sylvain thévoz

16/10/2013

Un gentil derby de hockey

e6988.jpgGenève Servette hockey-club s'est incliné 4 à 1 à la maison contre Lausanne dans le derby de ce mardi. 4 buts à 1 autant dire une rouste, une dérouillée, une correction. Et pourtant, dans les faits, ce fût un très, très gentil derby. A peine six petites pénalités de deux minutes et pratiquement pas de charges. Un jeu de gentleman je vous le dis, presque de danseuses, n'était le fait que la danse est un exercice violent et que le corps y est soumis à très rude épreuve, plus qu'au hockey finalement. Ce match lémanique a plutôt ressemblé à un bal musette. Le puck, loin d'être disputé, était plutôt un cadeau dont on ne savait que faire: à toi à moi, à toi, allez... tu ne le veux pas, prends-le, je te le laisse volontiers... non non je n'en ferai rien... tu es sûr? Bref, on était plus proche d'une messe avec don d'hostie que d'une gué-guerre avec un gral à conquérir.

Culture et sport

Est-ce parce qu'une dizaine de joueurs lausannois sont passés par l'effectif genevois, que les deux clubs s'échangent des joueurs, se les prêtent, se les vendent, ou parce que deux couples de frères sont partagés entre les deux contingents (les frères Savary et Antonietti) que finalement l'on joue un peu au derby comme l'on joue à la dinette en famille aux Vernets? Je ne sais pas. Je connais moins le hockey que l'art contemporain, mais il semble au final que l'on s'étripe plus dans celui-ci que dans celui-là. Il semble en tout cas, à Genève, que la culture est plus compétitive que le sport. Il est plus dur d'y survivre. Quant à Lausanne, c'est plutôt l'inverse. Ce n'est pas pour rien que Lausanne a le siège du comité olympique international et que nous n'avons que le Grand Théâtre. A chacun sa croix. Il y en a de plus chères que d'autres...

Le derby des familles

Alors, derby lémanique ou promenade en famille? Quand on sait que Hugh Quennec, patron du genève servette hockey club mais aussi du Servette football club a des actions dans le club de hockey de Lausanne, c'est fort. Comment imaginer une compétition alors que tout le monde fait partie, à peu de choses près, du même contingent? En voilà une bonne raison de ne pas se faire trop mal. Au final, le véritable objectif de cette soirée caritative était surtout de ne pas se blesser. Ce fût un échec. L'impossible s'est produit. Le malheureux Eliot Berthon a reçu un puck en pleine poire, dévié par son coéquipier Berger. Jeux de mains jeux de vilain? Genève jouait pourtant comme ses pieds. Bon, les lausannois, eux, n'ont pas perdu le nord. Après un début poussif et un but reçu d'entrée (le traditionnel quart d'heure vaudois), ils s'échauffent, s'ébrouent -on ne réveille pas un vaudois impunément!- et hop: et un et deux et trois buts d'affilées! Les genevois ramassent la rondelle dans leurs filets, mines dépitées cannes basses, gants sur la glace. Pas de révolte ni de coups, l'aigle a piteuse allure et le lion un air de crack. Déjà (déjà!) les spectateurs quittent les gradins; ça se dépeuple très vite en tribunes. On peut pas dire que la rage de vaincre les habite -plus préoccupés d'aller chercher leur voiture en premier histoire de ne pas être pris dans les embouteillages-, que de pousser leur équipe? Ah lala, les supporters lausannois donnent alors de la voix "ici c'est Lausanne" "ici c'est chez nous" les effrontés! Un "frontaliers frontaliers frontaliers" impertinent, torse nu sur les murs en plexiglas de la patinoire claque chez les rupestres. Les pom pom girls sont jalouses, on leur vole la vedette; les frontaliers aussi, les genevois sont relégués en périphérie du classement. Et pan, c'est le 4 à 1 et c'est la fin.

Chauffer les oreilles du voisin

Que des frontaliers traitent de frontalier toi-même (c'est celui qui le dit qui y est) les locaux, fussent-ils leurs familiers et soumis au même patron qu'eux, on en rigole encore, car ça  ne manque pas de piquant, étant entendu que l'on est toujours le frontalier de quelqu'un d'autre et que lors de ce gentil derby, au final, personne ne s'y est senti vraiment dépaysé. A la fin du gala: quelques échauffourées, entre genevois - allez comprendre- mais peut-être que des eaux-viviens avaient une dent contre des Pâquisards, ou des servettiens contre des carougeois, suffisamment pour se chauffer les oreilles avant d'aller se frotter au cordon de police protégeant des lausannois tout content d'avoir triomphé et d'invectiver leurs copains avec des noms d'oiseaux. 4 buts à 1 au final, il fallait bien une petite baston en famille pour clore le gentil derby, ça fait partie du folklore. Bon, maintenant, je me demande si ce rituel fleurira à l'opéra au spectacle. Il paraît qu'ils jouent Wagner... encore un boche celui-là, ça pourrait en exciter plus d'un...     

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16/06/2012

Lettre ouverte aux faux-derches (de la municipalité de Lausanne)

Cher collège de la municipalité de Lausanne. Dans votre contre-projet à l'initiative populaire du Parti libéral Radical "Stop à la mendicité par métier"  de janvier 2011 rendu publique cette semaine, vous incarnez parfaitement la posture des faux-derches. Je m'explique. Dans votre contre-projet hypocritement appelé "restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté", de 27 pages, vous vous proposez non pas d'interdire la mendicité mais d'en limiter la pratique. Les mendiants, je vous cite: "n'auront ainsi plus le droit de prendre à partie les passants, de s'accompagner de mineurs et d'être insistants envers la population. Il leur sera également interdit de se poster à certains endroits considérés comme délicats: où la manipulation d'argent peut induire un certain sentiment d'insécurité (marchés, proximité des horodateurs, des distributeurs d'argent ou des arrêts de transports public, etc., );  où les passants souhaitent de la quiétude (parcs publics, place de jeux, cimetière, lieux de culte -ben ouais, faut pas déranger les croyants avec la misère quand ils sortent de prière- etc.,) ; où le libre accès aux domaines publics et privé est freiné par la présence des mendiants (débarcadère, quais, commerces, administrations publiques, musées, à l'intérieur des magasins, commerces, cinémas, ainsi qu'à moins de 5 mètres de leurs entrées respectives et sur les terrasses, etc., )" On appréciera à sa juste valeur les etc., qui jalonnent votre texte et étendent indéfiniment l'extension de l'interdiction. Comme si celle-ci n'était pas déjà suffisamment exhaustive, ne laissant aux mendiants que les pissotières et les banlieues désertes pour faire appel à la solidarité de leur prochain. Vous correspondez, en cela, à la définition des faux-derches, car vous barrez l'usage public aux mendiants tout en jurant vos grands Dieux de ne pas vouloir bannir la mendicité. Ce n'est donc pas un contre-projet que le vôtre mais le projet affiné, prolongé, de la droite que vous proposez et vous retirez aux personnes démunies l'exercice d'un des droits humains le plus nu: celui de solliciter autrui pour obtenir librement son aide.

 

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18:58 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, rom, genève, lausanne | |  Facebook |  Imprimer | | |