sylvain thévoz

20/11/2013

Eaux-vives: ni jeux ni plage?

625650_557675444253089_425232650_n.jpgIl n'y aura pas de plage aux eaux-vives avant 2020, dans le meilleur des cas. Et les habitant-e-s ne pourront bientôt même plus se contenter de l'existant. En effet, l'installation de jeux située à Baby Plage doit être démantelé rapidement. Un carton laconique aux tonalités de pierre tombale l'indique: "Dans l'impossibilité de rendre nos installations conformes aux normes européennes, nous nous voyons contraints de les démonter. Nous vous prions de ne plus les utiliser. Un grand MERCI aux membres de l'association, et aux donateurs pour leur soutien. Le comité de l'Association Cheetah-Baby Plage. 19 novembre 2013." C'est le début de la fin pour les jeux de Baby-Plage. On démantèle en discrétion en novembre ce qui manquera en juin.

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Une installation suspendue

Comment en est-on arrivé là? Les chambres à air installées ingénieusement par Jean-Georges Ernst en 2011 et l'association Cheetah baby plage ne répondent pas aux normes européennes. Elles doivent donc être supprimées. Pour mémoire, Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, s'était vigoureusement opposé aux services juridiques et avait défendu le maintien de cette installation. Il a permis ainsi à des milliers d'enfants de continuer à jouer sur cette installation autrement plus ludique, créative et ingénieuse que des toboggans et bascule en plastoc made in china bien conformes aux normes européennes. Il y a  donc déjà un grand nombre d'années que les chambres à air entremêlées de Baby Plage ne répondent plus aux normes européennes. Qu'est-ce qui a subitement changé? Ce qui a changé, c'est que Manuel Tornare avait pris sur lui et assumé un risque politique pour offrir un statut d'équipement singulier à Baby Plage. Le maire, résidant des eaux-vives, parti au conseil national, ce sont aujourd'hui les inspecteurs cantonaux de la police du feu qui décident de l'application des normes et qui font la loi. Ce qui a changé? Le courage politique d'assumer les risques.

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Pourtant... ça marche!

Pourtant, l'installation est durable, résistante. Pourtant, plus de 900 personnes ont signé en quelques jours une pétition ce printemps pour maintenir l'installation. Pourtant, Jean-Georges Ernst, âgé de 81 ans, a trouvé un successeur, qui est prêt à assurer l'entretien de l'installation. Et puis, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les arbres ne souffrent pas de cette installation ludique. Un grand soin a été pris à intégrer harmonieusement les chambres à air d'une manière non nocive pour ceux-ci. Le Service des espaces verts de la Ville l'a relevé à plusieurs reprises. Le matériel donne toutes les garanties de sécurité. En 14 ans d'existence, aucun accident n'a été déploré. Pourtant ça marche donc. Pourtant, l'installation devra être démantelée. A moins que.... 

download4.jpgNi jeux ni plage?

Baby Plage: début de la fin, ou maintien de l'existant? Cela dépend désormais de la mobilisation rapide des habitant-e-s et du courage politique que sauront montrer les responsables exécutifs de la Ville et du Canton. Le temps est désormais très court avant que les genevois ne soient placés devant la norme du fait accompli et qu'il n'y ait plus ni plage ni jeux aux eaux-vives. 


Pour plus d'informations, on lira le bel article de Sylvie Meynier sur le site de Signé Genève rédigé en avril 2013 http://www.signegeneve.ch/geneve/centre/a-baby-plage-comme-dans-la-jungle.html

 

 

20:44 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baby plage, cheetah baby plage, jeux, plage, jean-georges ernst, manuel tornare | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/02/2013

On sauve bien les paysans de montagne, pourquoi pas les libraires?

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Le 11 mars 2012, le peuple suisse refusait de soutenir la réglementatin du prix du livre. Néanmoins, Genève et tous les cantons romands montraient clairement leur souci d'assurer la pérennité de la chaîne du livre, de l'auteur au libraire, en passant par l'éditeur, en disant OUI à plus de 66%! Un an pratiquement après le refus par le peuple d'instaurer le prix unique du livre, la situation du marché, des métiers et des politiques du livre, mérite un examen attentif.

L'homo oeconomicus va-t-il l'emporter sur l'homo sapiens? Les attaques contre la Culture, entendu par certains comme quelque chose de non-essentiel, ou un produit économique comme un autre, fait peur. Or: boîte de conserve, livre ou shampoing, ce n'est pas du pareil au même. Il ne peut y avoir de vivre ensemble, sans pensées, sans langages, sans livres, sans presses et sans lecteurs. Pas de relations humaines sans humains qui remplacent la machine ou la commande par internet. La place du livre est fondamentale dans l'élaboration d'une pensée critique et diversifiée. A Genève, les librairies Forum, Artou, Panchaud, Descombes, ont fait les frais du tout profitable. Les prix excessivement élevé des loyers menacent la survie des petites entreprises culturelles. Amazon pratique du dumping pour vendre moins cher des produits livres stéréotypés et contourne la loi pour expédier sans frais de ports ses produits. Au fait, combien Amazon paie-t-il d'impôts sur ses gains, et à qui ? Mystère. Quand il n'y aura plus de librairie, quand le monopole sera atteint par les industriels du livre, de combien seront alors majorés ce qui ne s'appellera peut-être même plus livres? La qualité du service est aussi un bien à défendre, au même titre que la relation de personnes à personnes. Une culture se compose de lieux, de personnes, de souffles et de corps : dernières maisons habitables avant le désert du clic.

La lutte contre le marketing en mode épandage est ouverte ; la réflexion sur l'uniformisation des medias culturels, la standardisation des modes de consommation et la sériation de l'offre aussi. L'accès privilégié à la culture pour toutes et tous, le soutien à des petites entreprises formatrices fournissant à des producteurs de culture de proximité des plateformes d'expression est vital. Maintenir des librairies de proximité, des vitrines de mise en valeur pour les auteur-e-s suisses, à des prix garantis, développer des labels de qualité pour les librairies, c'est résister au mouvement de dématérialisation et de banalisation des créations culturelles. On sauve bien les paysans de montagne, pourquoi pas les libraires? Les petits artisans culturels ne sont pas des cloches. Le livre vaut bien une poya.

Lancement du journal Causes Communes spécial livres mercredi 6 février 17h30 à la librairie du boulevard (34 rue de Carouge) avec Manuel Tornare, Sylviane Dupuis, Gabriel de Montmollin, l'illustrateur, les graphistes, l'imprimeur, les contributeurs et contributrices... lecteurs et lectrices de ce singulier numéro papier. http://www.ps-geneve.ch/