sylvain thévoz

16/08/2018

Le sexisme n'est pas un produit d'importation

Suite à la terrifiante agression de 5 femmes à Genève, des partis politiques de droite et d'extrême droite veulent amalgamer violence sexiste et étrangers. Ils essaient de vendre que le sexisme pourrait être limité à la rue et circonscrit à de hordes sauvages en rut, qui viendraient de l'extérieur. Rien n'est plus faux. En Suisse deux femmes sont tuées chaque mois par leur conjoint ou ex conjoint. Au total, une femme sur cinq a été victime de violences (physiques, sexuelles) au cours de son existence.[1] Les faits le démontrent. Le sexisme et les violences de genre sont largement répandues et touchent toutes les catégories sociales, professions, qu'elles que soient l'origine et la nationalité de leurs auteurs.

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique dans notre pays. Il est estampillé swiss made et se cultive dans ce pays depuis des générations, se transmettant avec le naturel de l'air que l'on partage. 

 

Ayant fait toutes mes classes à Lausanne, effectué mon service militaire à Savatan comme mitrailleur de montagne, joué au football jusqu'aux espoirs du Lausanne sports, je peux témoigner qu'au vestiaire, à la caserne, dans les réfectoires, les bonnes valeurs suisses qui m'ont été transmises, celles bien de chez nous, étaient celles du sexisme, de la domination masculine, de l'injure décomplexée, et du virilisme mal placé.

Pas besoin d'avoir fait une longue migration pour être persuadé qu'en tant qu'homme on est le centre de l'univers, car on y est éduqué. Il m'a suffit de suivre une scolarité normale, faire des études standard, et passer mes week-end dans le gros de Vaud et dans des camps de sport alpins pour devenir un bon petit mâle sexiste, bien dans la norme.  

Moi, Sylvain T, mâle helvète 

Les modèles que j'ai eu (à quelques notables exceptions près): du caporal à l'entraîneur de football au joueur professionnel de football doté d'une femme potiche sexy à ses bras, m'ont appris principalement à m'alcooliser en groupe, être initiée au royaume du porno, aux joutes de celui qui à la plus longue et se rit du plus faible... etc.,

Mon père, médecin, fils de paysan de la Broye n'a pas été ce que l'on peut appeler un gentleman avec les femmes et encore moins avec la sienne. Il était reconnu en société et a mené une carrière remarquable. L'homme à la maison montrait parfois un autre visage.

J'ai été éduqué dans un monde où le masculin était dominant, parlait fort, prenait une place maximale, devait être capable d'imposer sa puissance ou la faire subir. J'en ai été imprégné, naturellement. Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais quand je regarde autour de moi, je ne crois pas qu'il ait encore fondamentalement changé. Considérant le sexisme, on est encore à l'âge de pierre en Suisse. Et le plus grand risque vient de l'intérieur de notre caverne, pas de l'extérieur. 

Dévoilons ce sexisme que l'on ne saurait voir

Certains et certaines, notamment la présidente des femmes PDC Suisse, Babette Sigg, des leaders de l'UDC, aimeraient nous faire croire que la menace vient de l'extérieur, qu'elle est le fait de l'étranger et de migrant.[3]

Ce serait si "confortable" de protéger notre caverne patriarcale et penser que la menace vient d'ailleurs. Mais cette façon de penser revient à prolonger la durée de vie du patriarcat, maintenir un sexisme caché, et laisse entendre que le sexisme peut être circonscris à certains groupes exogènes.

Or, ce que les faits et l'affaire Weinstein, ou Dominique Strauss-Kahn parmi tant d'autres, ont mis en exergue, c'est plutôt que le sexisme touche tous les milieux. Bien souvent, les femmes étrangères sont victimes de violences de la part de bons petits mâles, suisses ou autres. Une violence institutionnelle s'exerce alors avec férocité sur ces femmes victimes de violences conjugales (crainte de porter plainte, obstacle au renouvellement du titre de séjour en cas de séparation, etc).[3]

 

Le couple : risque mortel

Le milieu le plus à risque est... le couple. La première question d'un.e docteur.e recevant une femme en en consultation devrait être : êtes vous en couple, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous subi des violences durant les 6 derniers mois? Plutôt que de passer à côté des vrais enjeux en faisant comme s'ils se déroulaient ailleurs. La menace vient du conjoint, du voisin, de l'homme testostéroné et souvent alcoolisé, pas du passant dans la rue. Certain.e.s peuvent laisser la peur les envahir et les regarder du coin de l'oeil en serrant leurs poings ou leur son sac à main, mais croire que c'est là que se trouve le lieu du danger serait une erreur fatale. 

Etre en couple, pour une femme, est mille fois plus risqué que de sortir seule le soir dans la rue. Cela devrait nous alerter et inviter à adapter notre système en conséquence, même si nos mythes romantiques et autres odes à la vie privée en prendront un coup. Les violences de couple sont le fléau de notre société.

 

Que faire ?
Certain.e.s politicien.ne.s annoncent de nouvelles lois pour lutter contre le sexisme. Peut-être que cela peut-être utile, ou pas. Mais ce qu'il faut avant tout, et rapidement, c'est sortir de notre caverne et changer profondément les mentalités, les manière de se comporter et d'agir. C'est dans les têtes, dans les comportements, et dans les discours que le sexisme doit être dénoncé et éradiqué. C'est là que les violences se préparent, se tolèrent et se banalisent. 

Que faire ? Femmes comme hommes, augmenter la vigilance collective envers nos proches, nos voisin.ne.s, et nos sensibilités aux signaux d'alerte. Pas besoin d'attendre les bleus et les coups pour détecter, alerter, et se mobiliser collectivement, tout corps professionnels confondus : médecins, travailleurs sociaux, juges, infirmiers, politiciens, policiers, etc.,

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique et se cultive en Suisse avec méticulosité depuis la nuit des temps, alimentant et préparant le chemin de la violence psychologique, verbale, physique.

La violence sexiste est largement répandue aujourd'hui, est très largement banalisée encore.

Il est temps de faire ensemble, hommes et femmes, un ménage de fond dans notre caverne.

 

[1] https://www.rts.ch/play/radio/vacarme/audio/les-echos-de-...

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/9778144-bisbilles-politiqu...

[3]https://odae-romand.ch/projet/femmes-etrangeres-victimes-de-violences-conjugales/

 

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09/02/2018

Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

 

topelement.jpg

Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

 

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08:56 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramdan, tariq, bonnant, sexisme, machisme, domination ordainire, violences, pouvoir | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/09/2015

Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre

 

Si la politique est affaire de conviction, pas de genre, si elle est fruit de réflexion, pas de formules à l'emporte pièce, force est de constater toutefois que l'on est loin encore de l'égalité, d'avoir des élu.e.s qui savent sortir des stéréotypes de leur genre. 

 

Certains jouent les gros bras. Ils veulent en politique plus de testostérone, de fermeté, de pseudo muscle et de virilité, tout en évoquant leur crainte de ne pas détenir le pouvoir, haïssant la pleurniche comme ils disent, étalant au grand jour un machisme réactionnaire et fragile. C'est la crainte d'une société trop féminine, trop gentille, trop laxiste qui les anime. Mais jusqu'à quand les posture de mâles dominants vont-il l'emporter dans les urnes? 

 

Ce ne sont pas uniquement des pères qui peuvent être des référents du masculin

 

Freysinger[1] avançait, en 2012 déjà, dans le cadre d'un débat sur l'homoparentalité que parce qu'une grande partie de l'éducation et de l'enseignement relevait déjà des femmes, un garçon sans père ne pouvait trouver un modèle et construire son identité masculine. Il lançait dans la foulée à Antonio Hodgers qu'il avait un problème vu qu'il avait grandi sans son père ... scandale sous la coupole et bonnet d'âne pour l'UDC.

On le sait pourtant, l'absence d'un père n'est en rien synonyme d'absence de référents masculins. Ce ne sont pas uniquement les pères qui peuvent être des référents du masculin... des femmes le sont très bien aussi. Et puis, ce n'est pas le genre qui fait le père, c'est ce qu'il transmet de son coeur, de sa tête et de ses engagements.

Il faut enfin aussi envisager que l'on se construirait parfois mieux sans certains référents masculins...

 

Les politiques machistes font d'autant plus de mal qu'elles ont d'effets sur la gouvernance

 

Ce qui transpire chez les cadors de la droite : le rejet des familles monoparentales et homoparentales, le refus d'une société des différences qui se construit dans le dialogue, le respect et l'écoute, et non pas en mesurant qui a la plus longue.

 

La volonté de montrer à tout prix une posture de dominant est nocive pour la collectivité. La pseudo virilité de façade a ceci de dangereux qu'elle détruit par plaisir de détruire, par peur de se montrer faillible. Si elle trouve du fioul électoral, elle devient un poison pour le vivre ensemble, se sentant ainsi légitimée à jouer des gros bras "tant que ça marche".

 

Non au paternalisme lubrique  

machisme,paternalisme,droite,féminisme,mariage pour tousAujourd'hui, au Parlement fédéral, il y a 60 femmes sur 200 élus. 31% ! C'est grandement insuffisant. Pire, elles sont seulement 9 au conseil des Etats ... soit un minuscule 19%.[2] Cela place la Suisse au niveau moyen européen, devant la France et l'Italie, mais loin derrière l'Allemagne et les pays nordiques [2].

L'homophobie, le sexisme, le machisme demeurent les symboles visibles d'une politique réactionnaire, à majorité portée par des hommes. Certes, des femmes y excellent aussi. Toutefois, le sexe masculin, reste globalement plus réactionnaire, machiste, et homophobe. Le paternalisme lubrique est encore un quotidien du politique.[4]  A nous de le changer.   

 

Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre


Nul fatalisme. Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre. Pour ma part, je défends des valeurs socialistes, féministes, d'ouverture et de partage du pouvoir. L'écoute, la créativité et l'intimité sont des valeurs qui ne devraient pas être liées aux stéréotypes de tel ou tel genre. 

Il nous revient de construire avec le genre, une société qui en soit le dépassement. Hommes, femmes, transgenres, ensemble, en plaçant au-delà des enfermements et des stéréotypes, le souci de l'autre et le respect de ses droits, de ses différences et de ses aspirations.

S'affranchir de tous les fondamentalismes et se débarrasser du paternalisme lubrique: une tâche à laquelle nous atteler, au quotidien.  

 

 

[1]http://www.lematin.ch/suisse/oskar-freysinger-moque-antonio-hodgers-/story/13352252

[2]http://www.parlament.ch/f/dokumentation/statistiken/pages/frauen-parlament.aspx

[3]http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/regionen/thematische_karten/gleichstellungsatlas/politik/bund.html

[4]http://www.metronews.fr/info/tribune-anti-sexistes-des-femmes-journalistes-les-hommes-politiques-sont-ils-plus-machos-que-les-autres/moee!5Gq0pnbhdCigo/

 

 

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11:55 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : machisme, paternalisme, droite, féminisme, mariage pour tous | |  Facebook |  Imprimer | | |