sylvain thévoz

09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

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05/04/2018

Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

 

Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

 

La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

 

Un gros problème d'humanité

Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

 

Assez de technocratisme !

1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

A gauche !

Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

 

[1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/inter...

 

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29/03/2018

Passer à l'Action

csm_ACTIONS_logo_low_e88433c644.pngLa maison de quartier des Eaux-Vives m’a proposé de participer au projet Actions de Yan Duyvendak[1]. Ce projet de théâtre action a pour objectif de constituer une arène démocratique où des acteurs différents : requérants d’asile, politiques, fonctionnaires, travailleurs sociaux, sont réunis et ouvrent en présence d'un public le débat de la migration durant presque deux heures.[2]

Je ne savais pas à quoi je m’engageais, mais j’ai accepté, immédiatement. D’abord parce que j’habite à quelques centaines de mètres du foyer Frank Thomas, qui accueille des requérants d’asile, et que la maison de quartier me semblait être un lieu parfait pour ouvrir ce genre de débat, ensuite parce que la question de la migration, les conditions pratiques avec lesquelles sont accueilli.e.s celles et ceux qui arrivent à Genève est primordiale, et l’urgence d’en débattre manifeste.

Mais surtout, parce que si l’on parle de migrations et de migrant.e.s, quand est-ce que concrètement l’on s’en parle, face à face, et cherchons ensemble des solutions pour réduire les distances entre nos vies, contenir le rythme de celles-ci qui repousse certains dans les marges de l'indifférence. 

Participer à Actions était une bonne manière d’élever le niveau de conscience politique et éthique concernant la responsabilité envers autrui pour faire émerger des moyens concrets, ensemble, pour améliorer concrètement les situations de vie de, celles et ceux qui sont accueilli.e.s, et la compréhension de celles et ceux à qui il revient d'accueillir.

  

index.jpgUne méthode de travail

Le projet Actions est efficace. Il propose, à l’aide des outils du théâtre (production, dramaturgie, direction), un cadre pour poser et faire avancer un débat dynamique. Il permet, à l’image du dispositif des chaises placées en cercles concentriques, de progresser d’une manière circulaire, sans tomber dans l’opposition ou les contradictions conduisant aux blocage usuels.

La puissance de ce projet est celui de contraindre à croiser les divers points de vue, sans attribuer à quiconque de monopole de la parole ni céder à la tentation d’un locuteur tout puissant. Cela permet ainsi à chacun.e de s’exprimer de là où il, elle, se trouve et mettre ainsi le spectateur face à un déroulement qui, certes est un spectacle, mais plus réel que la réalité, est surtout une sorte de condensé de celle-ci.

Celui qui participe réalise alors que, s’il est un spectateur, il est profondément, comme humain, un acteur responsable. Il est alors amené, à la fin de la soirée, à s’engager, en remplissant une fiche sur laquelle il va poser ses propositions, ses disponibilités, pour réaliser des actions concrètes.

 

C'est le face à face qui nous change

Participer à Actions m’a permis de mieux comprendre la situation des migrant.e.s. Lorsque l’on est confronté à la parole de l’autre, à son corps et son visage, on ne peut s’y dérober. Les fantasmes ou les allégories sur les migrant.e.s disparaissent sous la force du témoignage de celles et ceux qui se lèvent pour parler de leur vécu. Elles nomment alors l’incompréhension, les blocages de la langue, l’éloignement, la souffrance, le rapport kafkaïen aux règles et règlements, le sentiment d’avoir quitté une prison pour une autre, et l’inhumanité des mécanismes administratifs.

Ces paroles sont de celles qui transpercent. Le dispositif d’Actions permet de constater que chacun.e, selon là où il est placé, fait de son mieux (ou au moins pire). Autant le travailleur de l’Hospice général que le fonctionnaire du bureau de l’intégration des étrangers assument leur position, qui est loin d’être simple, et jouent leur rôle, au sens propre comme au sens figuré.

Il n’y a pas ici des victimes et des bourreaux, des situations binaires, mais des humains embarqués dans une histoire.

D’une manière complexe, et peut-être tragique, nous sommes au final toutes et tous placés dans un système qui, à partir de notre place dans celui-ci, oriente nos conduites et nos paroles, limite nos choix ou les oriente. Vous avez beau faire le même voyage en autobus, selon que vous êtes assis ou debout, ou avec quelqu’un qui vous écrase le pied, ce ne sera clairement pas le même trajet. Qui refuserait de soulever son pied si on lui disait clairement qu'il pèse sur celui d'un autre?

 

Pas une posture morale, mais un chemin éthique

Nous sommes responsables des systèmes que nous constituons et donc alimentons, passivement ou activement. Il s’agit donc de mieux comprendre les enjeux structurels et collectifs pour les changer concrètement.

Si nous bénéficions de la force des systèmes, pourquoi leur donner tant de puissance quand ces derniers contraignent fortement d’autres êtres humains ? Nous sommes responsables des alliances que nous tissons avec celles et ceux qui subissent le plus durement des inégalités. Qu’est-ce qui fait que nous nous sentons liés, ou pas, à la souffrance d’autrui? 

Le projet Actions permet de passer d’une position distante et/ou indifférente à une position responsable. Ce projet place chacun.e devant le visage d’autrui et oblige, comme l’énonçait le philosophe Lévinas, à y percevoir au-delà d'une simple image ou reflet, une existence et une exigence, celle de mon entière responsabilité envers cet autre comme moi-même. Et donc, selon ses paroles, ses attentes, ses besoins et les miens, de passer rapidement à l’action pour ne pas être spectateur et ultimement complice des injustices, mais bel et bien un acteur engagé et responsable.     

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=BQjvtdEZcqI

[2] http://www.duyvendak.com/index.php?/performances/actions/

17:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théatre, actions, duyvendak, migrants, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/02/2018

Maudet veut en finir avec les Fêtes de Genève

fêtes de genève, tourisme, économie, maudet, genève La faillite de Genève Tourisme dans le dossier des fêtes de Genève est sans appel. Pertes financières des éditions 2016 et 2017 (déficit cumulé de 9.2 millions de francs), mais surtout du Conseil d'Etat où malgré les conseils professoraux et fort tardifs de Pierre Maudet, l'incurie de l'Etat a été totale.

Le magistrat en charge de l'économie du Canton arrive bien tard pour se poser en donneur de leçons alors qu'il a laissé filer les éditions précédentes et même affirmé que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève étaient sans importance, bafouant au passage la démocratie. 

 

Une tentative de hold-up

La tentative de hold-up est grossière. On résume. 1) L'Etat ne contrôle pas Genève Tourisme qui fait faillite dans sa gestion des fêtes. 2) Maudet, magistrat à l'économie annonce que les votations municipales du 4 mars sur les fêtes de Genève n'auront aucune importance 3) Il annonce dans la presse qu'il compte utiliser les 16 millions de Genève Tourisme pour faire la promotion des hôtels, des congrès et des cliniques privés! Au final : fin des fêtes, et des millions ai service des intérêts du privé. La tentative de hold-up est parfaite. Les Genevois-e-s se laisseront-ils faire?

Pierre Maudet se pose aujourd'hui en fossoyeur des fêtes alors que l'Etat n'a rien fait pour assurer le suivi de la perception de la taxe touristique. 16 millions laissés flottant depuis des années!

Dans certains pays on demanderait la démission du ministre en charge de l'économie pour un tel scandale. A Genève, non, pas encore. Après deux éditions désastreuses, tout le monde est désormais d'accord pour dire que les fêtes doivent évoluer. Mais est-ce à la population, attachée aux fêtes, d'en payer le prix? Non. Est-ce à Monsieur Maudet qui n'a pas pu empêcher la faillite de proposer un nouveau projet ? Sûrement pas. 

 

Ce n'est pas aux Genevois-e-s de payer le prix du hold-up

Voilà des années que la Ville de Genève se bat pour que Genève Tourisme évolue, mette plus en avant la culture, et pas seulement les congrès et les banques. Aujourd'hui Maudet veut toujours plus... de la même chose, laissant à la Ville l'héritage de son incurie.

Parlant d'une fête de 4 jours seulement en 2019, si on suit Maudet, c'en est fini de la fête populaire pour les genevois-e-s. Le magistrat à l'économie pense lui aux... cliniques privées pour valoriser notre ville comme destination de référence pour une clientèle fortunée.

En résumé, le magot de 16 millions sur lequel Genève Tourisme est assis risque de ne plus du tout revenir aux Genevois-es. Ce magot, le PLR veut donc le mettre à disposition des cliniques privées, des congrès et de l'élite, des cinq étoiles et des joueurs de golf! [1]

De plus, Monsieur Maudet est drôlement culotté quand il affirme vouloir charger la Ville d'organiser de nouvelles fêtes en été...  alors que son groupe PLR coupe dans les budgets culturels et sociaux chaque année et n'arrête pas de vouloir moins de vie en Ville. Faudrait voir pour accorder ses violons du côté du PLR.

 

Votations du 4 mars : la population a son mot à dire

C'est donc aux habitant-e-s, le 4 mars prochain, de faire entendre leur voix, et de dire s'ils souhaitent soutenir une initiative populaire qui ramène les fêtes à 7 jours et charge la Ville de les organiser, laissant ainsi le magot de Genève Tourisme dans les mains des vendeurs de clinique privées, ou s'ils soutiennent le contre-projet qui demande au moins 11 jours de fêtes pour toutes et tous, exigeant de Genève Tourisme et du Conseil d'Etat de s'y impliquer en proposant autre chose que la vente internationale de Genève aux élites!

