sylvain thévoz

22/08/2014

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop.

Avant, on pouvait dire, semble-t-il, au sujet des massacres qui se déroulaient pourtant à portée d'oreilles: je ne savais pas. C'était peut-être une excuse, peut-être même que c'était vrai. Si on cherchait à ne pas savoir, pour sûr que l'on pouvait prétendre à l'ignorance et s'en tenir pour quitte. Oui, il pouvait être croyable de se retrancher derrière cela. Impunité pour les ignorants. L'affaire de quelques uns ne nous concernait pas tous. On pouvait s'occuper de cultiver son jardin, en paix. Tout du moins, avec des boules quiès.  

Désormais, cette parole est impossible. On voit, on sait, entend à hautes fréquences et en temps réel. Devant la violence du monde, désormais : on n'en sait que trop. Plein les journaux, plein le web, la radio. L'horreur; l'obscène plein les yeux et à fond dans les oreilles: les stridences des missiles. Pornographie des corps éclatés. On ne sait que trop. Les enfants de Gaza sortis des décombres en morceaux, frappés sur la plage, on a tous vu cela. Les humains en morceaux dans des restes d'hôpitaux, celui d'Al-Shifa de Gaza où un patient sur deux qui arrive est déjà mort. On a tous vu cela. Des morceaux de crâne de jambes de pieds, à longueur de journée parsemés sur tous les écrans. Et puis quoi? L'horreur sans fin. Les yézidis pourchassés, les corps ouverts, les bébés sortis du ventre de leur mère assassinée, des images de chrétiens circoncis de force. Le délire déshumanisé de la taille des corps comme on coupe des arbres. Les giclées de sang qui n'a pourtant ni couleur ni religion et qui coule pourtant. Coule là-bas et ici plein pot dans les tubes cathodiques de notre réalité. 

On ne sait que trop

On ne peut plus dire on ne savait pas. On ne sait que trop. Mais pourtant qu'est-ce que l'on sait vraiment? On doute. On ruse. On met en doute les images. On ne gobe pas si facilement son litre de sang quotidien. Non. Même si on le cherche parfois. On change de chaîne. On passe au petit rot. Puis on cherche la vidéo de l'égorgement de James Foley et sans réfléchir se rue sur les dernières nouvelles où l'éclat des chairs entrave la pensée. Curiosité morbide? Ou désir quand même de comprendre, de voir pour croire? On n'arrive plus à absorber. Mettre encore mes yeux dans les plaies, pour quoi? Pour croire à quoi plutôt qu'en quoi? Impossible d'y échapper. Mettre un autre spectacle serait encore plus obscène: se retrancher dans le pré-défensif ou l'on sait mais où on ne peut rien; où on devine mais à quoi bon: déprimant. Autant lâcher, vraiment?

Le langage médiatique distingue des sangs de couleurs différentes. Il y aurait des sangs de chrétiens des sangs de yézidis des sangs de kurdes des sangs d'irakiens, des sangs palestiniens, des sangs de gazaouis, des sangs d'israéliens, des sangs d'européens, des sangs d'américains, des sangs juifs, des sangs musulmans, des sangs d'enfants, des sangs d'adultes, des sangs d'adolescents, d'athées aussi? Il n'y a pourtant qu'un sang, le sang humain, celui que l'on verse et celui qui est versé. Celui que la victime voit couler et celui que l'empathie humaine ordonne aux vivants de stopper l'épanchement.

"On ne savait pas" est épuisé. Maintenant on ne sait que trop. Un trop qui tend aussi à l'impuissance. Devant le flot d'horreur et d'obscénités, un retranchement derrière la saturation permettrait de se donner un peu d'air? Non. Pour ne pas entrer dans les rivalités de massacres visant à élire la cause la plus digne d'intérêt, ou céder aux mises en concurrences des massacres pour faire prédominer une cause sur une autre, la légitimer, ou s'en détacher définitivement, quelle réponse donner à cela? Individuellement et collectivement?    

Des roses blanches

Ce mercredi, plus de 500 personnes se sont réunies à l'appel de la plate-forme interreligieuse, une rose blanche à la main au Temple de la Fusterie. Elles ont d'abord tourné autour du temple comme pour l'entourer, faire une chaîne de solidarité. Ensuite, des représentants de diverses religions, communautés, ont pris la parole et posé un acte fort, celui de parler, et de nommer, les uns après les autres, et ensemble. Pour ceux qui le désiraient, prier, se recueillir. Il n'y a qu'un sang, un sang humain. Dieu ne peut être invoqué pour semer la mort.  

Merci à Maurice Gardiol, du comité de la Plateforme interreligieuse, à William McComish, président de l’Association pour l’appel spirituel de Genève, à Pierre Farine, pour l'église catholique, au pasteur Emmanuel Fuchs, au curé Jean-Claude Mokry, A Hafid Ouardiri, de la Fondation de l’Entre-connaissance, à Nicolas Junod, de la communauté Baha'ï, au révérend John Beach, recteur de l'Emmanuel Episcopal Church Genève, à Niverte Noberasco-Yacoub, de l’Eglise copte orthodoxe de Genève, à Karomi Ahlam, de la communauté des chrétiens iraquiens. à Naïf Arbo, de la communauté Yézidi, à Bayla Hassberger de la communauté israélite de Genève, à Nezha Drissi, représentante de la communauté musulmane. A tous ceux et toutes celles qui sont venues se réunir ce mercredi pour dire non à l'horreur.  

Merci à cette jeune femme du centre culturel alévi, qui a lu une partie du Cantique des Cantiques et à Ozam Cagdas qui jouait  du zas et chantait. 

Et quand Ozam a cessé de chanter.

Il a pleuré.

Dans son corps, il savait. 

Le corps a toujours su.

 

Tous les textes lus à l'occasion de ce temps de recueillement sont sur le blog de Demir Sönmez http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/08/21/une-chaine-humaine-silencieuse-sur-la-place-de-la-fusterie-e-258972.html avec des photos de ce temps de recueillement. Merci aussi à Demir, pour son engagement.

09:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yézidis, gaza, irak, recueillement, rose blanche, communauté, prière. | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/08/2014

J'aime le foot, Nabila ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.

Monsieur Jean-Noël Cuénod, écrivain, journaliste libre, rédacteur en chef de la Cité, dans son dernier blog titré " Persécutions des chrétiens d'Irak, où sont les manifestants?" (http://jncuenod.blog.tdg.ch) fait le reproche à ceux qui manifestent contre le carnage actuel à Gaza de ne pas descendre dans la rue pour les chrétiens d'Irak et les yézédis, soumis au feu de l'armée de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il écrit notamment : " Le sang des chrétiens serait-il moins pur que celui des islamistes?" Faisant cela, il se trompe de cible. Ce n'est pas, à Gaza, le sang des islamistes qui coule, mais celui des femme et des enfants, d'un peuple tout entier. C'est un sang humain, point. Et c'est le sang quotidiennement versé, fruit du travail de la colonisation israélienne menée avec l'appui des USA et le silence des européens qui est dénoncé par celles et ceux qui lèvent le poing. Il faut avoir marché un peu avec eux pour apprécier la diversité, les multiples origines, générations qui y sont représentées. Citoyen-ne-s pour qui l'injustice, la violence, le meurtre sont inacceptables, dans un mouvement qui n'est pas de solidarité confessionnelle.   

Le sang n'a pas d'autre couleur que rouge

Cuénod passe du procès d'intention à l'injonction de manifester lorsqu'il écrit : "l'actuel silence des musulmans d'Europe n'est pas supportable". Il commet là une double erreur. Premièrement, en rendant les "musulmans d'Europe" (comme si un tel groupe existait), responsable ou garant ce qui se déroule actuellement en Irak. Deuxièmement, en laissant penser, par la négative, que les non-musulmans seraient, eux, en droit de se taire. Comme si l'empathie et l'indignation étaient clanique ou tribal. Comme si c'était pour ceux de "son camp" que l'on devait s'engager et n'avait de légitimité et donc de responsabilité que sur ceux-ci.

Cet ahurissant glissement, fruit de l'amalgame entre la situation à Gaza et en Irak est dangereux, car il renforce l'attrait pour une lecture communautariste des conflits. Si la puissance des manifestations pour Gaza est profonde aujourd'hui, c'est justement parce qu'elles les ont depassées. Ce conflit est emblématique d'une lutte d'émancipation et de résistance contre une colonisation qui se poursuit depuis plus de 60 ans. Ce samedi encore, à l'appel des palestiniens de Gaza, 200'000 personnes sont descendues dans les rues en Afrique du Sud, 150'000 à Londres, des dizaines de milliers à Berlin, Paris, etc.,). Nul ne manifeste pour le plaisir de manifester, mais parce qu'il y a des objectifs et des interlocuteurs à qui adresser des revendications. Changement de paradigme en Europe = changement de politiques = changement de situation sur le terrain.     

L'abjecte comparaison des massacres

La dimension qui réunit ces deux massacres, c'est leur caractère commun d'assassinats contre des civils innocents. Mais Cuénod, en en faisant une question communautaire avant tout, gomme cela précisément. Il y a quelque chose d'écoeurant dans cette mise en rivalité des massacres. Comme si l'on devait peser sur une balance d'épicier le poids d'une boucherie et celui d'une autre, et que les niveaux soient parfaitement ajustés

Bien entendu qu'il faut s'engager contre les violences terrifiantes commises contre les chrétiens et les yézédis d'Irak, pousser à une intervention afin qu'elles cessent. Mais à qui adresser ces messages ? Aux responsables actuels de la montée en puissance de l'EIIL? Aux USA, qui ont fait éclater la chaudière Irakienne en attisant tous les communautarismes? Aux USA encore, qui ont armé l'EIIL pour contenir Al Qaida, comme le révèle le livre des mémoires d'Hillary Clinton ? A Israël, qui a nourri le Hamas à la petite cuillère afin d'affaiblir l'OLP de Yasser Arafat, et qui à tout intérêt a ce qu'Islam rime avec islamisme et islamisme radical avec barbarie? Ce serait donc vers eux qu'il faudrait se tourner pour "agir"? Vers l'ONU? Merci Monsieur Cuénod de nous aider à avancer sur la compréhension de ces conflits, sur les responsables de la barbarie actuelle en Irak; qui doit intervenir et comment. 

EIIL, Gaza meme combat?

Mais minute, l'occident demeurerait immobile sur Gaza et se lancerait pour protéger les chrétiens et les yézédis d'Irak? Bien. Mais comment justifier l'inaction d'une part et l'interventionnisme de l'autre? Les forces internationales toléreraient le massacre de plus de 1200 civils à Gaza sans bouger, et frapperaient en Irak lorsque des chrétiens et des yézédis sont menacés (alors que depuis des mois déjà des humains se font massacrer par l'EIIL sans provoquer plus d'émotion que cela de la part des Messieurs Cuénod et avatars en tous genre appelant maintenant à des réactions)

Alors oui, ce serait encore de deux poids deux mesures dont il s'agirait. Et cela contribuerait d'autant a faire le lit des extrémismes. Logiques perverses. Tant qu'un soutien indéfectible sera apporté à Israël, tout autre intervention au Moyen-Orient ne pourra être lue que comme une opération impérialiste, la prolongation de politiques tordues pour maintenir ou déstabiliser des équilibres politiques en raison d'intérêts particuliers. Tant que le sang humain ne sera évalué qu'en fonction d'une appartenance ethnique ou religieuse, "mes morts, tes morts", l'ONU et toute instance internationale seront aussi faibles qu'elle ne le sont aujourd'hui.

