sylvain thévoz

08/05/2016

Sortie de route de Barthassat : "6 blessés dont un grave... malgré cela la journée fut belle"

Franchement, fallait pas être malin pour rassembler en plein cœur de Genève, où la circulation était déjà compliquée pour cause de marathon, une masse de motards pour leur bénédiction à l'église des eaux-vives. Quel charme il y a-t-il à venir jouer du gros cube et défoncer les oreilles des passants en montrant qui a la plus grosse? Je l'ignore. On aurait au moins pu s'attendre à ce que ce rassemblement soit correctement encadré et des consignes de sécurité strictes données.

On aurait aussi pu imaginer une bénédiction des motards en proximité d'un circuit de course, à tout le moins d'une route fermée pour l'occasion, mais non, les joyeux drilles, montés sur leurs bécanes, ont trouvé beaucoup plus charmant de se rassembler en plein centre-ville, un samedi après-midi de printemps, puis d'envahir les quais en faisant exploser les décibels, et traversant la ville en tous sens.

 

La vie n'est pas un film américain

Certes, il ne fallait pas être très malin pour venir frimer au guidon de sa moto entre baby-plage et le jardin anglais, en escouade et avec des drapeaux pirates à tête de mort, jouant les gros bras en se croyant sur les longues routes désertes américaines. Mais il fallait être sacrément allumé pour essayer de faire un wheeling, le long des quais et embarquer dans sa chute un piéton et d'autres motards. Le drame a eu lieu au milieu de l'après-midi. Bilan: 6 blessés dont un grave.[1]  Le prêtre qui avait dit quelques heures avant : "Dieu aime la moto, car c'est un plaisir partagé, une communion, c'est quelque chose qui vous lie et vous unit" a dû se mordre la lèvre en fin de journée.  Il n'y a pas grand amour à se faire faucher par un motard tout à la joie de bomber le torse sa belle cylindrée qu'il ne maîtrise pas.[2]  

Barthassat à la masse

Ce n'est qu'à Genève que l'on peut voir un ministre des transports, Luc Barthassat, se pavaner au volant d'une moto avec sa tête de mort sur le cœur et commenter en fin de journée très légèrement : "malgré l'accident sur les quais, la journée fut belle de rencontres et d'amitiés", ce qui est choquant. Il aurait été souhaitable que le magistrat retire ses gants et ses œillères, prenne la mesure du drame, exprime une pensée pour les blessés et leurs familles, et si possible suspende sa virée à moto, plutôt que de continuer à faire des selfies à tête de mort.

Le mot "accident" à bon dos. Il faudrait dire plutôt : suite à des négligences coupables, des gens sont aujourd'hui en petits morceaux dans un hôpital, alors que d'autres finissent d'écluser leurs bières.

Une ville n'est pas un lieu pour faire des rodéos de motard.

Avoir cette conception de la ville, c'est avoir une époque de retard.   

Le Conseil d'Etat va-t-il interdire ces rassemblements dangereux?  

Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat considérant la légèreté avec laquelle la tenue de cet évènement a été autorisée ? Comment le Conseiller d'état responsable, Luc Barthassat, va-t-il s'expliquer devant ses collègues du Conseil d'Etat sur cette funèbre virée de bécanes, avec ou sans sa tête de mort sur le poitrail ?

Les rassemblements de motard doivent se tenir hors des villes, sur des routes sécurisées et surveillées. Même si, dans l'ensemble, les motards sont des gens responsables, l'excitation liée à ce genre de rassemblement, est une invitation à la catastrophe.  

Les organisateurs, lors des courses vélo, protègent le public et les coureurs lorsqu'ils entrent dans des villes. Lors de l'arrivée du Tour de Romandie dimanche passé, les balustrades étaient posées. Comment peut-on lâcher une horde de deux roues mécanisées en pleine ville sans protections ni avertissements à la population?    