La votation du 4 mars garde donc tout son sens. Elle donne un espoir de pouvoir résister à une vision sociétale du type Monaco-sur-Léman que défend Maudet. Les fêtes populaires et les forains ne doivent pas être sacrifiées sur l'autel de la promotion d'une économie élitiste.

Le 4 mars, je vote Non à l'initiative et Oui au contre-projet, pour éviter que Genève Tourisme et Pierre Maudet n'empochent les millions au détriment de la population.

Aux Genevois-e-s de voter, s'ils ne veulent pas devenir les dindons de la farce.

 

[1]https://www.letemps.ch/suisse/pierre-maudet-veux-un-nouveau-pilotage-destination-touristique-geneve

 

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06/09/2017

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

 

FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

 

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

 

[1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2...

 

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23/08/2017

QDB : Que du Bouchon !

Genève 22 août, 18h. La place des Vingt-Deux-Cantons est totalement congestionnée. Les annonces des TPG sont laconiques. "Circulation dense secteur Cornavin, Gare, place des Vingt-Deux-Cantons" et annonce plus de 30 minutes d'attente pour tous les bus pris dans la nasse et se tamponnant à la queue leu-leu, enchevêtrés au milieu des voitures, avec épars quelques camions. Les ambulances essayent de se frayer un chemin comme elles peuvent, les vélos zigzaguent, un gars de la SUVA voyant ça en ferait un infarctus. Et pour sûr, un trapéziste préférait faire cent fois son numéro de haute voltige que se retrouver au milieu de cet enfer en tant que piéton.

Pourtant, les fêtes de Genève sont finies. Il n'y a pas de manif. Pas d'événement majeur, rien. On assiste juste au quotidien d'une ville aux artères complètement bouchées. Triste spectacle.

Quand les moyens ne sont plus mis au bon endroit, l'incivilité devient la norme

Personne n'est là pour réguler le trafic. On en viendrait presque à regretter le temps béni où un policier assurait la circulation, sifflet à la bouche. Cela permettait de mettre un peu d'ordre dans la gabegie. Parce que là, ça pousse, ça congestionne, ça gueule, ça se met au milieu du carrefour pour gagner quelques mètres. C'est le règne du chacun pour soi, autrement dit: la jungle. Quoique même la jungle, pour sûr, est un espace plus régulé que l'enfer absurde de la place des Vingt-Deux- Cantons. Incivilité générale au milieu de la panade. Chacun joue sa carte individuelle pour s'en sortir, mettant le plus grand nombre dans la misère.

Vous remarquerez, entre parenthèses, que lorsque l'on parle d'incivilités, la droite attirera toujours l'attention sur les tags, les déchets, les mégots de cigarette au sol, mais rarement sur le trafic routier. Cette droite incrimine toujours facilement les conduites individuelles plutôt que de questionner les enjeux structurels. Dans le cas qui nous intéresse, ce 22 août à 18h à la place des vingt-deux cantons, on pourrait dire que c'est moche de passer au rouge et que cela ne sert qu'à rajouter du chaos au chaos. Mais on peut aussi penser : quel intérêt à cogner sur le pauvre automobiliste coincé là-dedans. Quand un système dysfonctionne, c'est légitime d'essayer de s'en sortir par les moyens que l'on a sous la main (ici:  la pédale de gaz). Les responsables sont les dirigeants incapables de fluidifier ce trafic.  

 

La violence urbaine c'est ça, pas des graffitis sur les murs  

J'ai eu une pensée pour la petite dame qui, ce 22 août et sous le cagnard, sortait de chez son médecin et devait attendre plus de 30 minutes son bus. Une pensée aussi pour la personne chargée de ses courses qui aura eu le choix entre marcher 5km ou poireauter 50 minutes, attendant un improbable service publique devenu inopérant, et pour celle qui quittait son boulot et devait encore se faire une heure de transport, malheureusement doublée à cause par l'incurie de certains. 

Ce que l'on avait là sous les yeux, c'était l'échec d'un système dans lequel il n'y avait plus que des perdants de la mobilité. Il n'y a pas eu de choix courageux de fait, mais des mesurette de surface prises pour plaire. Et cela se paie cher sur le bitume.    

Les avions en retard: manchettes ! La ville immobile : un quotidien?

Si Easy Jet a défrayé la chronique pour des retards sur ses vols, et fait la une des journaux, c'est étonnant que plus personne ne s'étonne des retards constants des transport à Genève. Mais alors quoi quand c'est le chaos dans la ville paralysée ça moufte même plus?  Résignés les genevois? Ben quoi on supporte plus une heure de retard d'une compagnie aérienne mais devant un bus on s'habitue, c'est plus la faute à personne...

QDB : que du bouchon. Le voilà le résultat d'une politique de transport désastreuse. Jusqu'à quand les automobilistes accepteront d'être jetés dans une jungle urbaine sans pouvoir avancer, et les autres usagers de la route de rester en rade parce que certains voient encore la Ville de 2017 comme dans les années 60... faisant un mini buzz en mettant des motos sur des voies de bus... alors que tout le monde se retrouve à l'arrêt? 

 

On dira : c'était économiquement, écologiquement, une façon de penser la mobilité désastreuse.

Assez de mesurettes visant à faire le buzz. Il s'agit maintenant de rendre rapidement la ville aux habitant-e-s, en maximisant les transports publics, et la piétonnisation, afin qu'un jour comme le mardi 22 août ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et pas la norme quotidienne des genevois-e-s. 

Il est urgent que l'on passe de ce système où il n'y avait que des perdants, à un autre priorisant les modes de transports afin que l'on puisse dire : l'été 2017 fut le dernier où marcher jusqu'à son domicile fut plus rapide que de prendre le bus.    

 

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18/02/2017

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

meg,musée,culture,genève,expositions,socialQue fait-on le premier dimanche du mois ? On va au musée bien entendu ! La gratuité qu’offre la Ville ce jour-là permet de découvrir les expositions temporaires, mais aussi permanentes, qui enrichissent le patrimoine culturel de la ville. Ce dimanche, on se rend au musée d’ethnographie.

Plus de communication, moins de contenu ?

Tenté par l’article du Temps qui annonçait une exposition pour dépassionner le fait religieux, on pensait que le MEG allait empoigner un sujet politique.[1] Or, d’expo, il n’y en a pas. Il s’agit simplement d’un parcours interactif au sein de la collection permanente proposé par la Plateforme interreligieuse de Genève[2].

Joli coup de pub donc, mais rien de nouveau sur le fond. Passée la déception, on slalome dans les collections en s’aidant du dossier : « objets du sacré, au cœur des pratiques religieuses », publié aux éditions Agora par la plateforme interreligieuse. On se demande alors pourquoi il faudrait dépassionner le religieux, quand le thème de la laïcité anime fortement la République. Qu’est-ce qui fait si peur dans la religion ? Le fait religieux est-il tabou, à prendre avec des pincettes ? Il serait intéressant d’y réfléchir. Mais l’appât du parcours interactif ne le fait pas. Dommage.

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

Les vitrines sont décidément bien froides pour rendre vivant quelque débat que ce soit. Certes, on a renouvelé l’étiquette sur les collections, et le MEG sait très bien communiquer, mais dans le fonds pas grand chose à se mettre sur la dent, hormis un esthétisme hipster évoquant une ethnologie postcoloniale.

La dimension apolitique de l’exposition permanente, bien loin de dépassionner les débats, les évacue. On feuillette Totem, le magazine du Musée ethnographique. Les prochaines activités portent sur le 14  février, la drague, des poncifs sur le tour du monde, ou l’initiation à la batucada, la chasse aux oeufs. Le MEG est-il devenu le Disneyland de l’ethnographie ? Certes non, le FIFDH (festival international des droits humains) apportera une projection-discussion le 18 mars autour du film « The opposition », sur la construction d’un complexe hôtelier en Papouasie-Nouvelle-Guinée- sur des terres autochtones. Il semble qu'il y ait ici et là des occupations de salles possible...

Une exposition temporaire ? Revenez dans 3 mois !

Pas d’exposition temporaire en ce dimanche pluvieux. L’exposition Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt s’est achevée au MEG le 8 janvier. Elle mettait en avant une sélection d’objets provenant de l’aire caraïbo-guyano-amazonienne avec force artefacts et céramiques. L’exposition suivante, l’effet boomerang, les arts aborigènes d’Australie débutera… mi-mai. Des thématiques toujours rassembleuses, dont on finit par craindre de ne pas trouver d’ancrage avec le quotidien ou les dimensions sociales actuelles des personnes qui vivent dans ces territoires. L’ethnologie façon MEG, une euphémisation des enjeux sociaux ?

Le nombre de visiteurs augmentent ? Mais au-delà des nombres, quel sens ?

On se rend alors à l’exposition permanente : « les archives de la diversité humaine », titre grandiloquent en regard de ce qui est montré. Quelques travaux de maintenance rendent des espaces inaccessibles jusqu’à mi-février. Au final, l’espace d’exposition est réduit comme peau de chagrin. Dans ce nouveau bâtiment, on se retrouve devant les vitrines du MEG classant par aire culturelle les objets comme dans les souterrains du château de Moulinsart. Le joyeux tohu-bohu dans les couloirs du MEG fait certes oublier un instant les interrogations chagrines. Les familles sont nombreuses, les enfants joyeux. Mais est-ce vraiment l’un des succès du musée, que d’en faire l’équivalent d’une maison de quartier ?