Manifester un jour, manifester toujours?

La tendance actuelle n'est pas que les gens manifestent uniquement pour telle ou telle cause et pas toutes les autres (et même si c'etait le cas, et alors?), c'est qu'ils s'arrêtent de manifester pour les causes qui leur sont, déjà exemplaires, puis ne s'indignent plus pour quoi que ce soit.

La morale des voix qui cherchent à limiter l'élan à manifester en disant : si tu manifestes une fois, tu  manifesteras pour toujours, ou alors resteras chez toi; ces voix qui répètent : si tu sors une fois pour un combat, tu sortiras pour tous les autres: pour le massacre des chrétiens d'Irak, la faim dans le monde, l'intervention de la Russie, en Ukraine, la chasse aux phoques et Dieu sait quoi, ces voix proviennent d'outre-tombe et servent, in fine, au confort de la résignation.  

Moi, je dirai plutôt : A toi qui n'a pas bougé en solidarité avec Gaza, n'est-ce pas à ton tour d'agir, écrire, afin que l'indignation, la révolte, ne reposent pas sur ceux qui ont manifesté mais aussi sur ceux qui oublient parfois de le faire? Il est vrai que lorsque l'on ne manifeste pour rien, que l'on ne prend plus position, ne descend plus dans la rue, on n'a plus de problème. On ne sera sommé par aucun plouc d'avoir à se justifier de s'être mobilisé sur quoi que ce soit, vu qu'on aura abdiqué sur tout.

Sans honte, sans vergogne on pourra dire alors : je suis toujours resté chez moi, n'ai pris parti à rien, rien risqué. Comprenez-moi bien, c'était tout ou rien, et dans le doute il était préférable de m'abstenir. Et ainsi dire tranquillement, conscience en paix : Gaza, EIILL, même combat, je ne suis pas antisémite pour sûr, ni islamophobe, c'est clair, j'aime ma patrie et mon clan, mais mon horizon s'arrête à ma ville (et encore), à ma famille déjà; ces combats ne me regardent pas.

J'aime le foot, Nabila, ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.


 

 

 




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09/08/2014

Pour Israël, la négociation est l'ennemi à abattre

Michel Warschawski, fils d'un grand rabbin de Strabourg et du Bas-Rhin, est né en 1949 à Strasbourg. Journaliste et militant pacifiste d'extrême gauche, il est l'ancien président de la ligue communiste révolutionnaire marxiste israélienne. Condamné à vingt mois de prison en 1989 pour "prestations de services à des organisations illégales". Il a été chroniqueur pour Siné hebdo, collabore avec le Monde Diplomatique, le Courrier. Conférencier reconnu, il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russel sur la Palestine.

Pourquoi cette guerre à Gaza actuellement ?

Il faut dire tout d'abord que Gaza est secondaire. Pourquoi la guerre, point. A mon avis, pour repousser le plus longtemps possible toute velléité internationale de tendre à l'ouverture de négociations. L'ennemi stratégique du gouvernement israélien, c'est la négociation. Ce gouvernement ne veut pas négocier. Certes, dans l'air du temps, il y a comme une volonté américaine, européenne de pousser israël à négocier. Il leur faut donc faire contre-feu afin que les négociations ne soient pas mises à l'ordre du jour. Il était clair qu'en attaquant Gaza les négociations, allaient être rendues impossibles. C'était l'objectif stratégique le plus important.

Dans le même état d'esprit, la cible n'est pas le Hamas, c'est Mahmoud Abbas. Mahmoud Abbas est celui que la communauté internationale présente comme prêt à discuter ; celui dont tout le monde dit à Israël: c'est avec lui que vous devez parler. En attaquant Gaza, ce gouvernement met Mahmoud Abbas dans une situation impossible. Soit il se solidarise avec Gaza et donc avec le Hamas et renforce par là le discours de Netanyahou diabolisant et le Hamas et Abbas. Soit il se désolidarise, et perd alors toute légitimité palestinienne. Pour israël, cela semble donc être une win-win situation. Sauf que cela ne se passe pas tout à fait comme cela. Car Mahmoud Abbas est poussé par les américains à jouer le rôle d'intermédiaire. Le président de la Palestine se trouve ainsi à jouer le rôle des Nations Unies alors que c'est son peuple qui est attaqué. Mahmoud Abbas reste au coeur de l'action diplomatique. Ils n'ont pas réussi à le neutraliser, mais sa position est fragile. 

Que répondez-vous aux arguments des gens qui disent: pourquoi manifester autant sur ce conflit? On ne vous entend pas autant sur la Syrie ou au sujet de Boko Haram ?

D'abord, c'est une remarque fallacieuse. Car ce sont les mêmes qui se mobilisent pour la Syrie, l'Afrique, toujours les mêmes. Qu'ils arrêtent donc de toujours nous coller : vous êtes uniquement engagés sur la Palestine et Israël, c'est faux, point. Ceci dit, il y a évidemment une intensité plus forte concernant ce conflit, pour des raisons historiques que j'expliquerai plus loin.

Le pouvoir français, les éditorialistes couvrant ce conflit disent vouloir éviter "l'importation du conflit". C'est un mot que je ne comprends pas. Lorsqu'il y a eu un immense mouvement de solidarité avec le Viêt-Nam, importait-on le conflit du Viêt-Nam? Non. On identifiait une grande injustice et un grand combat: c'était le Viêt-nam! Et tout le monde ou presque était viêt-namien. Il en est de même aujourd'hui avec la Palestine, qui est un conflit emblématique. Il se trouve sur la ligne de front du soi-disant choc des civilisations. C'est donc tout à fait compréhensible qu'il y ait cette mobilisation. Si l'on veut vraiment parler du risque d'importation du conflit, il faudrait alors désigner les institutions juives, soi disant représentatives des juifs de France, de Suisse, d'Allemagne, qui deviennent de fait des ambassades d'Israël, des bureaux de propagande de la politique israélienne. Eux, oui, ils "importent" le conflit en disant: "Nous, les juifs de France n'avons rien à dire contre le massacre de Gaza". C'est grave. Heureusement, ils parlent pour eux, pour une petite minorité des communautés juives, et ce n'est pas vrai pour les autres. Mais en disant, pour résumer: les juifs de France, c'est Tsahal, beaucoup d'autres français, et en particulier d'origine musulmane répondent: eh bien si les juifs de France c'est Tsahal, les musulmans de France c'est le hamas. A ce moment là, on fait d'un conflit politique étranger, une lutte de communauté en France. Mais a mon avis, 100% de cette responsabilité retombe en France sur le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et ailleurs, sur des organisations équivalentes.

Vous dites ligne de front, combat emblématique, mais de quoi? En quoi finalement, ce conflit concerne-t-il l'Europe plus qu'un autre? En quoi serait-il lié à l'histoire de l'Europe?

C'est en fait doublement la responsabilité européenne. L'Europe, puis la communauté internationale, a crée ce conflit. Elle a décidé de résoudre le problème des rescapés de la seconde guerre mondiale et du génocide des juifs d'Europe en disant: vous savez quoi, on vous donne un état, prenez les clés, vingt francs, vous aurez une soutien politique, militaire, etc., acceptant en cela de faire payer les arabes de Palestine pour un crime dans lequel ils n'avaient rien à faire. C'était donc se dédouaner d'une manière abjecte, sur le dos des autres, de la responsabilité européenne du génocide. Le sionisme a pu se présenter pour l'Europe comme une solution face au problème posé en 1945: que faire des survivant-e-s? Mais c'est un problème européen, pas musulman, pas arabe et en tout cas pas palestinien. L'Europe, par le problème qu'elle a crée et la solution qu'elle a proposé, en est venue à faire payer doublement les palestiniens.

L'opinion publique est indignée, mais se sent globalement impuissante. Les gens écrivent, se mobilisent, manifestent, mais pour quels résultats? Quels sont les moyens d'actions concrets pour ceux qui veulent agir afin de mettre fin à ce conflit?

Le moyen d'agir existe, il va aller en se renforçant et il sera de plus en plus efficace. C'est le BDS (Boycott désinvestissement et sanctions contre israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation israélienne) qui est une campagne politique construite, réfléchie, visant a faire pression sur israël. Une pression qui dénonce, mais aussi traduit dans des actes qu'Israël, par son comportement, se met hors-la-loi et doit être traité comme tel. BDS est un grand pas en avant. BDS est en terme d'action globale un formidable levier à exercer sur israël. 

Le BDS dispose d'une grande légitimité aussi. Lancé par des ONG palestiniennes en juillet 2005, avec un fort soutien populaire, on ne peut accuser ce mouvement d'être une émanation néo-coloniale.

En effet. C'est un mouvement qui s'appuie sur l'exemple de l'Afrique du Sud, de l'Espagne de Franco, la Grèce des colonels. Je passe mon temps en Europe à contrer les arguments de ceux qui disent: quoi, vous voulez boycotter? Je me souviens, que tout petit, on ne touchait pas aux oranges outspan, on n'allait pas en vacances en Espagne. Cela faisait partie d'une culture progressiste, de boycotter d'une façon générale et pousser à des actions contre des états qui ne respectaient pas le droit.

Cela n'est-il pas une attaque contre les citoyen-ne-s d'israël?

Non. Pour que la politique gouvernementale change, il faut qu'il y ait une pression et un mouvement pacifiste qui émerge. Et cela, c'est toujours le résultat d'un prix à payer. Par exemple, pour cette population, que son économie paie le prix de la colonisation. En ce moment, en israël, le tourisme est en berne, pour cause de guerre. Les acteurs de la branche commencent à hausser le ton. On peut donc toucher la population israélienne par l'économie. La population israélienne est comme n'importe quel peuple, peut-être même plus. Elle est extrêmement sensible à l'image que l'on donne d'elle. Personne aime ne pas être aimé. Personne aime être mis au ban, boycotté. Personne n'aime ça, ni un individu ni une société. Israël n'est pas si différent des autres pays, même si, ici, on roule des mécaniques, en disant: on s'en fout, qu'ils ne viennent pas! Mais ce n'est pas vrai. A long terme, on est ici comme ailleurs extrêmement sensible à l'idée que les autres se font de soi. Le discours "ce sont tous des antisémites" existe c'est vrai, mais il est défensif, et ne contredit pas le désir, pour israël et les israéliens, d'être reconnus et accueillis. Le fait d'être estampillé infréquentable ne plaît pas, ni dans le business ni dans l'art. Personne n'aime voyager et être confronté dans le monde par des gens qui, en gros, leur disent: cela n'est pas correct.

Un sondage dit que 80% des israéliens soutiennent l'intervention à Gaza. quel regard as-tu sur cette société qui a glissé vers la droite et semble suivre aveuglément Netanhyaou et Lieberman?

