sylvain thévoz

28/08/2015

Réformer l'économie (Contre ceux qui veulent uniquement l'optimaliser)

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Dans le cadre des élections fédérales d'octobre 2015, la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève, la Fédération des Entreprises Romandes Genève et Economiesuisse  ont convié les candidat(e) aux élections fédérales à une rencontre avec des représentants des milieux économiques.

Cette rencontre, réunissait tous les partis, et se voulait une occasion d'échanges sur les perspectives de l'économie genevoise et les thématiques comme la réforme de la fiscalité des entreprises et de les relations bilatérales avec l'Union européenne.

 

Comme candidat socialiste, je m'y suis donc rendu.

 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... j'ai été déçu.

 

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L'optimalisation au détriment des gens

J'ai découvert un milieu auto-satisfait, ayant produit un jolie brochure rappelant que la suisse est numéro 1 en matière de compétitivité (et en terme de redistribution des richesses, d'écart de salaire entre les plus riches et les plus pauvres?), que l'espérance de vie des Suissesses est de 85 ans en moyenne soit 10 ans de plus qu'en 1960 (omettant de préciser que l'espérance des Suisses est de 82 ans ... tiens pourquoi ce décalage?) ; que Genève et Berne figurent dans le top 15 des villes où la qualité de vie est la plus élevée du monde (grâce à quoi, à qui ?), ajoutant que le phosphore des lacs suisses a fortement diminué et que 1107 musées suisse ont comptabilisé plus de 20 millions d'entrées !!

Vous cherchez le rapport entre ces statistiques? Il est uniquement de vendre l'idée que tous ces bienfaits reviennent à l'économie, omettant bien entendu de dire que celle-ci est responsable de coûts et d'externalités qu'assume uniquement l'Etat (épuisement au travail,  burn-out, stress, pressions, difficultés sociales, augmentation de la précarisation, hausse des frais médicaux.) [1]

Economie suisse, nous peint un monde en rose. Vous reprendrez bien un peu de Fluoxetine Bayer pour la voir ainsi?

Non, merci.

 

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Un milieu dogmatique abusant du chantage catastrophiste

J'ai découvert là un milieu dogmatique défendant becs et ongles les neufs clés du succès helvétique, véritable bible d'une certain économie, soit : un approvisionnement en énergie sûr et compétitif, une protection efficace de l'environnement, des marchés de l'emploi libres et ouverts, des infrastructures performantes, une stabilité macroéconomique, une économie de marché performante, la liberté d'entreprendre, l'accès direct aux marchés mondiaux, un système éducatif et une recherche de pointe, des politiques financières et fiscale compétitives.

Et gare à vous si vous cherchez à étendre, ou redéfinir les clés de ce succès. Vous ne trouvez pas votre place là-dedans ? Vous vous demandez ce qu'il en est de la redistribution des richesses, d'un impôt juste, de la lutte contre les inégalités, et de la responsabilité des entreprises dans celles-ci, du partage du temps de travail ? Economie Suisse ne s'en préoccupe pas. Son objectif, OPTIMALISER les conditions cadres pour les entreprises... pour le reste, vous pouvez : travailleurs, retraités, étudiants, aller vous brosser. 

Economie Suisse défend un seul axe: le maintien de l'existant. Elle souhaite jouer, encore et toujours sa même ritournelle du chantage et des accents catastrophistes. Si vous cherchez à réformer le système pour plus de justice sociale (les entreprises partiront, la suisse reviendra au Moyen-âge), elle mettra le poids financier qu'il faudra.

Cette logique défensive ne sert pas toute l'économie. Elle permet surtout aux plus gros de devenir plus forts.   

 

 

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L'économie contre les droits populaires 

Plus grave, le fait que les droits populaires et les votations soient vues comme un élément qui dérange la stabilité économique, et la sacro-sainte prévisibilité économique des multinationales.

Alors, quand le 9 février arrive ces messieurs (surtout) et dames (peu nombreuses) s'inquiètent. Pourtant, qui a fait le lit de l'extrême droite? Qui, à droite et dans les milieux bourgeois, a toujours défendu becs et ongles les intérêts privés, les grosses fortunes, freiné l'évolution du système bancaire, défendu les privilèges, refusant les naturalisations facilités et le droit de vote des étrangers afin que, PLR-UDC mains dans la main, fassent de l'étranger un bouc émissaire idéal ?

Quand arrive le 9 février 2014, ces messieurs dame sont choqués. Le chantage trop utilisé, ne fonctionne plus. Voilà l'économie en péril du fait du 9 février, on s'agite, on s'inquiète.  Mais ce n'est pas pour autant qu'il est question de se réformer et de remettre en question l'économie, non. Ce sont les droits populaires qu'il faudrait questionner !!! 

Je pensais, j'avoue, arriver dans le temple de la créativité et de l'innovation, de la réactivité et des nouvelles idées... je me suis confronté à un lobby conservateur.

Voulons-nous laisser notre économie dans ces mains là? 

 

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Réformer l'économie

 

Réformons l'économie pour les PME, les gens réels, les paysans, les étudiants, pour l'avenir, pas au profit uniquement des multinationales et de l'intérêt prioritaire des grosses fortunes.

Ce que j'appelle la théorie des miettes, qui vise à défendre le fait que plus les riches sont riches, plus les classes moyennes et les pauvres en reçoivent quelque chose, doit être combattue. La justice sociale n'est pas la mendicité. C'est un rapport de force constructif.

Voilà quelques mesures concrètes pour réformer l'économie et redistribuer les richesses :

 

  • Protéger avant tout les travailleurs et travailleuses, pas uniquement les conditions cadres visant à l'optimalisation fiscale. Extension des conventions de travail.
  • Imposer l'égalité des salaires entre femmes et hommes. 
  • Création d'un impôt sur les transactions boursières pour mettre fin à la spéculation inutile et stabiliser le marché financier.
  • Réformer la fiscalité afin de la rendre transparente. Fini les cadeaux fiscaux et les forfaits fiscaux à la carte dévolus d'une manière totalement opaque.
  • Réforme RIE III des entreprises [2] : pour un taux à 17% uniforme et une défense plus forte de la place de Genève face aux avantages dont jouissent les villes de Bâle et Zurich. 
  • Soutien à l'économie Sociale et Solidaire. Facilitation des prêts pour les petites et moyennes entreprises via des Fonds publics de prêts (type FONDETEC). Mise à disposition de capital pour démarrer des entreprises sans intérêts.
  • Les primes d'assurances-maladie ne doivent pas représenter plus de 10% des revenus d'un ménage. Interdiction de faire de la publicité pour les caisses maladies avec l'argent des primes. L'argent doit aller aux assurés, pas aux conseils d'administration!
  • Constitution d'un cadre légal pour des multinationales responsables (initiative multi), protégeant ainsi les droits humains et l'environnement en mettant sur un pied d'égalité toutes les entreprises et renforçant le label Suisse. Signez l'initiative ! [3]

 

Parce qu'économie suisse demeure le lobby d'une économie partiale visant uniquement à l'optimalisation et à la facilitation des conditions pour les grands acteurs, réformer l'économie est urgent.

Parce que l'économie doit être au service de l'humain, pas le contraire.

Quand j'ai pris la parole pour exposer ce point de vue et ces propositions, celles-ci ont été prises pour de la provocation voir un crime de lèse-majesté par les patrons de l'économie (quoi? on attaque les sacro-saintes conditions cadres?!).

Ceci est la preuve, à mes yeux que l'économie ne se réformera pas toute seule, qu'il ne faut pas attendre autre chose d'elle optimalisation conservatisme et dérégulation, avec une vie peinte en rose pendant que les citoyen-ne-s paient les pots cassés des crises successives.  

L'économie ne prendra jamais toute seule les mesures qui vont contre ses intérêts d'optimalisation.

L'intérêt de l'économie n'est pas toujours celui des citoyen.ne.s

L'optimalisation forcenée n'est pas une fatalité.

A nous, citoyen.ne.s, politiques, de voter pour défendre une économie réelle, freiner l'optimalisation à tous prix aux dépends de certains pour en enrichir d'autres.

A nous d'augmenter la répartition des richesses, gage de durabilité et d'une société sans conflits sociaux.

Une autre économie est possible, plus démocratique, nous souhaitons la réaliser.   

 

 

[1]http://www.uss.ch/index.php?id=144&L=1&tx_ttnews[backPid]=&tx_ttnews[tt_news]=4190&cHash=b273c2a50d4086b75be7bec839dbf47bs

 

[2]https://www.pwc.ch/user_content/editor/files/publications15/pwc_corporate_tax_reform_iii_fr.pdf

 

[3]http://www.solidar.ch/fr/inscription/initiative-pour-des  

 

 

Les illustrations sont tirées du livre de Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon, Etienne Lécroart : Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres? Mon premier manuel de pensée critique, Editions la ville brûle, 2014.

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

 

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10:34 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, économie suisse, réformes | |  Facebook |  Imprimer | | |

29/05/2015

La FIFA : une affaire Suisse

Son président est Suisse, son siège est à Zurich. Quand la tempête s'abat sur la FIFA et que les preuves de corruption s'accumulent, Ueli Maurer, conseiller fédéral UDC, vole au secours de Sepp Blatter. Devant les quelques 340 participants du 5e Forum suisse des médias à Lucerne, il a défendu le bon président, affirmant qu'il ne faut pas oublier tout ce qu'il a fait de formidable pour le football.

Sans blague, alors que la FIFA est sous enquête, corrompue jusqu'à l'os, que la justice américaine va déballer des années de corruption généralisée. Ueli Maurer a la même ligne de défense que Blatter : il fait diversion et préfère parler football, se rangeant aux côté de Poutine pour le soutenir.

Didier Burkhalter, autre conseiller fédéral, PLR, voit dans cette affaire une chance à saisir.  "Cela va peut-être faire évoluer les fédérations sportives internationales". Surtout ne pas s'en mêler, surtout ne pas réfléchir sur le rôle tenu par la Suisse dans ce système, surtout ne pas se sentir responsable, alors que notre pays est le champion du monde toutes catégories pour l'hébergement des fédérations sportives (une soixantaine) et que ces fédérations bénéficient chez nous d'un statut fiscal privilégié. Elles sont définies comme sans but non-lucratif. La FIFA fait des millions de bénéfices, a plus d'un milliard de réserve en cash, est au bénéfice d'une grande flexibilité juridique, sans obligation de rendre ou de publier des comptes. Quel est le système fiscal qui permet à la FIFA une totale opacité sur ses gains ? Le nôtre. Qui le défend mordicus? La droite.   

L'Hebdo rappelle, dans sa dernière édition, les sept péchés capitaux de Blatter et revient sur le fait que la FIFA soit exemptée de tout impôt fédéral direct. En effet, le parlement (à majorité de droite) a refusé, en juin 2012, d'abolir ce privilège. Parce que les partis bourgeois ont toujours servi l'argent, et pratiquent les mêmes tactiques qui a cours à la FIFA : chantage, lobbying, graissage de pattes et complaisance envers ceux qui possèdent l'argent et le pouvoir.

La FIFA: un produit de la droite

Couvrir le blanchiment d'argent sale, encourager les forfaits fiscaux, les évasions fiscales, fermer les yeux sur la Suisse qui lave plus blanc, la Suisse mafieuse, c'est un sport de droite qui a été érigé en système puis en droit. Faire du chantage au départ, couvrir les malfaiteurs des palaces, c'est la mission de la droite. Cette stratégie a conduit le système bancaire à ne pas se réformer et au final à le payer cher. Aujourd'hui, les procureurs américains font le ménage à Zurich dans les palaces où les magouilleurs se prélassent et la droite menace notre souveraineté en s'acoquinant avec des indélicats. Avec l'affaire de la FIFA, on découvre que la complicité de la droite pour soustraire des millions d'impôts au fisc et faire plaisir aux copains est dans son ADN.  

Le parti socialiste, par son conseiller national Carlo Sommaruga, avait proposé en 2012 une loi pour «poursuivre d’office les cas de corruption dans le secteur privé», et non plus seulement lorsqu’une plainte était déposée. Le PLR, l'UDC, economiesuisse, l'USAM et l'association suisse des banquiers l'avaient rejetée, ainsi que... la FIFA. La droite n'aime pas les lois anti-corruption. Elle aime la "main invisible" du marché et les yeux qui se ferment. Elle adore les forfaits fiscaux et les associations milliardaires à but non-lucratifs. Elle adore agiter le chantage au départ pour ceux bénéficiant des largesses et de la complaisance de la législation helvétique. Cela la conduit à la paresse intellectuelle et encourage la criminalité des cols blancs. La crédibilité de la Suisse est aujourd'hui gravement entachée. L'image de notre pays salement détériorée. La FIFA est une affaire suisse, le produit de son système fiscal voulu par la droite.

 

Tous les regards vers Zurich 

Ce jeudi, tous les regards seront tournés vers Zurich où un valaisan cherchera à se faire élire pour un cinquième mandat à la tête d'une association corrompue brassant des milliards et ne payant pas un centime d'impôt en Suisse.

Tous les regards seront tournés vers notre capitale financière où nos conseillers fédéraux et la majorité de droite de notre parlement ont choisi de protéger la FIFA et la corruption.

Que Blatter s'en aille. Et avec lui les valets de la droite helvétique, championne du monde d'un système fiscal opaque qui sert l'argent plutôt que les intérêts du peuple, les intérêts des puissants plutôt que ceux du droit et de la justice. 

 

 

 

 

https://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/portrait-les-sept-p%C3%A9ch%C3%A9s-capitaux-de-sepp-blatter

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/77cfbfc2-f312-11e3-a2d8-dc7d3196b5d7/La_Suisse_h%C3%A9site_%C3%A0_domestiquer_la_FIFA

 

08:21 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fifa, blatter, maurer, forfaits fiscaux, cadeaux, plr, udc, pdc, economie suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |