sylvain thévoz

18/05/2013

L'effroyable banalité de la presse


Suite à l'agitation de mercredi passé au Conseil municipal de la Ville de Genève et à la suspension de séance qui en a suivi, les canaux d'informations que sont la Tribune de Genève, le 20minutes, le Matin et... Monsieur Décaillet, canal d'information indépendant, se focalisent sur la honte, le discrédit, que cette suspension de séance a entraîné pour la Ville de Genève. La TDG calcule même combien cela a coûté, par un rapport jetons de présence / suspension de séance, soit 5750.- Le prix de la honte?

Pourtant, le sommet de la honte n'a pas été atteint mercredi soir au Parlement, mais lors des journées suivante et au coeur de cette même presse. Et particulièrement dans un édito du rédacteur en chef de la Tribune, Monsieur Pierre Ruetschi. Ce dernier y affirme en effet que Madame Salerno aurait soutenu l'action des conseillers et conseillères municipales socialistes qui ont posé un papillon anti-homophobie sur leurs pupitres. Or, Madame Salerno n'était même pas présente, elle ne pouvait donc pas organiser ou même soutenir une quelconque manifestation au sein du CM.  Par cet édito, Monsieur Ruetschi a inventé une histoire, mais surtout, il est passé à côté du véritable enjeu. 

Le véritable scandale

Car le véritable scandale, la véritable honte, dans toute cette affaire, c'est qu'un homme puisse dire, dans un parlement municipal, qu'une campagne soutenue par la Ville contre l'homophobie est de la "propagande camouflée pour les pédophiles". Et surtout, qu'il prononce cette phrase terrible, et fidèlement retranscrite par le journaliste Olivier Francey, dans la Tribune de Genève du vendredi : "Demain, on mettra des croix gammées" sans que PERSONNE ne réagisse à ce jour. Que par la suite on pinaille pour savoir si c'étaient des affichettes ou des banderoles qui étaient posées sur les pupitres est proprement hallucinant.

"Demain on mettra des croix gammées"

Est-ce que monsieur Ruetschi, rédacteur en chef, s'est penché sur cette phrase ? En a-t-il bien saisi l'ampleur? Est-ce que monsieur Décaillet, humaniste, croyant, démocrate, a rappelé ce que signifiaient les croix gammées dans les parlements? Non. Monsieur Ruetschi a catalogué l'action de dénoncer l'homophobie comme naïve, stupide et provocatrice. Et Monsieur Décaillet, pourtant si prompt à défendre les institutions et la République, toujours si professionnel, a appuyé sur la faute de le faire. Tous deux ont continué à faire leur travail, pour l'un dans un édito, pour l'autre dans deux billets :«Conseil municipal d'hier, la faute première" et "errances libertaires". Cherchant la faute, désignant le ou la coupable, sans voir qu'en agissant ainsi, en cherchant vite à faire "que cesse ce cirque" comme l'écrit Monsieur Ruetschi, ils le prolongeaient de fait.

Car ce qui est grave, ce n'est pas que des gens de gauche amènent ou pas des papillons dans une enceinte d'un délibératif, rien d'ailleurs dans le règlement ne l'interdit. Ce qui est grave, c'est que dans ce même parlement, un élu en vienne à annoncer la venue des croix gammées; avec le silence pour écho de messieurs Ruetschi et Décaillet qui ne l'ont ni relevé ni condamné. Ce qui est grave, c'est que cette tache sur notre parlement dégouline dans les journaux et sur le net COMME SI DE RIEN N'ETAIT dans une indifférence qui prend de plus en plus la couleur de l'impunité.

Hannah Arendt, Lanzmann à la rescousse

Maintenant: que faire? Alors que des croix gammées déboulent sans raison dans notre délibératif genevois, que les "Heil Hitler" résonnent aujourd'hui même dans un parlement grec, que le 25 mai une manifestation de néo-fascistes est annoncée sur la place de la Navigation, nous devons être extrêmement vigilants et fermes.

Que faire? Voir, comprendre, et Agir. Les deux films puissants qui arrivent prochainement sur nos écrans " Hannah Arendt" de Margarethe von Trotta et "le dernier des injustes" de Claude Lanzmann mettent tous deux en avant les liens complexes entre courage, obéissance, engagement peur et pouvoir. Ils permettront, toutes proportions gardées bien évidemment, d'éclairer sous la lumière d'une toute autre histoire, ce qui s'est passé ces derniers jours dans notre système démocratique. Mais surtout, ils nous aiderons peut-être aussi à  faire un travail délicat pour percevoir à quel niveau de profondeur ou de  surface le mal est logé chez nous ; et combien l'effroyable banalité d'une partie de la presse peut ou non le renforcer.    

19:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arendt, lanzmann, genève, mcg, xénophobie, islamophobie, homophobie, sexisme, racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/05/2013

Homophobie ou papillons?

En ce vendredi 17 mai : journée internationale de lutte contre l’homo et la transphobie,  il est plus que jamais important de réaffirmer que la question du choix de l’orientation sexuelle et de son affirmation dans l’espace publique est une question de liberté individuelle et de santé publique. Il faut aussi encourager la Ville de Genève a poursuivre sa lutte contre l’homophobie qui conduit à la dépression et au suicide de nombreux jeunes lors de la période délicate de l’affirmation de leur orientation sexuelle. La campagne des jeunes LGTBTyouth j’interAgis mise en cause par l’extrême droite a d’ailleurs montré cette semaine toute sa pertinence.  

Petit rappel. Lors de la séance du conseil municipal du mercredi 15 mai, un membre du mouvement citoyen genevois a attaqué ces jeunes qui luttent contre l’homophobie en comparant leur campagne j’interAgis à de la « propagande camouflée pour les pédophiles » avant de lancer « demain on mettra des croix gammées ». Ce monsieur a appuyé son intervention en prenant pour cible les papillons de papier j’interAgis que les socialistes avaient déposé sur leur pupitre et a provoqué un scandale.

Il était alors exclu pour les socialistes de retirer ces papillons comme nous avions prévu de le faire sans que ce conseiller municipal, pour le moins, revienne sur ses propos, voir soit rigoureusement sanctionné pour ceux-ci. Le bureau du conseil municipal, à majorité de droite, en choisissant de ne pas tenir compte des insultes de ce monsieur a fait preuve d’un certain laxisme qui a provoqué le blocage de la situation. Une ligne rouge avait été franchie. Elle devait clairement être signifiée, au risque de la suspension de séance. Laisser l’homophobie la plus crasse prendre le pouvoir au sein du conseil municipal n’était tout simplement pas envisageable.

La manière dont une partie de la presse a couvert ces évènements est extrêmement choquante. Mettre sur un pied d’égalité les propos discriminatoires de Monsieur Menoud et le fait que des flyers de papier colorés aient été déposé dans le parlement, contribue à la banalisation de l’homophobie. Il faut donc condamner avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables tenus par ce membre du MCG ainsi que les propos homophobes et sexistes récurrents au sein de ce groupe, comme il faut les combattre au quotidien l’homophobie, la misère sociale et toutes les inégalités sociales.

Qu’est-ce qu’une séance du conseil municipal agitée en regard d’un jeune adolescent ou d’une jeune adolescente qui se suicide en raison du rejet lié à son orientation sexuelle ?

12:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, homophobie, intolérance, extrême droite, santé publique | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/05/2013

Le MCG ne combat plus, il colle.

Le MCG ne combat plus, il colle.

Faisant preuve de sa haine de toute différence envers les femmes, les frontaliers, les gays (faudrait les mettre dans les camps de travail!) et les musulmans; comparant un mouvement de jeunes défendant les mêmes droits pour tous de cache à pédophile, et poussant toujours plus loin la provocation et la surenchère, le mouvement, gonflé aux hormones d'une campagne électorale, tombe dans la caricature de lui-même en bloquant le fonctionnement du conseil municipal par des propos qui n'ont rien à faire dans une enceinte parlementaire. Alors que des parlementaires mettaient en avant une action de la Ville de Genève, dans le cadre de la semaine d'action contre l'homophobie: http://www.ville-geneve.ch/ Monsieur Menoud, soutenu par son groupe,  avec une  intervention hors cadre et hors norme accusant les homosexuels d'être des pédophiles confond liberté d'expression et insultes. L'enjeu ce n'est donc pas qu'il y ait eu un placard de papier posé dans l'enceinte du parlement, mais que des élus utilisent ce lieu comme un déversoir pour répandre la haine.

A court d'idées à défaut de phrases chocs, inefficace à élaborer des projets, à bout de souffle, le MCG, est incapable de ne pas cèder à la tentation de bloquer la séance du conseil municipal, comme un boxeur fatigué s'accroche à son adversaire pour ne pas tomber. Le MCG ne combat plus, il colle. Il englue le système de toute sa force pour le mettre en échec. Alors vite, on sort le détachant, pour s'en défaire, et mesurer la bonne distance face au boxeur fatigué. L'aile populaire et sociale du MCG, luttant contre les inégalités est en train de se faire dépasser par une frange jusqu'au boutiste et sensationnaliste qui n'a plus que le conflit en tête et veut détruire les institutions. Qui paiera les pots cassés au final ?  

Le mouvement a les pattes lourdes, il se bouge lentement, mais il fait obstruction. Le style échevelé du mouvement se tasse, sa stratégie est prévisible. Ses provocations marchent mal, elles sentent les vieilles ficelles d'acteurs. Attendues, elles se transforment en tics. Un coup sur ceux qui mangent du porc, un coup sur la gauche, un coup sur les femmes. Il faut enfermer les gay dans des camps de travail Et tout le monde de rigoler à la terrasse du café avant que cela n'entre dans les couloirs du parlement. Ah, la bonne blague.  

Faut-il attendre, se taire devant les manoeuvres? Non, il s'agit de répondre par des paroles et des actes. Si la patience et le fait de ne pas jouer le jeu de son adversaire est louable, si la tactique de ne pas lui amplifier son audience se comprend, se taire c'est être complice des intimidations et laisser le champ libre à ceux qui tiennent des propos excluant des parties toujours plus grandes de la population et précarisant l'existence d'un nombre toujours plus grand de citoyen-ne-s.

Le MCG, puncheur fatigué, ne combat plus, il tangue et colle. Il s'agit maintenant de le faire tomber en s'écartant d'un pas en le laissant à ses provocations et méthodes tout en luttant pour les vrais combats: finances, logement, social, mobilité et... sécurité.

14:16 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égalité sociale, homophobie | |  Facebook |  Imprimer | | |