Il n'y a pas l'ombre d'un doute, les hommes politiques, le gouvernement, en israël, ont clairement glissé à droite. Et pourtant, je pense que la société israélienne et divisée sur le fond en deux moitiés. Une grande moitié et une petite moitié. Un peu moins de 50% soutient la politique de la droite, vote pour ces partis. Et l'autre moitié n'aime pas les colons, s'en moque du grand Israël, aimerait bien une solution de compromis. Et puis, il y a quand même au milieu, une petite frange qui s'abstient ou vote pour des partis du centre.

La grande assymétrie entre ces deux grands pans de la société, c'est que la droite est au pouvoir. La droite agit, dans une urgence permanente, alors que les modérés, vus qu'ils ne paient pas le prix de la colonisation (avant Gaza), sont insouciants. La situation est calme, rien ne menace Israël. Il y a la sécurité individuelle, plus de bombes. Israël est une société performante, son économie tourne. Pourquoi changer? Face à cela, la droite avance. Ce n'est pas l'absence d'une opposition potentielle, mais son anomie qui pose problème. A la manifestation de Tel Aviv du 2 août, la majorité des gens qui étaient là-bas étaient pour la plupart des tel-aviviens typiques, totalement dé-idéologisés, plongés dans la consommation. C'était, je dirai presque, les bobos de Tel Aviv. Ils se sont mobilisés pour Gaza. Oh, pour certains ils avaient même une petite larme dans le coeur. Ils avaient vu des photos, même si, ici, il faut les chercher. Mais pourquoi manifestaient-ils, alors qu'ils le font si rarement? Parcequ'ils ont surtout peur pour leur Israël, leur Tel Aviv détendu, non-idéologique, plutôt à gauche qu'à droite, qui est sévèrement menacé. Ils voient desormais émerger un pays de tueurs ou Netanyahou devient presque le centre! Avec comme détonateur, l'assassinat de Mohammad Abou Khdeir, brûlé vif par trois citoyens. Le gouvernement a eu beau dire : ce sont trois illuminés, pas du tout. Ils sont dans la continuité d'une politique. Ce sont des gens qui viennent de bonne famille de droite, de famille respectée. Ils sont l'expression d'une partie d'Israël qui s'intègre dans un discours raciste, vote de lois racistes. On n'aurait jamais imaginé cela, il y a 15 ans. Certains se réveillent maintenant en se disant: cela n'est pas notre israël !

15 ans ce n'est pas en un jour, mais c'est un rythme extrêmement rapide.

Oui, c'est très rapide. Le tournant date de 2000. C'est la reconquête, la fin du mouvement de la paix. Ce sont les positions et les discours de Ehud Barak qui détruisent la paix. Les gens n'y croient plus. Ce qui veut dire que la moitié non de droite sort démobilisée, déboussolée de ces années, et offre un monopole idéologique à la droite. En 2013, Yahir Lapid a reçu 19 mandats, 10% des votes, alors qu'il est un peu comme Pepe Grillo en italie "ni de droite ni de gauche, ni pour ni contre, ni ni". Il a une belle gueule et prétend tout changer. Il était star de télé, n'a jamais pris position politiquement avant de se présenter aux elections et recevoir le vote de Tel Aviv. Il est clairement de centre droit. avec une idéologie de droite raciste, fortement positionnée contre les pauvres. Son programme? "Nous, à Tel Aviv, on ne veut pas payer pour les va-nu-pieds". Mais ce qui est intéressant, c'est de voir la jeunesse, ceux qui ont 30 ans, fatigués de la vieille politique, ne voter pour rien ou pour quelque chose qui ne veut rien dire, qui n'est engagé à rien, et qui demeure donc libre de faire ce qu'il veut. La manifestation de Tel Aviv était la prise de consience de la classe moyenne de Tel Aviv que leur israël est soumis au risque de disparaître. J'étais dans un des cafés branché de la ville et leur discours était: on va partir. Ce pays commence à sentir mauvais, on ne s'y reconnaît plus. Lieberman, Netanhyaou, les colons, ce ne sont pas nous. Certes, ils ne partiront pas. Mais cela leur permet de ne pas assumer, ne pas lutter. Ils sont résignés dans cette condition de dire: on ne veut pas cela, mais sont incapables à ce jour de proposer autre chose.

 

Que pensez-vous des discours désignant le Hamas comme mouvement terroriste?

Le Hamas est, à mes yeux, avant tout un mouvement de résistance. Je me positionne par rapport au Hamas d'abord et avant tout comme un mouvement de résistance. La charte du Hamas ne m'a jamais dérangé, parce que le charte de l'OLP était exactement pareille avant que l'OLP n'en change. Une charte, c'est un bout de papier. La charte du Likoud, c'est le grand Israël jusqu'en Syrie. Or, plus personne n'en parle aujourd'hui. C'est vieux, et on ne se débarrasse du vieux qu'en échange d'autre chose. Arafat a rendu la charte de l'OLP caduque en affirmant: on veut bien supprimer cette charte, mais que donnez-vous en échange? Il est de notoriété publique, le hamas l'a dit et répété, que si israël se retire des territoires occupés, sur les frontières de 1967, il est prêt à une houdna (trêve) de durée illimitée. C'est exactement ce passage de la posture du: "on va tout détruire",  à: "on peut parler et négocier" qu'avait fait l'OLP. "Ne nous demandez pas le reconnaissance, c'est hors de question, mais on peut accepter l'existence de fait". Le Hamas a dit qu'il ne saboterait pas les discussions avec israël, ne s'opposerait pas aux tentatives du président Mahmoud Abbas, mais a prédit leur échec. Le Hamas est une organisation assez frustre, enracinée dans la paysannerie (en Cisjordanie surtout). D'origine villageoise, avec une capacité de résistance incroyable.

Cette capacité de resistance du hamas justement, vous a-t-elle surprise?

Il n'y a  pas une guerre de laquelle israël ne s'en tire pas avec la gueule de bois et frappé de stupeur par la force de la réaction. Surprise ! Comme si on ne savait pas. Au Liban on ne savait pas, à la guerre du Kipour pareillement. La première intifada surprise, la deuxième : surprise encore. J'ai écrit récemment un texte où je réclamais le remboursement de mes impôts payés indument pour des services de renseignements à la noix, considérés pourtant comme les meilleurs du monde mais toujours surpris. Ils ne savaient pas que le hamas avait des missiles d'une aussi grande portée, et pourtant, rien d'étonnant. Quand tu enfermes quelqu'un, que fait-il ? Il essaie de sortir: par en haut, par en bas. En haut, c'est les missiles, en bas, les tunnels. Je l'ai appris, moi, dans le ghetto de Varsovie. On a des exemples historiques de comment réagissent des peuples en état de siège. Il y a ce besoin de sortir coûte que coûte. Tu creuses tu creuses, tu envoies ce que tu peux de l'autre côté. Cela, pour un peuple assiégé, c'est déjà en soi une victoire. Israël se fait toujours surprendre par l'état de préparation de l'ennemi. Personne n'aurait pu croire qu'israël n'arriverait pas à nettoyer Gaza. Pourtant, c'est un match nul. Et un match nul entre l'équipe d'Algérie et l'Allemagne, c'est comme une victoire pour l'équipe d'Algérie. Ce qui aurait permis au Hamas de ramasser la mise c'est si l'Egypte était restée neutre. Or, le Hamas doit se battre à la fois contre israël et contre l'égypte. Personne n'aurait imaginé que la junte militaire égyptienne irait aussi loin dans sa collaboration avec Israël pour casser la résistance du hamas. Je pense que, sans l'Egypte collaborationniste, le hamas aurait pu gagner. Or, là, israël va pouvoir se retirer unilatéralement, sans allégement du siège. Il y aura un retrait, mais un maintien du blocus sur un champ de ruine. 

Pourquoi le hezbollah ne bouge-t-il pas, pourquoi le Cisjordanie ne se soulève pas? Comment cela se fait-il qu'il n'y ait pas de deuxième, de troisième front ?

Il se peut que cela arrive. Jérusalem, par exemple, vit des micros soulèvement et des accrochages tous les jours. Mais il manque une direction politique, quelqu'un qui dise: on y va. Une instance qui coordonne, donne le rythme, et pas uniquement une bande de jeunes, liés au Fatah ou à autre chose, qui vont à la confrontation, se font frapper et tuer d'une manière désordonnée. Là encore, Mahmoud Abbas a une très grande responsabilité. Là encore, il ne joue pas son jeu de représentant des palestiniens, mais plutôt celui de l'ONU. Il est l'ONU. Mais ce n'est pas juste, il est élu pour être le président des palestiniens en lutte et pour mener cette lutte à terme. 


Jérusalem, août 2014.

Cet entretien est paru dans le journal le Courrier du jeudi 7 août avec un complément de notes et une mise en situation redactionnelle.

http://www.lecourrier.ch/122913/pour_israel_l_ennemi_c_est_la_negociation?utm_content=buffera321f&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/08/2014

Lettre aux amis d'Israël

Chers amis, amies d'Israël,

J'ai entendu, depuis quatre semaines, vos arguments en faveur du droit à se défendre d'israël et la diabolisation constante du Hamas; le rappel permanent à sa fameuse charte pour justifier une guerre qui n'a de défensive que le nom.

Un chauffeur de taxi me montre la photo de sa soeur assassinée a Gaza. Elle vivait à 100km d'ici. Il lui parlait de temps en temps au téléphone. Depuis 8 ans, il ne pouvait plus aller la voir. Elle était bouclée dedans. Il me montre ses enfants et dit qu'il a peur pour eux, qu'il ne parvienne pas à les protéger; que les bombes tombent un jour à Ramallah, Naplouse, ou qu'ils soient repoussés toujours plus loin, tués. Les nouvelles colonies qu'il désigne sur les collines donnent à sa peur tout son poids.

Amis d'Israël, je vous le demande, sur qui repose le poids quotidien de la terreur ? Et comment peut-on justifier que des enfants qui vivent a 50 km de la mer ne la verront jamais et demeurent scotchés dans un état de sous-développement chronique, "pour raisons de sécurité" bien sûr. Cela, il faudrait le demander aux soldats du checkpoint qui rient en se montrant des films pornographiques sur leurs téléphones portables et demandent six fois la même question stérile, bloquant le portail de la bétaillère qui sert de tri pour se désennuyer un peu. Amis d'Israël, quand irez-vous faire le pélerinage quotidien du bétail humain au checkpoint de Bethleem ou Qalandyia? Partager le zaatar, le pain et l'huile d'olive avec ceux qui sont des hommes et des femmes comme vous, à Jéricho ou Hébron?   

J'ai été estomaqué, amis d'Israël, par votre support inconditionnel au gouvernement de Netanyahou. Que la charte du Likoud prévoie la réalisation du grand Israël sur tout le territoire palestinien ne vous a jamais semblé problématique. Que cette guerre soit la poursuite d'une volonté d'éradication et de domination d'un peuple entier, accélérée vertigineusement depuis 2001, n'a soulevé aucunes critiques de votre part, ni d'appels pour vous distancer un tant soit peu du gouvernement actuel.

