sylvain thévoz

28/12/2017

Réponse à P.Rothenbühler

Monsieur Rothenbühler,

Dans votre dernier billet paru dans le matin Dimanche, vous vous en prenez aux femmes mendiantes roms, les accusant d’être les vraies harceleuse de notre temps. Empilant les considérations sexistes, racistes, sur une minorité discriminée, vous le faites à dessein pour détourner le regard du harcèlement sexuel de rue, problème social avéré. Votre manœuvre est grossière et ne trompe personne.

Banalisant le harcèlement sexuel de rue, niant son caractère massif, vous devenez l’allié objectif des abuseurs et harceleurs sexuels, dont le pouvoir découle du silence et de la complicité. Niant les rapports les plus récents démontrant l’ampleur du phénomène, vous prétendez qu’il n’y a pas plus de 10 cas par an qui aboutissent à des plaintes. Ce phénomène est donc, selon vous, insignifiant. Vous faites ainsi mine d’ignorer que le chemin menant du harcèlement à la dénonciation est complexe, les preuves difficiles à apporter.

Selon vous donc, une femme qui marche dans les rues, qui se fait harceler, siffler, toucher, est dans le même rapport que vous l’êtes vis-à-vis des femmes mendiantes roms qui vous demandent la pièce. Or, entre une femme harcelée dans la rue et votre choix de donner ou non votre écot, le rapport n’est pas symétrique. Le rapport de force et de domination est et sera toujours totalement à votre avantage face à une mendiante, monsieur Rothenbühler, et vous le savez, jusque dans votre billet qui l’illustre.

Vous n’êtes pas une victime, mais bien un mâle occupant une profession en vue doté d’une parole influente. Prétendre le contraire, face à des femmes battant le pavé pour mendier, c’est travestir la réalité sociale. Il semble hallucinant, qu’il faille ici rappeler de telles évidences.  

 

La grande menace, les femmes mendiantes rom. Vraiment?

En ces temps des fêtes la grande menace pour vous, le grand harcèlement, vient des femmes  mendiantes rom qui, je vous cite : « se mettent en travers du chemin, nous interpellent à tous les coins de rue ». Non content de vous en prendre à une minorité particulièrement vulnérable, vous ciblez, au sein de celle-ci, les plus exposées, en les peignant comme « les plus agressives  et insistantes ». Vous les ciblez pour en faire des furies à la tête de « petites pme roumaines qui squattent l’espace public », mentant allégrement sur les prétendues fortunes qu’elles retirent de l’aumône. Mais, et vous le savez, si elles en obtiennent 3 ou 4 francs de l’heure pour survivre, c’est un miracle. Et finalement peu payé pour se farcir des insultes et parfois des coups de la part de gens qui, je regrette de vous le dire, vous ressemblent furieusement.  

 

Par ailleurs, vous ne désignez pas à votre vindicte ciblée, les toxicodépendants, qui eux aussi s’adonnent à la mendicité, ni les personnes âgées dans la précarité. Peut-être parce qu’il se trouve parmi eux le cousin de votre garagiste, ou le fils d’un ami. Vous faites croire à vos lecteurs que la mendicité ne serait que l’apanage d’un groupe ethnique éloigné. Ce faisant, vous renforcez les préjugés, la stigmatisation et le racisme. Faut-il encore le rappeler : les roms sont discriminés et menacés dans l’ensemble des pays européens. N’ayant suivi aucune scolarité pour la plupart et vivant dans des conditions telles que l’exil est la seule issue; la mendicité, la prostitution, les solidarités familiales, les rares possibilités de revenus pour survivre. Vous avez choisi de faire de ces femmes mendiantes rom vos boucs émissaires. Honte à vous.    

Travestissant les faits, vous vous cachez derrière un « nous » de circonstance, comme si ce que vous énonciez était une vérité largement partagée. Quand vous insultez, Monsieur, à tout le moins dites « Je », ce sera plus courageux, plutôt que de vous faire le porte-parole de vos fantasmes comme si vous étiez un chef de meute. 