Un panneau l’annonce à l’entrée : les habitant-e-s- (sic) du Centre d’Anière nous font le plaisir de venir partager leurs traditions. Danse et musique de Guinée, danse et musique d’Afghanistan, Danse et musique du Sri Lanka, Danse et musique d’Erythrée animent tout au long de la journée les espaces en continu. La salle est pleine et les enfants s’amusent à faire des rondes, avec un DJ qui fait danser son monde. Mais rien ne sera dit de plus sur la situation de ces personnes, ni de leurs quotidien dans les foyers de l’Hospice Général...on aurait pu souhaiter une dimension relationnelle plus marquée.

Pour un Musée d’ethnographie empoignant les enjeux du monde

Arrivé au bout de la visite, on a l'impression d’un rapport superficiel, apolitique, du rapport à l’autre. Et on ne peut s’empêcher, en méditant sur les artefacts kanaks, malgaches ou maoris, d’être surpris du manque d’informations sur leurs combats, la dimension sociale de leur quotidien. Placé devant ces artefacts ramenés d’autres siècles, on ignore tout de ces peuples actuels, de ce qu’est leur diversité. Pourquoi ?

Certainement il faut des danses et de jolis objets pour égayer un dimanche pluvieux, intéresser les enfants. Mais si ces animations devenaient la raison d’être du musée, il nous semblerait manquer cruellement d’ambition et de vision, et donc trahir sa raison d’être. A trop aseptiser et esthétiser le discours sur l’autre, que reste-t-il au final de la diversité, de l’altérité et de ses difficultés ?

Alors, à quand des expositions au MEG sur le monde ouvrier, le capitalisme, le pouvoir, la lutte féministe, le terrorisme ou les migrations, par exemple ? A quand des expositions qui nous chamboulent et nous rendent à nos responsabilités de citoyen-ne-s, d’êtres politiques, et nous interpellent sur les rapports de domination du quotidien ? On aimerait du sens, de l’engagement, on en a besoin, vite. Et tant mieux s'il y a des jeux pour petits et grands pour faire vivre tout cela !  

 

 

Une version de ce texte est parue dans la journal Gauche Hebdo du samedi 18 février

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2017/01/12/une-expo-depassionner-religieux

[2] http://www.interreligieux.ch

 

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01/12/2016

Tram rose ou delirium tremens ?

tram-rose.jpgQuand il  me prend dans sa rame, il me porte très loin, je vois la Ville en rose...

Dès ce jeudi 1e décembre, pour sûr, les Genevois-e-s fredonneront Edith Piaf et se frotteront les yeux en le voyant passer. Qui ? Le tram tout rose de la ligne 14 customisée par l'artiste Pipilotti Rist dans le cadre du projet art et tram.[1]

Initié en 2009 par cinq communes accueillant la ligne du tram 14, Lancy, Onex, Confignon, Bernex et la Ville de Genève, le projet art et tram a piqueté cette ligne de projets artistiques.

Pour rappel, on peut déjà admirer  : l'oeuvre de Silvie Defraoui sur les trois arrêts successifs de la commune de Lancy, Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts, la sculpture monumentale de 10 m de haut, représentant une figure humaine en position debout d'Ugo Rondinone à Onex, les mâts et lampadaires tordus d'Eric Hattan à la croisée de Confignon. Le projet de John M Armleder dans le passage "Gotham City" sous les voies de Montbrillant et le projet de beautiful bridge de Lang/Baumann sont à réaliser encore.

Le Canton de Genève a assuré la réalisation de ces projets, avec la participation financière des communes concernées. A ce jour donc, cinq interventions artistiques permanentes sont réalisées ou à réaliser encore le long de la ligne 14, auquel s’ajoutera, dès ce jeudi 1e décembre, le Monochrome Rose de Pipilotti Rist.[2]

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgVoir la ville en rose

C'en est donc fini de la grisaille de novembre, des habits noirs, du bitume sombre. Une flèche rose va débouler dans la ville, ouvrir la première fenêtre du calendrier de l'avent à toute volée. Le plus intéressant ne sera pas seulement de voir passer le tram rose ou même d'y monter, mais dans et autour du tram ! Grâce à un réseau orienté vers la pratique, Kuverum, groupe de médiateurs culturels de toutes les régions linguistiques de la Suisse, liant médiation culturelle et formation, sont venus éprouver la ligne 14 et réfléchir à des propositions culturelle et de médiation pour le tram rose.

Les dix premières offres de médiation culturelle qui émanent de cette démarche sont séduisantes. Elles proposent d'utiliser l'attraction du tram pour inviter les écoles, les institutions, les groupes à se l'approprier, faire avec des actions simples, réfléchies et accessibles, de la culture, un facilitateur social inspirant.

Impliquant le Muséum d'Histoire Naturelle, invitant à se faire des compliments, mettant en forme des idées autour de la couleur rose, investissant les écrans du tram, il ne sera bientôt plus possible de lire son 20mn ou tapoter sur son téléphone mobile de la même manière dans ce tram là... Bienvenue à cette autre manière d'explorer la ville en quelque sorte. Après, si c'est trop, on pourra toujours prendre le tram suivant, aller à pieds sous la pluie.

Les Genevois-es s'approprieront-ils ce tram rose? Oseront-ils rêver la ville en rose dans celui-ci, ou sera-t-il réduit à un exotisme coloré et singulier ? Réponse dès ce jeudi... et tous les jours de l'année ensuite, selon les désirs de chacun-e. Durée d'exploitations prévue: 30 ans.

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgInvitation à chacun-e à participer

Chacun-e- est désormais invité à participer à l'aventure du tram, pensé en quelque sorte comme un outil de médiation culturelle et sociale pour vivre la ville autrement. Plusieurs options sont déjà offertes: suivre l'une des médiations déjà réalisée, et envoyer des photos et des textes de son expérience avec celle-ci ; proposer un projet personnel grâce à l’appel à projets (l'appel à projets‬) ; initier une action liée au tram Monochrome Rose, et l'envoyer à l'adresse suivante :info@roseexplose.ch

 

Alors : tram rose ou delirium tremens? Un peu des deux peut-être en fait.

Certainement, une initiative osée de médiation culturelle permettant d'aller à la rencontre des gens.

Cela commence ce jeudi 1e décembre à 14h au Rond-Point de Plainpalais, par la manière la plus traditionnelle qui soit, une inauguration, et un petit apéro... au rosé évidemment.

 

 

[1] http://www.art-et-tram.ch/

[2]http://www.roseexplose.ch/fr/index.html

[3]http://www.kuverum.ch/fr_index.php

 

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22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

31/10/2016

A celui qui prend le vent toujours du bon côté

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Tu as remarqué, il prend le vent toujours du bon côté.

Quand il y a une mauvaise nouvelle, c'est un chef de rang qu'il envoie pour la présenter. Quand il a commis une faute, c'est un fusible qu'il fait sauter. Quand sa responsabilité est engagée, c'est qu'un autre que lui aurait dû la porter. Quand il ne sait plus qui désigner, c'est au collège dont il appartient qu'il convient d'assumer. Il a toujours sous son bureau une voile de kit-surf, un parachute à ouverture rapide, une cagoule à cravate souriante pour se dissimuler.  

 

Ne lui demande pas son bilan, ne lui demande pas de trancher.

Il prend le vent, toujours du bon côté.

 

L'élu cerf-volant

 

Quand la décision est légère, cosmétique, il sera bien présent. Il jouera même des coudes pour se mettre en avant.

Si elle est difficile et risquée, tu ne le verras pas sur le pont. Il s'esquivera sans couper le ruban.

C'est mathématique, une sorte de météorologie politique.

Si tu veux voir où il penche, cherche la ficelle qui le sous-tend.

L'élu cerf-volant.

 

Au final, entre prise au vent et poudre d'escampette, il n'y a qu'un souffle.

L'astrologie est une science plus rigoureuse que sa volonté d'affronter les tempêtes.

Communiquer, c'est assurer sa promotion, cela requiert la plus grande part de son énergie.

Pour le service après-vente, tu repasseras.

 

Tu as remarqué, il ne décide pas, il fait des pas de côté, tangue et louvoie pour apparaître toujours souriant.

Il délègue, multiplie les échelons, sous-traite, déresponsabilise, charge d'autres du poids des décisions dont il s'est affranchi,

s'efforçant toujours de ramasser la mise médiatique

le pactole du plébiscite, sans être plus que cela lié à son parti.

 

Gouverner, c'est...

 

Gouverner, c'est un play-back pour lui

en suivant le rythme, il peut faire illusion

tant que les conseillers personnels écrivent le script

que tout le monde le suit et bat des mains.

 

Il n'y a rien à rompre, puisque rien ne tient

la flexibilité, c'est de ne rien risquer

toujours se contorsionner en mimant bien les mouvements.   

 

On se sent plus léger à suivre l'air du temps.

Mettre le nez au vent, se laisser porter,

c'est plus inconsistant ainsi.

 

Gouverner, c'est humer

Gouverner, c'est flairer

Gouverner, c'est lever la patte, toujours du bon côté

et aboyer de temps en temps.

 

Vous riez avec ou contre moi...

Toujours prendre les courants ascendants, c'est son programme.

Et si ça ne marche pas : il se victimise. Vous riez avec ou contre moi : son leitmotiv. Ramener le débat au niveau de l'infantile -tous des jaloux, des vilains- et la politique a la gestion de sacs de bonbons, ou à celui qui grimpera le plus vite sur l'arbre. 

C'est un autre qui décide, quoi qu'il en soit, pas le choix, il faut le faire, c'est la loi qui l'oblige, la norme qui l'impose, la structure qui le porte.

