sylvain thévoz

28/09/2016

Loin des yeux, loin des heurts ?

J'ai laissé confiant mon vélo à l'arrière-cour d'un bâtiment public. Quand, à 22h, je suis allé le récupérer, la porte du grillage était fermée. J'ai fait tranquille le tour du bâtiment pour le récupérer. Malheur, de l'autre côté aussi : porte verrouillée. Vélo: kidnappé. Rien de dramatique. Rien à faire non plus. L'espace public, ouvert il y avait quelques heures à peine, s'était transformé en petite geôle, sans préavis ou signe avant coureur de privatisation sauvage. 

Cela m'a conduit à réfléchir à ceux qui veulent, en Ville, fermer, par exemple, tous les préaux, les boucler parce que certains y font la fête la nuit. Aujourd'hui, dix préaux sont fermés à la tombée du jour (Necker, Saint-Gervais, Ferdinand-Hodler, Eaux-Vives, Montchoisy, Vollandes, Sécheron, Chateaubriand, La Roseraie et Mail). Alors, ce serait une solution ? Fermer les uns après les autres tous les préaux, en commençant par celui qui est en bas de chez soi, avec pour seul résultat de repousser les problèmes plus loin, chez d'autres, selon le même principe: loin des yeux, loin des heurts.

 

Fermons fermons, le problème ira ailleurs

Après les préaux, réclamer la fermeture des parcs, des terrains de jeux, car il y aura toujours trop d'espaces ouverts dans l'espace public ? Car enfin, ceux qui y passent une partie de la nuit, discutent sur un banc, dérangent. Ils laisseront quelques détritus au sol (à quelques mètres d'une poubelle, ou quelques longueurs. de pas : infâmes provocateurs ou corniauds, ils l'auront évidemment fait exprès, les mal éduqués).

Même si ceux qui salissent, souvent, ne sont pas forcément ceux qui crient le plus fort, il est aisé d'incriminer sans distinction "les pauvres ou les jeunes", c'est selon. Bien entendu, quoi qu'il en soit, la police demandera au matin aux précaires de dégager. Sinon, on verrait combien ils sont à dormir dans les parcs. Mais cela non, on ne veut pas le voir ni savoir... pas en bas de chez soi en tout cas... plus loin ce n'est pas si grave, on peut faire comme si cela n'existait pas. Tant qu'ils demeurent invisible et inaudibles ils peuvent même s'entasser sous les ponts.

Mais qu'ils gardent un matelas et voilà que la police le jette à la benne. Vous ne pouvez pas privatiser l'espace public, leur lancera le magistrat de la sécurité, se permettant lui, au passage, de jeter leurs affaires privées, sac en papier et parfois médicaments aux ordures. Vous ne pouvez privatiser l'espace public... toutefois, je peux vous en exclure : et quand, indésirables, vous serez dans les recoins des bois, des parcs, vous en faire sortir, si je le désire.   

 

Petite histoire de réduction des libertés

On commence donc par les digicodes, on condamne ensuite les cours intérieures, les caves d'immeuble. Et puis, on étend ensuite le système aux préaux. On continue avec les arrières cours des bâtiments publics, tous les espaces vides, on poursuit avec les transports publics, où ceux qui ne peuvent payer de tickets sont amendés, et ensuite enfermés. La liberté de déplacement, qui est pourtant un droit fondamental, est entravée. Cela, pour quels résultats?

Repousser, chasser, déplacer, fermer à tout va, camériser à tous crins, et au final ne jamais résoudre la question centrale : comment créer des lieux adaptés et accessibles pour ceux qui veulent se réunir ou se déplacer mais ont peu ou pas de moyens. Cette question est escamotée.

On préfère déplacer ce que l'on ne veut pas voir en bas de chez soi, repoussant ainsi toujours plus loin, ailleurs, des problématiques que l'on s'ingéniera à ne pas régler, dans une ville où l'espace public se modifie pour devenir un espace pour certains publics, à certaines heures seulement.

 

Les indésirables

Que certains espaces soient publics à temps variables pose quand même question. Et même temporairement ouverts, certaines catégories de la population n'y sont jamais bienvenus. L'espace public n'est plus à tout le monde. Il est fait pour circuler ou commercer avant tout, pas pour être ou y rester (sauf quand on ferme les quais et qu'il est de si bon ton d'y mettre des tables pour mieux apprécier que le reste de l'année on y tousse et que les bagnoles l'ont annexés). Autrement dit, l'espace peut être rendu au public de manière précaire et réversible un jour par an à tout un chacun, mais le reste de l'année, il est privatisable et réservé à l'usage de ceux qui n'y laisseront ni marque ni trace hormis gaz d'échappements).

Loin des yeux, loin des heurts. Je m'en foutais de mon vélo confisqué. Ce dernier m'avait juste fait penser aux hommes et aux femmes qui finissent à Champ-Dollon pour amendes de TPG impayées ou parce que la police les incrimine d'avoir mendié, quand bien même ils étaient juste assis sur un banc.

Car si les vélos, eux, sont libérés au matin, dans ce beau Canton de Genève, on boucle les précaires pour amendes impayées et pour plus longtemps qu'une nuit.

 

 

 

 

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08/12/2015

Croire ou ne pas croire, telle n'est pas la question

Soyons tous à la place du Molard à Genève le mardi 8 décembre 2015 à 18h30, pour répandre la lumière et la bonté!  Des beignets, du vin chaud et une surprise pour chaque participant vous attendent avec une atmosphère chaleureuse et joyeuse, des chants, danses, et bien sur l'allumage de la Ménorah la plus haute de toute la Suisse! C'est par cet appel que, tant sur Facebook que sur son site internet [1], l'association Habad Genève "the center of jewish life in Geneva" annonce l'événement de Hannouca - la fête des lumières- au coeur de la cité de Calvin. 

 

Ayant contacté le 2 décembre Messieurs Guillaume Barazzone et Rémy Pagani afin d'avoir de plus amples informations sur la tenue de cet évènement et son autorisation par la Ville de Genève, je n'ai reçu, à ce jour, aucune réponse. Diable, le religieux serait-il si sulfureux qu'il rend nos conseillers administratifs mutiques? Dommage, parce qu'il n'y a pas là de quoi être mal à l'aise.  

 

L'expression religieuse a pleinement sa place dans l'espace public

Je me réjouis de voir allumée à Genève la plus haute Menorah de Suisse, de la tenue d'un événement festif et joyeux. Aux laïcards qui auraient l'idée saugrenue de s'étonner d'un tel événement dans l'espace public, je souhaite rappeler que le nouveau projet de loi sur la laïcité de l'Etat autorise, dans son article 7, la tenue de manifestations religieuses cultuelles et non cultuelles sur le domaine public. Rappeler aussi que la Ville de Genève s'était vue condamner par un tribunal administratif de première instance au début de l'année 2015 pour avoir interdit des stands religieux à Genève.[2]

Je soulève toutefois avec un brin d'ironie le "deux poids deux mesures" de tous les intolérants, tous ceux qui prétendent s'insurger contre le religieux mais que l'on entend glapir à orientation variable suivant quelle religion est impliquée. Ceux-là même que l'on a tant entendu critiquer le fait que la Ville de Genève entretienne ses bâtiments historiques portant une croix; ou les autres, les islamophobes notoires, qui stigmatisent la religion musulmane tout entière dès qu'ils voient un voile ou qu'un fichier S est découvert à moins de cent kilomètres de chez eux. Ceux-là montrent que leur interprétation de la laïcité est une instrumentalisation maniaque éloignée du droit, visant uniquement à stigmatiser telle ou telle tradition, culture, en la caricaturant.

Quand certains détournent la religion pour des visées terroristes, d'autres en font de même avec la "laïcité" pour des visées totalitaires et liberticides au mépris du droit et de nos traditions démocratiques. 

 

Libérer la liberté d'expression

Partager ses convictions publiquement fait partie intégrante d'une liberté inscrite dans la Constitution suisse (article 15). L'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme intitulé "liberté de pensée, de conscience et de religion" oblige les Etats parties à la Convention à respecter et protéger ces libertés.

