sylvain thévoz

27/12/2016

Madonna peut aller se faire foutre

 

C'est devenu un rituel remarquable. A chaque star du showbizz qui casse sa pipe, à un âge respectable pourtant ou comme conséquence inéluctable d'une vie flambée, la litanie de la plainte grandit et se déverse sur les réseaux sociaux sous forme d'hommage et de complainte charitable où chacun en profite pour confesser ses premiers slows ou refrains fredonnées sous les vibratos de la star; exhumer s'il le peut une photo, un truc griffonnée avec son icône et où, au final, la mort de l'autre devient encore le lieu d'un culte de soi et d'une mise en avant de son propre vécu sur le dos des osselets fumants d'un roi de la pop ou du rock.

 

Orgie d'egos

Les petits mausolées numériques (aussi vite érigés qu'abandonnés) deviennent, au fil des mois, les tas grossiers d'une orgie compassionnelle devenant d'autant plus ridicules ou vulgaires que, forcément, le temps passe et les morts balisent le calendrier au rythme des saisons.

On ne sait plus trop distinguer alors qui mérite son mausolée ou pas, qui est laissé de côté et qui devient un martyre auréolé de strass, de pixels et de paillettes, le tout dans un scintillement approchant la saturation au fur et à mesure que la fin d'année approche et que la baudruche mortifère grandit... la répétition d'une expression de compassion numérique devenant de plus en plus guignolesque... heureusement, la nouvelle année remettra les compteurs à zéro... ouf, on a failli imploser. Mais quoi, le même cirque recommencera dès janvier. C'est ainsi, c'est la vie. 

On arrive ainsi au pic de l'éblouissement lorsque Madonna[1], suite à un deuil de trop, ou comme un ultime nombrilisme, propose à 2016 d'aller se faire foutre... hé, bravache la petite, il suffirait de peu que 2016 ne décide qu'elle aussi a fait son temps, et malgré la toute puissance de l'image et de l'argent, il soit temps pour elle, comme pour tout un chacun, de rendre l'âme et le tablier ...  Eh quoi une poignée de pop-stars meurent et elle envoie toute une année au diable? 

 

Il n'y a pas que les stars qui meurent il y a tous les péquins aussi

Car enfin, ça n'arrête pas de claquer sur cette planète. A la pelle même, des morts anonymes dans les ruines d'Alep, au Yemen, au Nigéria, en Irak, en Afghanistan, dans les prisons, les  brousses, les steppes, les ems, les océans et les hôpitaux du monde entier, ça tombe et ça meurt, ça naît et ça disparaît, à un rythme autrement plus élevé que la poignée de stars qui ont disparu cette année et semblent pourtant engloutir avec eux une partie de l'univers. 

Bien sûr que je ne suis pas insensible à la mort de Fidel Castro, de George Michael ou au dernier souffle de Leonard Cohen, c'est dramatique, mais franchement, tant que des enfants continueront de mourir en silence et dans l'anonymat complet, sans que l'on soit capable de sortir l'Occident de ses deux postures favorites : impuissance ou charité...

Madonna peut aller se faire foutre.   

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/12/26/george-michael-est-mort_5053868_3246.html

 

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www.sylvainthevoz.ch

13:48 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : star sytem, showbizz, justice, égalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/04/2014

Jornot battu par l'abstentionnisme

2144.jpgElection du procureur général à Genève, La victoire n'est pas celle du procureur Jornot, c'est surtout celle, absolue de l'abstentionnisme: 66%. La défaite n'est pas celle de Pierre Bayenet, mais de la démocratie et de la représentativité. Un procureur sortant élu par environ 24% de la population représente qui en fait ? Et que reste-t-il de son bilan qui n'est ni soutenu ni voté par la majorité de la population ? Comment analyser un si faible taux de participation?

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07:49 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baynet, jornot, procureur, élection, genève, palais, justice, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2014

Bayenet - Jornot : corps à corps

topelement.jpgLe débat est dans la salle sans fenêtres mais il n'y a pas de barreaux. Il faut descendre l'escalier. La salle est déjà comble, plus de 200 personnes à vue de nez. Le public est assis sur le rebord des marches. Ce n'est pas uniquement des avocats, des juristes, le petit monde judiciaire qui est là, mais aussi les membres d'associations, habitant-e-s; de gauche, de droite... et d'ailleurs. Chaque candidat a ramené ses soutiens. La gauche est à gauche, la droite est à droite. Monsieur Jornot est bien en place. Il est arrivé à l'avance. Son costume est serré. L'homme a de l'embonpoint, porte une cravate bleue. Il cause avec les journalistes, sourit largement. Les éclairages artificiels donnent une lueur blafarde à la salle. A l'heure du repas de midi, on va parler prisons, arrachages de sac à mains, justice. J'ai pris mon sandwich au vol. Je l'ai payé 6 francs. Dehors, grand soleil. C'est le printemps déjà.

Bayenet à l'heure au rendez-vous

Pierre Bayenet ne se fait pas attendre. Seuls les journalistes sont nerveux. Ils craignaient que l'homme n'arrive en retard. Un débat public, c'est une mise en scène. On se croirait sur un plateau télé. Bayenet est à l'heure au rendez-vous. Il porte une parka vert pomme, cravate rouge, descend rapidement les escaliers, monte sur scène. Il est jeune, précis, avec l'air un peu lunaire de savoir très bien où il va, mais pas encore forcément comment. Il a de grandes chaussures noires, bien cirées. Mon sandwich est bon. J'ai pris l'un des deux qui était devant moi. Je n'avais pas beaucoup de temps, mais j'avais le choix. C'est peut-être un détail pour vous...

Mise en bouche

Ces deux hommes vont passer l'heure du midi à se faire cuisiner. Pas de salamalecs. Ils n'ont pas eu le temps de manger. Qui dévorera qui? Pour l'instant, seul le public les appâte. Ils sont assis face à lui, montés sur leurs tabourets. La table de Bayenet est mal ajustée. Deux personnes, accroupies, la stabilisent. Bayenet ne bouge pas. Il pose ses papiers sur sa table, certains sont annotés. Jornot n'a rien, juste des bouteilles d'eau. Un micro à la main, lunettes sur le nez. Tabula rasa et basta, son bilan.   

Prendre la mesure

Le débat commence. Jornot dit "bonsoir", la pénombre l'a trompé. On n'a pas l'habitude de voir les pieds des gens qui parlent. Dans les journaux, ce sont toujours les têtes que l'on relève, pas les ventres. Pareil pour les criminels... et les procureurs donc. On les prends face / profil, et voilà. On se fout pas mal de leurs cuisses. Et pourtant.... c'est toujours les corps que l'on enferme. La tête résiste, on n'y arrive pas. Et si les pieds parlaient plus que la langue? La voix de Bayenet est stable. Ses mains grandes, collées au corps. Ses pieds bougent sous la table, donnent le rythme. Pour que le débat aille plus vite? Peut-être. L'homme a soif de justice, ça se sent. Peut-être qu'il a un temps d'avance. Grandes jambes, longs bras. Ses dents semblent ok. Il dit: 15% des personnes qui sont à Champ-Dollon le sont à titre d'infraction sur la loi des étrangers. Quand il parle, il est un peu de bais, comme s'il disait des choses qui viennent d'un angle, d'un coin que l'on ne veut pas voir, à peine entendre;  comme s'il cherchait aussi à dire au mieux ce qu'il pense. Il regarde ensuite le public de face. Il cherche le contact, une forme de vérité je crois.

Droit dans ses bottes

Jornot est juché sur sa chaise, bien droit. Il semble droit dans ses bottes. Cet homme a dû faire l'armée. Il amorce ses certitudes, tire quelques cartouches, ça lui donne une contenance, de la puissance presque. Mais que vise-t-il ? L'idée de l'échec doit le tarabuster. Pas facile de passer devant le peuple. On ne sait jamais ce qui peut lui passer par la tête. Pourtant, il l'a déjà fait. Elu au conseil municipal de Veyrier, comme député au Grand Conseil, il a échoué dans sa course interne au PLR pour le Conseil d'Etat contre Mark Müller et Isabel Rochat en 2008. Est-ce que son corps raconte cela? Je ne sais pas. Il a pris du poids, ça c'est sûr. Sa tête bouge très peu. Son corps est immobile, rigide presque. Plus procureur que candidat, plus professionnel que politique, il se place au-dessus de la mêlée. Son coeur se serre pourtant quand il parle politique.

Grand écart et ronds de jambes
Jornot fait un grand écart entre son appartenance partisane et sa fonction. Il se tient pourtant sur scène jambes bien serrées, comme s'il craignait de laisser glisser quelque chose. Il est soutenu par le MCG et l'UDC. On a vu mieux comme pedigree. Dans son groupe de soutien se trouvent des affairistes, la crème du milieu de l'immobilier... et un avocat genevois membre de la fondation Pinochet
lance un homme dans le public. Bref, tout ce que le pouvoir bien établi exige de ronds de jambe. Justice de classe? Jornot s'en défend. Il nomme aussi des procureurs de gauche, rappelle-t-il. Il défend son bilan avec des mouvements précis de la manche et ferme le poing quand il évoque les arrêts domiciliaires. On oublie presque qu'il a 44 ans. On lui en donnerai presque 60 quand il parle de ceux qui, avec des bracelets électroniques, se la coulent douce avec une bière devant leur téloche. On pense qu'il rêve à sa retraite. 