Toujours avec l'image en tête, la mèche bien collée sur le front,

faut pas que ça déconne.

 

Je suis, donc je ne décide pas

Ne lui demande pas ce qu'il croit, ne lui demande pas ce qu'il pense. 

Tu ne seras pas plus avancé.

Postures, mouvements, glissements et déplacements

ce qu'il appelle consultation populaire est l'équivalent du bonneteau

cela permet d'asseoir une décision déjà prise, plutôt que de la faire naître.

 

L'humour potache est une forme de cynisme pour parfumer l'air ambiant

dans la violence d'éviter les débats de fond.  

 

Gouverner, il dit, c'est étendre ma surface d'exposition

accroître ma visibilité

prendre le vent, toujours du bon côté. 

 

Gouverner, c'est glisser.

Gouverner, c'est lisser.

Gouverner, c'est assurer mes arrières

profiter des rebonds.

Et comme je suis populaire... je vous emmerde.

 

Créer les conditions climatiques d'un air sec et brûlant

 

Il ne s'excusera jamais. Il ne dira pas : je me suis trompé, c'était une erreur.

Qui saisira le vent comme responsable, incriminera le courant d'air? 

 

On est passé du solide au liquide, désormais à la période du gazeux et des vents.

Si tu veux rendre compte de l'inanité de certains, tu diras : tous vaporeux!

Et tu te rappelleras d'un récit où le souffle soudain dispersa la paille. 

 

Le tous pourris n'est plus d'actualité.

Pour que cela pourrisse, il y faut encore de l'humidité. 

Nous sommes entrés dans un climat sec et assourdissant

où la pensée est flexibilisée jusqu'à devenir cassante.

 

Mais dans cette sécheresse de la pensée, parmi les habits de flanelles

certains rappellent qu'une étincelle seulement suffirait à mettre le feu.

 

 

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17/10/2016

Le Grand Théâtre va dans un champ de mines en chaussons

Le ministre de la culture israélienne Miri Regev a appelé ce dimanche la municipalité de Haifa à annuler le concert d'un rappeur israélien d'origine arabe Tamer Nafar.[1] La municipalité, sous pression, a déplacé le concert du rappeur à une heure tardive. L'annulation du concert est désormais envisagée. Au début du mois, cette même ministre de la culture était sortie d'une salle au moment de la lecture d'un texte du palestinien Mahmoud Darwich[2], l'un des plus grands poètes du XXe siècle, pour marquer sa négation de la voix du poète décédé. Petit rappel encore, en mai 2012, Miri Reguev avait participé à une manifestation anti-immigration appelant les immigrés soudanais un "cancer dans notre corps", avant de s'excuser... auprès des personnes atteinte de cancer pour ses propos! Les artistes et les institutions qui ne respectent pas la culture d'état sont visés par des coupes franches, stigmatisés.[3]

 

Il y a désormais, en israël, une "bonne culture", la culture officielle, politiquement servile ou à tout le moins peu dérangeante, et une autre, à bannir, censurer, qui est chaque jour plus étouffée dans un climat délétère.


Le ballet à la baguette

Ces événements éclairent avec acuité l'urgence du débat lancé par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) Suisse concernant la tournée du ballet du Grand Théâtre Genève (GTG) et du ballet Béjart Lausanne à Tel Aviv.

Que demande BDS au Grand Théâtre Genève par sa lettre ouverte adressée fin septembre à l'institution culturelle[4]? De ne pas danser avec un régime d'Apartheid; que le Grand Théâtre Genève renonce à se produire à Tel Aviv dans l'opéra national (israel opera) financé par l'Etat israélien pour redorer son blason et renforcer sa légitimité internationale.

Le mouvement militant souhaite aussi attirer l'attention des autorités genevoises sur l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d'un régime d'occupation. La colonisation israélienne se poursuit, les droits de l'homme y sont constamment violés et les résolutions de l'ONU toujours pas respectés, alors que l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens reste encore une chimère. 

Dans ces conditions, comment aller danser à l'opéra de Tel Aviv la bouche en coeur, quand 20km plus au sud des gens sont bouclés dans ce qui est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Cela est choquant.

Cette démarche aventureuse de la part du Grand Théâtre Genève mérite des explications. Il me semble important de lire la lettre de BDS[5] et d'appuyer leur démarche.

 

Le Grand Théâtre de Genève pourrait-il répondre?

On peut trouver la démarche de BDS trop radicale. On peut penser que le boycott ne soit pas la meilleure manière de faire avancer une cause. On peut aussi nier l'exemple de l'Afrique du Sud et son régime raciste qui a vacillé lorsque la communauté des états et l'opinion publique l'ont confronté à sa nature non-démocratique. On peut faire fi du fait que le mouvement BDS émerge de 171 associations et organisation non gouvernementales palestiniennes, qu'il est internationalement soutenu. On peut fermer les yeux, ou regarder ailleurs, ou se dire que l'on irait pas en Corée du Nord, mais qu'en Israël oui, pourquoi pas, il n'empêche, la question mérite d'être posée : faut-il aller donner un surplus de légitimité à un état qui se moque de la liberté d'expression, censure les voix qui contestent son hégémonie, et viole le droit international ? 

Sous la culture le cynisme ?

A cette question, un chef d'état répondra certainement d'une manière différente qu'un directeur d'opéra.  Las, le directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, lui, répond dans le Courrier[6] avec pragmatisme et un brin de cynisme qu'il "s’agit d’une collaboration artistique et que le Ballet du Grand Théâtre de Genève a répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel nous entretenons des relations très amicales." A ce jour, le ballet genevois ne semble pas avoir l’intention d’annuler ses dates (du 19 au 22 décembre) avec son très amical partenaire. Pourrait-il toutefois prendre soin de répondre directement à BDS qui l'a interpellé ? Ce serait la moindre des choses pour une entité qui prétend servir le dialogue et la culture. 

L'argument de dire qu'il faut que la culture soit un pont, un lien, et qu'elle doit aller partout est un argument à retenir. Mais il devient naïf ou cynique, si derrière ce mot "culture" se loge une ignorance ou un refus d'assumer dans quel contexte on va se produire, quel pouvoir est servi, et quel sera la récupération dont sa présence se verra affubler. 

La culture rapprocherait les peuples ? Encore faudrait-il qu'elle puisse s'adresser à tous!

Le Ballet Béjart de Lausanne est allé en octobre en israël. Cela n'a empêché en rien la censure du rappeur arabe Tamer Nafar. Si vraiment le Grand Théâtre Genève veut défendre le dialogue et la paix par la culture et la liberté d'expression, pourquoi ne s'engage-t-il pas à aller jouer aussi à Ramallah, ou ne fait-il venir une troupe palestinienne à Genève? Les interdictions de sortie des artistes du territoire palestinien empêchent ces derniers de s'exprimer sur la scène internationale d'une manière récurrente et avec une brutalité implacable ? [7],[8]  Un commentaire là-dessus de la part du Grand Théâtre Genève serait bienvenu.

Tant que le Ballet du Grand Théâtre de Genève -situé de manière temporaire sur la place des Nations, quel symbole !-  n'aura pas répondu à ces questions et proposé en marge de ses spectacles une action, un discours, qui permettent d'honorer la conception de la culture qu'il prétend défendre ainsi que le rayonnement de Genève, nous oserons lui proposer de rester à la maison plutôt que d'aller avec cynisme danser pour d'autres sur un petit air d'apartheid.

Parce qu'un rayonnement qui vise, avec l'aide d'argent public, à faire le jeu d'états ne respectant pas la liberté d'expression, les résolutions de l'ONU et les droits de l'homme, nous n'en voulons pas. Je pense pour ma part que cela dessert Genève sur la scène internationale.

Il y va d'un certain respect de la neutralité suisse, mais aussi d'éviter que les peuples arabes, pour qui le mot Genève évoque d'abord les Conventions de Genève, le CICR et la neutralité, n'en viennent à croire, à cause des tournées hasardeuses du ballet du Grand Théâtre, que celles-ci sont aussi flexibles et serviles que les torsions de jambes des danseurs et danseuses du ballet du Grand Théâtre de Genève. 


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[1]http://www.haaretz.com/israel-news/1.747782

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich

[3]http://www.theatlantic.com/international/archive/2016/10/...

[4]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[5]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[6]http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

[7]http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-artistes-d...

[8]http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/07/18/khaled-j...

 

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08/10/2016

Croyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous

_DSC0225.jpgCroyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous. La phrase m’est venue en tête lorsque la revue Choisir[1] m'a proposé d’écrire un petit texte sur l’articulation entre le politique et le religieux. Mais comment avancer sur ce terrain délicat? Les débats brûlants et mal-menés autour du thème de la laïcité, de l’islamophobie rampante ; les traumatismes envers un christianisme dévoyé, un temps religion d’Etat dans l’oubli de ses racines ; l’horreur du terrorisme, le visage répugnant de certains mouvements se réclamant d’un islam politique, laissent en effet très peu d’espace pour un dialogue fécond concernant la place de la religion en politique et l’emplacement du politique en religion.

Pire, ces débats, reliquats, ont acculé la religion dans une représentation désuète ou destructrice.

Mon royaume n’est pas de ce monde  

« Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jean 18, 36). Faut-il que les croyants s’inspirent de cette phrase pour rendre les armes et abandonner ce monde à ses tracas, ses nécessaires conflictualités, et affirmer que la foi et le désir de spiritualité n’ont rien à voir avec l'engagement dans le monde ?

