sylvain thévoz

25/03/2016

Le pape agenouillé montre l'exemple

 

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Le pape François a lavé les pieds de douze migrants de confession hindoue, musulmane et chrétienne et d'une femme employée d'un centre d'hébergement, jeudi à Rome, provoquant l'ire des milieux conservateurs et les grincements de dents des tenants de la théorie de la soumission et des rapports de force, qui y voient une forme de reniement ou de capitulation du Saint-Père.

 

Ce geste de lavement des pieds est un symbole très fort.[1] Il fait mémoire de celui du Christ qui a lavé les pieds des apôtres la veille de sa passion. C'est une marque d'honneur, d'hospitalité, et d'humilité pour celui qui le fait comme pour celui qui le reçoit. C'est aussi une marque de lien. Ce geste fort invite à l'échange, à faire du serviteur un servi et du maître un obligé.

 

Saint patron d'une église qui s'est en général calquée sur les pouvoirs en place : monarchique avec la monarchie, républicaine sous la république, fasciste sous le fascisme et de tout temps patriarcale; le pape, au moment le plus fort de l'angoisse liée au terrorisme, et à la crainte de l'autre, fait un geste simple et courageux signifiant à l'étranger sa sainteté, en lui attribuant un rôle d'apôtre, porteur de confiance et de respect.

 

Ce geste revitalise ainsi la charge subversive et déstabilisante de la parole du va-nu-pied prophète crucifié il y a plus de 2000 ans pour avoir ébranlé les pouvoirs en place. Le pape redonne des couleurs à un christianisme engagé, courageux, pour autant qu'il ne se laisse pas figer dans les herbes soporifiques du pouvoir ou la glace de l'air ambiant. Il nous invite à la nuance et au discernement, à expérimenter par nous-même et à aller à la rencontre de l'autre. Au contact.  

 

Que le Pape se soit mis à genoux n'est pas un abaissement. Que ces migrants, touchés, aient pleuré et l'aient embrassé en retour, est une leçon de vie. Réaliser ce geste fondamental du lavement des pieds, qui est celui de l'hospitalité et de l'accueil, une profonde marque d'humanité, source d'espoir.

 

Si la religion instrumentalisée peut être un facteur de division et de meurtre, elle est surtout un élan pour le lien social et la rencontre de l'autre au-delà des étiquettes sociales, des peurs et des replis angoissés.  

Que les les aigris, les violents, qui voudraient élever partout les murs, les herses de la méfiance, la division et la guerre, pour placer dans un même panier le migrant et le terroriste, l'innocent et le tueur, partent donc à Raqqah, vivre avec ceux qui leur ressemblent dans la négation de la différence, et cessent de se réclamer d'une quelconque civilisation judéo-chrétienne dont ils fabulent une légende et bloquent même tout devenir en invoquant les croisades ou les purges comme seul horizon.    

Je ne suis pas papiste, je ne suis pas catholique, je ne suis pas musulman, je ne suis pas athée, mais quand je vois un être humain se mettre à genoux devant un autre pour l'accueillir et en être accueilli, laissant de côté les guerres de chapelles, les clichés et les craintes, je trouve là une raison d'espérer dans un temps où une ribambelle d'hypocrites, d'incendiaires et de faux culs désignent avec malignité ou irresponsabilité des boucs émissaires afin de dissimuler leurs propres avidités, peurs, et incompétences.      

 

Se soigner ensemble, vivre et survivre ensemble, avec des différences et de multiples appartenances, ou mourir divisés, le défi de notre temps.   

 

 

 

[1] http://www.liberation.fr/planete/2016/03/24/jeudi-saint-le-pape-francois-lave-les-pieds-de-migrants-de-diverses-confessions_1441889

 

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27/12/2014

Un pape avec du peps

Je faisais, j'avoue, partie des sceptiques lors de l'accession au pouvoir de Jorge Mario Bergoglio au rang de pape en mars 2013. Je percevais le pape François comme un prêtre ayant raté le train de la théologie de la libération, en tous les cas, toujours marqué une distance avec le mouvement de lutte pour la liberté et la dignité humaine en Amérique latine; avait même passivement plutôt lutté contre [1]. Le mouvement de la théologie de la libération, par sa fameuse méthodologie empirique  : voir / juger / agir, engageait l'évangile à changer le monde, et n'esquivait pas les enjeux politiques de celui-ci.

Je croyais donc le pape François destiné à être un pape de plus dans la longue lignée de papes conservateurs, réactionnaires,racoleurs, demeurant au service d'une église et oubliant d'être au service du monde, servant avant tout la perpétuation des rentes de situation et la popularité mièvre des icônes.

L'écho sur-médiatique donné au nouveau pape n'était pas rassurant. J'y voyais avant tout une machine de promotion de ce qui est inoffensif, charitable, et donc fidèle à une image très consensuelle de la foi et de la fonction d'un pape de décoration que l'on sort de la napthaline à Noël ou à Pâques. Plus les médias tournent autour d'un objet, plus il est insipide en général (ça doit bien se trouver quelque part dans les Evangiles d'ailleurs). 

Un message à la Curie qui secoue l'encensoir 

Entendre les voeux de Noël du pape à la Curie m'a fait reconsidérer mon point de vue sur François [2] . Parce qu'enfin un homme dit ses quinze vérités aux membres d'une institution en panne de renouvellement et de discours spirituel. Enfin, un pape met le doigt sur les travers de l'institution ecclésiale et sur ces vieux messieurs confits dans leurs fonctions. Pertinence et puissance sont bien présents dans la description minutieuse, par le pape, des maux qui rouillent l'église.

Prenant assise auprès des pères du désert, faisant ce qui, pour un marxiste, est une autocritique, ce qu'Edgar Morin a si bien réussi à faire [3], dressant un catalogue des maladies spirituelles auxquelles est sujette l'institution et ceux qui la font vivre, le pape porte une charge universelle qui va au-delà de l'église et peut-être appliquée à toute institution où l'appétit du pouvoir l'emporte sur les idées; où l'usage de celui-ci l'emporte sur le service; où l'abus de puissance étouffe ceux que le pouvoir est censé servir, s'en trouvant accaparé par quelques happy fous. 

Que dit François ? Il dénonce 15 maladies spirituelles

François dénonce la Curie comme un corps porté aux maux quand il ne prend pas soin des maladies qu'il génère. Ceux-ci sont au nombre de 15. La maladie de ceux qui se transforment en patron et se pensent supérieurs à tous ;  la pathologie du pouvoir qui découle du narcissisme ; la maladie de ceux qui ont un coeur de pierre et se cachent derrière des papiers, devenant des bureaucrates coupés de leur sensibilité ; la maladie du fonctionnalisme et de la planification minutieuse poussant à devenir des petits comptables frustrés. L'alzheimer spirituel conduisant à la dépendance. La schizophrénie existentielle, recours à une double vie pour combler la vacuité spirituelle; le terrorisme des ragots,  conduisant à céder à la rivalité ou à la vantardise; le carriérisme et l'opportunisme; l'indifférence aux autres. La maladie du visage funéraire, consistant à poser sur son visage un masque de sérieux pour toujours bien montrer que l'on est archi occupé ou important). La maladie de vouloir toujours plus de biens matériels, l'avidité, celle des cercles fermés, qui mettent l'appartenance à un groupe au-dessus de celle du corps social; la recherche du profit mondain, de prestige par la calomnie et la médisance d'autres.

Il faut écouter comment il décortique ces maladies, avec quels mots précis, soigneusement choisis il les évalue; et combien ces mots peuvent s'appliquer très bien à bon nombre d'institutions laïques, sociales, culturelles, politiques.


Un François chasse l'autre

Je suis chrétien, je ne suis pas catholique. Je suis socialiste. J'ai soutenu et voté François Hollande. Je me suis réjouis de son accession au pouvoir, le défendant jusqu'à ce que la lâcheté de sa position durant l'agression israélienne sur Gaza soit la goutte finale qui me fasse lâcher prise.

Aujourd'hui, des deux François, il est piquant de constater que celui dont je doutais le plus me semble le plus à même de relever les défis et avoir un regard critique et radical sur le monde. Celui que je soutenais tout d'abord me paraît réduit à gérer l'urgence au mieux et patauger dans un bourbier médiatique et politique, dans lequel il est au mieux condamné à surnager, au pire à couler à pic, dans un exercice d'impuissance qui frise le ridicule ou la contrition.   

Le pape François donne du peps, oui, une énergie concrète pour repenser un monde moins corrompu où le pouvoir ne serait plus accaparé par des groupes auto-suffisants et égocentrés. Si le mot éco-socialisme a été beaucoup utilisé, celui de socialisme spirituel doit  être repensé, en étant plus attentif aux développement, en Amérique latine, à partir de la théologie de la libération, des mouvements de libération et d'émancipation de catégories entières de population et de balance de pouvoirs modifiés.   

La véritable révolution à venir sera socialo-spirituelle. Cette révolution intime et intérieure, doit être menée sur les barricades de l'éthique et de la conscience en plus de la lutte pour l'amélioration des conditions matérielles d'existence. Si elle échoue, on assistera comme annoncé à l'apocalypse écologique, migratoire, ou guerrière... what else?  

 

Les 15 maladies de la Curie selon François :

Se croire immortel, immunisé ou indispensable.

Trop travailler.

S'endurcir spirituellement ou mentalement.

Trop planifier.

Travailler dans la confusion, sans coordination.

L'Alzheimer spirituel.

Céder à la rivalité ou à la vantardise.

La schizophrénie existentielle (recourir à une double vie pour combler sa vacuité spirituelle).

Le terrorisme des ragots.

Le carriérisme et l'opportunisme.

L'indifférence aux autres (par ruse ou jalousie).

Avoir un « visage funéraire » (pessimisme, sévérité dans les traits).

Vouloir toujours plus de biens matériels.

La formation de « cercles fermés » qui se veulent plus forts que l'ensemble.

La recherche du prestige (par la calomnie et la discréditation des autres).



[1]  http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/14/jorge-bergoglio-n-est-pas-le-pape-des-pauvres

[2]https://www.youtube.com/watch?v=LsFwjtIoVJw&spfreload=10

[3] Edgar Morin, Autocritique, Seuil, "Points essais", 1994 (Nouvelle édition)

20:58 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : curie, pape, françois, noël | |  Facebook |  Imprimer | | |