 

Stop aux rodéos mortels des motards

Motards, plutôt que d'arborer des têtes de morts, des cuirs et des clous, mettez des fleurs sur vos motos, et allez rouler sur des circuits.  

Les enfants, les familles, les cyclistes et les piétons qui ont risqué leur vie aujourd'hui en croisant votre sinistre parade vous en remercient.

Quand à Luc Barthassat, les mots me manquent pour désigner la légèreté avec laquelle un ministre des transports joue avec la vie des gens. A force de vouloir mettre des motos partout, sur des voies de bus, dans des églises, elles finissent aussi par partir dans le décor. Ce qui s'est passé ce samedi quand 2000 motards ont roulé en bloc sur les quais n'est pas un accident. C'est de la bêtise crasse. Certains en ont payé le prix fort.  

  

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-accident-au-qu...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/benediction-motards-attire-foule...

 

 

 

 

 

11/12/2012

Lettre ouverte au capitaine d'Etat Maudet

Monsieur le capitaine d'Etat, depuis votre arrivée au pouvoir au Conseil d'Etat au mois de juin 2012, vous jouez du bâton. En effet, après vous être débarrassé de Fabienne Bugnon, directrice de l’Office des droits humains (ODH), viré manu militari Dominique Roulin, directrice de la Clairière, vous mettiez le 3 décembre aux arrêts Jacques-Eric Richard, directeur ad-interim au motif grave que vos ordres n'avaient pas été respecté. «L’idée était d’avoir deux types de serrures, afin que les employés n’aient pas sur eux les clés permettant de sortir du centre», expliquez-vous. Cet ordre n’ayant pas été exécuté, vous vous sentiez légitime de virer votre directeur. Car vous ordonnez, monsieur le capitaine d'Etat, et vos troupes ont pour mission d'exécuter. Gare à celui, celle, qui ne marche pas droit. Bien entendu, vous, vous n'êtes jamais responsable. Vous commandez, vos subordonnés ont pour mission d'obéir. Si donc la fin des évasions exigent les changements de cylindres, c'est simple comme bonjour, cela devrait fonctionner. Sinon, vous congédiez. L'arbitraire semble faire partie de votre manière de convaincre. Mais si c'étaient vos manières de commander qui étaient à réviser? Car cette stratégie de maximilisation des "résultats" et votre rudesse à les obtenir soulève la question: combien de fusibles allez vous encore faire sauter? A chaque ordre non exécuté vous allez en virer combien, de collaborateurs et de collaboratrices ?

En même temps, sur des dossiers moins exposés médiatiquement, vous faites preuve d'un laisser-faire troublant. Par exemple, dans le rapport du comité anti-torture sur la Suisse du 25 octobre 2012, Genève était salement épinglé. Il y est écrit qu'une proportion troublante de personnes, dont quelques mineurs, avec qui la délégation s'est entretenue dans le canton, se sont plaintes de mauvais traitements physiques que la police leur aurait infligés au moment de l'appréhension, ou peu après. Ces allégations étaient souvent étayées par les données médicales. Le Comité anti-torture du conseil de l'Europe a donc recommandé que des mesures de lutte contre les mauvais traitements soient prises dans le canton, au moyen de meilleures formations et du renforcement des garanties existantes, et que les lésions traumatiques établies en période d'admission à la prison de Champ-Dollon soient automatiquement transmis à un organe d'enquête indépendant. Dites, vous avez suivi ces recommandation monsieur le capitaine d'Etat?

Le 23 novembre dernier, le comité national de prévention de la torture (CNPT) publiait à son tour son rapport dans lequel était à nouveau épinglé Genève. Les locaux de détention à l'aéroport y sont décrits comme inadaptés à l'accueil des enfants. La commission s'est déclarée très préoccupée (dans la bouche diplomate d'une d'officine fédérale, c'est quelque chose) par les conditions d'accueil dans le centre de transit de l'aéroport de Genève. Une prison n'est de fait pas adapté à "l'hébergement" de familles avec femmes et enfants sur une longue période. Les autorités devraient transférer les enfants au CEP de Vallorbe ou faire en sorte que les enfants puissent aller au jardin d'enfants ou à l'école durant la journée. Dites, vous avez suivi ces recommandations monsieur le capitaine d'Etat?