Si le royaume promis n’est pas de ce monde, pourquoi le croyant se salirait les mains, ou la soutane, ici-bas? Lutter contre les injustices ne serait pas une aspiration essentielle. La foi serait alors une petite histoire personnelle et intime, une abstention prudente, un recueillement ayant pour objectif la perfection de soi, avec à peine une condamnation chaste et molle des injustices par-ci par-là, et basta.

Arrivé à ce renoncement, pousser jusqu’à en faire une marque honteuse retirée de l’espace public, ou une trace triste longeant les murs, ne demanderait qu’un pas. Que resterait-il alors, dans cette posture, de la radicalité des évangiles et de la démesure du message de foi, appelant à lutter contre les injustices sociales (parce que ce que vous faites au plus petit vous le faites à lui-même, Mathieu 25:40); et en un mot se dépasser soi-même en allant vers l'autre plutôt que se centrer sur soi en le niant. 

 

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Esprit es-tu là ?

Tout l’exemple chrétien invite à approfondir l’amour de Dieu. Pas à le claironner (Mais toi, quand tu fais ton aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite. Mathieu 6:3), ni à éviter honteusement de l’affirmer par des actes et des engagements. Au nom de quoi, ou plutôt en vertu de quelles trahisons, le croyant abandonnerait-il le terrain aux violents et aux corrompus, aux pouvoirs politiques quels qu’ils soient, pour laisser en friche et sans relais la parole libératrice du Christ, de Moïse, de Mahomet et des prophètes ? Inspiration vivace à lutter contre toutes les formes d’oppressions.

Certains ont affirmé que le Christ était le premier des révolutionnaires. Les théologies de la libération ont allié marxisme et foi pour lutter contre les pires dictatures, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), les jeunes chrétiens combattants (JCC) et les mouvements de résistances aux totalitarismes ont combattu sur le terrain politique. Dietrich Bonhoeffer, Simone Weil, Edith Stein, martyrs de la résistance.

Eh quoi, il existerait des chrétien-ne-s pour accepter l’injustice du monde tel qu’il est ? Des chrétien-ne-s qui, en toute conscience, détourneraient la tête devant les violations du droit, les abus et les violences, la destruction planifiée, organisée de l’humain et de  l’écosystème, sans s’engager? Et ils prétendraient être en accord avec la parole de celui dont ils revendiquent le nom ?

 

Séparer le pouvoir de l’Etat… du pouvoir de l'abus

Simone Weil, dans Formes de l’amour implicite de Dieu a cette phrase extrêmement forte : « Tant qu’il y aura du malheur dans la vie sociale, tant que l’aumône légale ou privée et le châtiment seront inévitables, la séparation entre les institutions civiles et la vie religieuse sera un crime. L’idée laïque prise en elle-même est toute à fait fausse. »[2]

Idée agrandie qu'à de la religion Simone la mystique. Dans une société où le pouvoir de l’argent domine, où les inégalités sociales s’accroissent, où la laideur et la vulgarité, tentation de salir et rabaisser accroissent leur emprise, où la discrimination envers les plus précaires est récurrente,  se défier des croyant-e-s et tenir des discours sur la religion datant d’il y a 3 siècles est étonnant et ne semble pas être la première des urgences sociales.

La prétendue neutralité confessionnelle de l’Etat serait de fait un mariage de l’Etat et du néolibéralisme, et parfois avec les ressources les plus crapuleuses du management conduisant à la gestion de l’humain comme une boîte de conserve. L'idolâtrie a décidément de nombreux visages. Ce n’est pas du religieux que vient la plus grande menace pour la société. Le religieux semble plutôt un commode épouvantail pour faire diversion. L'essentiel du combat revient avant tout à séparer le pouvoir de l’Etat du… pouvoir de l'abus;  pas de la croyance ou de l’engouement pour la justice sociale.

Aujourd’hui, la laïcité tient un rôle de cache-sexe étriqué, qui dissimule les pires boursouflures de la compétition, du cynisme et de la reproduction des inégalités ; l’appétence des chiffres, des cadres économiques et des abus de ceux-ci.

L’homme serait réduit à être un dominant ou un dominé, un producteur ou un déchet, sans égard pour sa vie intérieure et sensible ? L’humain deviendrait une matière aussi insignifiante que du sable ou de la cendre, avec la bénédiction toute laïque des fossoyeurs au pouvoir ? Qui pourrait assister à cela sans réagir et s’engager ?

 

_DSC4078.jpgLe politique ne survivra pas sans l’esprit

Hindou, musulman, juïf, chrétien, baha’i,  peu importe. Peu importe qu'ils portent le voile ou non, consomment du porc, du pain sans levain ou pas, plutôt le soir ou le matin, le vendredi ou le dimanche. La seule chose qui compte, c’est si de savoir qui rejoint la règle d’or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ou : fais à autrui ce que tu voudrais que l'on te fasse, et refuser à tout pouvoir, quel qu’il soit, d’user de la violence et de la force pour s’imposer au détriment de la justice sociale.

Croyant-e-s de toutes les croyances, unissez-vous : contre la ségrégation, la domination, la réduction de l’humain à un rouage inerte d’une machine de production, à la négation de sa part spirituelle, unique, miraculeuse : vitale affirmation du souffle, de l'inspiration. A la mort de l'esprit.

 

Je crois donc je lutte

Le croyant dira : je crois, je prie. Je prie, donc je lutte.

Croire, c’est être invité-e dans ce monde, et invité à le changer.

C’est nécessairement avoir une dimension engagée, politique, tout en reconnaissant que l'humain n'a pas le dernier mot sur l'histoire.

Le croyant ne se résigne pas à faire de la religion un petit carré spiritualiste ayant pour vocation de commenter des états d’âme. Les barricades, les arènes politiques et l’espace public sont des lieux d’expression comme d’autres, où refuser tous les abus de droit, qu’ils soient économiques, institutionnels, langagiers ou administratifs.

Tout espace, social, politique, doit être investi, sans aucune retenue ou timidité.  

Car si son royaume n’est pas de ce monde, à tout le moins, des humains vivent ici-bas. 

Et la justice sociale réclame des actes, des engagements... pas seulement des prières.

 

 

PHOTOS ERIC ROSET

www.eric-roset.ch

 

[1] https://www.choisir.ch

[2] in Attentes de Dieu, La Colombe, éditions du Vieux colombier 1950, repris in Simone Weil, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2003, p.730.

 

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12/09/2016

Fêter l'Aïd-el-Kébir à Genève

IMG_7647.JPGL'Aïd-el-Kébir est la fête la plus importante de l'Islam. Elle marque le commencement de la fête du pèlerinage à la Mecque (hadj) pour trois jours, et rappelle le geste d'Ibrahim d'obéissance à Dieu. Dans le Coran, mais aussi dans la Torah ou l'Ancien testament, Ibrahim-Abraham accepte de sacrifier son fils (Ismaël-Isaac) à Dieu. Toutefois, Dieu, au dernier moment, remplace l'enfant par un mouton. Le mouton servira d'offrande sacrificielle, pas l'enfant. Les trois grands monothéismes récusent le sacrifice humain.

 

L'accueil et le lien

Ce lundi matin, la hall1 de Palexpo se remplit doucement. Il est 7h et des centaines de personnes convergent pour fêter l’Aïd ensemble. Toutes origines, nationalités, professions, sexes et classes sociales sont réunis pour prier. Il est touchant de voir les costumes traditionnels côtoyer les costards serrés, les jeunes en casquettes et les aîné-e-s appuyé-e-s sur leur canne se rassembler épaule contre épaule, pieds contre pieds, pour s'aligner ensemble devant Dieu.

On accède par deux escalators à la hall 1. Et si la sécurité indique aux femmes d'aller d’un côté et aux hommes de l'autre, la plupart montent alors par les escaliers pour ne pas être séparés. Et puis, de toute façon, quand ils repartiront, tous seront ensemble. La foule, compacte, la rencontre et la fête se jouent des prescriptions. Et plus tard encore, après la prière, à Balexert, quand on se retrouvera à la Migros pour le petit-déjeuner, tout le monde sera mélangé, donc… 

 

Fête religieuse, fête sociale

On se salue, on se retrouve, on prend des nouvelles des uns et des autres. Il est touchant de découvrir la force de cette communauté genevoise. Jour de fête! Certains ont déjà prévu une sortie à Yvoire, une ballade au Salève, ou de flâner sur les quais en famille, avant le repas du soir, pour lequel le mouton, a bien sûr été commandé.

Le prêche de l’imam : une condamnation ferme de ceux qui, au nom de l’Islam, commettent des atrocités, et plongent ainsi la communauté dans l’opprobre. Un rappel que pour ceux qui volent, escroquent, se comportent mal avec les autres, la valeur de leur prière devant Dieu est nulle... 

Les anciens se souviennent des fêtes de l’Aïd à la mosquée. Celle-ci était devenue trop petite par rapport à la taille de l'événement. Fêter l'Aïd là-bas était bien plus chaleureux que dans ce hangar anonyme, et avec un supplément d'âme... mais que faire? Une femme se rappelle qu’avec ses deux filles, elle se tenait avec l'une sous elle et l’autre dessus – pas évident pour prier-. 

 

Ne pas longer les murs

Rien de tel aujourd’hui. La hall 1 peut accueillir des milliers de personnes. Ils sont peut-être 3'000 ou 3'500 ce matin. Moitié moins que l'année passée, quand l'Aïd tombait un dimanche. Travail, contraintes, difficulté  de prendre du temps sur les obligations professionnelles... Mais finalement le chiffre importe peu, c’est se retrouver ensemble et se recueillir qui compte. L'accueil est chaleureux, chacun-e rappelle l’importance pour la communauté de ne pas se cacher ou avoir honte, mais se montrer telle que l'on est et d'accueillir ceux qui se rapprochent, afin de mieux s'en faire connaître.

Peut-être faudrait-il envisager une autre mosquée, et pourquoi pas des imams suisses qui connaissent mieux la réalité culturelle d'ici, avec des femmes qui géreraient la mosquée ? A discuter, ici et là, on entend le bouillonnement de la communauté. Les forces progressistes sont bien présentes, et ne demandent qu'à s'exprimer.

 

Genève, sa diversité est sa richesse culturelle

Parlant, rencontrant l'une ou l'autre, on prend conscience que ce sont le dialogue, les liens et ponts construits qui nous rapprochent et permettent de vivre ensemble, avec nos différences, nos points communs et même parfois des désaccords, mais jamais en s'ignorant ou se niant les uns les autres. 

La grandeur de Genève, sa prospérité, c'est de permettre cela, de rejouer chaque jour la rencontre quand chacun ose faire un pas vers l'autre, un petit bout du chemin, et respecter les différences.

La fierté de Genève, c'est l'affirmation confiante d'un avenir commun; affirmation à entretenir et renforcer sans cesse.

Rien de mieux qu'une fête pour se retrouver, être ensemble, mieux se connaître, et créer des liens.

Rien de tel, pour lutter contre la peur, l'ignorance et les préjugés, qu'une fête.

Et l'humaine, l'irréductible dignité de chacun-e d'affirmer qui il est, et en quoi il croit. 

 

 

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30/06/2016

Est-il encore autorisé d'autoriser?

Le signe d'impuissance d'une autorité, c'est d'interdire sans régler les comportements et se barricader derrière la sanction sans réussir à régler les enjeux du vivre ensemble. Interdire et punir, solution de facilité, peu efficace, coûteuse et qui fonctionne mal, déresponsabilise les citoyen-ne-s plutôt que de les impliquer dans un rapport positif au vivre ensemble.

Deux décisions récentes, prises en Ville de Genève par le responsable de la gestion de l'espace public, le magistrat Guillaume Barazzone, ont fait beaucoup réagir. L'interdiction, pour les vélos, de circuler dans les parcs, ainsi que l'interdiction pour les citoyen-ne-s d'y griller leurs saucisses[2]. Malheur total à ceux qui roulent en vélo avec des saucisses dans leur sac, les pandores pourront doublement sanctionner ces dangereux "cycloterroristes grillophiles"...

Interdire ne résout rien

Ces interdictions ne vont pas dans le bon sens. Elles marquent un durcissement fébrile. Plutôt que d'arbitrer intelligemment les enjeux de gestion de l'espace public, on bannit. Certes, il y a des tensions entre ceux qui veulent rouler en vélo, et ceux qui ne les voient pas venir, entre ceux qui veulent une ville animée, et d'autres qui en craignent les excès, entre ceux qui ont envie de griller un morceau de viande en plein air, et ceux que la fumée incommode (tout en ingérant en silence des tonnes de particules fines renvoyées par les bagnoles); entre ceux qui veulent dormir, et ceux qui veulent faire la fête, etc. C'est la base de l'espace public que d'être un espace disputé, négocié. C'est l'essence de la ville aussi. 

Accentuer, par des interdictions, les tensions, renforcer les fronts les plus durs, est un mauvais calcul. Surtout, c'est méconnaître les genevois, attachés à leur liberté, et à ne pas se laisser intimider par l'Etat. Franchement, faire appel à la police, pour des saucisses et des boyaux? Où va-t-on ? 

 

Vers un clientélisme de la norme et l'arbitraire

Réguler les enjeux du vivre ensemble devrait être résolu par des politiques de dialogue et de prévention, et l'aménagement d'espaces qui conviennent aux nouveaux usages de la ville. Les interdictions créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent. Elles ouvrent à une dimension ubuesque et arbitraire.

Le magistrat Barazzone rappelle au matin l'interdiction des vélos dans les parcs, mais au soir, il affirme, par son porte-parole, que : "Il ne s’agira pas de faire la chasse à tous les cyclistes mais à ceux qui roulent à tombeau ouvert et mettent en danger les piétons, surtout avec la multiplication des vélos électriques"[1] 

Mais alors, de deux choses l'une, soit on met des panneaux interdisant l'accès aux parcs aux vélos, soit on les autorise. Mais prétendre faire appliquer une loi d'interdiction tout en rappelant une certaine tolérance ouvre la porte à l'arbitraire. Honnêtement, quel usager de parc, pourra s'y retrouver? Et quel cycliste sait aujourd'hui s'il peut pédaler dans un parc ou non, au vu des déclaration contradictoires de Monsieur Barazzone qui souffle le chaud et le froid, sur les grillades comme dans le dos des cyclistes. 

On quitte là le domaine de l'application de la loi pour entrer dans celui du flou, de l'arbitraire, voire de l'intimidation. Ce n'est plus le rapport et le dialogue entre les gens qui règlent leurs conduites, mais le recours constant à la police qui, avec toute sa subjectivité, des règles mal posées, devra cadrer les conduites.

 

S'en remettre à la police pour tout: un mauvais calcul

Le calcul du magistrat semble être le suivant: faisons peur aux cyclistes, dissuadons-les, menaçons-les, espérant ensuite qu'ils renoncent à circuler. C'est, petite digression, la même politique qui est d'ailleurs suivie vis-à-vis des précaires, qui sont déplacés d'un coin à l'autre de la Ville, intimidés et amendés parfois simplement parce qu'ils proposent à quelqu'un de lui porter son sac de commissions. Ce geste d'entraide étant, pour certains policiers zélés, considéré comme une approche afin de commettre un vol et suffisant pour soustraire les piécettes que la personne a sur elle, l'emmener pour quelques heures au poste sans autre motif valable. L'interdiction de la mendicité pour tous a donné une marge arbitraire pour en persécuter sévèrement quelques uns. 

On ne peut qu'espérer que les genevois ne se laisseront pas intimider par l'arbitraire et continueront d'aller en vélo, se rassembler, manger et respirer librement dans l'espace public, qui appartient à tous, et donc à personne. Et que plutôt que de ne plus rien faire du tout, par crainte de faire quoi que ce soit, ils continuent à affirmer leur liberté, leur volonté de vivre ensemble, dans le respect de l'autre.   

Quant au magistrat Barazzone, plutôt que d'ennuyer les gens avec des directives floues et rigides visant à restreindre l'usage de l'espace public, qu'il s'autorise à autoriser, plutôt que d'interdire à tout va. Pour sûr, notre ville, et l'air que l'on y respire, y gagnera!

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/velos-interdits-p...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/2016/06/28/ville-geneve-dresse-une-barriere-saucisse-entre-deux-rives

 

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02/05/2016

Les éclusiers de la porte étroite

book-07210728.jpgComme de nombreux genevois, je ne suis pas né ici, n'ai pas fait mes classes à Genève. Je suis arrivé dans cette ville en cours de route, ai été touché par sa capacité à accueillir la différence, par sa dimension cosmopolite.

A un âge qui n'était plus celui de l'adolescence, je suis venu travailler à Genève, ai été marqué par la possibilité de m'y sentir bien, en un mot, comme chez moi (en fait, bien mieux). Non pas que j'avais grandi très loin, oh non, à une distance de soixante kilomètres, mais parfois ceux-ci sont plus difficiles à franchir que des milliers, sachant que les rivalités sont aussi cocasses que tenaces, et les barrières bien posées dans les têtes.

Ubi bene, ibi patria dit le proverbe latin : là où je suis bien, là est ma patrie. Genève a toujours été une ville de refuge, elle en tire sa grandeur, sa force et sa beauté.

 Comprendre Genève

Bien sûr, quand on n'est pas du cru, il manque des morceaux pour comprendre le récit local. Quand certains parlent des années des squats où de quelques scandales ayant émaillé la vie politique d'alors, du 25 rue du Stand en passant par les rapports complexes entre l'Etat et les communes; de grands projets ayant modelé ou défiguré Genève, on se rend compte du décalage.

Il y a certaines inimités (ou intimités) aussi que l'on n'explique pas et que mêmes les principaux protagonistes semblent avoir oubliées. Que s'est-il donc passé avant? Quelles Genferei a-t-on loupées? La mémoire vivante est parfois défaillante. Les récits sont contradictoires et l'histoire se réécrit sans cesse. Quelque chose s'est déroulé à Genève, durant les années passées, qui modèle le présent et auquel les nouvelles générations ou les nouveaux arrivants n'ont accès que par sourires entendus ou regards en coin. Il manquait un livre pour lever le voile. Albert Rodrik et Olga Baranova s'y sont attelés.

 

Mémoire vive

Les éclusiers de la porte étroite[1] d'Albert Rodrik et Olga Baranova est un livre généreux qui retourne les cartes. Tout d'abord, parce que tous deux ont ce parcours de migrants, qui leur permet d'avoir un regard distancé sur la réalité locale, mais aussi parce que, camarades socialistes, leur compréhension n'est ni complaisante ni liée à des liens ataviques. Ils sont libres ces deux! Ce recueil éclaire la réalité genevoise, suisse, avec perspicacité, sans pour autant être un livre d'histoire. On y découvre avec plaisir aussi l'excellent texte d'Eloisa Gonzalez Toro, fille de réfugiés chiliens, qui s'exprime sur la nouvelle constitution pour Genève. Pas de langue de bois ici. Les écritures sont tranchées, le parti pris affirmé.

