sylvain thévoz

17/02/2016

Dynamisme d'un musée

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Il est un petit livre intéressant qu'il faudrait parcourir avant la votation du 28 février sur la rénovation et l'extension du musée d'art et d'histoire. Museum of the future, aux Presses du réel, édité par Cristina Bechtler et Dora Imhof, et dont Lionel Bovier, actuel directeur du Mamco, dirige la collection. Ce livre donne la parole à des artistes, aux curateurs, aux directeurs et directrices de musées. Il permet d'envisager celui-ci autrement qu'en terme d'argent et d'architecture, sur un plan culturel, créatif, et participatif.  

 

Transformer, cultiver, évoluer

"Les musées sont en continuelles transformation et évolution. Le futur des musées dépend de leur flexibilité et de leur capacité à se transformer" (Gerhard Bott, 1970). Pendant trop longtemps, ils ont été considéré et envisagé avant tout comme des lieux de dépose d'oeuvres uniquement, de replis les jours de pluie, royaume d'un conservatisme sans âme ni perspective.

Questionner la place d'un musée dans la cité, c'est questionner le rôle de la culture en son sein. En ce sens : refuser un projet de rénovation de musée conduit aussi à refuser le rôle de rénovation de la culture, surtout si ce sont pour des raisons financières, de jalousie ou de conservatisme suranné, qui n'ont que peu à voir avec celle-ci. Rénover c'est évoluer, sans sacralisation, sans vénération excessive; dans le respect du patrimoine, certes, comme c'est le cas dans le projet du Mah+, mais surtout dans le respect du public.  

 

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l’église de Salemi, Alvaro Siza, 1982
la situation après le tremblement de terre en haut, le projet de Siza en bas

 

La culture toute la culture

En ce sens, le slogan "la culture, toute la culture" porte en son sein un dynamisme, celui de ne pas vouloir opposer les différentes formes d'expression culturelles, et surtout de placer celles-ci à un niveau plus haut que les considérations la réduisant à telle chapelle contre telle autre.   

Respect du patrimoine, entretien, soin pris à restaurer les oeuvres. Travail d'archivage, de catalogage, dans des conditions adéquates et digne des oeuvres que le musée a hérité des anciens; respect du personnel, de ses conditions de travail: le oui au musée d'art et d'histoire dynamisera tous les secteurs culturels : médiateurs, graphistes, danseurs, dessinateurs, etc. Tous les créateurs qui se sont exprimés dans le cadre des soirées culturelles du MAH, peuvent en témoigner. C'est tout le secteur social et culturel qui bénéficiera du nouveau dynamisme du musée d'art et d'histoire.  

Le musée sera plus vivant et accueillant quand il sera rénové et agrandi qu'actuellement alors qu'il suinte sous la chaleur et macère les jours de pluie. Ce coup de fouet culturel que permettra le nouveau musée, nous ne pouvons nous payer le luxe de l'attendre pour dans 20 ou 30 ans.

 

Dynamisme d'un musée!

"Si les circonstances ont fait que, dans le même espace soient réunis l'histoire et l'art, le passé et les espérances de l'avenir, il faut que cet édifice soit non pas un tombeau consacré seulement aux souvenirs du passé, il faut qu'il soit surtout une source de vie et de lumière" - Alfred Cartier, discours d'inauguration du musée d'art et d'histoire, Genève, 1910.

Cette phrase vaut son pesant d'art et d'émerveillement. Parce qu'un musée est un lieu ouvert, inclusif, qui forge des identités et des débats. Ceux qui voudraient nous faire croire que refuser et exclure est la bonne solution, et que l'unanimisme naîtra, comme par magie du refus, d'un hypothétique plan B, plus coûteux et hasardeux, se paient de mots et veulent nous faire avaler un bouillon pour les morts.   

 

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Ne nous rendormons pas

C'est parce que ce projet de rénovation et d'extension du MAH est si décrié et si férocement combattu, qu'il démontre peut-être aussi combien il touche à l'essentiel concernant les enjeux actuels pour Genève, la plus petite des grandes villes. Notre ville ne s'est pas vu grandir, au point de s'étonner aujourd'hui de découvrir ses vêtements trop serrés et trop courts. 

Ce projet de rénovation et d'extension, dont le sort est désormais entre les mains des habitant.e.s de la Ville, hésitant entre le passé et l'avenir, l'ouverture et la fermeture, la culture ou les économies, servira en quelque sorte, d'épreuve pour les ambitions de Genève et sa créativité future. 

Le vote du 28 février démontrera s'il est possible d'aller de l'avant, pour la culture, toute la culture, ou s'il faut prendre - et perdre?- plus de temps encore pour se mettre d'accord avec tous sur tout avant de commencer quoi que ce soit, au risque de la sacralisation de l'identique, d'une Genève qui se fige, par nostalgie ou romantisme d'un passé idéalisé.   

Je crois, pour ma part, fortement, que les habitant.e.s de la Ville sont prêts à faire un pas en avant le 28 février, par curiosité et désir de découvrir ce que ce musée pourra continuer à raconter sur eux et ce qu'ils pourront y vivre de neuf.

