sylvain thévoz

19/04/2017

Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

 

Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

 

Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

   

Et si la surprise venait de Hamon?

Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

 

 

[1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/...

[2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

[3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

 

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19/06/2016

Euroloft 2016 ?

On connaît le conseil des médecins de consommer 5 fruits et légumes par jour, mais que penser du régime de l'eurofoot, 3 matchs après-midi-soirée-nuit, consommables tous les jours et sans possible modération? Leur présence sur tous les écrans, dans les journaux, avec les rappels aux balcons via des drapeaux de toutes les couleurs, et jusqu'aux petits pains d'un supermarché imprimés de losanges mimant le ballon avec un slogan "nouvelle règle du football, il est permis de mordre", tout cela rend ardu le fait de se soustraire à ce régime. Pour cet eurofoot 2016, le nombre de matchs et la durée du tournoi ont été rallongés. C'est encore plus de matchs, de diffusions télévisées, de pubs pour déos, bières et chips! [1]

Le risque d'obésité guette. Qui pourrait possiblement suivre ce régime sans risquer l'embonpoint, à tout le moins la saturation? Même les pelouses des stades ne supportent plus ce rythme effréné, encore moins les supporters, qui finissent par trouver le rythme éprouvant, pour leurs nerfs ou leurs conjoint-e-s[2] ; on déplore 2 morts, arrêt cardiaque et chutes, sans compter les victimes des bastonnades, et pourtant, ça continue, trois matchs par jours, sans compter les rediffusions, les résumés, les ralentis, les analyses, les best-off... etc, etc.

Mais surtout, comme le foot ne semble plus suffire au foot, n'assure plus en soi suffisamment de spectacle, c'est désormais en-dehors du champ que le spectacle se poursuit. Longs rubans de supporters dans les rues ou fans qui chantent un hymne à la gloire de la police française[3], tout est bon pour que le match, dont le coup d'envoi a été donné le 10 juin, ne marque aucun temps d'arrêt jusqu'au 10 juillet. Et que le spectacle soit continu!

To foot or not to ball

Les caméras sont partout. Les joueurs scrutés des pieds à la tête, les arbitres[4], les entraîneurs... un tel qui avait sorti une crotte de son nez à une coupe du monde a cette fois été filmé se grattant des parties intimes[5]; un joueur a lancé une polémique en faisant un bras d'honneur, mais s'en est défendu en annonçant qu'il avait fait sa sarabande habituelle[6]; un autre a défrayé la chronique en utilisant tweeter pour commenter sa non-sélection[7], entraînant à sa suite une avalanche de commentaires.

Bref, le foot est devenu un prétexte à polémiques ou commentaires sans fin. Comme si le ballon était devenu secondaire. A la blague potache de ceux qui disent : pourquoi est-ce que 22 gaillards courent après un seul ballon, on pourrait leur en donner plusieurs pour les satisfaire. On a presque envie de répondre... pourquoi leur donner encore un ballon, une caméra suffit à les combler.

L'essentiel est hors-champ?

En forçant un peu le trait, on pourrait dire : ça ne se joue plus sur le terrain. Loana dans sa piscine peut donc aller définitivement se rhabiller, il y a plus vendeur que le loft story (Big brother), qui se jouait aussi à onze pourtant, il y a le footloft ou euroloft, avec ses stars, ses millionnaires, filmés sous toutes les coutures, mettant leur main devant la bouche pour empêcher le décryptage de leurs échanges. "Epié" est le mot qu'employait un journaliste en parlant des joueurs, dont tous les gestes sont soumis à l'oeil panoptique, omniscient, des drones, caméras, appareils photos, faisant passer les arbitres pour des surveillants préhistoriques, de doux rêveurs romantiques, qui agitent encore des drapeaux et portent un sifflet à leur bouche, geste chargé de nostalgie, comme le faisaient les chefs de gare d'antan.

Bien sûr, le : "soyez-vous même", s'applique au sport comme à la téléréalité, et il sous-entend à l'adresse des joueurs: soyez de bons comédiens, à tout le moins crédibles : roulades, fanfaronnades ou provocations télévisuelles, ce n'est plus seulement du football qu'il est attendu de vous, c'est un spectacle total.  Alors : footloft ou euroloft, un sport universel qui se joue à 22 joueurs, avec 1 ballons et 600 caméras, et dont le but est de booster une image en marquant des buts devant des placards pour energy of azerbaijan ou Mac Donald's  ?

Que regarde-t-on encore quand on regarde un match ?

Est-ce encore le match de football qui est le centre, ou celui-ci est-il devenu un pré-texte et les spectateurs les voyeurs d'un spectacle burlesque qui se dispute entre le banc, le terrain, les gradins, là où des abrutis finis se mettent parfois en évidence, et où les femmes des joueurs sont exhibées dans une parodie sexiste comme des poupées, sorte de surenchère people pour occuper l'écran.

Ce qui demeure au milieu de cette orgie cathodique?

Le football. Ce ballon qui roule et des passes qui se donnent, des appels et des mouvements, technique et tactique. L'amour du ballon, du cuir, poussé par des jambes, rebondissant de têtes en têtes. Des enfants émerveillés, des adultes retrouvant une part d'enfance, la passion folle et intacte devant la magie du sport qui est une mise en scène, mais qui met aussi en scène la société dans laquelle il se développe.

Euroloft 2016, quand il n'y a plus rien à voir ou commenter, il demeure la radio, pour suivre les matchs, avec une voix seulement pour traduire l'émotion et rêver le reste.

Alors: football exutoire, miroir, catharsis, dérive, excès, violence, union, fusion? Un peu de tout cela à la fois certainement, dans une expérience qui nous fait vivre quelque chose de fort, individuellement et collectivement. 

Et au final, la superstar, il n'y en a qu'une : ce ballon insaisissable qui n'est à personne et après lequel tout le monde court.

 

 

 

 

[1] http://www.sofoot.com/euro-2016-24-pays-pour-quoi-faire-1...

[2]https://www.youtube.com/watch?v=ZrcX10HYMww

[3] http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Les-supporters-...

[4] http://www.lematin.ch/euro2016/international/arbitres-sta...

[5]http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/13/joachim-low-video...

[6]http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Didier-deschamps-a-confiance-en-la-version-de-paul-pogba-sur-son-geste-polemique/696504

[7]http://www.lemonde.fr/football/article/2016/06/02/cantona...

 

 

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09/01/2015

3 terroristes made in France

Il sera difficile de regarder la vérité en face pour les français. Il sera difficile d'assumer que les trois terroristes abattus ce vendredi sont de purs produits nationaux. La tentation sera forte de basculer sur l'Islam, sur les musulmans (indistinctement), les femmes voilés et que sais-je encore, la responsabilité, la défiance, la genèse de ces jeunes trentenaires parlant à peine l'arabe, ayant à peine quitté l'Hexagone de toute leur existence.

Il sera tentant de faire peser la responsabilité sur l'Islam de France... des partis politiques s'y emploieront activement. Il sera tentant et on les entend déjà, les généraux, les militaires, les policiers, demander plus de moyens, plus de surveillance. Mais quoi, mettre des milliers de jeunes mecs sous surveillance, ce sera la solution ? - Et comment, pour quels résultats?- Il s'est avéré impossible de sécuriser une rédaction de journaliste, comment surveiller un pan de sa jeunesse? Ces terroristes, avant de passer à l'acte étaient connus des services de sécurité, sur des listes noire américaines, et pourtant ils ont été capables de passer à l'action. Un pas a été franchi. Et maintenant, vous voulez encore plus de sécurité? Changez d'approche plutôt.  

Les crimes écoeurants de ces derniers jours ont montré combien la République est démunie, combien elle est faible, combien le déni sera puissant pour ne pas constater que ces trois terroristes ne sont pas des illuminés, des extra-terrestres, mais des produits sociaux, ceux de la société française, ceux de jeunes largués auxquels la République n'a plus grand chose d'autre à offrir que des prisons surpeuplées et des existences en péril sans filet de sécurité, facilitant grandement le boulot pervers des prêcheurs et semeurs de haine.        

Ces terroristes made in France révèlent l'échec extrême de la République. Pas que les terroristes soient tout puissants (avant de l'être, pour leur sommet morbide et médiatique, ils étaient orphelins, à la rue, puis en taule), mais parce que la République peine à proposer à des jeunes de "seconde génération", "français", "musulman" (mettez tous les guillemets que vous voulez si ça vous rassure), autre chose qu'une identité au rabais, une appartenance sur les marges, et des identifications impossibles.

Ce terrorisme est un produit social, pas une importation exotique. Nos analystes peuvent bien s'efforcer d'aller chercher à des milliers de kilomètres ce qui s'est tramé à Paris sur 60km2, le cauchemar ne se terminera pas ce soir par le soulagement de la neutralisation de ces terroristes suicidaires, et la célébration des forces de police. Le cauchemar a atteint une nouvelle intensité, et qu'on le veuille ou non, ces trois là seront désormais célébrés par des moins de quinze ans comme des héros (c'est écoeurant, ça donne envie de vomir, oui). Pourquoi le seront-ils, quelle est donc la racine de la guerre menée à la République?       

Ces trois trentenaires sont nés, ont grandi, aimé, en France (c'est désagréable à entendre, assurément). Ils sont, jusqu'à la moelle, des produits made in France. Les français pourront-ils se placer devant cette vérité et essayer d'en assumer toutes les conséquences? Pas sûr. Derrière cet événement, c'est l'affreux retour d'un refoulé colonial jamais traité, l'impasse d'une société raciste où le front national devient une référence banalisée, d'inégalités sociales extrêmes, où les semeurs de haine (Zemmour, Finkelkraut, Dieudonné,  Elisabezh Lévy, pullulent); où les armes lourdes, de guerre, se vendent facilement ; où le socialisme est fade, un pays qui n'a jamais véritablement traité les racines de son passé collaborationniste, s'autoconditionnant aveuglement au fait que la menace viendrait du retour de djihadiste de Syrie ou d'Irak, alors qu'elle vient de l'origine de ces départs, quand plus rien ne les rattache à leur pays d'origine (France). Pour preuve, quand on les empêche de partir (Kouachi), c'est ici qu'ils passent à l'acte; comprendre: quand il n'y a plus rien à perdre, une aura de martyre est préférable à une existence minable. Pas besoin d'aller faire un camp d'entraînement en Syrie, les buttes Chaumont feront l'affaire. 

Ce que j'écris ne soustrais aucune responsabilité à ces trois assassins, tueurs abjects, mais elle cherche à l'approfondir. Ce que j'écris est peut-être inaudible aujourd'hui. Si la France veut faire le procès du djihadisme et de l'Islam, qu'elle le fasse, qu'elle s'y complaise, elle y trouvera réconfort et cohésion, replaçant soigneusement à l'extérieur la menace en glorifiant ses forces de sécurité et pleurant la merveilleuse équipe de Charlie Hebdo qu'elle a pourtant très faiblement contribué à protéger, la laissant être une cible désignée bien isolée.

Ces trois terroristes seront enterrés en France, car ils y sont nés, y ont grandi et été éduqué. Ils lui appartiennent pleinement.     

19:41 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, terrorisme, france, kouachi, coulibaly | |  Facebook |  Imprimer | | |