ch/blog/journee-mondiale-du-refus-de-la-mi...

[3]https://www.radiolac.ch/actualite/la-precarite-a-geneve-parlons-en/

[4]https://www.letemps.ch/suisse/2017/10/11/thibaut-lauer-pa...

06/09/2017

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

 

FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

 

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

 

[1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2...

 

...........................

www.sylvainthevoz.ch

18:10 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : publicité, politique, genève, spectacle, commerce | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/03/2017

Live music

La foule déambule, achète des glaces, se prend en photo, baguenaude, minaude presque. Dans le parc de cette grande ville, il fait beau. Vacances. On a envie de s’approcher des autres en curieux, en êtres hospitaliers qui se connaissent peu mais partagent une même curiosité. Malgré les difficultés de la langue, on arrive toujours à se faire comprendre. Il y a des écoliers, des étudiants, des docteurs. Avec l'aide des mains on arrive à communiquer.    

La foule est composée de gens qui viennent de partout. C’est un grand brassage. Certains viennent rendre visite à leurs proches - ils se réunissent une fois l’an à cette période- d’autres : touristes que l’on reconnaît à leur air un peu hagard et habillement singulier, ont effectué quelques heures d’avion pour venir ici. Tous vont au grand marché pour négocier quelques boîtes ouvragées, des bijoux ciselés, des herbes aromatiques ou des douceurs au miel pour ramener à leurs proches.

Un groupe s’est réuni derrière la fontaine. On s’en approche par curiosité. De son cœur, une musique s’élève. On se sent obligé de s’approcher, comme à la fête de la musique quand ça joue juste dans un coin. Le cercle est resserré. Des enfants sont assis au premier rang. Trois hommes sont posés dans l'herbe en tailleur, jouent: l’un du tambour qu’il serre sous le bras, les deux autres agitant des sortes d’hosties géantes où pendent des grelots. La main, agitée en variant rythme, tempo, porte la percussion. De ces trois-là, je veux dire qu’ils sont habités.

Trois autres hommes sont debout. Dès que quelqu’un veut filmer ou prendre une photo, ils placent leur corps devant l’appareil pour interrompre le film, s’en excusant presque, mais imposant cette mesure avec fermeté à tous ceux qui essaient de prendre une image. On se croirait dans une secte, une tribu aux rites étranges.

Le cercle grandit autour des musiciens. Dire que c’est beau, ce ne serait pas assez. Cette musique prend aux tripes, raccroche à quelque chose d’archaïque et profond. On revit la scène de la nuit des temps: des hommes frappent sur des peaux de bête, chantent des paroles mystérieuses pour des dieux, l’amour, les récoltes à venir ou la mort.

Ces musiciens, personne ne sait d’où ils sortent, ni à quoi ils jouent, pourtant personne ne s’en étonne. Avec leurs gueules d’hashshashins, de poètes, de musiciens errants ; de loubards ou de saints, ils sont au cœur de quelques chose qui rayonne. Ils font de ce moment unique un moment qui ne sera gravé nulle part, ni conservé sur aucun autre support que la mémoire de ceux qui y étaient et n’auraient bougé pour rien au monde. Le cercle grandit encore.  

Un homme aux cheveux gominés portant lunettes noires prend la parole. On ne comprend pas ce qu’il dit. On ne parle pas sa langue, pourtant on s’y sent lié. Après une longue tirade tressée d’alcool, il ouvre l’étui noir d’un instrument, tend au public cette sacoche pour y recevoir une obole : quelques billets bleus et verts chiffonnés, certains déchirés, re-scotchés, rapidement jetés.

La musique reprend. Le rythme est saccadé, hypnotique, et puissamment calme aussi. Les veilleurs, les vigiles, chantent en coeur. Un enfant danse, le public lui lance de l'argent. Il prend un billet dans sa bouche, en souriant, se déhanche. Rires. Les femmes sont présentes. Elles frappent des mains pendant que d’autres hommes chantent. Certains font les fiers, se prennent par l’épaule. Le centre du cercle fonctionne comme un aimant. Les enfants zigzaguent entre les adultes pour en être.

Un homme, à 50 mètres, ne pourrait deviner ce qui se passe là. Il penserait peut-être qu’un marchand a étalé au sol des lunettes de soleil ou des pendentifs, qu’une foule de chineurs se presse pour négocier des breloques.   

Un des vigiles n'a de cesse de tourner la tête de droite à gauche. Oui, c’est pour empêcher quiconque de filmer, mais son regard porte aussi plus loin, comme s’il cherchait de quelle direction allait venir le danger. Il surveille ses petits, tout proche, mais aussi ce qui peut venir de menaçant en lisère. Il a  le teint pâle, les yeux cernés. Un air de chouette chevêche, et demande tout à coup au public de s’asseoir, d'arrêter de taper dans les mains. Les deux premiers rangs s’exécutent. Les autres suivent mollement. Les musiciens continuent à jouer, comme si de rien n’était. Ni plus fort ni plus vite. Ils laissent simplement passer ce qu’ils ne peuvent retenir.

Pourquoi joueraient-ils dans une cave quand ce parc est si beau et le public attentif ?   

Un mouvement, un mot : police. Les musiciens serrent leurs instruments, filent en zigzaguant entre deux rangées. Un vigile va au-devant des hommes à moustache qui le regardent fixement, marchant droit sur lui, talkie-walkie à la main. Comme si parmi toute la foule, c’est à lui seul qu’ils en voulaient. Le public se disperse dans toutes les directions pour faire à nouveau partie de la foule. Quelques-uns restent autour du vigile pour l’appuyer, ou le dénoncer, qui sait….  

A quelques mètres, les marchands continuent de proposer leurs boîtes ouvragées, des bijoux ciselées, des herbes aromatiques et des douceurs au miel pour ceux qui en ramèneront à leurs proches.

Des touristes sourient presque bêtement, léchant des glaces à la vanille ou au safran en commentant le prix qu’ils ont payé, inquiets de savoir s’ils se sont fait arnaquer d'un ou deux francs...

 

..............................

www.sylvainthevoz.ch

13:18 Publié dans Air du temps, Humeur, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique, culture, voyage, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/11/2016

Au plus grossier dénominateur commun

 

R comme résistance

Résistance au clapet de la haine, au mépris, au désir de puissance.

A la langue molle, qui colle et ne choisit plus, ne parle plus d'elle-même.

A la langue qui sèche, celle qui lèche.

 

A la langue putassière ou pâteuse, aux reflux, rejets et masques hideux.

Aux clapiers et terriers fumeux, aux territoires de délégation silencieuse.

A la langue du clan, des débilités congénitales, des ethnies aux nostalgies coloniales.

 

R comme résistance

Résistance à la dérégulation complète, aux lois du marché qui bradent, dévalorisent, sous-traitent, mettent aux enchères, au chômage ceux qui y ont cru.

A poil les plus précaires, au trou les plus à poil et sur I-pad tous les autres!

Tu as bien servi kleenex: aux chiottes maintenant ! La loi du rendement, après 20 ans de boîte, 3 semaines de stage non payé, sans pouvoir prendre tes affaires, sur le trottoir sans comprendre ce qui t'arrive et pourquoi ceux qui te courtisaient te virent comme un malpropre, avec le sentiment maintenant de t'être fait bien baiser... et que celui qui sourit vienne te montrer ses propres dents en face.  

La question est : vas-tu te laisser tétaniser par cela?

 

Résistance à la diarrhée médiatique, à ce qui liquéfie la pensée, glisse trop bien dans les tuyaux.

Résistance au désir de vaincre, à l'encrassage des neurones, aux distractions complètes, aux grumeaux et au lait caillé. 

Résistance aux cercles satisfaits -félicitations permanentes- qui se protègent et consolent parmi,

se font écrire leurs textes par d'autres et répètent en boucle le même discours, une main sur le coeur ou l'épaule.

 

Aux retourneurs de veste: ils te font les poches dans un sens puis dans l'autre.

Tu leurs achèterais encore du tissu? 

 

R comme résistance

Résistance complète au mouvement complet de déshumanisation de l'Homme, à la marchandisation de l'être, à l'indifférenciation des pommes, aux rouages de l'indifférence.

Résistance aux discours de haine, aux formules creuses, aux postures de mode, à toutes les complaisances.

A ceux qui viennent habillées comme des révolutionnaires pour remplir leurs bidons,

vider les fontaines comme tant d'autres.

 

Résistance aux grands titres, aux notes de bas de page.

A tout ce qui n'est pas dans le corps du texte.

A ce qui passe très loin de ta portée, porte à lâcher l'action ici même.

 

Résistance aux discours des caporaux, des moralistes, des majoritaires.

 

A l'effroi des masses, à l'effet de troupeaux, au rassemblement autour du plus grossier dénominateur commun.

 

Résistance à l'ignorance, aux additions des calculateurs, aux soustractions des manipulateurs, à l'égalité médiocre.