 

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15:18 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musée d'art et d'histoire, votation, rénovation, extension, culture, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/01/2016

La culture, toute la culture

MAH+, musée d'art et d'histoire, culture,

A qui appartient la culture? C'est la question qu'a cherché à poser Leila el-Wakil dans son blog "la culture confisquée"[1] avant de l'abandonner rapidement pour casser ceux qui défendent le OUI au Musée d'art et d'histoire et adopter une posture partisane. C'est dommage. 

Que reproche exactement Leila el-wakil à ceux qui disent OUI à un musée agrandi et rénové en Ville de Genève? Elle leur reproche de s'approprier la culture, en apposant un  autocollant Oui au musée sur le panneau d'un volet du célèbre retable de Konrad Witz, et de faire ainsi "main basse sur les biens publics". Elle va même jusqu'à se demander ce que Witz aurait pu penser de ce "kidnapping", et du "mauvais goût" de ce collage. Elle ajoute là un anachronisme à sa réflexion avant de juger lourdement les incultes qui ont osé taguer le retable sur un flyer. La culture se pratique "dans l'intelligence et passe par la connaissance" énonce-t-elle avant de reprocher aux incultes de la dénaturer... ne voyant pas combien elle démontre là une vision élitiste et réductrice de l'art.

La question " à qui appartient la culture" s'est dès lors muée en acte d'accusation et de dégradation de ceux qui ne pensent pas comme elle, et c'est dommage. C'est dommage pour elle d'abord, qui oublie toutes nuances, et finit par faire exactement ce qu'elle prétend dénoncer: prendre en otage la culture. C'est dommage ensuite pour sa position politique qui se mue en refus d'un projet novateur pour Genève et d'une culture en évolution et changement. Après l'affiche du NON qui montrait un architecte changé en Nosferatu casser le Musée d'art et d'histoire, on découvre à nouveau une vision négative, recroquevillée sur elle-même, dénigrante de la culture, s'opposant à tout changement au nom d'une vision classieuse de la culture ou figée dans le passé. Il est faux d'opposer culture ancienne et moderne. Elles devraient idéalement pouvoir voisiner, se visiter ensemble. Il n'y a pas une culture. Il y en a plusieurs. La question est plutôt: comment les faire coexister ?     

Au secours Konrad Witz ! 

Il est ridicule d'appeler au secours Konrad Witz, prétendre parler en son nom, pour lui faire exprimer son dégoût d'avoir un autocollant sur sa toge. Cela nie toute l'histoire de l'art, qui est faite d'emprunts, d'ajouts, de collages et de détournements. Depuis la nuit des temps, de Lascaux, en passant par le mouvement Dada qui fêtera ses cent ans le 5 février, au surréalisme, au situationnisme, aux emprunts occidentaux aux arts premiers, au futurisme, jusqu'aux post-matérialistes, la culture est faite de recouvrement, de provocation et de collage.... jusqu'à l'affiche des opposants détournant Nosferatu pour le mettre à leur profit ! Il s'agit là de créativité, d'expression culturelle encore, dans toute leur dimension, et tant mieux ! Il faut d'ailleurs vraiment être un taliban de la culture pour ne pas faire la distinction entre une oeuvre d'art et un flyer de soutien à un musée renouvelé et étendu ; manquer singulièrement d'humour et de second degré pour y voir une dégradation.

     

La culture, toute la culture 

Alors, à qui appartient la culture ? A personne! Autrement dit : à tout le monde! Ou plutôt : à tous ceux et toutes celles qui la servent, par la création, l'imagination, l'inventivité et leur sensibilité. L'enjeu n'est alors plus de savoir, contrairement à ce que pense Leila el-wakil, qui la possède, mais qui favorise son éclosion et son développement... qui passe aussi, ne lui en déplaise, par des mutations.

Qui soutient la culture, toute la culture, qui refuse de la casser, de la limiter? Qui refuse de la diviser, de couper dans les budgets culturels, que des corniches tombent, que le Musée d'art et d'histoire s'enfonce dans la marasme ? Qui lutte pour permettre une meilleur conservation des oeuvres et une augmentation des surfaces d'exposition, mais aussi qu'elle puisse continuer d'émerger dans des lieux improbables de la Ville, se transmettre, et demeurer une aventure humaine multiple? Qui lutte pour que les artistes soient reconnus, que leur travail soit rémunéré à sa juste valeur, sans mépris ni fausse considération? Qui dit oui à la culture, toute la culture?

On l'aura compris, la question à se poser n'est pas à qui appartient la culture mais qui est à son service. La culture nous constitue. Ne la limitons pas, n'empêchons pas son renouvellement. Acceptons la créativité, comme nous soutenons tout projet culturel qui augmente la qualité de vie et l'intelligence collective en Ville de Genève, en lui donnant les moyens d'exister, de rayonner.

Il serait souhaitable que les opposants, comme ceux qui soutiennent le renouvellement et l'extension du musée d'art et d'histoire, ne s'affrontent pas sur une affiche ou pour un autocollant sur une reproduction mais servent le public genevois et son intérêt légitime à disposer, sans perdre plus de temps encore, d'un vrai beau musée en Ville de Genève.  

 

[1] http://lelwakil.blog.tdg.ch/archive/2016/01/17/la-culture-confisquee.html

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www.sylvainthevoz.ch

 

 

09:34 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mah+, musée d'art et d'histoire, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |