sylvain thévoz

08/03/2018

Féminisme : au boulot les gars !

Le 8 mars, c'est la journée de lutte pour les droits des femmes. Et cela fait toujours réagir. Que ce soit par des remarques amères "c'est une journée pour les femmes, il en restera toujours 364 pour les hommes", ou par le constat désabusé qui fait de cette journée l'équivalent d'une fête des mères ou d'une date anniversaire bidon pour se donner bonne conscience.

Mais cette journée est d'abord l'occasion importante d'une prise de conscience. Et bien au-delà d'une journée c'est, notamment en ville de Genève, une semaine entière d'actions pour l'égalité qui se poursuit ensuite par l'engagement d'associations et de militant-e-s toute l'année pour l'égalité. C'est une étape pour les femmes, mais surtout pour l'égalité entre les genres, pour toutes et tous. Si cela semble presque simple exprimé ainsi, on en est pourtant encore loin.  

Si certain-e-s pensent que c'est aux femmes uniquement de se libérer de l'oppresseur (le sexisme, le patriarcat), il est tout aussi urgent que les hommes remettent profondément en question leurs privilèges. Car il n'est plus possible  de dire que ces avantages sont inconscients ou structurels ou de les nier, pour en être quitte, ni de penser que ce seront aux femmes de faire le travail seules, avec des gars qui se débarrasseraient de cet enjeu, comme ils se délestent de la charge mentale, des double-standards, et du sexisme.

Au final, ces doubles standards, ces rôles de genre stéréotypés affectent l'être humain à partir de sa naissance et le marquent jusqu'à sa mort. Hommes comme femmes en sont marqué-e-s.

   

Féminisme : au boulot les gars!

Combien d'hommes demandent à travailler à temps partiel, combien se mobilisent pour un congé paternité digne de ce nom, ne ricanent pas aux blagues sexistes, haussent le ton ou s'interposent en cas de domination masculine, d'abus, de violence? Combien renoncent à leur carrière au profit de leur conjointe ? Expliquent à leur patron qu'ils ne pourront venir travailler parce que leur enfant et malade, et quand leurs proches aîné-e-s ont besoin de proches aidant-e-s, renoncent à un pourcentage de travail? Un certain nombre, certes; quelques uns, oui. Mais quoi qu'il en soit, trop peu encore. Car si c'était le cas, l'égalité serait déjà notre réalité à toutes et à tous. Or, on en est encore loin.

 

Les gars, si vous engager pour les droits des femmes ne vous semble pas relever de votre core-business. Luttez au moins pour sortir de votre propre aliénation.  

Puisque le féminisme est une lutte pour l'égalité entre femmes et hommes, il est urgent que les hommes y fassent davantage entendre leur voix. Pourtant, on les entend encore trop peu. Mais pire, on ne semble pas en attendre grand chose. Pourquoi? Soit parce que la domination est à leur avantage -donc pourquoi changeraient-ils ? car on a rarement vu un dominant renoncer librement à ses avantages, il doit nécessairement y être contraint. Soit, parce qu'il pense que cela ne le concerne qu'indirectement, et qu'au final, ce ne sont pas ses affaires. Là- dessus, il semble que l'on aie encore un gros travail à faire. 

Ce serait aux femmes d'assumer la défense de leurs droits par elles-mêmes? - Non!
- Penser que le féminisme serait uniquement l'affaire des femmes, ce serait pour un homme non seulement renoncer à l'égalité mais aussi à toute possibilité d'évoluer autrement dans son genre. Bref:  se condamner à l'enfermement.

Hé les gars, vivre c'est pas de continuer à bosser comme des cons à 100%, voir ses gosses de manière limitée, le faire d'une manière abrutie et aliénée, immobilisé dans son désir de sortir de l'expression de rapports de domination, avec quelqu'un en dessous à martyriser et quelqu'un au dessus à craindre, en restant toujours encastré dans la chaîne du pouvoir et de l'aliénation. 

Si le mouvement #metoo est devenu une vague de libération de la voix des femmes, pas sûr qu'il soit encore devenu, du côté masculin, un véritable mouvement d'ouverture des esgourdes avec déclic entre les deux oreilles pour changer radicalement les rapports de genre subis par les deux sexes, de manière diffuse et brutale, avec des intensités différentes.

Pas sûr non plus que les deux genres aient compris que l'ennemi ou l'adversaire ne soit pas l'autre sexe, mais quelque chose de plus tenace, diffus, et qui traverse largement le genre : les rapports de domination et de pouvoir, avec certain-e-s qui empilent les discriminations ( de genre, de classe, d'origine) et d'autres qui s'en trouvent plus épargné-e-s. Que font-ils alors de leurs privilèges?  

Hommes ET Femmes, ensemble, à nous de réfléchir et agir ensemble pour être plus responsables et agissant-e-s dans la lutte contre les inégalités. Il y a urgence.

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11:55 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : féminisme, égalité, femmes, hommes | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/11/2017

Tempête dans un bassinet

index.jpgTempête dans un bassinet. La droite municipale hurle à l'introduction du burkini dans les piscines municipales. La presse s'en fait l'écho, agitant les peurs et les polémiques.[1] Mais de quoi parle-t-on en fait ?

Tout simplement d'un nouveau règlement (excellent) du service des sports, qui énonce que les usagers et usagères doivent porter une tenue décente et appropriée dans et au bord des piscines. Cela implique que les tenues de bain sont autorisées pour autant qu’elles ne soient ni sales ni négligées. Les combinaisons de triathlète sont désormais autorisées ainsi que les maillots en dessous des genoux, pour autant qu'ils soient destinés à la natation uniquement. Alors oui, c'est vrai, les costumes de bain ne seront plus mesurés par les gardes bains avec un centimètre pour calculer ce qui dépasse et ce qui ne dépasse pas du coude ou du genou, ce qui n'était pas pas dans l’ordre de leur mission, et ce qu'ils n'ont d'ailleurs jamais fait, heureusement. De toute façon ils n'avaient pas de base légale pour le faire.  

L’objectif de ce nouveau règlement vise donc à assurer l’hygiène, la sécurité, l'accessibilité, et que l’équité de traitement soit garantie dans les piscines. Ce but est respectable. C'est même le seul que doit se proposer un établissement public. Il n'y a donc en aucune manière quoi hurler à la burkinisation des bassins. Au contraire. On a désormais un règlement clair, qui permettra à chacun-e de se vêtir plus librement et se déshabiller de même. En effet, l'ancien règlement rappelait qu'on ne pouvait pénétrer dans la zone de bassin en tenue autre qu'en maillot de bain et de se baigner ou de circuler dans l'établissement sans maillot de bain approprié à chaque sexe (monokini interdit). (art18.al.g). Désormais, le monokini est bienvenu en dehors des bassins. Eh oui. Donc c'est bien plutôt à l'accueil des seins nus que des burkinis qu'il faudrait hurler. Désormais, les femmes ne devront pas se contenter de rester en monokini hors de l'eau. Elles pourront se jeter à l'eau sans remettre le haut et profiter de la sensation de l'eau sur leur poitrine, tout comme les hommes le font déjà.  

 

L'interprétation désormais plus ouverte de ce qu'est un maillot de bain permet d'accepter dans les piscines non seulement les caleçon de bain en dessous du genou, et les t-shirts de bains protecteur (pour les enfants par exemple). Les mamans et les papas pressés qui ne comprennent pas que leur enfant soit refoulé parce que le maillot de leur enfant tombe bas sur les genoux sont reconnaissants de ce changement. L'enfant que l'on couvre d'un maillot anti-UV ne s'en portera que mieux.

 

index1.jpgCe règlement n'oblige pas le monokini ou la combi. Simplement les critères qui président à la gestion d'une piscine ne les interdisent pas. Bref. Une piscine est un établissement de bains public et le seul critère autorisant ou non un costume est son adéquation à des critères d'hygiène et de décence, en aucun cas à un prétendu historique chrétien agité comme un grelot qui dirait : bikini échancré pour toutes et tous amen. On ne parle pas de religion. Malgré le traitement polémique, on parle ici simplement d'un règlement de piscine qui a trait à l'usage d'un établissement public, permettant la natation dans les meilleures conditions.

 

220px-BathingSuit1920s.jpgPour conclure, en début d'année, une polémique éclatait sur l'habillement d'une conseillère aux Etats. Alors que l'obsession sur la manière dont les femmes se vêtissent est plus fort qu'au moyen-âge, alors que l'enjeu de la longueur des jupes des femmes fait toujours polémique, il serait bon et souhaitable de ne plus vouloir contrôler leur manière de s'habiller et de se déshabiller, et de vouloir faire de la politique sur leur dos jusque dans les règlements des piscines. Liberté pour toutes et tous... et manchons pour qui veut. 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Port-du-burkini-...

 

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07:46 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : piscine, sport, règlement, ouverture, burkini, femmes, hommes | |  Facebook |  Imprimer | | |