A la pâte à pensée, à l'identique pâte à modeler.

A la puissance de séduction, désolation morbide.

 

R comme résistance

Résistance à chouiner, à couiner, ronronner dans le lard, être spectateurs ou poulet frit.

Résistance à la mise à distance, hors de l'action, au refus de prendre part, à l'abstention. 

A abandonner le terrain, à céder sur les mots, à la tentation des pitres. 

 

Entrer dans les choses, comme on rencontre les êtres.

Entrer en dissidence.

 

Elle vient l'époque du grand tamis, ou tout ce qui n'a pas de forme, de figure ou de cri,

tout ce qui ne dépasse pas, ne sera pas uni, sera englouti.

 

A l'aspiration nihiliste. 

R comme résistance, comme l'air que l'on expire. 

 

 

 

..................................................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

07:49 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, partisan, résistance, air du temps, temps de vivre, vie debout | |  Facebook |  Imprimer | | |

31/10/2016

A celui qui prend le vent toujours du bon côté

IMG_9284.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu as remarqué, il prend le vent toujours du bon côté.

Quand il y a une mauvaise nouvelle, c'est un chef de rang qu'il envoie pour la présenter. Quand il a commis une faute, c'est un fusible qu'il fait sauter. Quand sa responsabilité est engagée, c'est qu'un autre que lui aurait dû la porter. Quand il ne sait plus qui désigner, c'est au collège dont il appartient qu'il convient d'assumer. Il a toujours sous son bureau une voile de kit-surf, un parachute à ouverture rapide, une cagoule à cravate souriante pour se dissimuler.  

 

Ne lui demande pas son bilan, ne lui demande pas de trancher.

Il prend le vent, toujours du bon côté.

 

L'élu cerf-volant

 

Quand la décision est légère, cosmétique, il sera bien présent. Il jouera même des coudes pour se mettre en avant.

Si elle est difficile et risquée, tu ne le verras pas sur le pont. Il s'esquivera sans couper le ruban.

C'est mathématique, une sorte de météorologie politique.

Si tu veux voir où il penche, cherche la ficelle qui le sous-tend.

L'élu cerf-volant.

 

Au final, entre prise au vent et poudre d'escampette, il n'y a qu'un souffle.

L'astrologie est une science plus rigoureuse que sa volonté d'affronter les tempêtes.

Communiquer, c'est assurer sa promotion, cela requiert la plus grande part de son énergie.

Pour le service après-vente, tu repasseras.

 

Tu as remarqué, il ne décide pas, il fait des pas de côté, tangue et louvoie pour apparaître toujours souriant.

Il délègue, multiplie les échelons, sous-traite, déresponsabilise, charge d'autres du poids des décisions dont il s'est affranchi,

s'efforçant toujours de ramasser la mise médiatique

le pactole du plébiscite, sans être plus que cela lié à son parti.

 

Gouverner, c'est...

 

Gouverner, c'est un play-back pour lui

en suivant le rythme, il peut faire illusion

tant que les conseillers personnels écrivent le script

que tout le monde le suit et bat des mains.

 

Il n'y a rien à rompre, puisque rien ne tient

la flexibilité, c'est de ne rien risquer

toujours se contorsionner en mimant bien les mouvements.   

 

On se sent plus léger à suivre l'air du temps.

Mettre le nez au vent, se laisser porter,

c'est plus inconsistant ainsi.

 

Gouverner, c'est humer

Gouverner, c'est flairer

Gouverner, c'est lever la patte, toujours du bon côté

et aboyer de temps en temps.

 

Vous riez avec ou contre moi...

Toujours prendre les courants ascendants, c'est son programme.

Et si ça ne marche pas : il se victimise. Vous riez avec ou contre moi : son leitmotiv. Ramener le débat au niveau de l'infantile -tous des jaloux, des vilains- et la politique a la gestion de sacs de bonbons, ou à celui qui grimpera le plus vite sur l'arbre. 

C'est un autre qui décide, quoi qu'il en soit, pas le choix, il faut le faire, c'est la loi qui l'oblige, la norme qui l'impose, la structure qui le porte.

Toujours avec l'image en tête, la mèche bien collée sur le front,

faut pas que ça déconne.

 

Je suis, donc je ne décide pas

Ne lui demande pas ce qu'il croit, ne lui demande pas ce qu'il pense. 

Tu ne seras pas plus avancé.

Postures, mouvements, glissements et déplacements

ce qu'il appelle consultation populaire est l'équivalent du bonneteau

cela permet d'asseoir une décision déjà prise, plutôt que de la faire naître.

 

L'humour potache est une forme de cynisme pour parfumer l'air ambiant

dans la violence d'éviter les débats de fond.  

 

Gouverner, il dit, c'est étendre ma surface d'exposition

accroître ma visibilité

prendre le vent, toujours du bon côté. 

 

Gouverner, c'est glisser.

Gouverner, c'est lisser.

Gouverner, c'est assurer mes arrières

profiter des rebonds.

Et comme je suis populaire... je vous emmerde.

 

Créer les conditions climatiques d'un air sec et brûlant

 

Il ne s'excusera jamais. Il ne dira pas : je me suis trompé, c'était une erreur.

Qui saisira le vent comme responsable, incriminera le courant d'air? 

 

On est passé du solide au liquide, désormais à la période du gazeux et des vents.

Si tu veux rendre compte de l'inanité de certains, tu diras : tous vaporeux!

Et tu te rappelleras d'un récit où le souffle soudain dispersa la paille. 

 

Le tous pourris n'est plus d'actualité.

Pour que cela pourrisse, il y faut encore de l'humidité. 

Nous sommes entrés dans un climat sec et assourdissant

où la pensée est flexibilisée jusqu'à devenir cassante.

 

Mais dans cette sécheresse de la pensée, parmi les habits de flanelles

certains rappellent qu'une étincelle seulement suffirait à mettre le feu.

 

 

..................................................

www.sylvainthevoz.ch

09:44 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, air du temps, politique, démagogie, populisme, tous vaporeux | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/10/2016

Croyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous

_DSC0225.jpgCroyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous. La phrase m’est venue en tête lorsque la revue Choisir[1] m'a proposé d’écrire un petit texte sur l’articulation entre le politique et le religieux. Mais comment avancer sur ce terrain délicat? Les débats brûlants et mal-menés autour du thème de la laïcité, de l’islamophobie rampante ; les traumatismes envers un christianisme dévoyé, un temps religion d’Etat dans l’oubli de ses racines ; l’horreur du terrorisme, le visage répugnant de certains mouvements se réclamant d’un islam politique, laissent en effet très peu d’espace pour un dialogue fécond concernant la place de la religion en politique et l’emplacement du politique en religion.

Pire, ces débats, reliquats, ont acculé la religion dans une représentation désuète ou destructrice.

Mon royaume n’est pas de ce monde  

« Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jean 18, 36). Faut-il que les croyants s’inspirent de cette phrase pour rendre les armes et abandonner ce monde à ses tracas, ses nécessaires conflictualités, et affirmer que la foi et le désir de spiritualité n’ont rien à voir avec l'engagement dans le monde ?

Si le royaume promis n’est pas de ce monde, pourquoi le croyant se salirait les mains, ou la soutane, ici-bas? Lutter contre les injustices ne serait pas une aspiration essentielle. La foi serait alors une petite histoire personnelle et intime, une abstention prudente, un recueillement ayant pour objectif la perfection de soi, avec à peine une condamnation chaste et molle des injustices par-ci par-là, et basta.

Arrivé à ce renoncement, pousser jusqu’à en faire une marque honteuse retirée de l’espace public, ou une trace triste longeant les murs, ne demanderait qu’un pas. Que resterait-il alors, dans cette posture, de la radicalité des évangiles et de la démesure du message de foi, appelant à lutter contre les injustices sociales (parce que ce que vous faites au plus petit vous le faites à lui-même, Mathieu 25:40); et en un mot se dépasser soi-même en allant vers l'autre plutôt que se centrer sur soi en le niant. 

 

_DSC8607.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Esprit es-tu là ?

Tout l’exemple chrétien invite à approfondir l’amour de Dieu. Pas à le claironner (Mais toi, quand tu fais ton aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite. Mathieu 6:3), ni à éviter honteusement de l’affirmer par des actes et des engagements. Au nom de quoi, ou plutôt en vertu de quelles trahisons, le croyant abandonnerait-il le terrain aux violents et aux corrompus, aux pouvoirs politiques quels qu’ils soient, pour laisser en friche et sans relais la parole libératrice du Christ, de Moïse, de Mahomet et des prophètes ? Inspiration vivace à lutter contre toutes les formes d’oppressions.

Certains ont affirmé que le Christ était le premier des révolutionnaires. Les théologies de la libération ont allié marxisme et foi pour lutter contre les pires dictatures, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), les jeunes chrétiens combattants (JCC) et les mouvements de résistances aux totalitarismes ont combattu sur le terrain politique. Dietrich Bonhoeffer, Simone Weil, Edith Stein, martyrs de la résistance.

Eh quoi, il existerait des chrétien-ne-s pour accepter l’injustice du monde tel qu’il est ? Des chrétien-ne-s qui, en toute conscience, détourneraient la tête devant les violations du droit, les abus et les violences, la destruction planifiée, organisée de l’humain et de  l’écosystème, sans s’engager? Et ils prétendraient être en accord avec la parole de celui dont ils revendiquent le nom ?

 

Séparer le pouvoir de l’Etat… du pouvoir de l'abus

Simone Weil, dans Formes de l’amour implicite de Dieu a cette phrase extrêmement forte : « Tant qu’il y aura du malheur dans la vie sociale, tant que l’aumône légale ou privée et le châtiment seront inévitables, la séparation entre les institutions civiles et la vie religieuse sera un crime. L’idée laïque prise en elle-même est toute à fait fausse. »[2]

Idée agrandie qu'à de la religion Simone la mystique. Dans une société où le pouvoir de l’argent domine, où les inégalités sociales s’accroissent, où la laideur et la vulgarité, tentation de salir et rabaisser accroissent leur emprise, où la discrimination envers les plus précaires est récurrente,  se défier des croyant-e-s et tenir des discours sur la religion datant d’il y a 3 siècles est étonnant et ne semble pas être la première des urgences sociales.

La prétendue neutralité confessionnelle de l’Etat serait de fait un mariage de l’Etat et du néolibéralisme, et parfois avec les ressources les plus crapuleuses du management conduisant à la gestion de l’humain comme une boîte de conserve. L'idolâtrie a décidément de nombreux visages. Ce n’est pas du religieux que vient la plus grande menace pour la société. Le religieux semble plutôt un commode épouvantail pour faire diversion. L'essentiel du combat revient avant tout à séparer le pouvoir de l’Etat du… pouvoir de l'abus;  pas de la croyance ou de l’engouement pour la justice sociale.

Aujourd’hui, la laïcité tient un rôle de cache-sexe étriqué, qui dissimule les pires boursouflures de la compétition, du cynisme et de la reproduction des inégalités ; l’appétence des chiffres, des cadres économiques et des abus de ceux-ci.

L’homme serait réduit à être un dominant ou un dominé, un producteur ou un déchet, sans égard pour sa vie intérieure et sensible ? L’humain deviendrait une matière aussi insignifiante que du sable ou de la cendre, avec la bénédiction toute laïque des fossoyeurs au pouvoir ? Qui pourrait assister à cela sans réagir et s’engager ?

 

_DSC4078.jpgLe politique ne survivra pas sans l’esprit

Hindou, musulman, juïf, chrétien, baha’i,  peu importe. Peu importe qu'ils portent le voile ou non, consomment du porc, du pain sans levain ou pas, plutôt le soir ou le matin, le vendredi ou le dimanche. La seule chose qui compte, c’est si de savoir qui rejoint la règle d’or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ou : fais à autrui ce que tu voudrais que l'on te fasse, et refuser à tout pouvoir, quel qu’il soit, d’user de la violence et de la force pour s’imposer au détriment de la justice sociale.

Croyant-e-s de toutes les croyances, unissez-vous : contre la ségrégation, la domination, la réduction de l’humain à un rouage inerte d’une machine de production, à la négation de sa part spirituelle, unique, miraculeuse : vitale affirmation du souffle, de l'inspiration. A la mort de l'esprit.

 

Je crois donc je lutte

Le croyant dira : je crois, je prie. Je prie, donc je lutte.

Croire, c’est être invité-e dans ce monde, et invité à le changer.

C’est nécessairement avoir une dimension engagée, politique, tout en reconnaissant que l'humain n'a pas le dernier mot sur l'histoire.

Le croyant ne se résigne pas à faire de la religion un petit carré spiritualiste ayant pour vocation de commenter des états d’âme. Les barricades, les arènes politiques et l’espace public sont des lieux d’expression comme d’autres, où refuser tous les abus de droit, qu’ils soient économiques, institutionnels, langagiers ou administratifs.

Tout espace, social, politique, doit être investi, sans aucune retenue ou timidité.  

Car si son royaume n’est pas de ce monde, à tout le moins, des humains vivent ici-bas. 

Et la justice sociale réclame des actes, des engagements... pas seulement des prières.

 

 

PHOTOS ERIC ROSET

www.eric-roset.ch

 

[1] https://www.choisir.ch

[2] in Attentes de Dieu, La Colombe, éditions du Vieux colombier 1950, repris in Simone Weil, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2003, p.730.

 

................................

www.sylvainthevoz.ch

14:30 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, politique, genève, laïcité, christianisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/05/2016

Les éclusiers de la porte étroite

book-07210728.jpgComme de nombreux genevois, je ne suis pas né ici, n'ai pas fait mes classes à Genève. Je suis arrivé dans cette ville en cours de route, ai été touché par sa capacité à accueillir la différence, par sa dimension cosmopolite.

A un âge qui n'était plus celui de l'adolescence, je suis venu travailler à Genève, ai été marqué par la possibilité de m'y sentir bien, en un mot, comme chez moi (en fait, bien mieux). Non pas que j'avais grandi très loin, oh non, à une distance de soixante kilomètres, mais parfois ceux-ci sont plus difficiles à franchir que des milliers, sachant que les rivalités sont aussi cocasses que tenaces, et les barrières bien posées dans les têtes.

Ubi bene, ibi patria dit le proverbe latin : là où je suis bien, là est ma patrie. Genève a toujours été une ville de refuge, elle en tire sa grandeur, sa force et sa beauté.

 Comprendre Genève

Bien sûr, quand on n'est pas du cru, il manque des morceaux pour comprendre le récit local. Quand certains parlent des années des squats où de quelques scandales ayant émaillé la vie politique d'alors, du 25 rue du Stand en passant par les rapports complexes entre l'Etat et les communes; de grands projets ayant modelé ou défiguré Genève, on se rend compte du décalage.

Il y a certaines inimités (ou intimités) aussi que l'on n'explique pas et que mêmes les principaux protagonistes semblent avoir oubliées. Que s'est-il donc passé avant? Quelles Genferei a-t-on loupées? La mémoire vivante est parfois défaillante. Les récits sont contradictoires et l'histoire se réécrit sans cesse. Quelque chose s'est déroulé à Genève, durant les années passées, qui modèle le présent et auquel les nouvelles générations ou les nouveaux arrivants n'ont accès que par sourires entendus ou regards en coin. Il manquait un livre pour lever le voile. Albert Rodrik et Olga Baranova s'y sont attelés.

 

Mémoire vive

Les éclusiers de la porte étroite[1] d'Albert Rodrik et Olga Baranova est un livre généreux qui retourne les cartes. Tout d'abord, parce que tous deux ont ce parcours de migrants, qui leur permet d'avoir un regard distancé sur la réalité locale, mais aussi parce que, camarades socialistes, leur compréhension n'est ni complaisante ni liée à des liens ataviques. Ils sont libres ces deux! Ce recueil éclaire la réalité genevoise, suisse, avec perspicacité, sans pour autant être un livre d'histoire. On y découvre avec plaisir aussi l'excellent texte d'Eloisa Gonzalez Toro, fille de réfugiés chiliens, qui s'exprime sur la nouvelle constitution pour Genève. Pas de langue de bois ici. Les écritures sont tranchées, le parti pris affirmé.

 

Des parcours rythmés par l'engagement

Olga Baranova suivait il y a dix ans les cours d'une classe d'insertion scolaire à Genève. Elle est devenue suissesse juste avant son élection aux municipales de 2011. Aujourd'hui, elle termine ses études en management public, travaille à Berne au sein du parti socialiste en poursuivant son engagement politique à Genève.

Albert Rodrik, est arrivé à Genève en 1955, en provenance d'Istanbul, pour étudier le droit à l'université. Jeune fils d'une famille de commerçants juifs turcs passé chez les frères chrétiens, il ne connaît personne quand il débarque au bout du lac. "Pourquoi Genève? Paris n'était pas envisageable, car je me serais dévergondé, et Bruxelles était mauvaise pour mes bronches! Alors je me suis retrouvé à Genève et j'y suis resté" Syndicaliste, un temps comédien et employé de banque, adhérant au PS en 1975, l'homme a travaillé comme haut fonctionnaire durant 15 ans pour des magistrats de diverses obédiences. Appelé le sage au sein du parti, fin connaisseur de la politique locale, il est un guide, une référence, une mémoire vive.

Ce livre est en fait un carrefour, de générations, de récits, de regards. Albert est un sage, Olga une combattante, et Genève méritait bien cet hommage de deux migrants devenus des références.

