sylvain thévoz

09/02/2018

Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

 

topelement.jpg

Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

 

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08:56 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramdan, tariq, bonnant, sexisme, machisme, domination ordainire, violences, pouvoir | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/09/2015

Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre

 

Si la politique est affaire de conviction, pas de genre, si elle est fruit de réflexion, pas de formules à l'emporte pièce, force est de constater toutefois que l'on est loin encore de l'égalité, d'avoir des élu.e.s qui savent sortir des stéréotypes de leur genre. 

 

Certains jouent les gros bras. Ils veulent en politique plus de testostérone, de fermeté, de pseudo muscle et de virilité, tout en évoquant leur crainte de ne pas détenir le pouvoir, haïssant la pleurniche comme ils disent, étalant au grand jour un machisme réactionnaire et fragile. C'est la crainte d'une société trop féminine, trop gentille, trop laxiste qui les anime. Mais jusqu'à quand les posture de mâles dominants vont-il l'emporter dans les urnes? 

 

Ce ne sont pas uniquement des pères qui peuvent être des référents du masculin

 

Freysinger[1] avançait, en 2012 déjà, dans le cadre d'un débat sur l'homoparentalité que parce qu'une grande partie de l'éducation et de l'enseignement relevait déjà des femmes, un garçon sans père ne pouvait trouver un modèle et construire son identité masculine. Il lançait dans la foulée à Antonio Hodgers qu'il avait un problème vu qu'il avait grandi sans son père ... scandale sous la coupole et bonnet d'âne pour l'UDC.

On le sait pourtant, l'absence d'un père n'est en rien synonyme d'absence de référents masculins. Ce ne sont pas uniquement les pères qui peuvent être des référents du masculin... des femmes le sont très bien aussi. Et puis, ce n'est pas le genre qui fait le père, c'est ce qu'il transmet de son coeur, de sa tête et de ses engagements.

Il faut enfin aussi envisager que l'on se construirait parfois mieux sans certains référents masculins...

 

Les politiques machistes font d'autant plus de mal qu'elles ont d'effets sur la gouvernance

 

Ce qui transpire chez les cadors de la droite : le rejet des familles monoparentales et homoparentales, le refus d'une société des différences qui se construit dans le dialogue, le respect et l'écoute, et non pas en mesurant qui a la plus longue.

 

La volonté de montrer à tout prix une posture de dominant est nocive pour la collectivité. La pseudo virilité de façade a ceci de dangereux qu'elle détruit par plaisir de détruire, par peur de se montrer faillible. Si elle trouve du fioul électoral, elle devient un poison pour le vivre ensemble, se sentant ainsi légitimée à jouer des gros bras "tant que ça marche".

 

Non au paternalisme lubrique  

machisme,paternalisme,droite,féminisme,mariage pour tousAujourd'hui, au Parlement fédéral, il y a 60 femmes sur 200 élus. 31% ! C'est grandement insuffisant. Pire, elles sont seulement 9 au conseil des Etats ... soit un minuscule 19%.[2] Cela place la Suisse au niveau moyen européen, devant la France et l'Italie, mais loin derrière l'Allemagne et les pays nordiques [2].

L'homophobie, le sexisme, le machisme demeurent les symboles visibles d'une politique réactionnaire, à majorité portée par des hommes. Certes, des femmes y excellent aussi. Toutefois, le sexe masculin, reste globalement plus réactionnaire, machiste, et homophobe. Le paternalisme lubrique est encore un quotidien du politique.[4]  A nous de le changer.   

 

Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre


Nul fatalisme. Ce n'est pas le genre qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le genre. Pour ma part, je défends des valeurs socialistes, féministes, d'ouverture et de partage du pouvoir. L'écoute, la créativité et l'intimité sont des valeurs qui ne devraient pas être liées aux stéréotypes de tel ou tel genre. 

Il nous revient de construire avec le genre, une société qui en soit le dépassement. Hommes, femmes, transgenres, ensemble, en plaçant au-delà des enfermements et des stéréotypes, le souci de l'autre et le respect de ses droits, de ses différences et de ses aspirations.

S'affranchir de tous les fondamentalismes et se débarrasser du paternalisme lubrique: une tâche à laquelle nous atteler, au quotidien.  

 

 

[1]http://www.lematin.ch/suisse/oskar-freysinger-moque-antonio-hodgers-/story/13352252

[2]http://www.parlament.ch/f/dokumentation/statistiken/pages/frauen-parlament.aspx

[3]http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/regionen/thematische_karten/gleichstellungsatlas/politik/bund.html

[4]http://www.metronews.fr/info/tribune-anti-sexistes-des-femmes-journalistes-les-hommes-politiques-sont-ils-plus-machos-que-les-autres/moee!5Gq0pnbhdCigo/

 

 

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11:55 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : machisme, paternalisme, droite, féminisme, mariage pour tous | |  Facebook |  Imprimer | | |