sylvain thévoz

23/06/2018

L'UDC tacle notre équipe nationale de football. Carton rouge pour ce parti.

football,mondial,shaqiri,xhakaLa Suisse a battu la Serbie 2-1 ce vendredi soir lors du mondial de football en Russie, grâce à un magnifique travail de coaching, une belle dynamique de groupe et deux splendides buts de Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. 

 

L'UDC alimente une vaine polémique

Les deux buts marqués par la Suisse ont été célébré par les joueurs en joignant les deux mains pour former un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. Que deux joueurs suisses aient, dans un moment de joie extrême, symbolisé leur double identité est de leur plus pure liberté. Mais cela a conduit des nationalistes aigris à s'étrangler devant ce symbole, y voyant un manque de respect, ou pire une trahison des couleurs helvétiques, cherchant une polémique qui prend surtout sa source dans leur esprit étriqué. 

 

Liberté du jeu

Ils sont libres ces joueurs de célébrer leur but comme bon leur semble. Ils sont libres de convoquer les esprits et les identités qui les inspirent. Certains lèvent deux doigts au ciel, d'autres font un signe de croix, d'autres encore soulèvent leur T-shirt pour montrer le visage de leur nouveau né; ou saluent la mémoire d'un être cher décédé, quand certains crient Allah Akbhar quand ils marquent. Et alors ? 

Il faudrait vraiment être tordu pour invoquer la laïcité afin de critiquer un joueur de football qui ferait le signe de croix en entrant sur le terrain, ou voire dans ce qui est un signe individuel d'appartenance, une atteinte envers tel ou tel groupe ou religion. Des appartenances, tout le monde en a plusieurs, et chacun est libre de les convoquer comme il l'entend pour les exprimer. À moins que l’on veuille des joueurs type robotique et aseptisés. Dites, vous croyez que l’UdC va bientôt poser une motion au parlement demandant à la police fédérale de contrôler la teneur des tatouages de nos joueurs? 

Dans la même veine, il serait absurde de penser que ce serait trahir la Suisse si un joueur faisait un signe de coeur à sa femme plutôt que de mettre sa main sur son maillot, à l'emplacement de la croix suisse. C'est pourtant cette critique que porte l'UDC. Ce parti  aimerait que les joueurs de la Nati soient des bons petits soldats tous identiques et à la botte de leur idéologie totalitaire.

Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, membre de l'action pour une suisse indépendante et neutre, ne s'est pas réjouie des buts et de la victoire de l'équipe suisse, car ces derniers étaient, selon son appréciation, marqués plutôt pour le Kosovo que pour la Suisse. Ce commentaire est aussi bête que de penser que quand Federer gagne la Coupe Davis est envoie des baisers à sa femme Mirka, ce n'est pas la Suisse qui gagne.

 

Les joueurs ne sont pas du bétail propriété d’un club ou d’un pays 

Xhaka est Suisse. Il est né à Bâle. Shaqiri est Suisse, il est né dans ce qui est aujourd’hui le Kosovo, est arrivé en Suisse alors qu'il avait un an. Tous deux ont choisi de jouer pour la Suisse. Ce sont des joueurs professionnels qui ont été formés dans notre pays et dont on peut être fiers. Ils exercent aujourd’hui leur métier en Angleterre, tout en étant tissé d'identités multiples, assumant de les revendiquer.

Les attaques de l'UDC contre l'équipe de Suisse montrent une chose avant tout :  le caractère nationaliste, intolérant et totalitaire de ce parti, qui n'est plus en phase avec la population. Il est lassant de voir que pour certains, il y a encore différentes classes de Suisse. Les segundos, les suisses d'origine étrangère, les suisses naturalisés, ceux qui font l'aigle et ceux qui ne le font pas, tous étant plus ou moins suspect de ne pas atteindre le même niveau de suissitude que les suisses prétendus "de souche", etc. Toutes ces distinctions sont absurdes et insignifiantes.

Quand on est Suisse, on est Suisse, point. On peut manger de la fondue ou pas, faire le signe de croix ou pas, effectuer plutôt le ramadan que shabbat, dessiner des aigles, des petits fleurs ou des lotus avec ses doigts, selon ses croyances, ses libertés, sa créativité et ses appartenances, cela n’autorise personne à catégoriser et distinguer entre  ce qui serait l'essence de la suisse et ce qui ne le serait pas, et surtout cela n'autorise personne à dégrader celui-ci ou critiquer celui-là en se prétendant être la norme. 

L'UDC a toujours cherché à créer la division entre les Suisses et les étrangers. Il cherche maintenant à créer la division entre les Suisses au moment où tout un pays communie dans la joie.

Je souhaite, pour ma part, de tout cœur, à notre équipe nationale de football, toujours plus de victoires et de joies, de diversité et de liberté, car ce sont des énergies positives, fruit d'un travail et d'objectifs élevés et rassembleurs. Et pour l'UDC: un carton rouge, pour le sortir enfin du terrain où son jeu agressif et mesquin est source de troubles et de désunions uniquement.

C'est la meilleure chose que l'on peut souhaiter à notre beau pays, si riche dans sa diversité.

Suisse 1- UDC 0

 

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28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

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11:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : football, karius, ballon, argent, mondial, people, mass, show-business | |  Facebook |  Imprimer | | |