Nous ne croyons pas au grand soir mais à tous les petits matins

Je ne suis pas convaincu que, pour les Suisses, la perception d'être un peuple ou des peuples parmi d'autres de cette planète, solidaires qu'ils le veuillent ou non, soit bien ancrée dans leur tête. Albert a raison. Nous avons besoin de ce petit livre qui permet de comprendre un parcours, des communes, un canton, et un peu de cette complexité helvétique dont on est fier sans toujours la saisir.

Car rien n'est acquis, ni à l'abri, que l'on soit né d'ici ou d'ailleurs. Et c'est l'engagement dans le présent qui oriente les pas, change la donne, pas le pedigree, ni la naissance. Comme des éclusiers de la porte étroite, démocrates, réformistes, nous ne croyons pas au grand soir mais à tous ces petits matins où les espaces de liberté sont sans cesse élargis en dépit de l'économie de marché.

J'ai pour ma part trouvé dans ce livre des raisons d'espérer et de mieux comprendre notre Genève où l'engagement quotidien pour une société plus juste se poursuit.  

 

 

[1] Albert Rodrik, Olga Baranova, les éclusiers de la porte étroite, Editions Slatkine, Genève, 2016.

 

.......................................

www.sylvainthevoz.ch 

11:37 Publié dans Air du temps, Genève, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rodrik, baranova, genève, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/02/2016

La politique, c'est comme le sexe

Voilà, nous arrivons au terme de cette longue campagne de votations dotée de 4 objets fédéraux, 8 objets cantonaux, et un vote municipal. Nous n'avons plus que ce jeudi pour voter par correspondance, et sinon il faudra se lever dimanche matin, sortir de la couette pour glisser son enveloppe dans l’urne.

Alors quoi, finies les joutes autour du Musée d’art et d’histoire ? La mauvaise foi crasse des opposants, les coups sous la ceinture, et la volonté malgré tout d’aller de l’avant pour Genève en votant Oui, un oui libérateur et joyeux à ce projet? Eh quoi tout aurait été dit ? Eh non, on n’y est pas encore, pas tout à fait. Alors, encore un petit argument pour aller voter, un petit stand, un mail, un dernier ballon gonflé! Encore une personne ou deux à convaincre, oui !

 

Oh OUI

Quoi qu’il en soit, dimanche on sera délivré. Souvenez-vous du vote sur la loi sur la police à Genève (le oui l'avait emporté par 42 voix, de la votation du 9 février 2014, accepté à 50.3%: 19'000 voix! De la Loi sur la redevance Radio/TV du 14 juin 2015. 3669 voix avaient fait pencher la balance dans le camp du oui). Cela encourage à poursuivre encore le débat, la dispute, l’échange, donner encore de l'énergie avant l’échéance de dimanche…

Car enfin, c’est notre héritage démocratique, citoyen, transmis par les grecs, d’entrer dans cette arène politique et d’y débattre. Et puis, la politique, osons cette comparaison, n'est-elle pas comme le sexe, à savoir : plus on le pratique et plus on en a envie, avec tout de même, une inversion, car si l’on dit du sexe que c’est ceux qui en parlent le plus qui le goûtent le moins, et qu’il est, en général savouré dans la sphère intime, en politique, le silence est onanisme et la retenue revient à s'abstenir de tout débat public. Au final, ce sont celles et ceux qui s'engagent et s'expriment qui l'exercent avec le plus de plaisir...

 

Plus que 3 nuits dormir

Dimanche, c’en sera fini ? Ouf disent certains ! Encore! murmurent d’autres ! Regrets, remords, entre ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui se sont arrêtés trop tard : joie de l’aboutissement. Fatigue. Comment seront les uns et les autres dans la victoire ou la défaite ? Ce qui est certain, c’est que notre système démocratique en sortira gagnant.

Une certitude: je ne partage pas le point de vue de ceux, inquiets, qui pointent du doigt la surcharge démocratique, et la crainte, pour le peuple, de ne plus pouvoir suivre. Au contraire, le travail civique des citoyen.ne.s se trouve renforcé par des votations dotées d’enjeux d’importance, passionnants, voire passionnels, touchant au rapport à l’autre, au droit, à la culture, à la durabilité de notre société et à sa santé économique, éthique.

Des votations gourmandes

Les taux de vote annoncés relativement hauts pour ces votations du 28 février (37% à J-4), laissent entendre que les citoyen.ne.s se déplacent pour voter quand ils perçoivent que leur vote fera la différence. Les partis sortent aussi renforcés de ces votations gourmandes. Dans le doute, s'inspirer des mots d’ordre d’un parti permet de trouver repère et cohérence de vote. Dans l'abondance des choix, suivre une ligne permet d'y voir plus clair et de se faire une idée plus précise des enjeux.   

Si la politique est comme le sexe, il faut alors penser uniquement le 28 février comme un coïtus extaticus. Après, on se repose, on souffle un peu... et dès le 29 février on se remet en jambes en vue de la nouvelle ronde pour les votations du 5 juin. Car le menu s’y annonce tout aussi copieux avec plusieurs objets agendés (Initiative populaire en faveur du service public, pour un revenu de base inconditionnel, pour un financement équitable des transports, la modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, la modification du 25 septembre 2015 de la loi sur l'asile (Lasi), l'éventuel Personal stop, la traversée de la rade, les référendums sur les coupes dans le domaine de la culture et du social en Ville de Genève, etc.,) Miam.  

 

Votons, encore, et encore ! 

Alors, sitôt fini, on recommence? Mais oui ! C'est là la joie et jouissance de notre démocratie helvétique. Celle que l'on partage. Alors, pour conclure, ne boudons pas notre plaisir… votons et faisons voter. Il reste encore quelques jours d'ici dimanche pour faire durer le plaisir et profiter pleinement de ces dernières heures qui, si elles nous prennent entièrement nous rappellent que la vie continue, grande, pleine et belle.

Oui, la politique, c'est comme le sexe. Et peut-être même qu'au final, le plaisir qu'on y trouve dépend tout autant des partenaires avec qui on le pratique et du niveau de participation, que du "résultat".  

 

politique,votations,genève,participation

 

 

...................................

www.sylvainthevoz.ch

 

12:34 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, votations, genève, participation | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/11/2015

La tyrannie des normes

La tyrannie des normes, c'est celle du courrier de l'Etat arrivé la semaine passée sur le bureau de la magistrate Esther Alder qui "l’avertit" que les normes en matière de sécurité ont changé. L’entrée en vigueur, au 1er janvier 2015, de nouvelles prescriptions de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI) intimerait à la Ville de Genève de limiter son accueil dans l'abri de protection civile des Vollandes avec pour conséquence que des personnes dorment dehors et risquent leur vie le long des berges gelées de l'Arve. 23437568

La tyrannie des normes, obligerait de limiter les places dans des abris en se moquant du fait que des hommes et des femmes dorment toute l'année dehors. Il n'y a donc pas de normes sécuritaires qui protègent la dignité humaine? Que fait l'association des établissements cantonaux d'assurance incendie pour ceux qui se reposent dans les caves, les cabines téléphoniques, des voitures? Leur chemin de fuite est-il véritablement assuré ?

 

Limiter les risques : tuer les pauvres

On se souvient de la montée de l'Arve au printemps passé. Une trentaine de personnes dormant à même les talus avaient été évacué d'urgence et sans ménagements grâce à l'alerte lancée par le service social de la Ville de Genève. Sans cette réactivité qui ne doit rien aux normes, aux drones, aux caméras, mais au souci de l'autre et à  sa vigilance, des vies ont été épargnées de justesse ; ces mêmes vies qui, toute l'année, sont menacées par le choix sélectif de ce que les normes et les lois protègent, escamotent ou condamnent. 

 

Le feu au lac : l'aléatoire tyrannie des normes

La tyrannie des normes c'est, lors du nouvel an 2014, les pompiers de Genève qui refusent l'installation de 1800 postes de feu et des dizaines de fûts et fontaines de braise à l'entrée des Bains des Pâquis et jusqu'au sommet du phare pour fêter la Saint-Sylvestre, puis s'adoucissent devant la résistance des Bains pour imposer uniquement aux spectateurs de contempler le feu depuis le quai Wilson, avant de céder sur toute la ligne. Les Bains des Pâquis se sont, ce soir-là, littéralement enflammés: braises, escarbilles et flammes faisant rêver les milliers de genevois-e-s devant un feu géant.

Au nom de la norme !

Simultanément, le tunnel de la rue du Valais subissait les foudres du normativisme le plus acéré. Pas une seule bougie dans le tunnel pour fêter le Nouvel An. Au nom de la norme ! Comment expliquer alors aux habitant-e-s que les Bains des Pâquis s'embrasent et qu'à Sécheron, il n'y ait pas une seule chandelle autour de trois extincteurs ?