Vous me répondrez qu’en démocratie, chacun-e- à le droit de penser ce qu’il veut et de l’exprimer comme il l’entend. C’est vrai. Il m’est donc parfaitement légitime de répondre que ce faisant, par votre billet, vous vous êtes mis au service du sexisme le plus décomplexé. Que vous ayez encore une tribune pour exprimer un tel niveau de violences sexistes, est parfaitement hallucinant.

Monsieur  Rothenbühler, plutôt que de vous lâcher sur les femmes les plus précaires, vous auriez pu écrire directement  à vos confrères Weinstein, Buttet et Ramadan, pour leur dire toute l’admiration que vous leur portez. Certes, ils agissent à une autre échelle, mais ce sont les mêmes serviteurs zélés du sexisme ordinaire que vous pronez dans votre billet.

Pour conclure, le vrai scandale, monsieur Rothenbühler, ce n’est pas, alors que 2017 touche à sa fin, que des femmes mendiantes roms vous demandent une pièce à Noël. Le véritable scandale, c’est que des femmes soient harcelées sexuellement dans la rue, en allant aux courses ou à leur boulot, et encore une fois quand elles y arrivent ; que des gens n’aient pas d’abri où dormir, ni accès à des soins de qualité, que d’autres se fassent virer de leur boulot ou de leur logement comme des malpropres à 50 ans, et qu’il se trouve des gens comme vous pour non seulement nier ces faits, mais même tomber sur celles et ceux qui les subissent, pour les en rendre responsables !   

En 2017, Buttet et Weinstein ont dégagé. Peut-être, devriez-vous aussi songer à vous en inspirer. Si vous ne voulez pas lutter contre le harcèlement sexuel, la précarité sociale, et les violences institutionnelles, au moins pourriez-vous, en vous ressaisissant, par votre silence, cesser de les aggraver.

 

www.sylvainthevoz.ch


www.hesge.ch/hets/editions-ies/roms-en-cite

www.lacite.info/nouveauxmondes/2015/09/28/roms-le-combat-...

www.rts.ch/play/radio/linvite-du-12h30/audio/jean-pierre-...

 

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28/03/2016

Qui roulera la pierre ?

Qui roulera la pierre, qui dégagera l'entrée, qui donnera de l'espace pour l'herbe sur la terre.

Qui ramènera le disparu, rassemblera les bandelettes, les bandages et le bois.

Qui allumera le feu ?

 

Qui fera décoller l'avion, ramènera le peloton.

Qui remplira le distributeur, nourrira les cochons?

Qui vendra son journal, qui gonflera ses ventes, dira non le premier?

Qui cassera la clé dans la serrure?

Que retiendra l'annonceur?

 

Qui trichera sur les mots, fera sauter le fusible, désignera le bouc émissaire?

Qui protégera le système?

Qui fera corps avec lui,  en fera du compost?

 

Qui saura se chauffer? Qui fera sauter la chaudière? 

Qui reconnaîtra le maître, qui jugera Judas, qui votera Pilate,

les imbéciles du Conseil d'Etat?

 

Qui criera : Expulsez-les ! Et libérez l'escroc?

Qui ira chercher l'homme à l'aube pour le séparer de sa femmes et de ses enfants?

Qui fera de l'homme un sans-domicile fixe?

Qui interdira la mendicité et persécutera les pauvres? 

Qui fera de la police une idole asservie ? 

 

Qui sentira le pouls de l'arbre, qui palpera la pierre, qui trouvera la source?

Qui éveillera la conscience, qui cèdera à la colère, que nourrira l'ego ?

Qui gagnera l'eurofoot, remplira le frigo ?


Qui roulera la pierre, qui autorisera les pleurs ?

Qui fera bondir les ventes? Qui toussera sans respirer? Qui polluera sans gêne? 

Qui nourrira les diviseurs, ouvrira un crédit à 4 milliards pour bétonner de l'eau ?

 

Qui servira le pouvoir de l'argent?

Qui roulera en Harley, sponsorisé par le Qatar?

 

Qui détachera les ceintures d'insécurité?

Qui roulera la pierre qui bloque l'entrée? 