 

Des parcours rythmés par l'engagement

Olga Baranova suivait il y a dix ans les cours d'une classe d'insertion scolaire à Genève. Elle est devenue suissesse juste avant son élection aux municipales de 2011. Aujourd'hui, elle termine ses études en management public, travaille à Berne au sein du parti socialiste en poursuivant son engagement politique à Genève.

Albert Rodrik, est arrivé à Genève en 1955, en provenance d'Istanbul, pour étudier le droit à l'université. Jeune fils d'une famille de commerçants juifs turcs passé chez les frères chrétiens, il ne connaît personne quand il débarque au bout du lac. "Pourquoi Genève? Paris n'était pas envisageable, car je me serais dévergondé, et Bruxelles était mauvaise pour mes bronches! Alors je me suis retrouvé à Genève et j'y suis resté" Syndicaliste, un temps comédien et employé de banque, adhérant au PS en 1975, l'homme a travaillé comme haut fonctionnaire durant 15 ans pour des magistrats de diverses obédiences. Appelé le sage au sein du parti, fin connaisseur de la politique locale, il est un guide, une référence, une mémoire vive.

Ce livre est en fait un carrefour, de générations, de récits, de regards. Albert est un sage, Olga une combattante, et Genève méritait bien cet hommage de deux migrants devenus des références.

Nous ne croyons pas au grand soir mais à tous les petits matins

Je ne suis pas convaincu que, pour les Suisses, la perception d'être un peuple ou des peuples parmi d'autres de cette planète, solidaires qu'ils le veuillent ou non, soit bien ancrée dans leur tête. Albert a raison. Nous avons besoin de ce petit livre qui permet de comprendre un parcours, des communes, un canton, et un peu de cette complexité helvétique dont on est fier sans toujours la saisir.

Car rien n'est acquis, ni à l'abri, que l'on soit né d'ici ou d'ailleurs. Et c'est l'engagement dans le présent qui oriente les pas, change la donne, pas le pedigree, ni la naissance. Comme des éclusiers de la porte étroite, démocrates, réformistes, nous ne croyons pas au grand soir mais à tous ces petits matins où les espaces de liberté sont sans cesse élargis en dépit de l'économie de marché.

J'ai pour ma part trouvé dans ce livre des raisons d'espérer et de mieux comprendre notre Genève où l'engagement quotidien pour une société plus juste se poursuit.  

 

 

[1] Albert Rodrik, Olga Baranova, les éclusiers de la porte étroite, Editions Slatkine, Genève, 2016.

 

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25/02/2016

La politique, c'est comme le sexe

Voilà, nous arrivons au terme de cette longue campagne de votations dotée de 4 objets fédéraux, 8 objets cantonaux, et un vote municipal. Nous n'avons plus que ce jeudi pour voter par correspondance, et sinon il faudra se lever dimanche matin, sortir de la couette pour glisser son enveloppe dans l’urne.

Alors quoi, finies les joutes autour du Musée d’art et d’histoire ? La mauvaise foi crasse des opposants, les coups sous la ceinture, et la volonté malgré tout d’aller de l’avant pour Genève en votant Oui, un oui libérateur et joyeux à ce projet? Eh quoi tout aurait été dit ? Eh non, on n’y est pas encore, pas tout à fait. Alors, encore un petit argument pour aller voter, un petit stand, un mail, un dernier ballon gonflé! Encore une personne ou deux à convaincre, oui !

 

Oh OUI

Quoi qu’il en soit, dimanche on sera délivré. Souvenez-vous du vote sur la loi sur la police à Genève (le oui l'avait emporté par 42 voix, de la votation du 9 février 2014, accepté à 50.3%: 19'000 voix! De la Loi sur la redevance Radio/TV du 14 juin 2015. 3669 voix avaient fait pencher la balance dans le camp du oui). Cela encourage à poursuivre encore le débat, la dispute, l’échange, donner encore de l'énergie avant l’échéance de dimanche…

Car enfin, c’est notre héritage démocratique, citoyen, transmis par les grecs, d’entrer dans cette arène politique et d’y débattre. Et puis, la politique, osons cette comparaison, n'est-elle pas comme le sexe, à savoir : plus on le pratique et plus on en a envie, avec tout de même, une inversion, car si l’on dit du sexe que c’est ceux qui en parlent le plus qui le goûtent le moins, et qu’il est, en général savouré dans la sphère intime, en politique, le silence est onanisme et la retenue revient à s'abstenir de tout débat public. Au final, ce sont celles et ceux qui s'engagent et s'expriment qui l'exercent avec le plus de plaisir...

 

Plus que 3 nuits dormir

Dimanche, c’en sera fini ? Ouf disent certains ! Encore! murmurent d’autres ! Regrets, remords, entre ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui se sont arrêtés trop tard : joie de l’aboutissement. Fatigue. Comment seront les uns et les autres dans la victoire ou la défaite ? Ce qui est certain, c’est que notre système démocratique en sortira gagnant.

Une certitude: je ne partage pas le point de vue de ceux, inquiets, qui pointent du doigt la surcharge démocratique, et la crainte, pour le peuple, de ne plus pouvoir suivre. Au contraire, le travail civique des citoyen.ne.s se trouve renforcé par des votations dotées d’enjeux d’importance, passionnants, voire passionnels, touchant au rapport à l’autre, au droit, à la culture, à la durabilité de notre société et à sa santé économique, éthique.

Des votations gourmandes

Les taux de vote annoncés relativement hauts pour ces votations du 28 février (37% à J-4), laissent entendre que les citoyen.ne.s se déplacent pour voter quand ils perçoivent que leur vote fera la différence. Les partis sortent aussi renforcés de ces votations gourmandes. Dans le doute, s'inspirer des mots d’ordre d’un parti permet de trouver repère et cohérence de vote. Dans l'abondance des choix, suivre une ligne permet d'y voir plus clair et de se faire une idée plus précise des enjeux.   

Si la politique est comme le sexe, il faut alors penser uniquement le 28 février comme un coïtus extaticus. Après, on se repose, on souffle un peu... et dès le 29 février on se remet en jambes en vue de la nouvelle ronde pour les votations du 5 juin. Car le menu s’y annonce tout aussi copieux avec plusieurs objets agendés (Initiative populaire en faveur du service public, pour un revenu de base inconditionnel, pour un financement équitable des transports, la modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, la modification du 25 septembre 2015 de la loi sur l'asile (Lasi), l'éventuel Personal stop, la traversée de la rade, les référendums sur les coupes dans le domaine de la culture et du social en Ville de Genève, etc.,) Miam.  

 

Votons, encore, et encore ! 

Alors, sitôt fini, on recommence? Mais oui ! C'est là la joie et jouissance de notre démocratie helvétique. Celle que l'on partage. Alors, pour conclure, ne boudons pas notre plaisir… votons et faisons voter. Il reste encore quelques jours d'ici dimanche pour faire durer le plaisir et profiter pleinement de ces dernières heures qui, si elles nous prennent entièrement nous rappellent que la vie continue, grande, pleine et belle.

Oui, la politique, c'est comme le sexe. Et peut-être même qu'au final, le plaisir qu'on y trouve dépend tout autant des partenaires avec qui on le pratique et du niveau de participation, que du "résultat".  

 

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17/02/2016

Dynamisme d'un musée

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Il est un petit livre intéressant qu'il faudrait parcourir avant la votation du 28 février sur la rénovation et l'extension du musée d'art et d'histoire. Museum of the future, aux Presses du réel, édité par Cristina Bechtler et Dora Imhof, et dont Lionel Bovier, actuel directeur du Mamco, dirige la collection. Ce livre donne la parole à des artistes, aux curateurs, aux directeurs et directrices de musées. Il permet d'envisager celui-ci autrement qu'en terme d'argent et d'architecture, sur un plan culturel, créatif, et participatif.  

 

Transformer, cultiver, évoluer

"Les musées sont en continuelles transformation et évolution. Le futur des musées dépend de leur flexibilité et de leur capacité à se transformer" (Gerhard Bott, 1970). Pendant trop longtemps, ils ont été considéré et envisagé avant tout comme des lieux de dépose d'oeuvres uniquement, de replis les jours de pluie, royaume d'un conservatisme sans âme ni perspective.

Questionner la place d'un musée dans la cité, c'est questionner le rôle de la culture en son sein. En ce sens : refuser un projet de rénovation de musée conduit aussi à refuser le rôle de rénovation de la culture, surtout si ce sont pour des raisons financières, de jalousie ou de conservatisme suranné, qui n'ont que peu à voir avec celle-ci. Rénover c'est évoluer, sans sacralisation, sans vénération excessive; dans le respect du patrimoine, certes, comme c'est le cas dans le projet du Mah+, mais surtout dans le respect du public.  

 

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l’église de Salemi, Alvaro Siza, 1982
la situation après le tremblement de terre en haut, le projet de Siza en bas

 

La culture toute la culture

En ce sens, le slogan "la culture, toute la culture" porte en son sein un dynamisme, celui de ne pas vouloir opposer les différentes formes d'expression culturelles, et surtout de placer celles-ci à un niveau plus haut que les considérations la réduisant à telle chapelle contre telle autre.   

Respect du patrimoine, entretien, soin pris à restaurer les oeuvres. Travail d'archivage, de catalogage, dans des conditions adéquates et digne des oeuvres que le musée a hérité des anciens; respect du personnel, de ses conditions de travail: le oui au musée d'art et d'histoire dynamisera tous les secteurs culturels : médiateurs, graphistes, danseurs, dessinateurs, etc. Tous les créateurs qui se sont exprimés dans le cadre des soirées culturelles du MAH, peuvent en témoigner. C'est tout le secteur social et culturel qui bénéficiera du nouveau dynamisme du musée d'art et d'histoire.  