Parce que la tyrannie des normes est économique et politique. Elle pèse de tout son poids sur ceux qui ignorent les moyens d'y résister, est instrumentalisée par le pouvoir politique, domine ceux qui, timorés, n'osent s'y opposer, ou cèdent à une prudence excessive devant celle-ci, en favorise d'autres.

 

 

Arracher des arbres par sécuritarisme

N'a-t-on pas entendu récemment le magistrat Barazzone préconiser des arrachages d'arbres lorsque les racines risquent de faire trébucher les passants et invoquer la menace terrible et mortelle de la chute des branches sur la tête des passants pour dégommer les vieilles branches ? Le terrorisme sécuritaire est la plus grande menace pour le vivre ensemble en Ville de Genève.

Le magistrat de police Pierre Maudet abat lui son arme secrète de la loi sur la restauration et le débit de boisson pour mettre au pas l'Usine en écrasant d'un légalisme étroit ceux qui, par bon sens, économie et volonté créative, commettent le grave péché de penser et créer en dehors de normes mal ajustées.

Et pendant ce temps, au mépris de tout respect des normes et des lois, les taux de particules fines dans l'air sont dépassés, vous éclatent les poumons et envoient des bébés asthmatiques à l'hôpital et les aînés au cimetière sans que les tenants rigides du respect des normes ne s'en soucient le moins du monde.

 

 

L'application des normes est politique 

L'argument fallacieux des tenants de la tyrannie des normes :  les normes sont telles qu'elles sont et doivent s'appliquer pour tous est hypocrite. Les inégalités sociales illustrent combien le normativisme étroit ne peut être l'unique facteur d'appréciation d'une situation. Personne, à ce jour, n'est égal devant les normes. Quand l'égalité sera réalisée, alors on pourra prétendre appliquer avec la même vigueur les mêmes normes à tous et toutes. 

Car d'une simple fête du nouvel an à la gestion de l'Usine et à celle des Ports-Francs, on voit que si, pour certains, la loi s'applique avec toute sa vigueur, d'autres y sont, avec complaisance, soustraits.

Les espaces de non-droit ne sont pas à chercher au Lignon ou aux Avanchets, mais dans les  entrepôts des Ports-Francs ou les comptes d'exploitation d'UBS.

 

Lutter contre l'instrumentalisation des normes

La tyrannie des normes doit être combattue. Il y va de notre liberté. Surtout quand elle est portée par des personnes qui en font une application stricte et rigide à but anti-social et anti-culturel.

Quand la tyrannie des normes, au nom de la sécurité ou de l'efficience conduit à laisser des gens sur le carreau et à amender ceux qui ont le malheur de dormir à la rue, la résistance est un droit, et invoquer d'autres textes (nos constitutions: genevoises, fédérales, nos codes éthiques et moraux) une nécessité; employer d'autres moyens que la soumission béate: une obligation morale. 

 

La démocratie dépasse le normativisme

Les décideurs politiques qui, sous couvert de sécuritarisme et de fausse prévenance cassent la culture, le social, accroissent les inégalités, provoquent des coûts accrus pour la collectivité.

La lutte contre les inégalités et les privilèges est engagée. Ce combat est politique et économique. Le courage de dire non au normativisme et à son instrumentalisation politique nous anime.

L'épouvantail agité de la tyrannie des normes ne doit pas nous induire en erreur. Ce qui est effrayant, ce sont les privilèges toujours plus grands que s'octroient ceux qui prétendent mettre aux pas l'Usine, les Roms, les fumeurs de joint, les jeunes, pour nous distraire des largesses dont ils disposent en prospérant d'une manière hors-norme sur le dos de notre démocratie.    

Ce qui fait peur, c'est la politique qui déplace, cache, les plus précaires d'un lieu à l'autre de la ville, police les conduites, interdit les pratiques festives, bannit les grèves, construit de nouvelles prisons, et maintient des privilèges d'un autre temps pour les plus riches et puissants. 

La tyrannie des normes est un outil de domination sociale.

Elle doit être combattue. Il y va de notre liberté.

 

 

Genève, 9 novembre 2015.

 

 

 

------------------

www.sylvainthevoz.ch

 

 

 

11:27 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : normes, lois, usine, précaires, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/08/2015

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire

Ami.e entends-tu le discours de division et d'oppression ? Il souffle et laisse entendre qu'il n'y a de vie collective possible que dans la tension et la division; dans la survie du chacun pour soi, dans la peur et le repli. Il veut nous convaincre qu'il n'y a de survie que dans les guerres de tranchées: des jeunes contre les vieux, des noctambules contre les lève-tôt, des étrangers contre les locaux, des locaux contre les frontaliers, de ceux qui veulent aller plus vite contre ceux qui n'ont plus le temps, avec toujours la fragmentation et la peur comme poison. 

 

Ami.e entends-tu la ritournelle ? Elle oppose les besoins, dresse les uns contre les autres: les laïques aux croyants, les juifs contre les non-juifs... et les musulmans contre tous les autres. Elle favorise toujours les puissances du profit ; dresse les sans-emplois contre ceux qui en ont, ceux qui en cherchent contre ceux qui l'ont perdu; elle monte les employés contre les indépendants, les indépendants contre les professions libérales, et fait des fonctionnaires une espèce exotique.

 

Ami.e entends-tu ceux qui montent les blancs contre les moins-blancs, les tachetés contre les mouchetés, les hommes contre les femmes; hétérosexuels contre homosexuels, les familles composée d'un homme et d'une femme... contre toutes les autres, et qui veulent nous faire rendre l'âme pour en profiter encore un peu?


Ami.e entends-tu ceux qui te disent de te serrer la ceinture pendant qu'ils se pètent les bretelles? Les discours de la haine, des semeurs de discorde ? Toujours plus de superficiel et de fiel, ils en font leur miel.   

 

 

Une Suisse ouverte, juste et solidaire

 

Ami.e, développons nos forces et nos solidarités. Toujours aller à la rencontre des personnes, pas de leurs représentations : "les migrants", "les assistés", "les roms", "les classes moyennes" sont le pense-bête de ceux qui veulent faire de la Suisse un pays rétrograde et figé. Rencontrons les personnes, pas leurs images déformées. 

 

Ami.e, toujours plus créatifs et soudés contre la pensée figée, qui travaille pour que la lutte devienne inutile et la loi du plus fort incontournable.

 

Le fatalisme et l'impuissance : nous ne mangeons pas de ce pain là. Ensemble contre toutes les formes de violence, et sa matrice : la violence économique, qui fait de l'humain une machine augmentant le bien être de quelques uns au détriment de tous les autres.

 

Ami.e, nous refusons d'opposer les catégories et d'alimenter la lutte des uns contre les autres. Chacun.e mérite plus que des miettes. Nous ne nous battrons pas entre nous pour celles-ci. Les valeurs de solidarité, d'attention et d'égards sont largement partagées, faisons-les résonner ! Nous ne nous contenterons pas du minimum.

 

La Suisse solidaire, durable, avance. Celle, mesquine, trompeuse, qui fait son beurre de ce qui fait peur, entretient les problèmes et les impuissance, veut nous réduire à une vision à court terme. Les bourses flanchent, le développement chinois s'essouffle. Notre modèle de développement doit être repensé. Ne mettons pas tous nos oeufs dans le même modèle de la finance.   

 

Ami.e, tous ensemble pour la taxation des transactions boursières, des salaires équitables, des logements abordables, des retraites solides, et le renforcement de la protection contre les licenciements.

 

Pour une Suisse ouverte, juste et solidaire.

Pas sa confiscation au profit de quelques uns.

 

 

 

-------------------------

www.sylvainthevoz.ch

 

14:59 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, politique, socialiste | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/04/2015

Poncet Pilate ou le goût de l'antisémitisme

Racisme : à quand la (deuxième) nuit de cristal ? C'est le titre qu'a trouvé Charles Poncet pour signer un billet dans l'Hebdo du 16 avril. Dans celui-ci l'avocat mélange tout ce qu'il peut ramasser pour, pense-t-il, expliquer l'antisémitisme européen. Au final, il favorise surtout son alimentation, par des raccourcis socio-historique et l'instrumentalisation de la Shoah qu'il s'autorise. Utilisant à tort et à travers le terme antisémite Poncet le galvaude et en conséquence, fait du mal au peuple juif.

On ne badine pas avec les génocides

Poncet cite trois vecteurs de l'antisémitisme : les musulmans, les chrétiens et... une certaine gauche ! Le provocateur, loin de s'embarrasser de détails, se fait plaisir en flinguant Carlo Sommaruga, conseiller national, président de la commission de politique extérieure, président du groupe parlementaire Moyen-Orient, lui mettant en tête des idées qui ne sont pas les siennes. Le Suisse Carlo Sommaruga en est (de l’antisémitisme d’une certaine gauche) un exemple des plus poisseux. Admirateur de Marx, il a lu chez son maître à penser que "l’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister". Poncet manie la rhétorique. Malheureusement, il l'utilise à des fins de manipulation et de parade personnelle.    

Poncet projette des génocides

La détestation de la gauche par Poncet, sa rivalité avec Carlo Sommaruga le conduit sur un chemin tordu. "Et s’il fallait pour le résorber (le chancre d'Israël, comme il le nomme) que quelques millions de juifs disparussent à nouveau, M. Sommaruga et ses compères ne s’en émouvraient guère". Pour cette phrase terrible, Poncet devrait être jugé. Parce que prétendre que des adversaires politiques, quand ils ne pensent pas comme lui, seraient indifférents à un génocide, c'est tout bonnement dégueulasse. 


Une amitié lourde à porter

En prétendant que toute critique de la politique menée par l'état d'Israël, et toute dénonciation des violations des droits humains, est de nature antisémite, Poncet se fait un "ami" nocif d'Israël.

Verrouiller toute velléité de discours critique de la politique d'Israël par la Shoah risque d'alimenter la haine. Cette obstruction à la discussion, par un glissement du langage,  fait des abus de droits de l'état israélien un sujet tabou, sacralisé.

En confondant la question politique et la question religieuse liée à Israël, Poncet fait de sa critique de l'antisémitisme une glissade incontrôlée. Confondant gravement l'état d'Israël (ou plutôt les actions de l'état d'Israël avec le peuple juif, il nourrit précisément l'antisémitisme. Car l'état d'Israël n'est pas le tout du peuple juif ; les actions de l'état d'Israël ne sont pas ceux des Juifs. En prétendant que ceux qui les distinguent les amalgament, en les amalgamant lui même, Poncet fait du tort à ce peuple. 

Toutes et tous antisémites?  

Poncet a signé son petit billet incendiaire, instrumentalisant l'antisémitisme pour discréditer ses adversaires. Mais jeter l'anathème pour faire taire la critique est un signe de faiblesse. Et si le mot antisémite peut être lancé au visage du président de la commission de politique extérieure du Conseil National sans raisons, sans fondements et sans preuves, il est à craindre que nous ne soyons tous passibles d'être taxés un jour ou l'autre d'antisémite, et donc, par abus de langage, que plus personne ne le soit.  

La Shoah a tort et à travers

Désignant les musulmans, les chrétiens et une certaine gauche, pour reprendre ses trois "raisons" expliquant l'antisémitisme, Poncet en oublie une quatrième. Ce sont les "amis" d'Israël qui par leur propension à jeter l'anathème d'antisémite à la face de celles et ceux qui critiquent la politique de l'état d'Israël, exhibant l'épouvantail de la Shoah à tort et à travers pour bloquer toute critique, en font un événement historique instrumentalisé, un outil de langage qui le banalise.

Antisémite toi même

Poncet ne semble pas voir qu'avec ses accusations gratuites, il alimente le feu qu'il prétend, d'une manière rhétorique, combattre. Car bien sûr que l'antisémite ce n'est pas lui, c'est toujours l'autre, le Carlo Sommaruga, une certaine gauche, le chrétien traditionnel, le musulman... toujours un autre.

Poncet Pilate a fait son petit billet incendiaire avec la complicité de l'Hebdo. Il a enfermé les autres dans sa rhétorique, y compris les juifs. 

Poncet Pilate a rendu son verdict, il a caressé l'audimat, réglé ses comptes avec une certaine gauche, les chrétiens, les musulmans.

Il va maintenant se laver les mains.


Sources:

http://www.hebdo.ch/hebdo/id%C3%A9es-d%C3%A9bats/detail/racisme-charles-poncet-avocat-antisemitisme#

13:45 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poncet, sommaruga, antisémitisme, israël, politique, hebdo | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/01/2015

Hainons-nous les uns les autres?

"Gauche bisounours", est un terme employé avec délectation et facilité par les membres du MCG et de la droite rigide. Elle renvoie la gauche en la caricaturant à une tendresse, une naïveté, une écoute excessive, une certaine passivité et une compréhension du monde enfantine qui la rendrait impuissante. Attributs donnés traditionnellement aux enfants ou aux femmes. Faire de la gauche un marshmallow bisounours, c'est faire étalage de son machisme et son paternalisme, bref entamer un acte de domination par le discours en cherchant à décrédibiliser son interlocuteur. Stratégie vieille comme le monde.

Ni bisounours ni punching-ball

Cette pseudo gauche bisounours n'existe pas hors de l'imagination de ceux qui projettent leurs difficultés et angoisses à accueillir le monde tel qu'il est, avec ses fragilités et failles, réclamant toujours plus de moyens pour les colmater. C'est du niveau de " c'est toi qui est le plus tendre pas moi ". Puisqu'il ne faut pas, surtout pas, donner le sentiment d'être compréhensif et dans l'empathie, non, mieux vaut direct le poing dans la gueule et "hainons-nous les uns les autres" comme nouvel évangile avec des terroristes islamistes partout, à chaque coin de rue.   


Ceux qui ânonnent "gauche bisounours" sont hantés par leur impuissance à contrôler le réel, impuissant devant leurs propres fragilités. Leurs discours martiaux et la mollesse qu'ils prêtent à leurs adversaires politiques leur permet l'exorcisme de dire "tapettes" ou "gonzesses" avec jubilation; ils ne s'en privent pas d'ailleurs. C'est le moto du macho MCG qui de procès en excès, de démesures en mépris, s'empêtre dans ses contradictions et son impuissance, bandant ses muscles pour s’assurer qu’il ne tremble pas. Le MCG n’est pas l’expression d’une colère, mais la tristesse d'un désarroi couvert d'une voix forcée pour donner le change.

Le débat politique serait donc une lutte de domination et de pression, de déconsidération et de rabaissement. Et les enjeux pour le bien commun rabaissés à la lutte pour les parts de marchés électives. Cette stratégie de rigidification accentuée des rapports sociaux et de tension coûte cher, amène au final plus de cassures... et finit par lasser.

Votons votons votons

Serait-ce, à l'aube d'élections municipales, tout le champ des possibles et du discours que nous pouvons attendre du microcosme politique? Si cela se vérifie, les abstentionnistes feront un triomphe en avril et en mai. Le politique ne pourra jamais rivaliser avec un clip publicitaire ou une bonne baston, pourquoi préférer la copie à l'original? A combien devra monter encore le pourcentage d’abstentions pour acter le fait que cette manière de construire une collectivité est un échec?  

Tu fais l'effort, je te domine, ok?

Mais quoi, parce que nous ne savons toujours pas comment construire les uns avec les autres, il faudrait nous haïr? L'échec complet de la "droite rigide", reste son incapacité à produire un discours sur le vivre ensemble, à articuler des idées sur la manière de le réaliser au-delà des chiffres et des effets de manche. Les affiches de campagne au Conseil Administratif de la Ville de Genève des candidats Buffet-Desfayes, Genecand et Conne, PLR, sont édifiantes. Elles tiennent sur trois culs de bus : -10% d'impôts / + 800 logements / +1200 places d'accueil pour nos enfants, sans expliquer bien sûr comment seront réalisées des augmentations de prestation en baissant simultanément les revenus de la collectivité.

Confronté, le PLR réplique : "nous augmenterons l'efficience". Discours éculé, qui laisse entendre qu'il y a encore du gras, du mou, de quoi pressuriser davantage les corps au travail pour leur faire effectuer toujours plus de tâches avec moins de moyens jusqu'à rendre l'âme ; qu'il faut lutter contre les abus, ces derniers étant bien entendu toujours l'apanage des pauvres et des précaires, limités à une classe.

Je crois les citoyen-ne-s fatigué-e-s de cette rhétorique, du toujours plus d'efforts au profit d'autres, laissant, exonéré, le pouvoir des forces de l'argent et du réseautage.  

Barazzone.calculette

Le bilan du Conseiller administratif Guillaume Barazonne est un bel exemple de la politique de la calculette. Ne cherchez pas son visage, ne cherchez pas une présence, ni une expression dans son clip de campagne. Voilà des chiffres bruts, des nombres, une voix monocorde et une linéarité parfaite. [1] C'est d'ailleurs la même construction de clips et boîte de production que celle de la campagne contre les forfaits fiscaux commanditée par le Centre Patronal, la Fédération des Entreprises Romandes, la Chambre de Commerce d’Industrie et de Services de Genève.[2] Si les campagnes se suivent et se ressemblent, faut-il conclure que ce sont les mêmes qui paient les spots web stéréotypés où logotypes et statistiques sont mis en avant au détriment des liens et du relationnel?

Enigma rend l'âme

Ah c’est si simple le monde expliqué par une entreprise de « strategy and branding » pour qui le politique est avant tout du business et de la communication, la promotion d’une marque, ici: Barazzone.com entendu comme vente d'un produit. Voilà un nouveau trend, avec des sièges urbanature en plastique où les pouvoirs de l'argent s'achètent un politique à bas prix; la boîte de com enigma devient faiseuse de rois. 

