sylvain thévoz

05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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08:26 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élections, suisse, démocratie, participation | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/02/2016

La politique, c'est comme le sexe

Voilà, nous arrivons au terme de cette longue campagne de votations dotée de 4 objets fédéraux, 8 objets cantonaux, et un vote municipal. Nous n'avons plus que ce jeudi pour voter par correspondance, et sinon il faudra se lever dimanche matin, sortir de la couette pour glisser son enveloppe dans l’urne.

Alors quoi, finies les joutes autour du Musée d’art et d’histoire ? La mauvaise foi crasse des opposants, les coups sous la ceinture, et la volonté malgré tout d’aller de l’avant pour Genève en votant Oui, un oui libérateur et joyeux à ce projet? Eh quoi tout aurait été dit ? Eh non, on n’y est pas encore, pas tout à fait. Alors, encore un petit argument pour aller voter, un petit stand, un mail, un dernier ballon gonflé! Encore une personne ou deux à convaincre, oui !

 

Oh OUI

Quoi qu’il en soit, dimanche on sera délivré. Souvenez-vous du vote sur la loi sur la police à Genève (le oui l'avait emporté par 42 voix, de la votation du 9 février 2014, accepté à 50.3%: 19'000 voix! De la Loi sur la redevance Radio/TV du 14 juin 2015. 3669 voix avaient fait pencher la balance dans le camp du oui). Cela encourage à poursuivre encore le débat, la dispute, l’échange, donner encore de l'énergie avant l’échéance de dimanche…

Car enfin, c’est notre héritage démocratique, citoyen, transmis par les grecs, d’entrer dans cette arène politique et d’y débattre. Et puis, la politique, osons cette comparaison, n'est-elle pas comme le sexe, à savoir : plus on le pratique et plus on en a envie, avec tout de même, une inversion, car si l’on dit du sexe que c’est ceux qui en parlent le plus qui le goûtent le moins, et qu’il est, en général savouré dans la sphère intime, en politique, le silence est onanisme et la retenue revient à s'abstenir de tout débat public. Au final, ce sont celles et ceux qui s'engagent et s'expriment qui l'exercent avec le plus de plaisir...

 

Plus que 3 nuits dormir

Dimanche, c’en sera fini ? Ouf disent certains ! Encore! murmurent d’autres ! Regrets, remords, entre ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui se sont arrêtés trop tard : joie de l’aboutissement. Fatigue. Comment seront les uns et les autres dans la victoire ou la défaite ? Ce qui est certain, c’est que notre système démocratique en sortira gagnant.

Une certitude: je ne partage pas le point de vue de ceux, inquiets, qui pointent du doigt la surcharge démocratique, et la crainte, pour le peuple, de ne plus pouvoir suivre. Au contraire, le travail civique des citoyen.ne.s se trouve renforcé par des votations dotées d’enjeux d’importance, passionnants, voire passionnels, touchant au rapport à l’autre, au droit, à la culture, à la durabilité de notre société et à sa santé économique, éthique.

Des votations gourmandes

Les taux de vote annoncés relativement hauts pour ces votations du 28 février (37% à J-4), laissent entendre que les citoyen.ne.s se déplacent pour voter quand ils perçoivent que leur vote fera la différence. Les partis sortent aussi renforcés de ces votations gourmandes. Dans le doute, s'inspirer des mots d’ordre d’un parti permet de trouver repère et cohérence de vote. Dans l'abondance des choix, suivre une ligne permet d'y voir plus clair et de se faire une idée plus précise des enjeux.   

Si la politique est comme le sexe, il faut alors penser uniquement le 28 février comme un coïtus extaticus. Après, on se repose, on souffle un peu... et dès le 29 février on se remet en jambes en vue de la nouvelle ronde pour les votations du 5 juin. Car le menu s’y annonce tout aussi copieux avec plusieurs objets agendés (Initiative populaire en faveur du service public, pour un revenu de base inconditionnel, pour un financement équitable des transports, la modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, la modification du 25 septembre 2015 de la loi sur l'asile (Lasi), l'éventuel Personal stop, la traversée de la rade, les référendums sur les coupes dans le domaine de la culture et du social en Ville de Genève, etc.,) Miam.  

 

Votons, encore, et encore ! 

Alors, sitôt fini, on recommence? Mais oui ! C'est là la joie et jouissance de notre démocratie helvétique. Celle que l'on partage. Alors, pour conclure, ne boudons pas notre plaisir… votons et faisons voter. Il reste encore quelques jours d'ici dimanche pour faire durer le plaisir et profiter pleinement de ces dernières heures qui, si elles nous prennent entièrement nous rappellent que la vie continue, grande, pleine et belle.

Oui, la politique, c'est comme le sexe. Et peut-être même qu'au final, le plaisir qu'on y trouve dépend tout autant des partenaires avec qui on le pratique et du niveau de participation, que du "résultat".  

 

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12:34 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, votations, genève, participation | |  Facebook |  Imprimer | | |