Tuer les mères

Quand Mordechai Kedar professeur à la Bar Ilan Université a publiquement suggéré de violer les mères et sœurs des 'terroristes', j'ai attendu votre condamnation. Elle n'est pas venue. Je ne vous ai pas entendu commenter les dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux appelant à tuer les mamans des "terroristes" parce que tuer leurs enfants ne suffisait pas. Pendant que Ayelet Shaked, membre du parlement israélien, parti maison juive, appelait l'armée d'Israël à détruire les maisons des 'terroristes', à  assassiner leurs mères pour que ne naissent plus de petits serpents, j'ai pris note de votre silence.

Alors que les chants appelant à 'tuer les arabes' tonnaient sur les réseaux sociaux, j'ai espéré de votre part plus de pondération et de distance vis à vis du gouvernement qui les inspirait. A la guerre comme à la guerre me répondrez-vous peut être. Oui, je vous comprends. Mais à trop se ranger derrière ceux qui violent le droit et bombardent 1.8 millions de personnes (et qui, pour rappel, sont 80% de réfugiés déplacés), bouclés depuis 8 ans sur un territoire manquant de tout, vous risquez de devenir comme eux : déshumanisés, au nom d'une logique grégaire d'état. 

Gaza future Ibiza?

Les interventions sur Gaza se succèdent à intervalles réguliers. 2002, 2008, 2012, 2014, avec un blocus aérien maritime et terrestre constant. Certains, en Israël appellent à faire de Gaza une future Ibiza. Moshe Feiglin, vice-président de la Knesset, veut en faire une ville israélienne florissante. Qui sait, une fois débarrassés des arabes, peut-être que l'on pourra y danser comme l'on danse aujourd'hui à Tel Aviv et qu'il n'y aura même plus le sifflement des roquettes pour rappeler qu'un peuple vivait ici auparavant et prétendait -scandale, terrorisme- à avoir le droit d'y vivre en paix, danser et chanter aussi. L'aéroport fermé de Gaza pourrait même alors réouvrir, accueillir des vols easy jet bon marché. Et il y aura, qui sait, sûrement de bonnes opérations immobilières à réaliser.

Je vous ai beaucoup entendu démontrer l'ignominie du Hamas, justifier une guerre "propre", "défensive", "préventive" et vous cacher derrière des barbus pour prétendre a l'innocence des frappes d'Israël. Pour ma part, quand j'entends Netanhyaou s'exprimer avec le vocabulaire des: 'terroristes', 'tunnels de la mort', 'attaques de terreur' je n'arrive pas à le croire. Comme il m'était devenu impossible de croire à Georges Bush et sa rhétorique guerrière pour légitimer ses violations du droit international.

Hamas, Israël même combat?

Si le destin d'Israël est de faire pire ou de se mesurer à l'ignominie pour s'y aligner et l'amplifier, c'est une triste compétition qui est engagée, et je ne me risquerai pas à juger qui du Hamas ou d'Israël en remportera le ponpon. Mais ce que je sais, au vu des récentes opérations d'assassinats ciblées d'enfants, de femmes, de civils, et l'incapacité d'en assumer la responsabilité, qu'Israël a surpassé le Hamas dans le mensonge, en demeurant loin des standards qu'il prétend respecter et imposer. Cela est-il suffisant pour nommer Israël un état terroriste? Non? Que manque-t-il alors? Le rappel des assassinats ciblés, des listes d'homme à abattre ou des 7000 prisonniers palestiniens parmi lesquels des parlementaires, des élus et des enfants, détenus?

J'aurai voulu vous entendre faire une distinction entre votre amour pour Israël et la politique de son gouvernement. J'aurai rêvé moins d'hypocrisie et l'abandon du double discours qui déplore les victimes humaines tout en soutenant la politique qui les crée. J'aurai attendu, démocrates, que vous puissiez regarder en face ce gouvernement et que celui-ci arrête d'en désigner d'autres pour se cacher derrière. 

Israël prétend avoir gagné cette bataille. Elle est selon moi de celle qui lui feront perdre la guerre. Ce gouvernement d'Israël, bébé européen, est maintenant un enfant tyrannique. A qui la faute? Et qui assumera d'autorité de lui rappeler les conduites à adopter envers ses semblables?

Des droits, pas un téléthon

Pour conclure, amis d'Israël, est-il possible de casser le cycle de la violence maintenant? Non. Il est pourtant en notre pouvoir de ne pas l'alimenter. La paix est-elle possible? Jamais sans justice. Pour l'obtenir, il faudra clairement casser les cycles de complaisances, d'indifférences, signes de complicités. Il faudra aussi casser les cycles de charités -payer pour oublier- et le versement de chèques pour reconstruire les immeubles rasés avant une nouvelle guerre pour verser encore l'obole nécessaire à la poursuite du génocide a feu doux. A quoi bon la charité pour maintenir dans une vie diminuée 1.8 millions de personnes dans une prison de 365 kilomètres carrés (sur lequel chaque METRE carré vient de recevoir 5 kg de bombes) et 2,5 millions de personnes en Cisjordanie sans perspective d'avenir autre que de se faire bouffer la laine sur le dos? Pour ma part, je refuse la complaisance et je renonce à la charité. La Palestine a besoin d'obtenir des droits et qu'ils soient respectés, pas de bénéficier d'un téléthon international ou de larmes de crocodiles. 

Amis d'Israël, tenants d'une nécessaire solution négociée, vous devez faire le pas de coté, refuser d'être pris en otage de la logique de colonisation, de domination, et de conquête constante de nouvelles terres qui met en danger l'existence d'Israël par le souffle d'impuissance et de violence qu'elle soulève.

Vous me direz peut-être que je rêve. Non. J'ai les yeux bien ouverts, et refuse que le cauchemar me berce au son de la petite musique de Netanhyahou et son armée de tueurs.

Vous pouvez toujours prétendre que vous dormiez, qu'il faut regarder ailleurs. Mais faisant cela, amis d'Israël, vous faites, convenez-en ou non, un grand tort à ce pays. Et surtout, ne venez pas prétendre demain que vous ne saviez pas. Et si vous saviez, expliquez aujourd'hui, maintenant, au nom de quoi vous n'avez rien fait, n'avez rien dit, et implicitement ou explicitement, encouragé ce gouvernement criminel agissant au nom de de votre amitié.     


12:35 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, israel, palestine, blocus. | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/08/2014

Qu'est-ce que cela peut vous foutre que l'on manifeste un peu ?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsIl y a une chanson de Georges Brassens, la mauvaise réputation qui dit : "au village sans prétention j'ai mauvaise réputation que je me démène ou que je reste cois, je passe pour une je-ne-sais-quoi. Je ne fais pourtant de tort à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome". Pourquoi alors, depuis trois semaines, des oppositions, grincements de dents contre ceux que l'agression israélienne sur Gaza révulse, et qui le disent haut et fort? Pour paraphraser Brassens : nous ne faisons pourtant de tort à personne en allant manifester un peu.

Ce qui devrait susciter le débat, c'est que nous ne soyons pas encore plus nombreux, plus forts, non pas que nous soyons encore là; que le silence gêné ou l'indignation molle aie encore une telle cote et tant de supporters. Pourtant, la démocratie, c'est bien cela, non, ouvrir des lieux de débat et d'expression, et pas seulement sur facebook ? 

L'agression d'Israël sur Gaza, sur des femmes et des enfants, a vu se lever des citoyen-ne-s descendus spontanément dans la rue, quotidiennement à la place Bel Air à Genève; à la place Saint-Laurent à Lausanne, etc., des débats ont lieu, donnant lieu à des échanges de point de vue, une réaffirmation de solidarité avec les palestinien-ne-s assiégé-e-s.

Car enfin, si vous vous faisiez taper dessus au coin d'une rue, n'auriez vous pas le désir que quelqu'un se lève et dise non, essaie à tout le moins d'arrêter votre agresseur, le retienne par la manche, de quelque manière que ce soit? Et ce d'autant plus si c'est tous les soirs, que vous vous faites péter la gueule, depuis plus de 60 ans? Et ne seriez-vous pas doublement blessés si ceux qui vous regardent vous faire battre ne remuaient pas les lèvres, prétextant mille et une raison pour regarder ailleurs tout en serinant les grands principes de droit international?  Ô vous frères humains.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJuste dire NON

Des rassemblements, des cortèges sont nés, autant d'occasion de dire NON, cela n'est pas juste. NON, il est impossible de laisser faire cela en se taisant. NON. Stop au massacre. Assez. Le bon vieux principe du "qui ne dit mot consent" doit être cassé. Nous refusons d'être complices. En regard du silence de la Suisse, du manque de courage de la plupart des états européens (en regard de l'Amérique latine notamment), il n'est pas possible que cette guerre d'extermination se déroule sans réaction. Triste, fade gouvernement français, qui a essayé de museler l'indignation ne faisant au final que souffler sur ses braises.

A la place Bel Air, une indignation et un débat citoyen a poussé, dans le prolongement de ce qui se passe sur les réseaux sociaux et dans le désir d'une rencontre collective, afin de construire des actions, exprimer d'une manière constructive une révolte. J'ai été surpris pourtant de la vigueur des oppositions rencontrées ici et là.   

-  Pourquoi vous mobilisez-vous contre ce conflit uniquement? 

Ce n'est pas juste contre cette agression que les gens se mobilisent. Pour ma part, j'étais dans la rue lors de l'intervention américaine en Irak, j'ai signé la pétition contre les violences faites aux chrétiens d'Irak. J'étais dans la rue pour lutter contre la violence des armes. Je suis dans la rue régulièrement pour défendre les droits sociaux, signer des pétitions, des initiatives populaires, contre les révisions successives du droit d'asile. Je suis dans la rue, chaque fois qu'un recul social ou qu'un état, un parti, s'arroge, au nom du pouvoir ou de sa puissance économique, de s'asseoir sur la figure d'êtres humains, chaque fois que je crois qu'un engagement quel qu'il soit, puisse faire la plus petite différence possible. C'est souvent les mêmes personnes que je vois alentour, malheureusement. J'agis en regard de la règle d'or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, entendue comme : ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. C'est grave docteur?

- Mais pourquoi ce conflit là ?

Parce que ce conflit a une intensité particulière. Pour des raisons historiques, géographiques, il est un test, un révélateur. Parce qu'Israël se réclame de l'Europe, de la démocratie, que sa situation géographique et politique en fait un épicentre. Parce que l'Europe a constitué le problème palestino-israélien. Parce que l'on est placé devant le dernier état colonisateur à ne pas avoir été remis à sa place lors des mouvements émancipateurs nationaux des années 60-70. Parce qu'il se joue là quelque chose de notre sécurité aussi, directement, dans le combat particulier d'un peuple (et peut-être déjà de deux peuples), contre un pouvoir militaro-économique qui veut en faire de la chaire à canon ou de la pâte à terroriste uniquement.

- Ne croyez-vous pas que ce conflit ne nous concerne pas? C'est une histoire entre les arabes et les juifs. 

Faux. Ce conflit a été crée par l'Europe qui s'est déculpabilisée du génocide commis contre les juifs à peu de frais, signant un blanc seing pour la création d'un pays au milieu d'une population qui en a été chassée. L'Europe porte une responsabilité, qu'elle continue d'aggraver en soutenant inconditionnellement Israël, en refusant de revoir ses relations avec cet état à l'aune de son évolution récente. Pourquoi inviter royalement Israël à l'eurovision, apprécier la participation de ses clubs au championnat d'Europe de football, de basketball, etc., continuer de nourrir un commerce fleurissant avec une entité qui ne respecte pas les règles du droit international, les viole même en toute impunité, tout en prétendant en propager les valeurs. Dans un avion pour Jérusalem un jeune homme regarde le film 'fight club" sur son ordinateur il a été rappelé d'Angleterre où il vit pour aller se battre a Gaza. Mais il va combattre pour qui et pour quoi en fait ? 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Ne devons-nous pas nous contenter de fournir une aide humanitaire sans nous mêler de politique?  

Non. Ce conflit nous engage parce que nous paierons comme nous avons payé les dernières fois et continuerons de payer pour l'aide humanitaire et la reconstruction de Gaza, qui sera encore rasée dans deux ou trois ans. Nous mettons la main au porte-monnaie pour des programmes qui sont ensuite dévastés. C'est absurde. Continuerons-nous encore longtemps de payer pour rien? A construire ce qu'Israël détruit, puis payer encore pour la reconstruction? C'est coûteux et inutile comme "aide" et maintient dans un état de vie a minima une population exsangue. Vous soutenez cela?

- Vous devriez arrêter avec votre morale. Vous n'êtes pas meilleurs que les autres.

Il ne s'agit pas d'être meilleur que quiconque. Il s'agit de rappeler le droit, et de le faire appliquer, pour toutes et tous. Sinon, les grands principes de la démocratie ne valent pas tripette, et ne résisteront pas longtemps s'ils demeurent soumis à des double standards réservés à un club select qui les applique au détriment d'autres et selon une géométrie variable. Si les crimes d'Israël nous amènent la complicité et au silence, qu'est-ce qui nous fera encore bouger ? Un tsunami, un téléthon? Une coupe du monde? Ceci dit, ce n'est pas pour se prétendre meilleur que quiconque, plutôt pour ne pas être pire que les autres en prétendant faire régulièrement une morale au nom de valeurs que nous ne respectons pas ou si peu ou en choisissant pour seule boussole la voie du cynisme et du repli sur soi.  

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Le Hamas est pourtant un mouvement terroriste.

Il est grave de qualifier de terroriste tout mouvement de résistance pour ensuite décrédibiliser ceux qui le portent, les considérant comme quantité négligeable pour les éliminer facilement, sans honte. Leur statut d'humains, d'individus sentant, pensant, aimant, leur aura été retiré. Cette rhétorique qui déshumanise, permet de tuer sans même en assumer la portée. Ainsi, ce ne sont déjà plus des humains qui sont supprimés, mais des moins-que-rien. Il y a probablement en ce moment 1.8 millions de gazaouis qui se réclament du Hamas. Israël va tous les éradiquer? Demandez à un jeune palestinien de Cisjordanie qui est le Hamas. Il vous dira: nous tous, le peuple Palestinien. Israël va donc tous les éradiquer? Jusqu'à combien de morts trouverons-nous cela "justifiable"? Cette rhétorique perverse est un poison. Nous en avons été gavés ces dernières années par Georges Bush et les neo-conservateurs américains qui ont fabriqué des terroristes à la pelle. Poutine a appliqué ce principe en Tchétchénie; Israël, depuis longtemps, l'exerce sur les palestiniens, créant des sources innombrables de conflits en désignant les "terroristes" selon des desiderata politiques pour les dégommer sans sourciller.

- Le Hamas a dans sa charte la destruction d'Israël.

Pourtant, à de nombreuses reprises le Hamas a affirmé être prêt à une Houdna (trêve) indéterminée, pour autant qu'Israël se retire des territoires occupés. Jusqu'à récemment, le Hamas a reconnu être prêt à cesser les combats, si Israël arrêtait ses bombardements et cessait le blocus de Gaza. L'OLP a lui aussi longtemps eu dans sa charte la destruction d'Israël, avant de la retirer. Preuve que le dialogue fonctionne et que les positions évoluent. Il faut comprendre qu'il s'agit là de moyens de maximaliser des postures. Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, voilà la question. Et quand est-ce qu'Israël comprendra que ses "victoires" militaires, acquises au prix d'une défaite politique et morale, et une surenchère dans la violence, l'amènent petit à petit au bord du précipice ? Qu'est-ce qu'Israël est prêt à lâcher, pour vivre en paix avec ses voisins, dites-moi ? J'entends : rien, parce que ce sont des terroristes. Et j'entends, de même, les voix fortes, dominantes voulant un grand Israël, continuer d'avoir dans leurs chartes et leurs plans, la réalisation d'un état recouvrant  tout le territoire palestinien.

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- N'êtes-vous pas un peu antisémite pour être aussi critique envers Israël?

La politique antisémite, c'est celle qui importe des colons n'ayant jamais mis les pieds au moyen-orient, des quatre coins de la planète, les poussant dans un environnement qui leur est étranger et sans regard pour les autres peuples y pré-existant. La véritable politique antisémite c'est celle qui, au nom d'un principe religieux, politique, ou religio-politique: le sionisme, mène une guerre d'épuration ethnique et considère comme quantité négligeables celle et ceux qui ne rentrent pas dans son schéma de pensée. La véritable politique antisémite, c'est peut être aussi celle qui accepte tacitement que deux peuples sémites (pour autant que l'on assume cette taxinomie) se déchirent et s'en lave les mains. Enfin, le plus grand antisémite, est peut-être celui qui lance cette accusation à gorge déployée trop facilement quand une critique est adressée à Israël, aggravant le ressentiment et la perception d'un débat entravé, en en dévoyant ainsi le contenu au détriment même de ceux qu'elle prétend protéger. 

- Vous manifestez, grand bien vous fasse, pourquoi ne le faites-vous pas avec un drapeau de chaque pays, pour la paix ?

Parce que la paix sans la justice ne tiendra jamais; et que dans ce conflit, il y a clairement une politique coloniale menée par un état expansionniste qui a toujours refusé de donner une limite à ses frontières. Parce que les victimes de ce conflit ne se trouvent clairement pas des deux cotés du mur, mais que la dimension asymétrique du rapport de force et du rapport des deuils, depuis plus de 60 ans, font que se promener avec un drapeau dans chaque main serait un affront pour le peuple Palestinien, et une manière écoeurante, au nom de notre bonne morale européenne d'affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou pire encore, se rassurer: joie amour et paix, serrez-vous la main maintenant. Après avoir exporté ce conflit, de chercher à tout prix à en importer une paix de la conscience.

- Ce conflit n'aura pas de fin, vous vous fatiguez pour rien.

Il n'y a pas de fins, il n'y a que des moyens. Le mouvement du BDS ( Boycott, Désinvestissement, et Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) est une voie de progrès pour ne pas rester inactifs et agir concrètement pour soutenir le peuple Palestinien dans sa lutte pour la survie. Un jour à la fois. 

gaza,isreal,palestine,manifestations,bds- Vous devriez vous occuper de vos affaires.

Ce sont mes affaires. Comme européen, comme chrétien, comme méditerranéen, comme citoyen, comme humain. Si je ne m'occupe pas de celles-là, "mes affaires" sont bonnes pour la poubelle, ou alors, elles se rétrécissent comme peau de chagrin. Certes, je pourrai toujours me concentrer sur le tri des déchets jusqu'à la fin de mes jours : verre rouge, verre blanc, aluminium d'un côté, en voilà des enjeux à notre portée.

- N'avez-vous donc rien de mieux à faire que de manifester?

Si, je préférerai. Mais pourquoi est-ce que cela vous emmerde tant que l'on manifeste en solidarité avec un peuple pour son droit à l'autodétermination, que des citoyen-ne-s se mobilisent, parlent, écrivent, inventent encore des moyens de créer des solidarités et soutenir la vie. Et puis, comment se fait-il que vous vous manifestiez si peu ou alors pour râler uniquement, et n'organisiez pas au moins une belle manifestation pour le droit de dormir en paix, le silence des pantoufles, ne plus être dérangé par le tumulte du monde et les cris des gamins brûlés?

Vous me direz peut-être qu'il n'y a plus besoin de manifester pour les gamins brûlés, c'est devenu notre quotidien télévisuel, ainsi va le monde, on n'y peut rien changer. Je vous répondrai pour finir ceci: ainsi va peut-être notre monde, mais c'est la direction que nous choisissons de lui donner. Qu'est-ce qui a pu s'endormir pour que le silence et l'impuissance semblent l'emporter si facilement sur l'indignation et la solidarité? Ou plutôt : qu'est-ce qui n'a pas encore été réveillé et secoué pour que l'on sorte de la torpeur. Et surtout: que faudra-t-il encore attendre de ce monde lorsque le dernier des manifestants aura choisi de rester chez lui devant sa télé et fermé les fenêtres pour ne pas sentir l'odeur des enfants  brûlés?

gaza,isreal,palestine,manifestations,bdsJe ne sais pas.

Mais rien qu'à y penser, je trouve à me manifester encore.

Une raison d'être en mouvement, d'écrire et partager ce texte. 

08:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, isreal, palestine, manifestations, bds | |  Facebook |  Imprimer | | |

27/07/2014

La trêve d’israël est un abus de langage

Clausewitz écrivait : La guerre est une poursuite de l'activité politique par d'autres moyens. Pour israël : la diplomatie est la poursuite de la guerre par d'autres moyens.

La trêve d’Israël est un abus de langage


Après 18 jours de combats qui ont fait 1'049 morts et 6'032 blessés depuis le 8 juillet dont une écrasante majorité de civils et au moins 192 enfants, Israël a annoncé vendredi soir un trêve humanitaire dans la bande de Gaza, de 8h00 à 20h00  le samedi 26 juillet  aux conditions suivantes : 

1) Les civils de Gaza à qui il a été demandé d'évacuer leur logement doivent s'abstenir d'y retourner.

2) israël ripostera si les dénommés terroristes tentent d'exploiter cette période pour attaquer des soldats ou tirer sur des civils israéliens.

3) Pendant cette trêve, les activités opérationnelles pour localiser et neutraliser les tunnels de la bande de Gaza vont se poursuivre !

La trêve d’israël n’est pas un cessez-le-feu. La trêve d’israël est un abus de langage et nous devons l’entendre pour ce qu’elle est: une poursuite de la guerre. Elle signifie véritablement : Nous pouvons  continuer de vous tirer dessus mais vous ne le pouvez pas. Nous pouvons continuer de détruire vos infrastructures, vous ne riposterez pas. Nous pouvons empêcher les ambulances de passer, passer à perte et profit le sang des enfants sur les plages, dans les caves, et dans les écoles écroulées. Nous pouvons tirer sur des bâtiments de l'ONU, tuer ses employés, les réduire en purée, sans conséquences. Vous ne réagirez pas. Nous pouvons continuer de décrédibiliser le CICR, leur faisant évacuer des quartiers pour bombarder ensuite les civils exposés. Nous pouvons tuer des employés du croissant rouge, des bibliothécaires, des fleuristes, des cafetiers. Et quand nous penserons avoir suffisamment tués pour en imposer, nous imposerons encore une trêve. 

Soyons sérieux. La trêve d’israël n’est pas un cessez-le-feu. La trêve d’israël n’est pas un acte humanitaire. C’est une manœuvre diplomatique pour réduire la résistance Palestinienne au silence en tuant des civils tout en légitimant sa conduite derrière un sordide voile humanitaire. israël ne sait plus comment freiner la mécanique de mort qu'elle pensait dominer. Plusieurs milliers d'israéliens manifestent à Tel Aviv pour la fin de la guerre. israël est en train de perdre la bataille de la justification et de la communication; plus personne ne peut croire à sa rhétorique défensive quand elle tue plus de 1'000 civils.   

Négocier la fin de la guerre pas imposer la trêve

La trêve d’israël est un abus de langage. La trêve d’israël est faite de papier mâché. Elle ne la dégage en rien de l’écrasante responsabilité quant aux corps que l’on dégage des décombres. Elle ne la dégage en rien de la situation de colonisation, véritable source du conflit. Elle ne la dégage en rien de sa lâcheté de se dissimuler derrière le Hamas prétexte malléable pour poursuivre à cibler et détruire des civils. Elle ne la dégage en rien de ses responsabilités d'état signataire des conventions de Genève. Il faudra bien à un moment qu'israël vienne s'assoir à la table des négociations pour discuter la fin de la guerre, pas l'imposition de trêves. Il faudra bien qu'à un moment israël comprenne qu'il ne peut sortir de l'ornière sans négocier avec le Hamas et le Fatah réunis à nouveau ; qu'il ne peut imposer sa force uniquement. Il devra y mettre son intelligence et son désir de paix et entamer un véritable dialogue sous l'égide de l'ONU.   

Je souhaite partager ci-dessous un texte qui est un appel de la société civile de Gaza porté par 91 personnalités publiques.  Il a été traduit en français à Genève par des militant-e-s de BDS (Boycott Désinvestissement Sanction contre Israël jusqu’à la fin de l’apartheid et de l’occupation en Palestine).  


Dimanche matin, au prétexte de roquettes envoyées en direction de son territoire, Israël annonce la reprise des frappes sur Gaza.  

Pas de cessez-le-feu sans justice pour Gaza

Déclaration de 91 personnalités publiques de la société civile de Gaza (publiée dans The Electronic Intifada, Bande de Gaza, 22 juillet 2014).

En nos qualités d’universitaires, de personnalités publiques et de militants, témoins du génocide planifié de 1,8 million de Palestiniens vivant dans la Bande de Gaza, nous appelons à un cessez-le-feu avec Israël uniquement s'il est lié à la fin du Blocus et au rétablissement des libertés fondamentales interdites à notre peuple depuis plus de sept ans.

Nos préoccupations principales ne sont pas seulement la santé et la sécurité des personnes au sein de nos communautés, mais aussi leur qualité de vie - leur capacité à vivre sans craindre d’être emprisonné sans procès équitable, à soutenir leurs familles par un emploi salarié, à circuler librement pour rendre visite à leurs familles et poursuivre leurs études.

Il s’agit d’aspirations humaines fondamentales sévèrement limitées pour le peuple palestinien depuis plus de 47 ans, mais dont sont particulièrement privés depuis 2007, les habitants de la Bande de Gaza. Nous avons été poussés au-delà des limites de ce qu'une personne normale peut endurer.

Une vie de mort vivants

Les accusations portées dans les médias et par des politiciens de tous bords à l’encontre du Hamas, d'avoir ordonné aux habitants de Gaza de s’opposer aux ordres d'évacuation, pour ensuite les utiliser comme boucliers humains, sont fausses. Avec des abris temporaires remplis et des bombardements israéliens aveugles, il n'y a littéralement aucun endroit sûr à Gaza.

Le Hamas a reflété le sentiment de la grande majorité des résidents en rejetant le cessez-le-feu unilatéral proposé par l'Egypte et Israël sans que personne n'ait été consulté à Gaza. Nous partageons le sentiment largement répandu dans l'opinion publique qu'il est inacceptable de revenir simplement au statu quo – où Israël entrave strictement l’entrée et la sortie de la Bande de Gaza, contrôle l’entrée des approvisionnements (notamment en prohibant la plupart des matériaux de construction), et interdit pratiquement toutes les exportations, paralysant ainsi l'économie et provoquant l'un des taux de pauvreté et de chômage les plus élevés du monde arabe.

S’y plier signifierait un retour à une vie de morts vivants.

Malheureusement, l'expérience a montré qu’à plusieurs reprises le gouvernement israélien est revenu sur ses promesses de négociations et ses engagements de réforme.

De même, la communauté internationale n’a fait preuve d’aucune volonté politique pour faire appliquer ces engagements. En conséquence, nous appellerons à un cessez-le-feu uniquement quand les conditions négociées auront abouti aux résultats suivants :

- Liberté pour les Palestiniens d'entrer et de sortir de la Bande de Gaza

- Importation et exportation illimitée de fournitures et de marchandises, y compris par voies terrestre, maritime et aérienne

- Utilisation sans restriction du port de Gaza ;

- Suivi et application de ces accords par un organisme désigné par l'Organisation des Nations Unies, accompagné des mesures de sécurité appropriées.

Chacune de ces attentes est garantie dans la plupart des pays. Il est temps qu'on respecte les droits humains des Palestiniens de Gaza.

Signatures :

·    Akram Habeeb, Assistant Professor of American Literature, Islamic University of Gaza (IUG)


·    Mona El-Farra, Vice President and Health Chair of the Palestinian Red Crescent Society


·      Ramy Abdu PhD, Chairman of the Euro-mid Observer


·      Abdullah Alsaafin, Palestinian Writer/journalist


·      Ali Alnazli, Businessman


·      Adel Awadallah, Head of the Scientific Research Council


·      Hanine Hassan, Graduate Research Assistant


·      Sheren Awad, Journalist


·      Yahia Al-Sarraj, Associate Professor of Transportation, IUG


·      Tawfik Abu Shomar, Writer and political analyst


·      Hasan Owda, Businessman


·      Ibrahim AlYazji, Businessman


·      Walid Al Husari, Chair, Gaza Chamber of Commerce


·      Nael Almasri, Dentist


·      Wael El-Mabhouh, Political researcher


·      Rami Jundi, Political researcher


·      Ashraf Mashharawi, Filmmaker


·      Mohammad Alsawaf, Journalist


·      Hasan Abdo, Writer and political analyst


·      Kamal El Shaer, Political researcher


·      Omar Ferwana, Dean of Medicine Faculty, IUG


·      Iyad I. Al-Qarra, Journalist, Palestine newspaper


·      Musheir El-Farra, Palestinian activist and author


·      Khalil Namrouti, Associate Professor in Economics, IUG


·      Moein Rajab, Professor in Economics, Al-Azhar University - Gaza


·      Basil Nasser, Planning advisor


·      Hani Albasoos, Associate Professor in Political Science, IUG


·      Arafat Hilles, Assistant Professor, Al-Quds Open University


·      Imad Falouji, Head of Adam Center for Dialogue of Civilizations


·      Moin Naim, Writer and political analyst


·      Yousri Alghoul, Author


·      Mohammad Jayyab, Editor of Gaza Journal of Economics


·      Mousa Lubbad, Lecturer in Finance, Al-Aqsa University


·      Iskandar Nashwan, Assistant Professor in Accounting, Al-Aqsa University


·      Shadi AlBarqouni, Graduate Research Assistant


·      Adnan Abu Amer, Head of Political Department, Al-Umma University


·      Wael Al Sarraj, Assistant Professor in Computer Science, IUG


·      Said Namrouti, Lecturer in Human Resource Management, IUG


·      Khaled Al-Hallaq, Assistant Professor in Civil Engineering, IUG


·      Asad Asad, Vice Chancellor for Administrative Affairs, IUG


·      Hazem Alhusari, Lecturer in Finance, Al-Aqsa University


·      Shadi AlBarqouni, Graduate Research Assistant


·      Deya’a Kahlout, Journalist, Al-Araby newspaper


·      Raed Salha, Assistant Professor in Geography, IUG


·      Sameeh Alhadad, Businessman


·      Tarek M. Eslim, CEO, Altariq Systems and Projects


·      Sami Almalfouh PhD, Senior engineer


·      Fayed Abushammalah, Journalist


·      Fadel Naeim, Chairman of Palestine Physicians Syndicate


·      Zeyad Al-Sahhar, Associate Professor in Physics , Al-Aqsa University


·      Iyad Abu Hjayer, Director, Palestinian Center for Democracy and Conflict Resolution


·      Wael Al-Daya, Associate Professor in Finance, IUG


·      Younis Eljarou, Head of the Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Donia ElAmal Ismail, Head of the Creative Women Association


·      Zeinab Alghonemi, Head of Women for Legal Consulting Association


·      Amjad AlShawa, Palestinian Nongovernmental Organizations Network (PNGO)


·      Mohsen Abo Ramadan, Head of Palestinian Nongovernmental Organziations Network (PNGO)


·      Abed Alhameed Mortaja, Assistant Professor of Linguistics, IUG


·      Talal Abo Shawesh , Head of Afaq Jadeeda Association


·      Zohair Barzaq, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Marwan Alsabh, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Ghassan Matar, Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Rania Lozon, Writer


·      Ashraf Saqer, IT Specialist


·      Samir AlMishal, Mishal Cultural Centre


·      Jamila Sarhan, Independant Commission for Human Rights


·      Jalal Arafat, Union of Agricultrual Work Committees


·      Khalil Abu Shammala, Aldameer Association for Human Rights


·      Jamila Dalloul, Association Head of Jothor ElZaiton


·      Maha Abo Zour, Psychologist


·      Psychologist Ferdous Alkatari


·      Yousef Awadallah, Health Work Committee


·      Yousef Alswaiti, Al-Awda Hospital Director


·      Taysir Alsoltan, Head of Health Work Committees


·      Taghreed Jomaa, Union of Palestinian Women’s Committees


·      Imad Ifranji, Journalist, Alquds TV


·      Jehal Alaklouk, Activist


·      Adel Alborbar, Boycott Committee


·      Hatem AbuShaban, Board of Trustees of Al-Azhar University -Gaza


·      Saleh Zaqout, Secretary of the Red Crescent Society for the Gaza Strip


·      Mohammed Alsaqqa, Lawyer


·      Nihad Alsheikh Khalil, Professor of Modern and Contemporary History, IUG


·      Mohsen Alafranji, Lecturer at Media Department, IUG


·      Nedal Farid, Dean of Business Faculty, Al-Aqsa University


·      Salem Helles, Dean of Commerce Faculty, IUG


·      Ahmad Ali PhD, Economic Analysis


·      Raed M. Zourob PhD, Head of the Department of Preventive Medicine, Ministry of Health


·      Mosheer Amer, Professor of Lingusitics, IUG


·      Moheeb Abu Alqumboz, Lecturer


·      Fatma Mukhalalati, Supreme Court judge

·      Fahmi Alnajjar, Supreme Court judge


10:45 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaza, crimes de guerre, israël, trêve, guerre, cesser-le-feu | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/07/2014

Gaza : Plus de t(Rêve)

Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de répit pas de replis plus de respect pas de médecins plus d'alerte pas de fin plus de sucre pas d'appuis pas de tunnels

Plus de pitié plus de possibles plus de classe plus de lait plus de pain plus de sel plus de calme plus de plage plus de confiance plus de crème pas de navires de sorties.

Plus d'amis plus d'alliés plus de souffle plus de farine plus de temps plus le choix plus de voix plus d'arrêt plus de flotte plus de frontière plus de passeport pas de pays de passage plus de trou plus de cave pas de maison


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de papa plus de fusil plus de livres plus d'argent plus de cartouches pas de jeux de vêtements pas de douche plus de bain plus de miel plus de miettes plus de vacances plus de soutiens pluie de pas pluie de plus pas de maman.

Plus de paix plus d'olives plus de poids pas de plumes plus de thym plus de juifs pas de cousins plus de ciel plus de bêtes plus de peur que du mal plus d'oiseaux plus de raison pas de salut

Plus de plumes plus de bombes pas de course pas d'arrêt


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus d'avenir plus d'essence plus de camions plus de tunnels plus de pompiers pas le temps

Plus d'échelles plus de bétons plus de fer plus de barbies plus de coton plus de souffle barbelés barbelés barbelés plus de foot plus de stade plus de rêves plus de chaussures pas de maillots que des tanks

Plus de pansements plus de buts plus d'envie plus de pas plus de droits plus de voix plus de visites plus de lettres pas de tunnel plus d'enfants


Plus de (t)Rêve Pas de soldats

Plus de papier plus de sommeil plus de jus plus de structure plus de large plus d'état plus d'été pas de fin pas de chutes pas de jour pas de nuit

pas d'oubli

plus de sang

pas de fin

pas de justice

plus de (t)Rêve  


Rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien

Samedi 19 Juillet 14h place des nations, Genève.

  israel,gaza,bds

11:40 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, gaza, bds, manifestation | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/07/2014

10 arguments en faveur d'Israël qui alimentent le conflit (1-5)

israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.Pourquoi la colonisation israélienne nous concerne-t-elle directement? Pourquoi est-il impossible d'esquiver ce conflit en le mettant sur le même pied que ce qui se passe au Tibet ou en Ukraine par exemple ? Pourquoi ne pas s'y impliquer revient à terme à fragiliser notre sécurité et renforce la responsabilité de l'Occident dans les violences qui s'y déroulent? Pour agir, comment se libérer des clichés qui assurent la perpétuation de l'état de violence. Petit tour des représentations toutes faites qui aggravent le conflit en avançant 10 arguments fallacieux en faveur d'Israël (1-5).      

1) Le mur de séparation assure la sécurité d'Israël  

Faux. Il y a un paradoxe dans l'argumentation de ceux qui défendent la présence du mur. Ils affirment que le mur protège Israël des terroristes du Hamas. Pourtant, de nombreux travailleurs passent le mur pour travailler en Israël. Le mur n'est pas une garantie sécuritaire, il est non-étanche. De nombreux points de passages laissent entrer des clandestins. Le mur, comme le rappelle René Bachmann (Le Mur, éditions du Seuil) est avant tout un outil visant à découper des terres et à poser de nouvelles frontières au profit de l'état d'Israël, enserrant et protégeant ses colonies. Maale Adumim "perle brillante de l'état d'Israël" selon ses élus municipaux, en est l'une d'elle, construite illégalement, coupant la Cisjordanie en deux. Le mur est un outil de domination économique et géopolitique, pas une garantie de sécurité. Il demeure une des sources du problème, pas une possibilité de sa résolution. Ce n'est pas le mur qui a empêché les attentats terroristes, mais la trêve négociée entre le Hamas et Israël, et le choix politique de l'Autorité Palestinienne de renoncer à la violence. La diplomatie affirmera Israël, pas les murs ni les bombes, ni ses interventions armées qui donnent bien de nouvelles forces à ses détracteurs et attise  la haine. Il n'y a pas de solution militaire à ce conflit et le mur est une construction militaire. 


israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.2) Israël donne du travail aux palestiniens

Faux. Israël le fait payer plutôt, et cher. La colonisation produit de la main d'oeuvre bon marché, un lumpenproletariat corvéable à merci. Israël est une économie florissante sous perfusion américaine. Une colonisation ne peut se justifier parce que des colons emploient des colonisés à des salaires horaires misérables. Les français en Afrique employaient des natifs, cela donne-t-il une légitimité à la colonisation? Certainement non. Israël ne donne pas du travail, il développe une économie basée sur l'exploitation. Personne ne s'attend toutefois à ce qu'Israël soit plus vertueux que d'autres pays. Ce n'est pas de la vertu qui est attendue, mais le respect du droit. Si Israël se réclame de la démocratie et veut en honorer les engagements, elle ne peut se satisfaire d'être comparée à l'Egypte des maréchaux ou aux criminels islamistes qui égorgent et tuent en Syrie et en Irak. Comparer Israël à la lie pour lui donner un semblant de légitimité et la placer au-dessus des pires dictatures est humiliant pour elle. Si Israël se revendique de l'Europe, veut pousser la chansonnette à l'Eurovision, continuer d'envoyer ses équipes de football jouer dans les championnats européens, elle doit jouer à ce niveau là, pas se reléguer au niveau des états atomisés aux pratiques criminelles comme l'Irak ou la Syrie avec l'argument fallacieux d'être la "seule démocratie" du Moyen-Orient tout en commettant à Gaza des crimes contre l'humanité.     

israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.3) Le Hamas veut avant tout la destruction d'Israël

Faux. Le Hamas est à l'origine un mouvement communautaire et social. Il s'est radicalisé lors de la première intifada (1987) et a, à de nombreuses reprises, signé et accompli des trêves avec Israël. Il a proposé, en 1993, à Israël, la paix en échange de son retrait des territoires occupés. Les cycles de violence du Hamas avec Israël montrent un rapport de force, et un dialogue constant entre les deux entités. Il est impossible au Hamas de créer une véritable économie et donner du travail à  sa population actuellement en raison du blocus israélien (2005) enserrant Gaza; impossible à quiconque de développer une économie viable à Gaza autre que de survie. Le Hamas est une jauge de sécurité pour Israël. Si le Fatah prend de l'ampleur, Israël renforce le Hamas. Si le Hamas gronde, Israël desserre l'étreinte au Fatah. Si les deux s'unissent (2 juin 2014) Israël lance une attaque qui les fragilise tous deux. Le Hamas est une monomanie, une obsession israélienne, son repoussoir favori. En février 2006, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, réitère la proposition de trêve de durée indéterminée et de mettre fin à la lutte armée si Israël se retire de tous les territoires occupés et reconnaît les droits du peuple palestinien. Israël refuse. Il est aujourd'hui pervers de nier le droit à un peuple de s'autodéterminer en prenant en exemple sa composante la plus extrémiste pour la frapper tout en faisant parallèlement le nécessaire pour la renforcer quand elle peut être utile politiquement. L'Autorité Palestinienne ne partage pas l'idéologie et la stratégie du Hamas. Pourquoi Israël n'intensifie-t-il pas ses échanges avec elle? 


israël,palestine,gaza,bds,bombardement,suisse,neutralité.4) Le droit au retour est un luxe dont finiront par se passer les Palestiniens

Faux. Tant qu'Israël n'accédera pas à cette exigence, le conflit perdurera. Il ne s'agit encore pas là de la vertu ou non d'Israël de s'y plier, mais du respect du droit international et d'honorer les quatrièmes conventions de Genève. Une fois les combats terminés, les civils doivent pouvoir retourner chez eux, dans leurs propres maison. Depuis bientôt quatre générations (1948), ce droit est bafoué par Israël. Il n'y a, là encore, aucun sens d'invoquer les autres états arabes et de pousser vers eux la question Palestinienne. On entend dire: "que les autres états arabes les accueillent". Mais non. Qu'ils choisissent ou non d'accueillir les palestiniens est non-signifiant. Les habitants de Jaffa sont originaires de Jaffa, pas Bagdad, c'est insensé de vouloir les envoyer au loin. Ils doivent pouvoir retourner chez eux, même si leur ville s'appelle Tel-Aviv aujourd'hui. Pourquoi l'Etat d'Israël bloque-t-il ce retour? Parce que ce serait la fin de l'état hébreu disent certains. Quel paradoxe. Si c'est le cas, comment prétendre démocratique un état qui se définirait par essence hébreu et donc par définition à dominance juive? Quelle est la nature de la démocratie de l'état d'Israël si une partie de sa population originaire ne peut y vivre, et celle qui y réside actuellement a pour vocation d'y demeurer minorisée ?      

5) Les épisodes de violence sont initiés par les arabes

Faux. La colonisation est un acte de violence, elle est à la racine, au coeur des autres violences qui en découlent. Invoquer le Hamas à tour de bras ne fait que le renforcer et lui donner plus de puissance. Pourquoi Israël ne s'appuie-t-il pas sur l'Autorité Palestinienne, ne renforce-t-il pas la position de Mahmoud Abbas, modéré, pragmatique, ayant reconnu l'état et l'existence d'Israël? Dès 1987 le Hamas a été toléré, accepté, voir soutenu par Israël pour contenir le Fatah selon le principe de "diviser pour régner". Israël, par les excès d'une politique de colonisation effrénée, a tout fait pour fragiliser Mahmoud Abbas qui a été présenté comme "trop tendre". La cote de popularité du Hamas est montée. Certains palestiniens ont cru qu'il pouvait être une alternative au Fatah. La colonisation divise. Choisir d'enfermer un peuple, à Gaza comme en Cisjordanie est une violence continue et quotidienne qui n'a pas besoin de coups de feu pour être dénoncée et sanctionnée. 


Les arguments 6 à 10 en faveur d'Israël qui alimentent le conflit seront publiés ultérieurement.  

Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

 

09:29 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israël, palestine, gaza, bds, bombardement, suisse, neutralité. | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/07/2014

Gaza: boucherie sur la plage

Gaza est un hachoir. Plus de 150 morts et 1000 blessés depuis 6 jours, pour l'écrasante majorité des civils. Cette boucherie ne peut être qualifiée autrement qu'un crime contre l'humanité. Israël va a engager les combats au sol. Le bilan humain va drastiquement augmenter. Le bain de sang est programmé. Le long de cette plage de la Méditerranée, une boucherie sans crème solaire sous 37 degrés est en route. Israël présente les gazaouis au hachoir des F16 sur une petite musique de drone. Le point de passage de Rafah est bloqué par les militaires égyptiens avec la bénédiction d'Israël. Les habitant-e-s se font tabasser au poste de passage. Ils attendent trois jours de pouvoir fuir avant de se faire refouler dans la nasse. Seuls les détenteurs d'un passeport international peuvent sortir. Les palestiniens sont refoulés. Ce sont les otages d'Israël, désignés pour le hachoir.       

Gaza, Hébron, Ramallah, même combat 

Si l'on cherche la source du problème, ce n’est pas en désignant Gaza ou le Hamas qu’on la trouvera. Il faut voir l’entier de la Palestine illégalement occupée par Israël. Les Israéliens affirment qu’ils se sont retirés de Gaza, ah bon? Il est fallacieux de dire que Gaza est un territoire autonome. La Palestine est occupée, Gaza incluse, comme Jérusalem, la Cisjordanie. Il n’y a pas d’occupations 5 étoiles. Il n’y a pas d’occupation démocratique. Il est impossible de rester neutre. L’occupation, peu importe sa légitimation et son appareil de propagande demeure une occupation. C’est une violation des droits de l’homme, de la quatrième Convention de Genève. Le silence du CICR à ce sujet est assourdissant. C'est une source renouvelée de guerre, de conflit, tant que durera l'occupation.