Vous me direz peut-être, c'est l'époque  qui veut ça : Des chiffres, des stats, le toc de l'efficience et le tic des finances servant la lutte des places et des egos. Si c'est bien l'époque qui veut ça, il s'agit d'exercer son droit à la contrer. C'est là que se situe la distinction de la gauche pour qui  l'humain sera toujours au centre des préoccupations et l'indignation première, où ce n'est pas la fatalité qui fait règle ; pour qui la complexité du réel demandera toujours plus  de moyens qu'un clip fastfood type Mac Do, ou le karcher de ceux qui veulent nettoyer un quartier en 60 jours, avec la pédagogie suave et faisandée d'un conseil d'administration bancaire. 

Hainons-nous les uns les autres ?

Hainons-nous les uns les autres n'est pas mon évangile. Je le laisse à ceux qui voient des bisounours partout et leur cauchemar social comme un fond de commerce. Face à cette entreprise de vente idéologique d'un modèle sociétal clos sur lui-même et auto promotionnel, nous devons creuser et agrandir des espaces pour accélérer la circulation d'idées et entamer cette rigidité, avec un modèle de sensibilité qui relève de la ruse et de la guérilla élective, une sorte de tai-chi politique et éthique où la parole reprendra sa place et les réflexions leurs fonctions comme sur une place athénienne, une assemblée de village.. ou une cabane dans les branches. 

Les boîtes de com et les spots télévisés n'auront pas le dernier mot, ni sur le fond ni sur la forme. 



[1] https://www.youtube.com/watch?v=ZvhtXaaixxs&spfreload=10

[2] https://www.youtube.com/watch?v=QTW6fS7LNZg&spfreload=10




11/01/2015

Charlie Hebdo : d'Hommages collatéraux

Pendant que la France "pousse un ouf de soulagement", que des journaux inconscients osent titrer: "happy end" (La liberté) à une telle boucherie, faut-il célébrer béatement la "liberté d'expression", et se glorifier qu'un aréopage de chefs d'état viennent marcher dimanche à Paris, Benjamin Netanyahaou en tête dans le piège sirupeux du : le cauchemar est terminé, vous pouvez vous assoupir à nouveau, dans le péril d'une récupération massive des évènements des derniers jours par ceux qui bafouent les valeurs que la rédaction de Charlie défendait.  

Rendre hommage aux victimes est un besoin vital, nécessaire, qui nous rappelle à notre humanité. Affirmer que l'équipe de Charlie Hebdo serait morte pour la liberté d'expression est aussi morbide qu'asséner que d'autres meurent pour Allah. Coller des étiquettes et des raisons à la mort divise encore. L'équipe de Charlie Hebdo ne cherchait pas la mort. Ils ne sont pas morts pour, ils ont été assassinés par, lâchement, tristement, injustement alors qu'ils célébraient la vie, le rire, le blasphème, la dérision jusqu'à la moquerie.  

Pendant que se prépare l'hommage de ce dimanche par une grande marche républicaine à Paris, la liberté d'être, mais aussi de religion, de rassemblement est quotidiennement bafouée en France. Tirs contre des mosquées, graffitis, menaces de morts, passages à tabac; comment sont qualifiées aujourd'hui ces attaques contre les lieux de culte et mosquées ? Je n'ai pas encore entendu le mot 'terroriste' ni 'attaque contre la liberté religieuse' ni aucun républicain, chrétien bouddhiste ou Dieu sait qui sommé de venir s'en excuser. Plus ou moins passés sous silence au profit des remerciements aux forces de l'ordre et au soulagement général; ce sont là pourtant des attaques contre la liberté d'être extrêmement graves.

Il faut saluer les nombreuses prises de parole et éditoriaux rappelant la nécessité d'une France refusant la violence, l'intolérance; le soin et la dignité prises à faire la différence fondamentale entre musulmans et terroristes; le désir d'éviter les amalgames, de bien distinguer les "bons musulmans des affreux terroristes". Saluer les hommages, au-delà même du cercle restreint de la rédaction de Charlie, des hommes et femmes tombés, et parmi ceux qui composaient cette rédaction, les poètes les dessinateurs, qui faisaient leur boulot avec joie et passion. Ce sont des humains qui ont été tués, pas des symboles. 

La tentation sécuritaire prend du galon. Certaines rédactions lèvent bien haut le drapeau de cette "liberté d'expression" (Tribune de Genève), tout en faisant paradoxalement (Judith Mayencourt), l'apologie dans ce journal d'une diminution de la liberté individuelle et d'un contrôle accru des citoyens : "à l'heure du fichage universel, défendre les droits de la personne contre la surveillance de l'Etat est sans doute louable. Mais ce combat semble d’une naïveté presque coupable au regard des enjeux sécuritaires" [1] Mais oui, fliquons tout le monde, c'est sûrement la meilleure solution qui s'impose.

Si les terroristes ont assassiné " au nom de", rappelons que l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo n'est pas morte au nom de quoi que ce soit, mais assassinée en pleine vie qu'elle vivait avant tout du désir, du plaisir, de la joie et  de la création. Valeurs qui risquent, au nom des raisons d'Etat et des récupérations avides, d'être violemment, aujourd'hui même, piétinées. D'Hommages collatéraux.      

 

 

Dernières atteintes à la liberté d'être ou d'exercice du culte en France depuis mercredi : 

Mercredi : tirs contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle, tirs contre un véhicule d'une famille musulmane dans le Vaucluse. L'entrée de la mosquée de Poitiers est couverte de graffitis anti-musulmans énonçant" mort aux Arabes".

Jeudi : trois grenades à main lancées contre la mosquée des Sablons au Mans, une balle tirée. Explosion d'origine criminelle visant un kebab proche d'une mosquée à Villefranche-sur-Saône. Deux mosquées vandalisées avec des graffitis anti-musulmans à Liévin et Béthune. En Isère un jeune homme de 17 ans est agressé par une bande et battu après des insultes racistes. Une mosquée prend feu dans des circonstances suspectes à Aix-les-Bains.

Vendredi : graffitis à l'extérieur d'une mosquée à Bayonne disant " liberté, Charlie", "assassins", "sales arabes". A Rennes, un centre islamique de prière est vandalisé et tagué avec le mot "dehors" en breton et en français. La mosquée de Bischmiller est vandalisée avec le mot "ich bin Charlie". 4 tirs contre la mosquée de l'entrée de la mosquée de Saint-Juéry, proche d'Albi (sud de la France). 5 coups de feu contre la mosquée à Soisson. En Corse, une tête de sanglier est déposée devant une salle de prière avec l'inscription : " la prochaine fois ce sera votre tête".

Samedi : "Dieu n'existe pas" tagué sur une mosquée,

etc., etc.,

10917079_10152938994396826_7785031662327196859_n.jpg

10:51 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, terrorisme, politique, république, hommages, dommages, collatéraux | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/11/2014

Barazzone: récupération ou plagiat ?

Le new "Geneva Lux Festival" serait né! Vraiment? A bien y regarder, on constate qu'on veut nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

La Tribune du jour nous présente un scoop. De singulières sculptures survolent la Ville! [1] Un nouveau concept d’œuvres lumineuses serait en chantier! Mazette, on prendrait presque le journaliste Mertenat au mot en découvrant le new « Geneva Lux Festival » tellement c'est beau et poétique. Il n'y a pourtant rien de neuf dans ce concept qui prétend pompeusement allier "modernité, tradition et innovation technique et artistique".[2] Ce concept a 10 ans. Nouvel éclairage : même concept, on nous en met plein les yeux avec les paillettes de la communication. Derrière: c'est du vent.  

Ceci n'est pas une lanterne

Le "Geneva Lux festival" n'est pas une nouveauté du conseiller administratif Guillaume Barazzone, ni la première édition d'un festival. C'est une simple mise à jour (un relooking diraient les new communicants) d'un projet initié par Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, en 2006, suspendant les mêmes oeuvres de l'artiste Cédric Le Borgne. Quelques photos souvenirs illustrent le simple copié-collé que réalise Guillaume Barazzone. [3]

Ce que l'on apprend à tout étudiant de 10 ans, c'est de citer ses sources. Un conseiller administratif serait-il soumis à d'autres règles que celles de l'honnêteté intellectuelle? Doit-on parler ici de plagiat politique ou le mot récupération est-il plus juste quand on s'attribue les mérites d'un autre sans prendre soin de le nommer? 

2006                                                         2014

arbres-et-lumieres-2006-zl.jpg

2102120_pic_970x641.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Qu'un magistrat s'attribue les mérites d'un autre sans le citer n'est pas brillant. Prétendre faire du Festival Arbres et Lumières un new " Geneva lux festival" est tape-à-l'oeil. Le procédé est vieux comme le monde, il consiste à faire prendre des vessies pour des lanternes. Seuls les benêts seront ébahis, les autres demanderont plus qu'un simple positionnement différent de statuettes et un beau discours estampillé 2014. Moins de communication, plus de création, vite !   

2006                                   2014

arbres-et-lumieres-2006-zp.jpg

 2102094_pic_970x641.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barazzone roi de la récupération

Barazzone n'en est pas à son coup d'essai en matière de récupération. Déjà le fameux "Urbanature" lancé en grande pompe le 20 mai 2014 reprenait les choix faits par son prédécesseur Pierre Maudet. Hop, un peu de plastique sur des chaises en bois, hop quelques pots déplacés ici et là et une grosse tartine de communication pour vendre le tout. Voilà comment on réinvente la roue à chaque législature. Est-ce suffisant pour faire croire que l'on innove et développe de véritables projets pour la Ville ? En tous les cas, si la population n'est pas dupe, les journalistes se laissent plutôt facilement berner avec une servilité étonnante. Où est passé leur esprit critique? 

 Pierre Maudet, chaise en bois.      Guillaume Barazzone, chaise en bois + plastoc.

images.jpg

topelement.jpg








Un vernissage 

Ce vendredi 28 novembre aura lieu le vernissage du new « Geneva Lux Festival » sur le pont de la Machine. Manuel Tornare sera-t-il convié à la fête ? Ce serait la moindre des choses de le convier afin que ce qui appartienne à César soit rendu à César, et que Guillaume Barazzone ait l'humilité de reconnaître qu'à défaut de créer on peut toujours recycler, et que la finalité d'une communication n'est pas uniquement d'être au service d'un projet de vente politique, mais sert aussi à replacer un projet dans son histoire collective. 

L'ère du tout à l'ego?

Si la politique événementielle et spectaculaire prend les tics de l'art contemporain pour sa mise en scène et ses agencements, il nous faut garder un esprit critique. En effet, au-delà de l'image, sur le fond, que penseront les étudiants sermonnés pour plagiat ou les petits enfants guignant la copie de leur voisin si les politiques font de même en toute impunité, oubliant leur valeur d'exemplarité et de modèles résistant aux tentations de s'attribuer tous les mérites de projets qu'ils n'ont pas conçu. Récupération, plagiat, des mots forts? Certainement.

Comment résister aux lumières hypnotiques du tout à l'ego ?    


[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/soir-venu-singulieres-sculptures-survolent-ville/story/24813075 

[2]http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/manifestations-evenements/geneva-festival/

[3]http://blog.athos99.com/yalil/

12:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, barazzone, urbanature, geneva lux festival, art contemporain, politique, modèle | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/10/2014

La R'vue genevoise : moins vraie que nature?

Le défi de la R'vue genevoise ce jeudi 30 octobre au Casino-Théâtre est abyssal : comment faire encore et toujours rire, et surtout, comme l'annonce le site de la R'vue, demeurer "à la hauteur des bêtises de nos vaillants dirigeants"[1]. Les politiciens se donnent en spectacle, Stauffer est, à lui tout seul, un numéro cosmique et caricatural de sa personne autant que de sa fonction; que ce soit dans l'enceinte du parlement où il oblige les policiers à le raccompagner en leur serrant les pognes comme dans un vieux film de Pagnol, un mauvais vaudeville, ou encore dans ses clips amateurs bords de piscine au Marbella club beach club où il se met en scène d'une manière mi-comique mi pathétique, jouant à l'acteur bon marché sur le retour avec sa doublure Medeiros travaillant au ralenti la scène des grosses bouteilles de champagne qui roulent sous le bar comme dans un remake tardif de Top Gun; Roger Golay déguisé en pom-pom girl de flamenco:Olé! Où sont les toilettes, dites ?  

Stauffer clown triste

Clown triste Stauffer? Dans l'excès, la démesure, la grandiloquence et la fuite en avant ; mais comment être plus drôle que lui et arriver à braquer les spotlights sur soi ? Le défi sera de taille pour la R'vue ; de quelle manière brocarder les politiciens, alors qu'une partie de ceux-ci le font très bien sans aide, ni maquillage, ni cachets (mais avec jetons de présence) entre verres d'eau, insultes et sprays au poivre.

Génération selfie

Sur la scène genevoise, le spectacle est continu; la Genferei: une répétition générale. Alors, la scène genevoise, à hurler de... rire? Pourquoi faudrait-il alors payer encore pour aller au théâtre en voir une parodie? Autant aller au Grand Conseil directement, la représentation est gratuite. Le temps où les rois se payaient des bouffons pour se faire rire est révolu. Désormais, la mode est aux selfies. Certains politiciens font des économies, ils se tournent eux-mêmes en dérision. Les caméras tournent en streaming sur Léman Bleu, la R'vue permet juste un arrêt sur image. La raison du succès de la R'vue est, comme pour les rétrospectives de fin d'année, de nous replacer devant l'année écoulée et d'arrêter le temps. Une p'tite dernière Genferei avant la suivante, ça permet toujours de faire le compte et de se mettre à jour avant la prochaine.     

Philippe Cohen : douche froide

Mais alors que je doutais de la capacité de la R'vue à faire plus drôle que les blagounettes du MCG, quelle surprise, en écoutant Couleur 3 lundi matin d'entendre Philippe Cohen dans l'émission de la "douche froide" faire presque plus MCG que le MCG! [2] Nouvelle technique de promotion ? Volonté pour le comique d'aller braconner sur le terrain politique et risquer le chassé-croisé? Aux politiques le comique, aux comiques le politique, trop fort, vraiment.

Alors que l'animateur radio demandait au créateur de la R'vue s’il avait peur de perdre sa subvention quand il faisait une blague et que le maire était dans la salle, la réponse du créateur de la R'vue fusait : mais non, parce que l’on ne se moque pas de lui, mais de son système d'administration pléthorique et inerte. Ahahaha, trop drôle, impayable. - Mais 335'000.- de financement publique par la Ville, ça fait quand même cher la vanne... 70'000.- précisément ? - Mais non répond le plus beau miroir narcissique des politiciens:  "il ne faut pas voir la chose comme cela, la collectivité ne met que 20% du budget... et ce sont même des arnaqueurs la Ville de Genève, il nous reprennent 50% s'il y a des bénéfices à la production." Ahahahaha, quel comique, on aurait pu croire que c'était du Stauffer en vrai, si l'on n'avait deviné que c'était du Cohen pur sucre qui faisait une parodie de Stauffer sans son costume de la R'vue. Le thème de la R'vue cette année: des artistes jouent le rôle de politiques qui prennent des rôles d'artistes pour avoir le pouvoir sur scène. Wouaw : à force d'être moins vraie que nature, elle a fini par l'être encore plus la R'vue. La frontière entre réalité et fiction est si fine... 

Spectacle partout, comique nulle part?

Face au défi, pour la R'vue, de faire plus drôle que les drôles du MCG au théâtre, et moins MCG dans la salle que Philippe Cohen à la radio, on se demande comment la R'vue va trouver sa voix. Suspens. Pour sûr, le spectacle sera avant tout dans la salle, avec les politiciens et journalistes venus en nombre se regarder le nombril et cultiver le reflet du plus petit microcosme vivant: le Genevois. Ensuite, plus de 16'000 spectateurs viendront retrouver ou chercher un peu du comique des politiciens sur scène. Peut-être qu'à force de voir des comiques aux tribunes, il est nécessaire de revenir à des choses moins vraie que nature. La musique et de la danse, ça aide sérieusement à faire passer la pilule.  

Du rire, à tout le moins:  un sourire

Rendez-vous jeudi soir pour rire un bon coût, à tout le moins sourire. La R'vue, institution typique genevoise, comment vivre sans? On aime tellement rire de soi, voire que tout le monde se foute un peu de notre gueule, comment pourrait-on s'en priver? C'est si bon un peu de masochisme ultra médiatique. Quand c'est aux dépens des autres, c'est encore meilleur. La R'vue genevoise : moins vraie que nature, mais délicieux réconfort, à consommer sans modération.

Avec le sourire toujours, bien sûr.    



[1] http://www.larvue.ch

[2] http://www.rts.ch/audio/audio/couleur3/programmes/la-douche-froide/6217294-l-invite-du-jour-philippe-cohen-27-10-2014.html

08:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la r'vue, genève, politique, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/04/2014

Jornot battu par l'abstentionnisme

2144.jpgElection du procureur général à Genève, La victoire n'est pas celle du procureur Jornot, c'est surtout celle, absolue de l'abstentionnisme: 66%. La défaite n'est pas celle de Pierre Bayenet, mais de la démocratie et de la représentativité. Un procureur sortant élu par environ 24% de la population représente qui en fait ? Et que reste-t-il de son bilan qui n'est ni soutenu ni voté par la majorité de la population ? Comment analyser un si faible taux de participation?

Lire la suite

07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baynet, jornot, procureur, élection, genève, palais, justice, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |