sylvain thévoz

23/08/2017

QDB : Que du Bouchon !

Genève 22 août, 18h. La place des Vingt-Deux-Cantons est totalement congestionnée. Les annonces des TPG sont laconiques. "Circulation dense secteur Cornavin, Gare, place des Vingt-Deux-Cantons" et annonce plus de 30 minutes d'attente pour tous les bus pris dans la nasse et se tamponnant à la queue leu-leu, enchevêtrés au milieu des voitures, avec épars quelques camions. Les ambulances essayent de se frayer un chemin comme elles peuvent, les vélos zigzaguent, un gars de la SUVA voyant ça en ferait un infarctus. Et pour sûr, un trapéziste préférait faire cent fois son numéro de haute voltige que se retrouver au milieu de cet enfer en tant que piéton.

Pourtant, les fêtes de Genève sont finies. Il n'y a pas de manif. Pas d'événement majeur, rien. On assiste juste au quotidien d'une ville aux artères complètement bouchées. Triste spectacle.

Quand les moyens ne sont plus mis au bon endroit, l'incivilité devient la norme

Personne n'est là pour réguler le trafic. On en viendrait presque à regretter le temps béni où un policier assurait la circulation, sifflet à la bouche. Cela permettait de mettre un peu d'ordre dans la gabegie. Parce que là, ça pousse, ça congestionne, ça gueule, ça se met au milieu du carrefour pour gagner quelques mètres. C'est le règne du chacun pour soi, autrement dit: la jungle. Quoique même la jungle, pour sûr, est un espace plus régulé que l'enfer absurde de la place des Vingt-Deux- Cantons. Incivilité générale au milieu de la panade. Chacun joue sa carte individuelle pour s'en sortir, mettant le plus grand nombre dans la misère.

Vous remarquerez, entre parenthèses, que lorsque l'on parle d'incivilités, la droite attirera toujours l'attention sur les tags, les déchets, les mégots de cigarette au sol, mais rarement sur le trafic routier. Cette droite incrimine toujours facilement les conduites individuelles plutôt que de questionner les enjeux structurels. Dans le cas qui nous intéresse, ce 22 août à 18h à la place des vingt-deux cantons, on pourrait dire que c'est moche de passer au rouge et que cela ne sert qu'à rajouter du chaos au chaos. Mais on peut aussi penser : quel intérêt à cogner sur le pauvre automobiliste coincé là-dedans. Quand un système dysfonctionne, c'est légitime d'essayer de s'en sortir par les moyens que l'on a sous la main (ici:  la pédale de gaz). Les responsables sont les dirigeants incapables de fluidifier ce trafic.  

 

La violence urbaine c'est ça, pas des graffitis sur les murs  

J'ai eu une pensée pour la petite dame qui, ce 22 août et sous le cagnard, sortait de chez son médecin et devait attendre plus de 30 minutes son bus. Une pensée aussi pour la personne chargée de ses courses qui aura eu le choix entre marcher 5km ou poireauter 50 minutes, attendant un improbable service publique devenu inopérant, et pour celle qui quittait son boulot et devait encore se faire une heure de transport, malheureusement doublée à cause par l'incurie de certains. 

Ce que l'on avait là sous les yeux, c'était l'échec d'un système dans lequel il n'y avait plus que des perdants de la mobilité. Il n'y a pas eu de choix courageux de fait, mais des mesurette de surface prises pour plaire. Et cela se paie cher sur le bitume.    

Les avions en retard: manchettes ! La ville immobile : un quotidien?

Si Easy Jet a défrayé la chronique pour des retards sur ses vols, et fait la une des journaux, c'est étonnant que plus personne ne s'étonne des retards constants des transport à Genève. Mais alors quoi quand c'est le chaos dans la ville paralysée ça moufte même plus?  Résignés les genevois? Ben quoi on supporte plus une heure de retard d'une compagnie aérienne mais devant un bus on s'habitue, c'est plus la faute à personne...

QDB : que du bouchon. Le voilà le résultat d'une politique de transport désastreuse. Jusqu'à quand les automobilistes accepteront d'être jetés dans une jungle urbaine sans pouvoir avancer, et les autres usagers de la route de rester en rade parce que certains voient encore la Ville de 2017 comme dans les années 60... faisant un mini buzz en mettant des motos sur des voies de bus... alors que tout le monde se retrouve à l'arrêt? 

 

On dira : c'était économiquement, écologiquement, une façon de penser la mobilité désastreuse.

Assez de mesurettes visant à faire le buzz. Il s'agit maintenant de rendre rapidement la ville aux habitant-e-s, en maximisant les transports publics, et la piétonnisation, afin qu'un jour comme le mardi 22 août ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et pas la norme quotidienne des genevois-e-s. 

Il est urgent que l'on passe de ce système où il n'y avait que des perdants, à un autre priorisant les modes de transports afin que l'on puisse dire : l'été 2017 fut le dernier où marcher jusqu'à son domicile fut plus rapide que de prendre le bus.    

 

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16:32 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pollution, trafic, bouchons, mobilité, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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www.sylvainthevoz.ch

07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2012

Mobilité: t'as pas 5 balles?

269614_10151145977836348_21216999_n.jpgGenève accueille l'année prochaine le congrès mondial de la mobilité et des transports. Plus de 3400 congressistes provenant de 92 pays sont attendus, acompagnés par près de 10'000 visiteurs. Face à une concurrence acharnée (Lyon, Montréal), Genève a remporté le pompon de l'organisation "grâce à sa qualité et sa vision des transports publics transfrontaliers". Merci le CEVA! Avec ce congrès, ce sont environ 25 millions de francs de retombées qui sont attendus pour la région. Un signe encore que Genève a tout intérêt à s'ouvrir, avantage à se développer, et faire du défi d'un grand Genève d'articuler son espace sur deux frontières une réalisation unique en Europe. Quand Genève voit grand et large, elle se développe. Quand elle se bouge, elle grandit.

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09:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : transports, mobilité, ate, cff, tarifs | |  Facebook |  Imprimer | | |