Une communauté plus interdite qu'internationale

Il ne faut pas traiter les conséquences mais l’origine des problèmes. Et la racine du problème ne tourne pas autour des missiles qui partent de la bande de Gaza occupée. C'est, cela, une conséquence. Bien sûr, il faut les condamner. Parce qu’ils visent des civils. Parce qu'ils sont absurdes, contreproductifs et vains. Parce qu'ils fragilisent l’unité palestinienne, prise en otage par le Hamas, au profit d'Israël. De la même manière, le problème ne vient pas des enfants qui lancent des pierres sur l’armée occupante en Cisjordanie.

Le véritable problème c’est: pourquoi il y a-t-il encore et toujours, en 2014, une puissance occupante en Palestine; des colons désireux de se prendre des pierres pour riposter à l'arme de guerre? Pourquoi enfin la communauté internationale a-t-elle cédé clé en mains un pays à Israël en 1948, refusant ce même droit aujourd'hui à une autre entité légitime? La complaisance des états européens est terrible. L'attitude de la France, appelant à la retenue du bout des lèvres et détournant le regard est indigne. L'attitude de la Suisse qui se prépare à acheter pour 400 millions de drones israéliens irresponsable et écoeurante. Cela ne doit pas se faire. Comment obtenir de nos gouvernements qu'ils prennent position contre la guerre, arrêtent de la soutenir, et de la communauté internationale qu'elle soit moins interdite devant ce qui se déroule et est une conséquence aussi de leur inaction?

Ils tuent collectivement les innocents

La punition collective n’est pas une chose nouvelle. C'est une politique. Elle est mise en œuvre sur l’ensemble de la Palestine depuis des décennies. Plus de 5000 palestiniens sont détenus aujourd'hui dans les prisons israéliennes. Ce sont des parlementaires, des élus, des militants, des femmes, des mineurs. Israël vient de rafler dans leurs maisons les prisonniers qu'elle avait échangés contre Gilad Shalit.

Israel affirme qu’il s’est retiré de Gaza, que Gaza est un territoire libre sous contrôle du Hamas. Mais, je le répète: Gaza est une prison bouclée avec des drones qui patrouillent dessus. Personne n’en sort ou n’y rentre sans l’accord d’Israël qui y intervient quand il veut où il veut, sans s'embarrasser de prétextes. Il n’y a aucune circulation libre de biens ou de personnes. Le contrôle de la terre, des airs, de la mer est total. Parfois Israël sort un prétexte toutefois : "roquettes roquettes" le plus souvent.  Mais Gaza n’est pas un monde à part. Le droit humanitaire et international s'y applique. Dans un rapport de 2011, l'OMS, rappelait que: "les obligations d'Israël au regard de ses engagements [internationaux en matière de droit humanitaire] s'appliquent à tous les territoires et populations placés sous son contrôle effectif." Israël "a l'obligation de maintenir [en état de fonctionnement] les établissements et services médicaux de santé publique et d'hygiène dans la bande de Gaza, ce qui implique au minimum qu'Israël - en tant qu'état contrôlant l'entrée et la sortie de la bande de Gaza de tous produits, y compris les produits médicaux, le matériel médical et les matériaux de construction -, tout en étant fondé à protéger sa sécurité, n'entrave pas l'accès aux soins des patients qui en ont besoin".

Israël viole tous ses engagements et toutes ses responsabilités internationales en bombardant Gaza au cri de « roquettes roquettes » ou « sécurité sécurité » qui sont des cartes truquées, une vieille combine de croupier pour gagner à coups sûrs.   

Roquettes roquettes !

Si de centaines de roquettes ont été lancées en direction d’Israël, il n’y a, à ce jour, Dieu merci, aucune victime civile israélienne. La majorité des roquettes ont été interceptées. Les résidents Israéliens le disent eux-mêmes : ce sont des tirs d’amateurs. Ils n'en ont pas peur. Cela démontre :

 1) Combien le Hamas est limité militairement et lance des missiles stériles.

 2) Le système défensif d’Israël est au point. Pourquoi lui faut-il alors encore massacrer Gaza quand son système de défense lui assure sa sécurité? 

Le cri : Roquettes roquettes! ressemble au cri lancé par Georges Bush au sujet des prétendues armes de destruction massive en Irak. Dans le cas des armes de destruction massive elles étaient réellement destructrices mais inexistantes ; dans la situation d'aujourd'hui, il s’agit des roquettes bien réelles mais totalement inoffensives.  Dans les deux cas, on assiste à une théâtralisation de la menace, un jeu sur les sentiments de peurs; une mascarade identique de radicalisation de la menace pour légitimer une intervention armée dans un territoire étranger et éradiquer toute opposition. 

D’où partent les roquettes ?

Sitôt découvert le meurtre des 3 jeunes colons israéliens, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne a clairement condamné le crime et proposé son aide pour trouver les criminels. Mais qui les a horriblement tués ? Qui a mis en place cette opération ? Et à qui bénéficie ce crime qui tombe si bien dans l’agenda politique d’Israël? Pour l’instant, le Hamas continue de démentir en être responsable. L’Autorité Palestinienne a sévèrement  condamné cet acte. Israël, lui sanctionne et punit aveuglément. Que faisaient ces 3 jeunes hommes dans des colonies illégales ? Que font encore des jeunes israélien là-bas d'ailleurs? Qui a pris la responsabilité de les envoyer dans un territoire illégalement occupé, et surtout: quand est-ce qu'une enquête nous dira ce qui s'est réellement passé. « Roquettes roquettes », « Sécurité, sécurité », le principe de l'agression défensive est une ficelle trop grosse et violente pour l'avaler. Force est de constater qu'elle évacue au profit d'Israël de nombreuses questions.

Neutre = neutralisant

C’est de l’occupation que ressort l’escalade de la violence. C'est elle qu'il faut tenir pour responsable. C'est contre elle qu'il faut lutter si nous souhaitons sincèrement que la violence cesse, qu'une paix durable s'installe. La neutralité ne sert à rien, elle neutralise. La neutralité est une manière suave de détourner le regard.  

Dimanche 13 juillet 11h, Israël lance une opération au sol. Elle lâche ses soldats dans une population apeurée et acculée pour y chercher des "Roquettes roquettes" ou plutôt : les preuves de son ignominie.     


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21/11/2012

Gaza, prépuce d'Israël?

Le 7 novembre dernier, à Genève, une imam, un rabbin et un pasteur s'étaient réunis pour parler de la circoncision. Le rabbin a eu des paroles d'une finesse et d'une profonde intuition. Il disait, tout d'abord, ce qu'était matériellement l'acte de la circoncision, qui vise à sectionner le prépuce, petit bout de peau qui entoure le gland tout en protégeant ce dernier. Ensuite, et surtout, il faisait de cet acte une lecture symbolique et spirituelle. Le sexe recouvert d'une peau est symboliquement fermé et représente l'image d'un plaisir recroqueveillé sur lui même. Sectionner le prépuce, c'est ainsi, pour le rabbin, s'ouvrir à l'autre, à son désir. Si cela n'est pas fait, on demeure sous le dôme protecteur de la peau, dans la clôture. Le possible partenaire de la relation sexuelle n'est alors pas considéré comme sujet partenaire mais objet de plaisir à asservir ou menace dont se méfier. Pour la femme, pas de rituel équivalent. Pourquoi? Parce qu'elle est ouverte déjà, dans la vulnérabilité; dans l'ouverture naturellement taillée.

Gaza, prépuce d'Israël? Pourquoi? Parce que de ces territoires coupés, découpés, retiré du plaisir, il semble que le déni et la négation de l'autre aient remplacé l'alliance avec Dieu, parfois au nom de Dieu même. La question de Gaza ne repose-t-elle pas avant tout sur une faille spirituelle, et un déni, de la part de deux peuples circoncis, de leur alliance commune avec Dieu découlant d'un ancêtre commun : Abraham, et d'une prescription commune: l'ouverture à la vulnérabilité et l'exposition mesurée mais confiante à l'autre?

Dans les textes des deux peuples circoncis pourtant, la reconnaissance de l'existence de l'autre est inscrite. Il est écrit dans le Coran (sourates 2:136 ) Dites : "Nous croyons en Allah et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis". Et dans la Torah, qui est aussi le premier testament des chrétiens, la prière d'Abraham à Dieu est la suivante: "Si seulement Ismaël pouvait vivre devant toi" (Genèse 17,18). Prière d'Abraham pour Ismaël auquel Dieu donne suite: "En ce qui concerne Ismaël, je t'ai exaucé: je le bénirai, je le ferai proliférer, et je le multiplierai considérablement. Il aura pour fils douze princes et je ferai de lui une grande nation." (Genèse 17, 20). Ismaël, ancêtres des Arabes pour les musulmans, et même pour ces derniers, rénovateur, de la ka'aba, dont il ne restait que ruines, confié à Dieu dans la prière par le patriarche des juifs!

Dans cette lecture de la Torah et du Coran, la convergence d'origine est inscrite dans la circoncision d'Abraham. Si la déchirure de Gaza était un manque à la circoncision, une trahison de la parole de Dieu? Ce ne serait pas la religion qui dresserait ces deux peuples circoncis l'un contre l'autre, mais bien son déficit. Gaza peau restante, ni entière ni tranchée. Gaza lieu de la fermeture dans la foi des lanceurs des bombes, des kamikazes ou des pilotes d'avions. Gaza peau de chagrin de chacun clamant la légitimité de son camp. Gaza,  prépuce d'Israël? Pour autant qu'Israël soit le prépuce de Gaza, et que chacun accepte d'être à la fois le membre et l'enveloppe de la zone vulnérable de l'autre; lieu de l'intime blessure comme de la possible sanctification et la présence de l'autre comme présence sacrée d'une image de Dieu. Difficile? Certes. 

En ce sens là, la circoncision est toujours a-venir. Une circoncision qui serait bien plus que la section d'un bout de peau ou de territoire, mais véritable remise à Dieu de ce que l'homme croyait sien. La terre sacrée, pour un croyant, n'est-elle pas un fermage de Dieu, un simple prêt à usage? Dans cet abandon par Dieu d'un territoire occupé par les hommes, ne faut-il pas aussi lire le retrait unilatéral de Dieu et la confiance qu'il fait aux hommes d'en prendre soin? Confiance trahie par les bombes? L'acte de laisser la terre en héritage n'est pas un blanc seing.   

Peut-être alors que la circoncision à Gaza et en Israël, ne s'opérera pas avec des chars des bombes ou des roquettes, mais avec le couteau de la sagesse et la prière juïve qui accomplit la circoncision: "bénis sois-tu éternel qui nous a demandé d'entrer enfant dans l'alliance d'Abraham"; par des spiritualités renouvelées incluant l'autre et l'invitant à se convertir pour rapprocher les camps encore capable de s'entendre et minoriser les forces incapables de le faire. 

 

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