Il me semble important, en ces temps troublés, de montée de psychose et d'intolérance, où certaines femmes se font insulter parce qu'elles portent le voile, se le font arracher en sortant du bus à Genève, et renoncent à porter plainte, de rappeler cet article 9  : "toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Chacun a le droit de changer de religion ou de conviction et a la liberté de manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public ou en privé. Toutes les croyances reconnues sont protégées par ce droit. L’un des enjeux modernes du respect de la liberté de pensée, de conscience et de religion réside, tant au niveau international que national, dans la montée de l’intolérance religieuse..." 

Cet été, la Ville de Genève avait autorisé la tenue d'une rupture du jeûne du ramadan sur la place de la Navigation [3]. Sans plainte dans le quartier, à la satisfaction des habitants, trouvant utile d'avoir participé à cet événement et pouvant découvrir, loin des fantasmes et de la paranoïa, l'expression ouverte et simple d'un phénomène religieux. Cet événement a crée des liens entre les jeunes et les aînés.

 

Le péril de la stigmatisation

Aujourd'hui, le péril n'est pas dans le religieux, il est dans les extrémistes de tout bord, les forcenés, les intégristes, qu'ils soient laïques, islamophobes ou antisémites, ne voulant pas établir un rapport équilibré au religieux, à l'autre, mais le stigmatisant pour l'isoler et le nier.

Aujourd'hui, le péril n'est pas dans le religieux, il est dans le défi du vivre ensemble.

Le fait religieux doit être accueilli, sans fantasmes, sans paranoïa, sans délire sécuritaire, mais avec une volonté relationnelle forte, et le désir de vivre ensemble, dans la diversité et le respect du droit et de chacun.

 

Considérer le fait religieux face à face

Les autorités doivent aujourd'hui prendre réellement conscience que le religieux doit être exprimé, expliqué, afin de faire baisser la peur panique qu'il suscite. Et le droit rappelé, encore, toujours: rien que le droit.

Cela demande des moyens et une volonté politique, car rien ne tombera du ciel. 

Il faut ici particulièrement louer les actions du Bureau d'intégration des étrangers(BIE), actif sur le champ de ces questions, depuis de nombreuses années. Le BIE permet aux différents acteurs de se réunir, partager leurs pratiques, et s'impliquer dans des projets concrets (semaine d'actions contre le racisme) en soutenant avec pédagogie, des entreprises qui visent à construire l'avenir et le vivre ensemble plutôt que le rejet et la haine de l'autre.

Islamophobes, terroristes : même visées

Madame Vallette, dans son dernier billet,[4]  prise au piège de son islamophobie crasse,  fait la preuve de son ignorance du fait religieux et de son intolérance face à tout ce qui symbolise la religion musulmane en s'en prenant à un colloque sur le voile qui avait lieu à l'université et à l'exposition de photographique de Denis Ponté "Face à elle" au théâtre Saint-Gervais. [5] Elle en profite aussi, au passage, pour attaquer un service de l'état au lance-flamme.

Au moment où l'ignorance bat son plein et où l'obscurantisme nous menace, madame Vallette montre qu'il n'y a pas besoin de porter la barbe et la kalachnikov pour se donner mission de supprimer la Culture, le dialogue et les services de l'Etat .   

La bêtise nous menace. La bêtise est sur nous. Elle fait un travail de sape radical.

Le respect du droit, l'établissement de la justice sociale, un rapport à l'acte de croire ou de ne pas croire respectueux de l'autre dans l'observation pleine et entière de nos constitutions est le cap qu'il nous faut tenir ; le défi à relever afin de ne pas alimenter les discours de haine et de dissension.

Croire ou ne pas croire, telle n'est pas la question.

Le respect plein et entier du droit et de l'autre, oui.

   

 

 

 

[1]http://www.habadgeneve.ch/templates/articlecco_cdo/aid/20...

 

[2]http://www.rts.ch/info/regions/geneve/6644216-l-interdict...

[3] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/rupture-jeune-org...

[4]http://boulevarddelislamisme.blog.tdg.ch/archive/2015/12/...

[5] http://www.saintgervais.ch/programme/detail/face-a-elle

 

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www.sylvainthevoz.ch

 

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04/02/2015

Barazzone plus sectaire que les sectes?

