sylvain thévoz

28/10/2015

La droite irresponsable veut détruire l'Usine

La droite élargie (PLR, PDC, UDC, MCG) si elle ne sait pas s'unir pour des projets communs au service des Genevois, sait par contre faire alliance pour casser des institutions et mettre en péril ce qui fonctionne à Genève.

 

Au Conseil Municipal de la Ville de Genève, ce mercredi soir, la droite destructrice, unie, a donc décidé de suspendre toutes les subventions de l'Usine et de forcer la Ville de Genève à prendre en charge les déprédations commises par quelques individus isolés ayant débordé l'encadrement de l'Usine samedi passé et malheureusement dénaturé cette manifestation, y déversant leur désarroi. 

 

La droite, en faisant payer à une institution culturelle les dégâts que celle-ci n'a ni commis ni voulu, commet une injustice; et en faisant payer au public de l'Usine une situation qui ne le concerne pas, elle le prend en otage. Voulant faire payer à la Ville la casse, elle crée un précédent juridique absurde. Depuis quand la Ville devrait-elle payer pour des casseurs?

Avançant des arguments plus moraux que politiques: "quand mon enfant fait une bêtise je lui donne une claque"; ignorant tout de la réalité d'une institution culturelle de l'ampleur de l'Usine; allant même jusqu'à la comparer à un club de sport:  "quand les supporters d'un club de sport dérapent, c'est au club de payer", la droite destructrice, en plus de faire démonstration de son incompétence, faire preuve de rétorsion en punissant une entité culturelle qui accueille plus de 100'000 personnes par an, est animée par 18 associations (un théâtre, un lieu d'exposition, des salles de concerts, des buvettes, une radio, un atelier de sérigraphie, etc.,) http://usine.ch/ ; une institution phare qui a joué et joue un rôle clé, historique, symbolique, alternatif, à Genève, à l'échelle de la Suisse, et même européenne.

Cette droite destructrice est nocive, dangereuse pour Genève et pour sa paix sociale. 

 

L'Usine, c'est une Institution, une référence. Ouverte en 1989 avec l'appui décisif d'un libéral de l'époque (Claude Haegi) qui avait, lui, compris que la jeunesse a besoin d'un lieu d'expression  et que l'on ne peut laisser une ville sans lieux bon marché, culturel, inclusif et associatif.

L'Usine, c'est une institution qui a vu émerger des artistes de classe internationale, qui a permis de former, créer et donner des espaces d'expression à des artistes qui aujourd'hui font la fierté de Genève (John Armledder, les Young Gods, Sandrine Kuster, Greta Gratos, Yann Marrussich, Gigi, Lionel Bovier, les Klat, qui ont crée la statue Frankenstein à Plainpalais, Nirvana est passé à l'Usine, Mapping Festival, Electron, Black Movie y ont pris leurs marques, et tant d'autres... la liste est longue.)

 

Attaquer l'Usine, de la part de la droite destructrice, c'est une déclaration de guerre irresponsable envers des milliers de personnes. C'est mettre le feu aux poudres. 

 

Ce coup, porté par la droite torpille tout effort de dialogue entamé par l'Usine. Au nom d'une application de la loi littérale sur un enjeu de petite ampleur (il faudrait que l'Usine demande sans délai 5 autorisations administratives distinctes pour ses buvettes), elle sape tous les efforts de dialogue et de médiation entamés par la Ville de Genève pour trouver une issue à la crise déclenchée et alimentée par la magistrat de police Pierre Maudet et son petit homme de main en ville Barazzone.

Pire, la droite bafoue l'Usine, qui jusqu'au dernier moment a cherché le dialogue en demandant, sans succès, d'être reçue et entendue en commission par les casseurs du conseil municipal. 

 

Rien, dans ce conflit jusqu'alors administratif entre l'Usine et le Canton, ne concerne au fond le conseil municipal. C'est une affaire cantonale que gère (mal) Monsieur Maudet magistrat de police cantonal. Ce dernier a bloqué le versement de dons de la Loterie Romande, il instrumentalise maintenant sciemment le conseil municipal de la Ville de Genève pour forcer l'Usine à plier. Cela n'est pas démocratique. Le chantage institutionnel n'a pas sa place dans notre République. Etre chargé de garantir la loi et son application, ne signifie pas faire usage de la loi du plus fort. C'est mal interpréter l'esprit de la loi, en détourner l'usage, que de prétendre l'appliquer à son unique avantage.

 

L'entière responsabilité des violences et déprédations qui pourraient découler de l'attitude irresponsable et dangereuse de la droite, ainsi qu'à Monsieur Maudet, pyromane en chef, devront lui être imputée. 

Ceux qui ont choisi, bien au chaud sur leur siège, de couper des subventions, de saboter une institution culturelle pour l'empêcher de fonctionner en conformité avec la loi, de punir tout un public la fréquentant, ont opté pour la voie de la violence institutionnelle.

Cette droite destructrice, irresponsable, a jeté de l'huile sur le feu et sciemment déclaré la guerre à l'Usine. 

On ne peut que craindre désormais le retour de flamme.  

 

23:16 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usine, maudet, genève. | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/09/2015

Genève, ville de confluences

Un dimanche à marcher dans la rue de la Gravière, entre deux immeubles d’un gris insondable. A gauche : un hôtel de police, à droite, des commerces. Au milieu, un ruban de bitume. Le mot Gravière est riche de raclements, de galets roulés. Il est aussi une invitation à une belle échappée. C’est peut-être le rôle du « v » comme une vague levée au milieu du mot.

On prend là conscience que Genève n'a jamais été une cuvette. C'est un lieu meuble, en formation, que creuse le courant d'un fleuve, une rivière. Une ville qui a toujours été un lieu de confluences et de passage, d'accueil et de départs, de refuge sur le fleuve de la vie.    

Genève, ville d'eau

Entrer dans la rue de la Gravière, c’est tourner le dos aux entrepôts, à une bretelle d’autoroute, à l’empilement des cubes de la zone industrielle, se rappeler que Genève est une ville d'eau. Et l'eau, c'est la vie, un constant renouvellement.

Au bout de cette rue, il y a un rideau d'arbres portant une invitation à s'y glisser pour basculer dans la féerie : l’Arve, ondoyante, qui vient de France voisine... et y retournera, à Marseille.

Là, on va de l’ordonné à l’organique. On part du béton pour l’aquatique, emprunte une voie rectiligne qui irrigue la zone industrielle, la rattache à la rivière, aux branchies gonflées des brochets dodus des profondeurs.

On laisse de côté, comme des troncs morts ou les blocs de séracs d'un glacier, une menuiserie, une carrosserie, un institut de danse, d’aérobic ... une nouvelle PME et les projets du PAV.

La rue de la Gravière n’est pas « ONE WAY», nous ne sommes pas aux USA ici, et les passants du dimanche se croisent lentement. Hautes cheminées de fer blanc, trois tubes pointés vers le ciel. Une herse fait résonance avec une autre structure absolument verticale : la Parfumerie, ancienne usine à parfums, désormais dévolue aux arts de la scène.

La Parfumerie et le théâtre du Loup: résurgence des odeurs et de l’animalité : Loup, Terre, Eau. Et puis aussi La Gravière, espace culturel, lieu pour danser, être léger, transpirer. Un espace où se faire bercer ou remplir les oreilles par un flot de musique. A côté, et posé en pleine terre le radeau des Colis du Coeur où se distribuent des rations de survie : à manger et à boire, pour ceux qui sont, dans cette vie, pour un temps, à la rue.

Au sol : les traces des fêtes de la nuit. Le passage est interdit aux voitures. Espace réservé aux marcheurs, promeneurs.

 

Les noms des rues portent les traces de la rivière

Si on remonte l’Arve, on tombe sur la promenade des orpailleurs. On y est dragué vers La rue du clos de la fonderie, puis entraîné vers celle des tireurs de sable. Il est alors impossible d’échapper à la route des péniches. Les rues portent les noms du rapport de l'homme avec son environnement immédiat.

C’est toute une vie et une histoire que la rivière magnétise. Et tout proche, le Rhône: promesse de fugue vers Marseille, ses parfums de fleur d’oranger et de pins, de pétrole et de bouillabaisse. Ou vers l'est : la lente remontée vers un arrière-pays montagneux fait de roc, d’eau boueuse, de bouquetins, et de fromages secs comme du granit.

Genève, ville de confluences, établie sur un fleuve, en mouvement constant, qui se moque des frontières.

Genève, rue de la Gravière, dont l'eau porte le poids... comme la légèreté. 