Plus grave encore. L'OPP (Observatoire des pratiques policières) fait état de régulières violences lors d'arrestations, d'insultes racistes, de poignets cassés, de minorités visibles persécutées par, notamment, un agent de police clairement identifié, de citoyens lésés dans leur droit. Dites, vous avez pris soin de recevoir l'observatoire des pratiques policières monsieur le capitaine d'Etat?

A ce jour, à ma connaissance, aucunes  de ces recommandations, que ce soient celles du comité anti-torture du conseil de l'Europe, ni celles du comité national de prévention de la torture n'a été suivi d'effets de votre part. Faut-il en conclure que si vous, vous donnez des ordres, vous êtes récalcitrants à suivre des recommandations?

Enfin, et c'est ce qui m'a poussé à vous écrire, vous vous êtes positionné, le 2 décembre, dans la presse, comme voulant poursuivre et punir ce que vous appelez les plaintes fantaisistes à l'égard des forces de police. Vous avez donc choisi, plutôt que de suivre les recommandations sur des maltraitances effectives de vos services, de mettre la pression sur ceux qui viendraient en témoigner. Vous avez préféré protéger votre troupe (quitte à jeter le discrédit sur elle), plutôt que de faire respecter le droit. Vous avez levé le maillet de la sanction sur ceux qui braveraient la loi du silence; comme si porter plainte contre la police n'était pas déjà chose suffisamment intimidante et difficile.

Certains d'entre-nous, lors du vote de la nouvelle constitution genevoise, craignaient l'engagement potentiel de l'armée pour des tâches d'ordre public. Force est de constater, aujourd'hui, que cette crainte n'est rien en regard du risque bien réel de dérive militaire de la police, et la relégation au second plan du respect des droits humains les plus élémentaires. La conception avant tout répressive de la sécurité que vous défendez. Le cocktail composé de new-management, d'obligations de résultats et d'obéissance militaire avec laquelle vous souhaitez la réaliser fait aujourd'hui peser un risque sur la sécurité des citoyen-ne-s au contact de la police.

Dites, monsieur le capitaine d'Etat, vous n'auriez pas envie de repasser vos habits civil?

06:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, militaire, insécurité, prison, répression | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/09/2011

Pour un deal respectueux du voisinage

Discussion avec un ami gendarme qui me fait part de son désarroi, du blues profond de son corps de métier. Dans son discours, l’impuissance se mêle à la colère. Entre les entraves administratives qui freinent leur présence sur le terrain et les frustrations liées au manque de moyens, être flic, aujourd’hui, n’est pas une sinécure. Il faut l’écouter raconter les courses derrière les dealers qui se foutent de sa gueule, lui glairent dessus à l’occasion, planquent leur dope sous les bagnoles. Et c’est ainsi durant des heures le jeu du chat et de la souris. Tout ça pour quel résultat ? « Au final, quand on en chope un, c’est souvent 5 heures de travail administratif derrière, et le jour même ou le lendemain, le gars est dehors. Bien souvent il n’a pratiquement rien sur lui ». « Non entrée en matière, la plupart ont jeté leurs papiers avant d’arriver en Suisse, ils se disent nés un 1e janvier, on les appelle comme cela d'ailleurs. Ils ne peuvent être expulsés vers d’autres pays, tout simplement parce que l’on ne sait pas vers où les envoyer et là où l’on voudrait, ben on les refuse… alors, on fait quoi ?»

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22:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : insécurité, deal, police, figaro, criminalité, social, communauté, immigration | |  Facebook |  Imprimer | | |