 

Qui affirmera sa liberté sans nuire à personne ? 

 

 

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 www.sylvainthevoz.ch

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21/06/2012

Robin des roms?

Militante des droits humains, je la rencontre dans la rue, elle me dit: moi, je n'ai pas d'avis tranché sur la question des roms que l’on a arrêté hier à la frontière et que la police présente comme des mafieux. Mais je veux te donner un exemple qui explique pourquoi je doute de l’existence du réseau en question. Elle s’allume une cigarette, réfléchit puis dit: Ion n'a pas de travail au pays et n'arrive pas à nourrir sa famille (une femme, 3 enfants) il croise Paul qui revient de France. Avec le pécule gagnée là-bas, il peut ajouter quatre murs a sa maison en construction.  Paul a sa fierté, il ne va pas décrire les conditions de vie inhumaines qu'il a connu là-bas. Il répond qu’en France, il y a beaucoup d’argent à se faire, qu’il y faut juste de la volonté. Ion décide alors de partir mais n’a pas un rond. Il va demander à Codrutz qui a une voiture et a déjà fait du transport de personnes de l'amener. Pierre accepte mais lui rappelle une règle. Je te prête 200 euros et tu as 1 mois pour m'en rendre 400, sinon c'est 800 que tu me rendras. Usure? Je ne suis pas juriste elle dit, mais au moins c’est une chance de changer de vie et c’est donnant-donnant. Les banques, ça fonctionne comme cela aussi, non? 

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12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, roms, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/06/2012

Lettre ouverte aux faux-derches (de la municipalité de Lausanne)

Cher collège de la municipalité de Lausanne. Dans votre contre-projet à l'initiative populaire du Parti libéral Radical "Stop à la mendicité par métier"  de janvier 2011 rendu publique cette semaine, vous incarnez parfaitement la posture des faux-derches. Je m'explique. Dans votre contre-projet hypocritement appelé "restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté", de 27 pages, vous vous proposez non pas d'interdire la mendicité mais d'en limiter la pratique. Les mendiants, je vous cite: "n'auront ainsi plus le droit de prendre à partie les passants, de s'accompagner de mineurs et d'être insistants envers la population. Il leur sera également interdit de se poster à certains endroits considérés comme délicats: où la manipulation d'argent peut induire un certain sentiment d'insécurité (marchés, proximité des horodateurs, des distributeurs d'argent ou des arrêts de transports public, etc., );  où les passants souhaitent de la quiétude (parcs publics, place de jeux, cimetière, lieux de culte -ben ouais, faut pas déranger les croyants avec la misère quand ils sortent de prière- etc.,) ; où le libre accès aux domaines publics et privé est freiné par la présence des mendiants (débarcadère, quais, commerces, administrations publiques, musées, à l'intérieur des magasins, commerces, cinémas, ainsi qu'à moins de 5 mètres de leurs entrées respectives et sur les terrasses, etc., )" On appréciera à sa juste valeur les etc., qui jalonnent votre texte et étendent indéfiniment l'extension de l'interdiction. Comme si celle-ci n'était pas déjà suffisamment exhaustive, ne laissant aux mendiants que les pissotières et les banlieues désertes pour faire appel à la solidarité de leur prochain. Vous correspondez, en cela, à la définition des faux-derches, car vous barrez l'usage public aux mendiants tout en jurant vos grands Dieux de ne pas vouloir bannir la mendicité. Ce n'est donc pas un contre-projet que le vôtre mais le projet affiné, prolongé, de la droite que vous proposez et vous retirez aux personnes démunies l'exercice d'un des droits humains le plus nu: celui de solliciter autrui pour obtenir librement son aide.