Le Conseiller administratif Barazzone a décidé de refuser aux stands faisant de l’information spirituelle ou religieuse l’usage de l’espace public en Ville de Genève.[1] Après avoir lancé avec succès les Food trucks, consommation à l'emporter de nourritures et boissons, il a donc décidé d'interdire l’usage de l’espace public aux entités « quelles qu’elles soient, faisant la promotion d’activités de type religieux ou spirituel ». Cette décision est –euphémisme- pour le moins surprenante. Elle est même extrêmement grave et contrevient aux principes 3 et 25 de la Constitution Genevoise. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs que cette décision soit attaquée en justice.

Expression oui, prosélytisme non

Quelle mouche a bien pu piquer Monsieur Barazzone, du parti démocrate chrétien tout de même, de s’en prendre d’une manière aussi radicale à la liberté d’expression dont le drapeau a pourtant été hissé bien haut après les attentats sanglants contre Charlie hebdo. Serait-ce que la tenue de stand contrevient à quelque législation que ce soit ? Non. La Loi sur le culte extérieur (LCExt C4 10 ) du 28 août 1875 rappelle l’interdiction, article 1, de toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse sur la voie publique. Mais le stand d’information n’est pas mentionné et ne peut y être assimilé.

De plus, le rapport du groupe de travail sur la laïcité mandaté par le Conseil d'Etat n’a jamais envisagé cette mesure.[2] La page 36-37 de ce rapport doit absolument être lue, et visiblement Monsieur Barazzone a oublié de le faire : « Si le fait de diffuser dans l’espace public les éléments de sa foi est un acte, non seulement légitime, mais encore protégé par la Convention européenne des droits de l’Homme, il n’en demeure pas moins qu’intervenant dans ce même espace public, le harcèlement de tiers, en vue de les convaincre d’adhérer à cette foi, contrevient à l’ordre public. La jurisprudence du Tribunal fédéral permet aux autorités compétentes de distinguer entre la diffusion légitime et le prosélytisme invasif. Selon cette jurisprudence, chacun a le droit d’exprimer ses convictions à un ou plusieurs tiers dans l’espace public ; en revanche, si son ou ses interlocuteurs les rejettent ou refusent d’entrer en discussion, celui qui veut convaincre doit s’abstenir d’insister." Ce qu'il faut retenir : l'expression religieuse n'est pas la même chose que le prosélytisme. L'une est protégé par la Convention européenne des droits de l'Homme et la loi, l'autre est condamné.  Monsieur Barazzone, visiblement, a souhaité mettre les deux dans le même sac et les confond. Ces questions sont extrêmement sensibles. Elles doivent être traitées au cas par cas, pas dans le cadre d'une interdiction générale. 

Vous allez définir comment le spirituel ?

Maintenant, si l’on essaie de suivre un bout le choix du magistrat, on aurait envie de lui demander :  pouvez-vous me définir ce qu’est le religieux, le spirituel ? Pouvez-vous en donner une définition et une limite pratique ? Cela lui sera très difficile. C’en serait donc fini des pubs pour le yoga ou les stands d’information de bouddhisme ou de méditation zen et la location de petits espaces pour les scouts dont les buts et l’esprit peuvent être assimilés à une spiritualité ? Le risque d’arbitraire est immense, et on bascule ici dans son règne en prônant l'interdiction. 

Je regrette pour ma part fortement que les stands spirituels ou religieux se voient arbitrairement privés de leur liberté d’expression. C'est une atteinte à la Constitution et je crains fortement que cette diabolisation ne fasse le lit d’extrémismes. La décision de Monsieur Barazzone est-elle de lutter contre les dérives sectaires? Cette interdiction arbitraire les renforcera d'autant.

Interdire l'accès public a tous les groupes proposant la promotion "d'activités de type religieux ou spirituel" n’ouvre pas, dans ce cas, à un débat sur la laïcité mais sur la liberté d'expression et de pensées. Une bataille aussi mal engagée et menée de cette manière encourage l’arbitraire et décrédibilise les autorités.

C'est toujours, au final, une bien mauvaise manière de lutter contre les sectes en se montrant plus sectaires qu'elles.

Monsieur Barazzone pouvez-vous s'il vous plaît revenir sur terre ?

-ou à tout le moins commencer par choisir entre votre mandat d'élu de Genève ou de Berne, parce qu'à trop faire le conseiller administratif à temps partiel, et le communicant cumulard, cette affaire d'usage d'espace public laisse craindre une volatilité dans le suivi de vos dossiers et un risque pour l'état de droit -




[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Le-proselytisme-religieux-banni-des-rues-genevoises-28765234

[2] http://www.ge.ch/dse/doc/news/141111_Laicite_ComPannexes.pdf

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15/09/2014

Nos voisins sont fantastiques (Lyon)

Un week-end à l'étranger, ça aide à revenir chez soi avec d'autres idées et nourri de nouvelles idées. Un week-end à Lyon, voisine d’à peine 150km, que traverse le même fleuve qu'à Genève, surprend toujours. Pourquoi ces deux villes ne sont-elles pas plus liées ; pourquoi les idées ne circulent pas plus encore et les collaborations ne sont-elles pas plus nombreuses? Raison historiques ? Rivalités marchandes? Peur de l’étranger ou résistance culturelles? Les frontières sont bien présentes dans les têtes encore, les corps. Nos voisins, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud, font des choses fantastiques. Et s'y on s'en inspirait un peu plus?   

677189-des-danseurs-participent-au-10e-defile-de-la-biennale-de-la-danse-considere-comme-la-plus-grande-par.jpgBiennale de la danse

A Lyon s’ouvrait ce week-end la biennale de la danse (du 10 au 30 septembre) [1] La biennale, ce sont  de nombreux projets à destination des amateurs comme des professionnels. Parmi les événements gratuits :des ciné-bals pour danser entre amis, en famille et voisins…  Ce dimanche, c'était l'ouverture de la biennale avec un grand défilé sous le soleil de septembre.  Plus de 300'000 personnes dans les rues pour voir défiler plus de 4'500 danseurs, professionnels, amateurs, de tout âge, horizons. Splendide! Une fête populaire, gratuite, avec rassemblement final sur la place Bellecour colorée, remplie de vie. Impossible de ne pas danser sur place, et même entamer quelques pas avec son voisin. [2]

photo.JPGLes pots de terre résistent

Quelques centaines de mètres plus loin, les potiers de France étaient réunis pour leur foire annuelle géante dans le vieux Lyon.[3] Sur le parvis de l’église Saint-Jean, pots, vases et sculptures exposés dans une diversité et créativité étonnante. Beauté de l’artisanat et de ses 140 producteurs. Et en avant pour dépoussiérer les clichés de ce qu’est un potier: plus punk et cinglé que tout ce que l'on peut imaginer. Un crieur animait la foule, l'invitant à écouter des poètes lire leurs textes sur le thème de la terre ; à déposer leurs propres poèmes, déclarations citoyennes dans une boîte pour les lire ensuite : sous l’égide du « Ministère des rapports humains », fondé dans la rue à son initiative. Rires généraux, applaudissements nourris, avant que ne surgisse une fanfare déglinguée faisant jonction avec les danseurs de la biennale.   

images.jpgL’art public : Rive de Saône

Quand la foule devient trop dense, on s’évade le long de la Saône et du Rhône et s’émerveille des nouveaux aménagements des quais de Saône. D’habiles pontons bordent le fleuve, permettent aux passants de longer l’eau avec des itinéraires ponctués d’interventions artistiques.[4] Treize artistes contemporains  ont construit, au fil de l’eau des interventions faisant écho à l’environnement, à un contexte singulier, à des usages et une histoire liée aux méandres du fleuve. Manière agréable de flâner et de faire de l'exercice à l'air pur. On peut même désormais rejoindre le Rhône depuis la Saône sans avoir à lutter avec les voitures. Comment?    

