sylvain thévoz

20/12/2016

Alleluia Noël : apnée ou respiration?

noël,fêteNous ne nous laisserons pas emporter par la dépression, par les déflagrations. Cela a beau péter de tous côté, donner l'impression que c'est la fin du monde, la fin de l'histoire, qu'il n'y aura plus rien après notre prochain souffle - hé surprise tu es encore là toi?- nous ne nous laisserons pas tomber.

L'après vient, il est en gestation, maintenant, dépend de nos engagements, nos grandes petites mains, plongées dans le mystère du miracle d'être, du devenir gigotant avec, dans notre tube gastrique, en gestation dans la soupe primordiale colorée de milliers de calories tourbillonnantes, pour gérer l'angoisse post-brexit, post-trumpiste, pré-lepensite ou que sais-je : la farouche volonté d'être.

La farouche volonté d'aimer, de se tromper, d'oser, de recommencer, de lutter, d'écrire, de perdre, de recommencer encore, de témoigner, d'être jugé... et de s'en foutre. 

Patrick Chauvel[1] quand il rentrait de reportage de guerre, tentait de se poser et de ne pas repartir immédiatement. Mais il était tellement out, en décalage entre deux mondes, à distance d'un vol de l'horreur et ramené parmi les vivants, qu'il échouait, envoyait bouler les chauffeurs de taxi qui ne savaient pas ce que c'était que Viêt-Nam ou Liban et se relançait à nouveau, sur d'autres terrains.   

Ce n'est pas la catastrophe qui l'emportera, ni le double gras de la dinde aux marrons, ou la charité. Il y a une voie large entre se gaver de gras ou grogner sous les gravats, avec quelque chose de la distance à l'événement et l'engagement, pour ne pas se réfugier dans le quant-à- soi, la dépression, ou l'impuissance. Il y a mille manière de résister, de dire non. On se laissera pas bouffer la tête, ronger l'os par le cancer du renoncement.

Mille façons aussi de s'organiser, d'accroître la beauté, comme cet homme qui passe doucement de la musique à la radio le soir, choisissant des airs décalés, de jazz ou de rumba, et ouvre les fenêtres de l'esprit comme un petit calendrier de l'Avent.

Comme cette femme qui griffonne des textes sur les tables des cafés et répète d'un air inspiré à tous ceux qui lui offrent un verre : tu dois lire Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey, tu verras un Christ déglingué revenant tel un clodo dans le New-York d'aujourd'hui... tu dois lire Antonin Artaud ou Michaux, écrire tout ce qui te passe par la tête, limer toutes tes pensées, pour faire briller une autre densité, une autre lumière.  

Ces journées ou s'emboutissent sur ton écran un assassinat, une fusillade, des bombardements et des naufrages - comme si c'était quelque chose d'aussi banal qu'une liste de commissions; où tu te retrouves scotché comme un batracien devant la dureté du monde, et en même temps, où tout atteste de sa dématérialisation, car rien n'empêchera le sprint radical, décisif, forcené et bouillant vers... les cadeaux de Noël.

S'y ajoute, nécessairement le temps des rétrospectives, des hommages, des bilans, des retours en arrière, et des fleurs déposées sur les tombes. Et puisque c'est la fête des familles, c'est donc nécessairement celle de ceux qui n'en font plus partie, l'ont quitté ou glissé au-dehors. Et tu brasses tout cela, faisant mémoire par un mantra silencieux des noms disparus ou présents à jamais.  

Alleluia Noël : apnée ou respiration ?

Sur le fil ou sous la flamme, vivre est encore une fête. 

 

 

 [1] Patrick Chauvel, rapporteur de guerre, Editions J'ai lu, 2004. 

 

....................

 www.sylvainthevoz.ch

 

 

11:43 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël, fête | |  Facebook |  Imprimer | | |

24/09/2014

Manifestation contre la police: on casse notre crousille ?

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveUn collectif appelle à manifester samedi 4 octobre contre le défilé historique fêtant les 200 ans de la police genevoise durant lequel 500 participants dont 200 policiers suisses et français sont prévus pour une grande traversée du centre-ville en costume d’époque.[1] Des militants s'offusquent que la police s'auto célèbre. Cette réaction est plutôt compréhensible. La situation à Genève n'est pas bonne concernant la sécurité. On doit donc s'interroger si la priorité de la police doit vraiment être de se payer une opération de communication via un défilé carnavalesque, sans même que la base, les policiers de terrain, soient consultés.

Combien de policiers pour encadrer la police? 

Que le GHI en fasse tout un article et hurle au loup et annonçant des possibles violences contre la police est risible.[2] Non, une Saint-Martin n'est pas à craindre, c'est plutôt un carnaval de mauvais goût dont le citoyen paiera au final le coût qui s'annonce. Combien il y aura-t-il de policiers pour encadrer la manifestation des policiers? Bigre, tous ces policiers rassemblés en même temps! Il faut croire qu'il y a du gras et que les priorités sont étrangement établies dans les états-majors.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveLa caricature: art de la provocation

Bien évidemment, caricaturer un policier avec une tête de cochon est un geste de provocation peu ragoûtant. Cette manière de faire reflète la colère de celles et ceux qui sont pris pour les dindons de la farce. Je regrette, pour ma part, qu'elle désigne l'individu, le policier, qui est avant tout un homme ou une femme au service de la collectivité et du bien commun. C'est à l'institution policière, et surtout à sa direction politique d'essuyer les critiques, pas à l'employé-e de police portant l'uniforme. Que des dérives policières existent, c'est sûr; que des violences policières aient lieu, le fait est notoire. Le site d'infopolice [3] les liste, et met particulièrement l'accent sur les noyades de jeunes hommes fuyant la police dans le Rhône (dernier en date : 13 août 2014). Il faut dénoncer et condamner les politiques policières de chasse au faciès et interroger les politiques qui les fabriquent, pas cibler les policiers qui les supportent.  

Commémorer: mais quoi au fait?

Il est sain que l'acte de fêter le bicentenaire de la police en grandes pompes mette de nombreux citoyen-ne-s en colère alors qu'au quotidien, les politiques extrêmement répressives enferment à tours de bras, limitent la liberté de manifester, d'être dans l'espace public; prônent le harcèlement des pauvres pour des résultats peu probants et une surpopulation de la prison de Champ-Dollon par des personnes en infraction à la loi sur les étrangers n'ayant commis d'autre délit que de ne pas disposer de papiers adéquats.

police,fête,manifestation,pierre maudet,bicentenaire,genèveCasser la crousille pour de la pub?

Dans un contexte budgétaire difficile, on doit se demander pourquoi les effectifs de police ne cessent d'augmenter, en ville comme au Canton, et pourquoi les prisons sortent maintenant de terre avant les écoles et les musées. Le défilé du 4 octobre fournit quelques clés de réponse. Si derrière chaque policier en action il faut un policier derrière lui pour le surveiller et un autre pour le communiquer : les besoins explosent. Qu'est-ce que cela raconte de la gestion de la sécurité par l'Etat et de son bon usage de la force publique ?

Un défilé coûteux et cochon 

La Parade festive contre le défilé du bicentenaire de la police du 4 octobre 2014 à Genève illustre une seule casse, celle de notre crousille. Les économies des citoyens sont dépensées pour une opération de communication de la police protégée par la police au détriment de la sécurité dans les rues. L'argent dépensé pour la communication : c'est du lard ou du cochon? Le Conseiller d'Etat Pierre Maudet se lèche les babines. Il vend chèrement son produit police tiré à quatre épingles. Tout cela est bien propret. Et l'addition, bien salée, aussi. 


[1] http://danceagainstpolice.noblogs.org

[2] http://www.ghi.ch/le-journal/geneve/des-activistes-menacent-de-perturber-le-defile-de-la-police 

[3] http://infopolice.ch/bulletin-5/#2

 

 



17:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, fête, manifestation, pierre maudet, bicentenaire, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/07/2013

Calvingrad et confettis

calvingrad,fête,musique, espace publicIl y a un consensus sur un point : il n’y a pas mille opportunités à Genève de croiser du monde autour d'évènements dans l'espace public. Parlez-en aux expatrié-e-s pour voir! Les moments de rassemblements et de vie dans l’espace public sont saisonniers et épisodiques. Ces événements qui provoquent de la joie et du rassemblement suscitent alors toujoursune sorte d’étonnement : mais où sont-ils ces gens le reste de l’année ? Ne sortent-ils pas de terre juste pour cette occasion ? 

L’interrogation revient alors sur soi comme un boomerang :  et moi je vais où le reste de l’année quand il n’y a pas de fête ? Oui : comment est-ce que je vis ma ville quand il ne s’y passe rien ? Et : s’il n’y a pas d’événements qui s’organisent, comment est-ce que j’arrive à en faire un ?

La Ville de Genève en finançant, organisant et développant des événements sociaux-culturels comme la fête de la musique, la fête des voisins, la Ville est à Vous, marque des points. Quand je vais à la fête de la musique, je sais pourquoi je paie des impôts et ce que j'en retire. Sans cela, peut-être bien que Calvingrad et son concert de silence l’emporteraient sur le besoin de se rencontrer et les opportunités pour le faire. Peut-être bien alors que chacun irait de son côté dans son petit projet libéral sans y croiser grand monde. Parce que notre climat est changeant, parce que la vie coûte trop cher, parce qu’un home-cinémas c’est si bien, ça permet de rester tranquillement chez soi.

Alors : Calvingrad ou confettis ? La Ville prouve évènements après évènements qu’elle trouve l'équilibre entre rigueur et besoins fondamentaux de soutien aux évènements dans l'espace public.

Non, la vie n'est pas une fête, mais la Ville, elle, arrive plutôt bien à faire mentir l'adage.   

 

 

 

 

 

 

11:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : calvingrad, fête, musique, espace public | |  Facebook |  Imprimer | | |