Corps à corps

Les pieds de Bayenet s'animent encore. Il est chaud, mais se contrôle, ça se sent. Ses phrases cherchent le jab, il est vif. Le poing de Jornot se range dans sa poche. Les coups s'échangent, feutrés, puis plus forts. On pense que Bayenet va tomber, mais non, il sait frapper aussi : "Les conditions de travail au Ministère public sont mauvaises. Le taux d'absence est l'un des plus hauts de tout le Canton, avec 7,5%"  Jornot encaisse, rentre la tête, sur la défensive. Il entraîne Bayenet avec lui: "Je suis content que vous alliez dans mon sens en réclamant plus de policiers". Bayenet laisse faire, prend le contre-pied, "j'aimerai bien savoir quel est le bilan de monsieur Jornot en matière de lute contre les escroqueries fiscales, par exemple. Je ne le sais, car cela est gardé secret." Jornot perd pied, à moins qu'il ne feinte. Encore une demie-heure comme cela et il aurait craqué glisse un journaliste. Vrai? Peut-être. Surprise au moment du gong final. Il n'y a pas eu besoin de les départager aux poings. Chacun s'écarte d'un pas chassé. Pierre Bayenet a remporté le débat du jour contre Olivier Jornot. Il était plus frais, plus péchu, et plus proche des réalités sociales. En plus d'un vrai combat gauche-droite cette élection apparaît désormais aussi comme le combat des auto-satisfaits de leur gestion de la justice contre ceux qui la réclament encore. 

Voter avec ses pieds

Aux Pâquis, une amie m'interpelle devant le Temple. Des mecs chient dans son allée, planquent de la dope dans sa boîte aux lettres. Elle n'en peut plus, elle va craquer. Elle est contente de voir la police tourner, ça la rassure. Mais dès qu'elle est passée, c'est de nouveau la merde. Je me souviens des chaussures cirées des deux candidats au poste de procureur. Celui qui bougeait beaucoup me semble alors, dans son insatisfaction et son impatience, plus proche de la réalité que celui qui affirmait qu'il avait tout réglé en vantant son bilan, rappelant que remettre les délinquants dans la rue n’était pas la solution qui améliorerait la situation des genevois alors que les délinquants sont toujours dans la rue et que rien n'a encore changé pour les habitant-e-s des Pâquis ou d'ailleurs.

Je résume le débat du jour à mon amie. Elle me dit que je devrais écrire sur ces deux-là, ils sont rigolos. Voter? Elle me rit au nez. Elle le fera sûrement avec ses pieds le 13 avril... ou peut-être quand même... à la limite... pour celui qui aura su la toucher... si c'est encore possible. 

 

 

 

 

 

 

17:33 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élection, procureur, jornot, bayenet, genève, sécurité, police, prisons, justice | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/10/2011

Salerno c'est du propre (avec ou sans adoucissants)

Mais qu'a donc dit Sandrine Salerno pour déchaîner contre elle la Fédération des entreprises romandes (FER), la chambre du commerce, le groupement des banquiers privés genevois? Pourquoi une telle hargne dans les réactions de ces derniers? Se sont-ils inquiétés de l'augmentation des demandes à l'hospice général (+20% en 2 ans), fait un sang d'encre pour le manque de logements disponibles en Ville de Genève, anticipé l'annonce des baisses des recettes fiscales et le risque énorme de fragilisation pour le tissus associatif et social? Se sont-ils dit que cela aura inéluctablement des conséquences sur la violence dans les rues ? Mais non, voyons. Ils s'étranglent parce que la magistrate dit courageusement: c'est assez que les richesses soient aussi mal réparties dans ce canton et que les plus fortunés se voient offrir des conditions spéciales et occasionnent des coûts et des risques pour les citoyens sans en payer le prix! Elle affirme que ça suffit de tailler des costumes économiques sur mesure pour les expats les exploit's et les bobos de la finance ; au final, les gogos qui ne trouvent pas où se loger, c'est toujours les locaux. Cette prise de position politique et courageuse, pour les gardiens du temple économique c'est "une véritable déclaration de guerre".  Cela illustre combien Salerno, avec ou sans adoucissants, met le doigt sur les taches et combien le tambour du milieu économique ne tourne que sur et pour lui même.

 

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22:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, économie, impôts, justice, sociale | |  Facebook |  Imprimer | | |