index.jpgUn tunnel pour vélos et piétons uniquement

Désormais, c'est un long tunnel réservé uniquement aux piétons et cyclistes qui traverse[5] la colline de Croix-Rousse. Inauguré en décembre 2013, c’est alors une "première mondiale" selon la municipalité. Long de près de 2 km ce tunnel est animé de vidéos avec effets sonores. Traverser ce conduit, c’est vivre une expérience esthétique et visuelle forte. A l’heure de l’obésité générale, l’incitatif à se bouger devient vital, et l’expérience artistique une manière stimulante de sortir de chez soi et encore: gratuitement. Lors de l’inauguration, Gérard Collomb, maire de la ville l'affirmait : "C'est une première mondiale et nous serons, comme pour la fête des Lumières, bientôt imités". Le rapport à la ville est ici pensé à la fois d’une manière pratique, mais aussi culturelle, esthétique, pour que le  plaisir de se déplacer et la qualité de vie s’unissent; pour que les habitants soient pleinement pris en compte dans les aménagements urbains, et surtout vivent l’environnement comme une expérience enrichissante, envoûtante, plutôt que contraignante. La beauté et l'expérience esthétique, participative, doivent prendre toujours plus de place dans l'espace public.   

Certes, il n’y en a pas des comme nous, Genève c'est unique. En même temps, quand on découvre ce que nos voisins réalisent, on se dit que c'est peut-être dommage que l'on soit unique à ce point. Et s'il n'y en a pas des comme nous, il nous manque peut-être parfois un peu de l'inspiration des autres. Et l'on serait peut-être bien inspiré d'aller voir ailleurs si l'on ne s'y trouve pas, quelque part, en devenir.

Prochaine visite: Lausanne ou Fribourg, j'hésite encore.  

Nos voisins sont fantastiques.



[1] http://www.labiennaledelyon.com/fr/danse/

[2] http://www.liberation.fr/societe/2014/09/14/lyon-fete-le-10e-defile-de-sa-biennale-de-la-danse_1100510

[3]http://www.monweekendalyon.com/evenements/foires-salons/les-tupiniers-du-vieux-lyon#.VBbczRAQVI0

[4] http://www.lesrivesdesaone.com/le-projet/lart-public/

[5] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20131205.AFP4350/a-lyon-ouverture-d-un-tunnel-pour-pietons-velos-et-bus-une-premiere-mondiale.html

14:15 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, tourisme, espace public, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/04/2014

8 avril: Journée internationale des Roms

Drapeau Rrom.jpgLe 8 avril est, depuis 1971, la journée internationale des Roms. C’est en effet le 8 avril 1971, à Londres, que l’Union Romani Internationale a adopté le terme de Rom qui désigne par son terme masculin (rom) ou féminin (romni), les hommes et femmes se reconnaissant une origine et un devenir commun. Le 8 avril 1971 ont été choisi les symboles de la communauté, un drapeau, un hymne. Bien qu'ils aient un drapeau, les roms ne réclament pas un territoire ou un pays. Ce qu'ils défendent c'est avant tout leur identité en tant que peuple. Le drapeau Rom est bleu comme le ciel, vert comme la nature. La roue, symbole sanscrit, évoque le voyage, les origines indiennes du peuple Rom. Le 8 avril, jour de fête, permet de déployer une autre image que celle, misérabiliste et négative, que la presse et les pouvoirs politiques mettent trop souvent en avant. (http://bit.ly/1suPAqs)

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11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/07/2013

Calvingrad et confettis

calvingrad,fête,musique, espace publicIl y a un consensus sur un point : il n’y a pas mille opportunités à Genève de croiser du monde autour d'évènements dans l'espace public. Parlez-en aux expatrié-e-s pour voir! Les moments de rassemblements et de vie dans l’espace public sont saisonniers et épisodiques. Ces événements qui provoquent de la joie et du rassemblement suscitent alors toujoursune sorte d’étonnement : mais où sont-ils ces gens le reste de l’année ? Ne sortent-ils pas de terre juste pour cette occasion ? 

L’interrogation revient alors sur soi comme un boomerang :  et moi je vais où le reste de l’année quand il n’y a pas de fête ? Oui : comment est-ce que je vis ma ville quand il ne s’y passe rien ? Et : s’il n’y a pas d’événements qui s’organisent, comment est-ce que j’arrive à en faire un ?

La Ville de Genève en finançant, organisant et développant des événements sociaux-culturels comme la fête de la musique, la fête des voisins, la Ville est à Vous, marque des points. Quand je vais à la fête de la musique, je sais pourquoi je paie des impôts et ce que j'en retire. Sans cela, peut-être bien que Calvingrad et son concert de silence l’emporteraient sur le besoin de se rencontrer et les opportunités pour le faire. Peut-être bien alors que chacun irait de son côté dans son petit projet libéral sans y croiser grand monde. Parce que notre climat est changeant, parce que la vie coûte trop cher, parce qu’un home-cinémas c’est si bien, ça permet de rester tranquillement chez soi.

Alors : Calvingrad ou confettis ? La Ville prouve évènements après évènements qu’elle trouve l'équilibre entre rigueur et besoins fondamentaux de soutien aux évènements dans l'espace public.

Non, la vie n'est pas une fête, mais la Ville, elle, arrive plutôt bien à faire mentir l'adage.   

 

 

 

 

 

 

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30/06/2013

Genève en fête

fête de la musique, musique en fête, espace public, genève Des gens dans les rues enfin. La fête de la musique a battu son plein, des milliers de personnes ont déambulé dans les rues de Genève il y a pile une semaine, mais était-ce vraiment la musique qui les faisait bouger ou n’était-elle qu’un prétexte ? Prétexte pour se retrouver, boire un verre, manger un morceau ensemble et rencontrer du monde ? Les deux, évidemment. Bon, j’ai réussi à traverser la fête de la musique sans écouter une note, ou presque, pris entre la scène techno et la déambulation, en sandwich dans la foule, trouvant plus de joie à voir les gens qu’à me glisser dans un concert. Mais peut-être que la fête de la musique est aussi une fête pour se réapproprier l’espace public et répond d’abord à une demande de rencontre sociale : faire un bout de ballade urbaine  ensemble ?  Ma plus belle expérience musicale fut  hybride : dans une oreille le Beau lac de Bâle et dans l’autre de la musique techno, en stéréophonie. Génial ! Elle fût celle du zapping aussi : allons vite voir en vieille-ville ce qui s’y passe, pour en revenir aussitôt…. hé on retourne à la cour des casemates...

Cette fête répond peut-être avant tout à une soif de partage des lieux de rassemblement dans l’espace public.  Besoin profond, vieux comme le monde, du citadin de croiser son voisin et de le saluer. Avant, il y avait des lieux géographiques pour cela : la place du village. Maintenant : il y a des événements dans l’année : fête de la musique, fêtes de Genève, fête de l’escalade. Allait-on se poser sur un banc de la place comme l’on va maintenant sous une tente aux bastions pour boire une bière ? Et prenait-on l’air comme l’on prend désormais du son ? Il faut un objectif à la ballade, et une raison de mettre le nez à la fenêtre alors que les incitatifs à demeurer chez soi sont forts (home-cinéma, inertie, économie, épuisement).  Pourtant c’est si beau une ville en fête, ça n’a pas de prix. Et là, ça tombait bien, c’était gratuit pour tout le monde, merci la Ville. Ce week-end on remettait ça, c'était la 31e édition de la fête de l'association pour l'encouragement de la musique improvisée  au parc des Cropettes. Pas vu Paul, pas vu Cécilia, ils devaient être au premier concert de Musique en été qui s'ouvrait ce samedi au Victoria Hall pour se clore le 21 août sur la scène Ella Fitzgerald. Génial, on aura donc tout l'été pour s'y retrouver...  

 

 

 

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27/05/2012

Bistrots dans la boîte

barbeles_prairie06_small.jpgAh qu'elles étaient belles les terrasses de la rue Ecole de Médecine. On pouvait passer de l'une à l'autre, se héler, s'appeler, se faire un chemin dans un agencement de chaises aléatoires. Surtout, chaque terrasse avait son style, son type, exprimait l'identité de son café. La terrasse de la ferblanterie, ce n'était pas la terrasse du café du Lys, qui n'était pas celle du café Sud, ni d'aucuns troquets environnants. Avant? C'était? Oui, car c'est terminé tout ça. Désormais, des parois de plexiglas entourent chaque terrassse, délimitent au cordeau les frontières de chacune. C'est propre en ordre, tip top bien rangé. Pour l'ouverture, on repassera, c'est chacun dans sa boîte maintenant, même en plein air.

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