Le musée sera plus vivant et accueillant quand il sera rénové et agrandi qu'actuellement alors qu'il suinte sous la chaleur et macère les jours de pluie. Ce coup de fouet culturel que permettra le nouveau musée, nous ne pouvons nous payer le luxe de l'attendre pour dans 20 ou 30 ans.

 

Dynamisme d'un musée!

"Si les circonstances ont fait que, dans le même espace soient réunis l'histoire et l'art, le passé et les espérances de l'avenir, il faut que cet édifice soit non pas un tombeau consacré seulement aux souvenirs du passé, il faut qu'il soit surtout une source de vie et de lumière" - Alfred Cartier, discours d'inauguration du musée d'art et d'histoire, Genève, 1910.

Cette phrase vaut son pesant d'art et d'émerveillement. Parce qu'un musée est un lieu ouvert, inclusif, qui forge des identités et des débats. Ceux qui voudraient nous faire croire que refuser et exclure est la bonne solution, et que l'unanimisme naîtra, comme par magie du refus, d'un hypothétique plan B, plus coûteux et hasardeux, se paient de mots et veulent nous faire avaler un bouillon pour les morts.   

 

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Ne nous rendormons pas

C'est parce que ce projet de rénovation et d'extension du MAH est si décrié et si férocement combattu, qu'il démontre peut-être aussi combien il touche à l'essentiel concernant les enjeux actuels pour Genève, la plus petite des grandes villes. Notre ville ne s'est pas vu grandir, au point de s'étonner aujourd'hui de découvrir ses vêtements trop serrés et trop courts. 

Ce projet de rénovation et d'extension, dont le sort est désormais entre les mains des habitant.e.s de la Ville, hésitant entre le passé et l'avenir, l'ouverture et la fermeture, la culture ou les économies, servira en quelque sorte, d'épreuve pour les ambitions de Genève et sa créativité future. 

Le vote du 28 février démontrera s'il est possible d'aller de l'avant, pour la culture, toute la culture, ou s'il faut prendre - et perdre?- plus de temps encore pour se mettre d'accord avec tous sur tout avant de commencer quoi que ce soit, au risque de la sacralisation de l'identique, d'une Genève qui se fige, par nostalgie ou romantisme d'un passé idéalisé.   

Je crois, pour ma part, fortement, que les habitant.e.s de la Ville sont prêts à faire un pas en avant le 28 février, par curiosité et désir de découvrir ce que ce musée pourra continuer à raconter sur eux et ce qu'ils pourront y vivre de neuf.

 

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10/02/2016

MAH : le choix de l'intérêt public

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Le moment de voter pour la rénovation et l’extension du Musée d'art et d'histoire a sonné. Ce moment, le MAH le réclame depuis des années. Notre vénérable musée de la vieille-ville tombe en ruine, et tout laisse entendre que si rien n'est fait, il devra être fermé à très courte échéance. L'heure du  choix a sonné également pour effacer la volonté pusillanime d’argumenter et contre–argumenter sans fin. Assez de palabres infinies et actons la volonté de ne pas sacraliser une ruine mais de la rénover!  

Les opposants rabâchent depuis des semaines le même article sur un appel d’offre qui aurait dû être un concours... il y a bientôt 20 ans! Ils ne semblent pas voir qu’ils y sacrifient le musée, ses collections, et son public dans une guerre procédurière dont les genevois.es sont les grands perdants. Et tout cela, parce que l’un d’entre eux n’a pas été retenu à cet appel d’offre. Désolant. Regardons plutôt où se trouve l’intérêt public prépondérant plutôt que de laisser aux aigris trop d'importance. 

 

Le grand gagnant sera le public !

Voter oui, c'est voter pour le doublement des surfaces d’exposition, le doublement des surfaces d’accueil, la création d’un restaurant panoramique, une muséographie repensée, avec un nouveau projet scientifique et culturel qui vient d'être présenté par le magistrat Sami Kanaan. C'est s'offrir un musée renouvelé et agrandit qui réouvrira en 2022. Il sera alors toujours en mains publiques, toujours gratuit, et permettra à chacun.e d'apprendre, de questionner, se renseigner sur l’histoire de Genève, de l'art, et lutter contre l’obscurantisme. De l’emploi sera créé. Ce musée sera un atout touristique de plus pour notre Ville, et les retombées pour celle-ci: majeures. Oui à ce nouveau souffle en vieille-ville et pour tout le bassin genevois !  


Un forum de 300 places sera créé sous le musée, une pompe géothermique alimentera le musée qui, a 80%, sera énergétiquement autonome. Le restaurant et le forum seront indépendants du musée. Ils pourront être ouverts même quand celui-ci sera fermé. Le musée de l’horlogerie sera établi et le musée des instruments anciens créé. Certains se demandent encore si ce projet est un projet de gauche ou de droite? Mais ce débat transcende les front politiques. L'extrême gauche s'est d'ailleurs alliée avec l'extrême droite pour le combattre. Il ne s'agit donc pas d'un front idéologique, mais d'un front qui sépare ceux qui regardent vers demain de ceux qui regardent vers hier.

Financé à 50% par les privés, ce projet préserve les finances publiques. Il permettra d'investir l'argent public ainsi économisé dans d'autres domaines (crèches, écoles, installations sportives), pour le bénéfice et le bien être de toute la collectivité.

 

Le débat démocratique a lieu

Malgré ce que prétendent les opposants (accusations paranoïaques d'opacité), ce projet a été étudié et décortiqué sous toutes ses coutures au Conseil Municipal et dans ses commissions. Un référendum a été lancé et a abouti. Des débats ont lieu désormais presque quotidiennement, le prochain ayant lieu ce jeudi[1], organisé par la Tribune de Genève. Que les opposants annoncent déjà des recours devant les tribunaux montre en fait le peu de confiance que ces derniers ont du peuple, de sa sagesse et de son vote. Leur côté procédurier à l'extrême illustre la faiblesse de leurs arguments.

 

Je voterai oui le 28 février pour le musée d'art et d'histoire. Car ce projet est bon. C'est le meilleur que nous avons en main. Il bénéficiera directement et concrètement aux genevois.e.s, à la culture, au vivre-ensemble et à toute notre région. 



[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/saisir-vite-quatre-enjeux-grand-debat/story/20072159

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18/01/2016

OUI au Musée d'art et d'histoire le 28 février !

 

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Prenez un musée

Prenez un musée centenaire qui n'a jamais été rénové, dont les corniches tombent, dont les infiltrations d'eau et les variations de température mettent en danger les oeuvres.

Prenez un musée dont 1,5% seulement des collections sont exposées, dont la muséographie n'est plus optimale, entravée par une architecture inadaptée aux besoins actuels de conservation et d'exposition. 

Prenez un musée dont les accès sont limités pour les personnes à mobilité réduite, qui ne peut envisager des expositions de grande ampleur pour des questions de sécurité et de place ou plus prosaïquement parce que certaines assurances refusent d'y assurer le prêt d'oeuvres. 

Prenez un musée encyclopédique dont les expositions permettent de valoriser le patrimoine, restaurer des oeuvres et développer des métiers de l'art et de la recherche, mais qui est coincé dans son développement. 

Prenez un musée qui sera fermé prochainement s'il n'est pas d'urgence rénové; un musée qui aujourd'hui coûte cher et montre peu d'oeuvres.

Prenez une Ville, Genève, qui a le droit d'oser l'ambition et voir plus grand que le fond de sa cuvette.  

 

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Proposez un projet

Proposez un projet qui valorise le patrimoine, offre 50% de surfaces d'exposition en plus, double les surfaces dédiées à l'accueil des publics, crée un restaurant panoramique et innove avec un forum de 300 places, permet l'utilisation de ceux-ci hors des heures d'ouverture du musée.

Proposez un financement à 50% assuré par les privés, qui préservera les finances publiques.

Proposez un projet culturel qui inclut un musée d'horlogerie, un musée des instruments anciens, de valoriser la collection existante et d'y ajouter l'étonnante collection d'une fondation privée.

Proposez de maintenir la gratuité du musée, d'animer la Vieille-Ville, de soutenir ainsi la Culture, le Vivre ensemble, et l'accueil des publics.

Proposez un projet écologique, utilisant 80% d'énergies renouvelables, doté d'une pompe géothermique, d'un système de récupération d'eau de pluie et d'une isolation optimale.

Proposez de ne pas accorder d'importance aux architectes frustrés, aux chercheurs de noises, à ceux qui veulent figer le temps en 1910, ceux qui prétendent que ce projet coûte trop cher quand c'est l'immobilisme qui est un gaspillage de ressources et le pinaillage qui le plombe.

Proposez de ne plus perdre de temps. Le temps c'est de l'élan.  

 

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Votez maintenant

Votez pour un projet servant l'avenir, pas pour le refus et la peur.  

Votez pour un projet, pas contre un architecte, un mécène ou contre le changement.

Votez pour un projet culturel concret, réaliste, créateur de richesses.

Votez pour éviter de rejouer dans 20 ans la même histoire avec de nouveaux opposants sur le dos et un projet qui sera obligatoirement plus cher.

Votez pour le respect de notre patrimoine.

Votez pour Genève, pas contre ses intérêts. 

Votez OUI au Musée d'art et d'histoire, le 28 février. 

 

 

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