sylvain thévoz

03/09/2013

Rhône: pas de risque zéro

Grande découverte pour les citadin-e-s que nous sommes, un fleuve, la montagne, ce n’est pas comme sur une application i-phone. Comme on ne part pas en randonnée sur le Mont-blanc en sandale on ne se jette pas dans le Rhône sans savoir nager, y être un minimum préparé. Est-ce le Rhône qui est mortel ou plutôt nos comportements de citadin-e-s déconnecté-e-s de la réalité des éléments qui posent problème ? Dites, pourquoi il y a-t-il moins d’accidents à Berne dans l’Aar : parce que l’Aar est moins vilaine que le vilain Rhône ou plus certainement parce que les habitant-e-s ont une plus longue pratique du cours d’eau et que les aménagements présents y sont plus efficaces ?

Sommes-nous à ce point coupés des éléments, isolés des forces naturelles pour ne pas dire dénaturés pour ne plus en appréhender les risques et apprécier les variations ? Le médecin cantonal cède à l’hystérie : « Il ne faudrait jamais se baigner dans le Rhône » Rhône, risque zéro? Mais alors, de la même manière : aller en montagne est mortel. Car le Salève tue aussi. Le médecin cantonal a-t-il lancé l’alerte dans la presse : « Il ne faudrait jamais aller marcher au Salève ? »

Certainement le Rhône est dangereux. Certainement la montagne l’est. Il y a des risques, mais c’est ce courant, c’est ce lieu qui en fait sa force. Le problème n’est donc pas le Rhône en soi, mais notre manière de citadin-e-s d’y aller sans regard de nos capacités, de nos forces et de l'acceptation que se jeter à l’eau c’est assumer de prendre un risque. Plutôt que de céder à l'hystérie, essayons de voir les choses en face. Qui sont les personnes décédées: des hommes pour la plupart, et jeunes. En général d'ailleurs, au niveau Suisse, les hommes représentent 80% des noyés et il se confirme que le groupe entre 15 et 24 ans est particulièrement touché. Ce n'est donc pas le Rhône qui pose problème. Il est là, il le restera, mais les conduites à risque de ceux qui bravent les flots en se jetant à l'eau allant y chercher une excitation. Ce sont aussi les plus imperméables aux discours de prévention.

La nature n’accueille pas de risque zéro. Le Rhône est, dans un environnement citadin, un espace sauvage et risqué. Quoique l'on décide, quoi que l'on dise, il le restera, pour le meilleur et pour le pire.

Interdire la baignade dans le Rhône conduirait à augmenter l’attractivité de la transgression. Et donc augmenterait les risques. Faut-il faire le procès des aménagements et des pontons? Mais les aménagements aident à sécuriser la baignade, et les gens se baignaient déjà avant ceux-ci. Ce qui importe désormais, c'est de renforcer l'information sur les risques, de faire de la prévention pour les nageurs que la proximité du fleuve dans la Ville invite et invitera toujours à se lancer à l'eau. Il faut bien cibler le public des jeunes hommes, signaler clairement les jours où l'activité du barrage du Seujet augmente le débit du fleuve et multiplie les risques; sécuriser les plongeons depuis le pont et placer des panneaux supplémentaires très clairs rappelant les risques et la responsabilité individuelle de celui qui s'engage dans l'eau.

A qui d'entreprendre ces démarches? Au Canton ou à la Ville? Mais aux deux! Avec les moyens dont ils disposent et sans tarder. Mais n'attendons pas que les morts s'empilent encore sous les pontons avant d'agir et de prévenir. Et puis, après, au risque d'être fataliste, mais parce que la liberté est à ce prix: la nature qui est telle qu'elle est et le Rhône qui ne respecte pas le risque zéro, continueront d'inviter à s'y risquer, au péril de sa vie, par de jolies journées d'été. 

 

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15/08/2013

Les pandores veillent au bain?

 

download.jpgTous sur le pont pour éviter les noyades. Vraiment ? Cinq agents de la police municipale, un gendarme pour surveiller un pont vide, diable ceux qui voudraient se jeter à l’eau n’ont qu’à bien se tenir durant les jours qui viennent. Le dispositif on ne saute plus, à défaut d’on ne se noie plus est en place. Il est plutôt imposant.

La noyade du mois de juin, celle de vendredi passé et l’alerte déclenchée ce dimanche ont laissé des traces. Peu importe que celle-ci n’ait pas été le fait de quelqu’un qui s’était jeté du pont mais depuis le quai du Stand ;  peu importe que la présence des pandores, si elle dissuade les sauts n’empêche quiconque de se jeter à l’eau. Au final ils sont 6 sur le pont, et ils guettent. Personne ne vient. Personne ne saute. Personne ne se noiera donc. Vraiment ? L’interdiction ne résout rien (sauf quand le niveau de l’eau est bas, ce qui n’est pas le cas ces jours-ci). Rassure-t-elle ? Pas sûr non plus. L'embargo sur les sauts, si ce n’est pas la meilleure « prévention » qui soit, est en tout les cas la plus coûteuse.  

Depuis 2007, le Conseil d'Etat a adopté un arrêté cessant d'interdire la baignade le long du Rhône en aval du pont Sous-Terre. Cet arrêté interdit néanmoins toujours les plongeons depuis le pont. En 2010, quatre échelles sur la rive gauche du Rhône ont été posées pour faciliter l'entrée et la sortie dans le fleuve. En 2011, trois pontons d'une longueur totale de 90 mètres ont pu être installés pour inviter à la baignade après des années de discussion. Un quatrième emplacement de 160 mètres doit encore être installé cet été. Mais on cherchera en vain des indications sur la température de l’eau, un maître-nageur surveillant les flots, une indication d’heures de baignade protégée. On cherchera en vain des douches pour préparer les nageurs à la baignade et prévenir les chocs thermiques, des toilettes publiques et des installations complémentaires sur place, un miroir pour permettre à celles et ceux qui sautent du pont de voir si un bateau arrive dessous, voire une indication de la profondeur ou de la vitesse de l’eau ? Pourquoi pas un petit commerce qui équipe les nageurs, vend des manchons, des bouées? Enfin, des panneaux d'avertissements plus grands, signifiants? On pourrait imaginer une distribution de papillons aux baigneurs pour leur rappeler les dangers du fleuve, les comportements de sécurité de base, le comportement à avoir en cas de début de panique et si quelqu’un se trouve en détresse ? Le Canton est propriétaire de l’eau, la Ville des berges. Qui est responsable de l’information pour ceux qui vont de la berge à l’eau ?

On oscille pour l’instant dans une schizophrénie douce entre facilitation de la baignade le long des berge et répression de celle-ci depuis le pont. Six hommes en armes sur un pont dissuadent un plongeur en short de sauter. Le message transmis est paradoxal : ici c’est interdit, mais d’en bas vous pouvez y aller : aucuns soucis. Aucuns soucis, vraiment ? Quelle est la différence de risque entre sauter du pont ou sauter de la berge ? Il n’y en a pratiquement pas.

En 2011, les socialistes avaient préconisés, en plus des pontons, l'installation d'une passerelle piétonne reliant la promenade de Saint-Jean à la pointe de la Jonction et soutenu l'idée de l'installation d'une plate-forme au milieu du Rhône afin que les personnes en difficulté puissent se raccrocher à quelque chose; ou que quelqu’un tout du moins puisse, en cas de difficulté, leur venir en aide. Pourquoi ne pas imaginer des cordes qui pendraient ici et là, et que l’on pourrait saisir ?

45 personnes ont  péri noyé en Suisse en 2012 selont la société suisse de sauvetage dont 35 hommes, 6 femmes et 4 enfants. Ce sont 5 victimes de plus que l'année précédente. Ce chiffre de 45 noyades se situe dans la moyenne des années précédentes. 21 personnes ont perdu leur vie dans des rivières, 16 dans des lacs, six lors de la plongée, une personne dans une piscine, et une personne dans une piscine privée. Si les mauvais nageurs évitent en général les fleuves et les cours d’eaux, à la Jonction, la proximité urbaine et l’engouement autour des lieux de baignade, rendent peut-être les choses différentes.

Il s’agit maintenant de réagir rapidement afin de limiter au maximum les risques de noyades et sécuriser autant que possible le fleuve sur ce tronçon. Amener la police sur le pont ne résoudra rien, elle serait bien plus utile ailleurs. On est donc en droit d'attendre du Canton, qui a les compétences en matière fluviale, d'appliquer les propositions durables et créatives qui existent afin que les noyades ne soient pas une fatalité, et le Rhône ou la victime elle-même trop facilement blâmables.

Se limiter à une schizophrénie armée, en tout cas, ne résoudra rien. 

 

08:29 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pont sous-terre, noyade, police, prévention, sécurité | |  Facebook |  Imprimer | | |