 

 

19:51 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géopoétique, gravière, genève. | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/07/2015

Soirs après soirs

Nous sommes et resterons libres. Libres de nos corps, libres de notre esprit, libres de notre argent gagné à la sueur de nos culs et de nos cerveaux. Libres comme des oiseaux migrateurs habillés de couleurs somptueuses, survolant de très loin la misérable boue où l’on voudrait nous enterrer. – Grisélidis Réal- 

 

Il9dSHLfQH6znRxJ64zLasErJJGEhsujK52BuCZSmxk.jpgMardi.

Les mecs reviennent, en redemandent, ça me valorise. Beckett, quand on lui demandait pourquoi il écrivait disait : « bon qu’à ça ». Je ne dirai pas que je suis bonne qu’à ça, c’est un moment de mon histoire. C’est du provisoire, ça ne va pas durer ; ça fatigue trop les horaires inversés.

 

Se retrouver tout le temps dehors, toute l’année, ça casse. C’est un métier difficile, mais j’ai besoin d’être seule, dehors, ne dépendre de personne. J’aurai pu travailler sur des chantiers aussi.

Tu vois, cet imposant bâtiment du musée d’Art et d’Histoire ? En Italie, j’étais reléguée dans la zone, les troisièmes cercles, ni salon, ni rue mais les zones portuaires ou industrielles. Là-bas, tu as tous les tarés qui viennent, déambulent, tu es livrée à l’extérieur comme une bête. C’est une rude école de vie... si tu survis. J’ai survécu. J’ai eu de la chance. Ici je travaille proche de Valloton, de Picasso et de Braque, avec même une vue sur le jet d’eau. Les banquiers et les avocats pullulent. C’est bon pour moi. Même s’il y a plein de cons.

 

Le bus là-bas, c’est celui de l’association Aspasie qui soutient les travailleuses du sexe. Elle l’ouvre les mardis et jeudis, pour de la prévention. Elle offre du café chaud et des biscuits, des petits sachets en plastique avec des capotes. Tu ne verras jamais un client venir avec son préservatif. De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. La préservation, tu dois te la donner, te la construire, matériellement comme psychologiquement ; être forte de l’intérieure.

 

 

Parfois, on se retrouve six ou sept femmes dans le bus. On se tient chaud, on rigole. Le temps d’un thé, on échange les dernières nouvelles, nos expériences. On finit par se connaître toutes. On jauge les nouvelles, les connes, celles qui ne sont pas réglos et cassent les prix. C’est le trottoir qui prouve qui tient la route, pas le blablabla ou leur frime. Il y a des filles qui viennent deux soirs et que l’on ne revoit plus. Après le bus, on retourne dehors, et c’est chacune pour soi. C’est le boulot avant tout, le boulot qui veut ça.  Les lois du marché.

 

Je suis croyante. L’église russe est plantée là-bas, juste derrière le pont qui barre le boulevard. Son toit bombé se découpe sur le ciel. Je travaille dans un quartier bourgeois. Une partie du périmètre est interdit pour le travail de nuit désormais. On ne passe pas la rue François Bellot, ne met pas nos escarpins sur Rodolphe Töpffer, Galland, Romilly. Même la rue Emilie Gourd, ils nous l’ont interdite. La féministe se retournerait dans sa tombe.

 

nyJ3GWqn-6_6w97ipMh8Frxu1nA_90JY0RmJgg95_Po.jpgLes bourgeois ne veulent pas de filles qui travaillent sous leurs fenêtres. Ce sont pourtant eux, comme tous les autres, que je vois passer en bagnole quand leurs femmes sont couchées, et qui nous emmènent au parking un peu plus loin pour jouir avant de nous ramener.

 

Les bons pères de famille, les papas avec le siège enfant réglable à l’arrière, porte-skis sur le toit, font leurs tours, obnubilés par nos cuisses, obsessionnels de nos nibards, nous éclairant dans leurs phares. Ce sont les mêmes qui nous interdisent de travailler en bas de chez eux. Pour rien au monde, ils n’aimeraient être associés au sexe tarifé.

 

Magistrats, juges, avocats, ils essaient de te baiser sans capotes avant de retourner dans leur lit douillet vers leur femme, prétextant, si madame se réveille et demande des comptes, une réunion qui a trop duré.

 

Photographies: Tous droits réservés Eric Roset www.eric-roset.ch

08:26 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prostitution, genève. | |  Facebook |  Imprimer | | |