 

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21/04/2012

Mendie, c'est de la bonne!

download.jpgEst-ce que parce que 3500 personnes ont signé la pétition demandant l'abrogation de la loi anti-mendicité votée en 2007 par les collègues de parti de Madame Isabelle Rochat, messieurs Jornot et Lüscher, que cette dernière perd le sens de l'équilibre? En effet, on peut lire dans Le Courrier du samedi 21 avril une édifiante prise de position de la magistrate en charge de la police. Que répond madame Rochat au dépôt de cette pétition demandant la non-criminalisation de la mendicité? "Que le phénomène de la mendicité fonctionne par vagues. Qu'aux mendiants succèdent des populations au comportement plus difficile suivis ensuite dans un troisième temps par de vrais délinquants." Madame Rochat rejoue là une vieille ritournelle, celle, erronée, que l'on pouvait entendre concernant le cannabis (le premier joint conduit à la drogue dure). Elle fait un amalgame direct et dramatique entre précarité sociale et crime. La présence de mendiants serait un appel d'air conduisant au crime. Or, si le mendiant est un pousse au crime, la pauvreté doit logiquement être interdite et pénalisée. Cette logique, si elle est cohérente, n'en est pas moins démente. On ne lutte pas préventivement contre la pauvreté avec un code pénal. Cette logique folle, c'est exactement celle que dénoncent les pétitionnaires : la mendicité, la pauvreté, ne sont ni un crime ni un appel au crime. Il faut donc les sortir du champ pénal et ramener Madame Rochat à la raison (à défaut de pouvoir l'empêcher d'appliquer strico sensu la loi); et ainsi l'empêcher de faire passer les menottes aux pauvres par ses pandores, comme le décrit si bien Marguerite Contat-Hickel, présidente de l'Assemblée Constituante, dans la Tribune du 20 avril.

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18/04/2012

Pour ne pas en finir avec la mendicité

350889605.jpgLe 10 décembre 2011, un collectif composé d’une vingtaine d’associations et de partis politiques lançait une pétition visant à abroger la loi interdisant la mendicité à Genève. Durant 4 mois, divers événements militants, festifs, politiques, ont jalonné cette campagne de récolte des signatures. Au décompte final, ce sont près de 3500 personnes qui ont apposé leur signature à cette pétition. Au-delà de l’aspect purement comptable, ce qu’il nous paraît important de souligner -dans un contexte social marqué par un climat de plus en plus délétère, anti-rom et pénalisant ses minorités- c’est le fait que cette pétition a favorisé un débat de fond sur la place de ces derniers dans notre société tout en exigeant la fin d’une loi raciste, inutile et coûteuse pour le contribuable.

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30/03/2012

Une droite à bout de souffle

urban 067.JPGUne droite à bout de souffle? Pourtant, en ligne de mire, il y a le sprint jusqu'au 17 juin, élection complémentaire au Conseil d'Etat. Il faut donc mettre les boosters à la campagne comme dit Marine Le Pen, mais comment? Eh bien, en faisant campagne sur "la sécurité", "les valeurs", pardi! Et voilà qu'à droite on s'agite pour rééditer le hold-up de 2009 sur ces thématiques pour lesquelles Monsieur Maudet en ville et Madame Rochat au Canton, ont avant tout fait preuve de leur impuissance à les résorber. On parle d'insécurité, d'incivilités, on fait peur, et on amalgame le tout dans une bouillabaisse que ne manque pas de reprendre la presse de boulevard en y mettant son gros grain de sel. La droite, asthmatique, redouble d'énergie pour souffler sur les braises du populisme sécuritaire, alors que c'est autour du logement, de l'économie, de la mobilité que se cristalisent les véritables enjeux dans ce Canton.

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03/02/2012

Oui à la mendicité

A Genève, la mendicité est punie par la loi depuis novembre 2007, mais on devrait plutôt écrire : les mendiants sont punis par la loi; et pour être plus juste : les mendiants Roms sont stigmatisés par un édit qui fait d’une nécessité vitale un crime. Les amendes distribuées sont convertibles en jours de prison. Etre pauvre et le montrer est donc un crime puni d’emprisonnement. Par cette loi, c’est la pauvreté qui est visée, bannie de l’espace public, et le pauvre prié de s’enfermer chez lui. Et quand il n’a plus d’espace privé? Il est condamné à aller se faire voir ailleurs.

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14:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, inégalités sociales, genève, loi, roms | |  Facebook |  Imprimer | | |