sylvain thévoz

22/08/2015

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Cela ne vous rappelle rien ?

Une rafle au mois de juin : toi, tu vas au trou, toi tu restes en surface. Parce que tu es un homme, célibataire, que tu as commis un petit délit et même si tu as purgé ta peine :  le sous-sol c'est pour toi.

Les double et triple peine, cela ne vous rappelle rien?  

 

Une rafle au mois de juin :  la police anti-émeute contre des migrants pour les déplacer de force dans l'attente de leur déportation. Cela ne vous rappelle rien?

La police envoyée pour trier des gens. Le pouvoir qui justifie ce tri entre bons migrants et mauvais migrants, invoque la dignité de certains pour traiter les autres en sous-hommes, cela ne vous rappelle rien ?

Un magistrat de police qui tente de siffler la fin des droits humains. Un magistrat de police, capitaine à l'armée, qui use de sa parole et de son pouvoir pour s’en prendre à des militant.e.s des droits de l’homme, menace les citoyens qui font preuve de solidarité et se proposent d'accueillir chez eux des personnes harcelées, cela ne vous rappelle rien?

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de certains des exutoires bon marché, d'autres d'utiles boucs émissaires, considérer l'humain en fonction de son statut, de ses tampons sur ses papiers, des quotas et rouages politiques, plutôt que sa personne. Criminaliser les problèmes sociaux, pénaliser la contestation, décrédibiliser les mouvements qui défendent les droits humains, cela ne vous rappelle rien ?

Vraiment?

 

Abuser de l’argument de l'urgence pour bafouer le droit et la dignité due à toute personnes comme le stipule notre Constitution. Cela ne vous rappelle rien ?

 

Faire de la Constitution un simple bout de papier, voir un torchon, avec lequel s'essuyer au nom de l'urgence, de l'économie, ou des principes supérieurs de l'Etat, cela ne vous rappelle rien?

 

Rien n’a commencé par une rafle en juin, tout se poursuit, quotidiennement, depuis des années, dans un état de droit en danger qui tolère que des hommes soient traités en sous-hommes, discriminés, écartés, logés dans des abris avec pour toute nourriture des barquettes à réchauffer; la lumière électriques en continu, et des punaises de lit sur les châlits.

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

Peut-être parce que vous vous dites: cela ne me concerne pas.

 

Mais qui sait, de force, et dans très peu de temps, cela pourrait vous revenir et vous concerner plus directement. 

 

 

Cela ne vous rappelle rien, vraiment ?

Vraiment?

 

 

 

 

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www.sylvainthevoz.ch

 

 

14:10 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stopbunkers, nobunkers, genève, droits de l'homme, maudet, poggia | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/06/2012

Foot-business ou justice sociale?

Ce vendredi débute l'eurofoot en Ukraine et en Pologne. En Ukraine, l'emprisonnement de Ioulia Timochenko jette une lumière crue sur le mépris pour les droits de l'homme affichés par le pouvoir en place. La question que se posent les gouvernements européens est celle de savoir s'ils se rendront en Ukraine. Et à Genève, se pose-t-on la question de l'attitude à adopter? Faut-il diffuser les matchs comme si de rien n'était? Le fait que le football est le sport avec le taux d'audience le plus fort, qu'il est un évènement rassembleur et festif, ne doit pas servir à couvrir les agissements d'un pouvoir politique inique. Se régaler de matchs sans y porter attention serait cynique. Derrière l'eurofoot viendra le mondial au Brésil en 2014. Une campagne de Solidar a mis sur le terrain les plus de 150'000 personnes déplacées afin d'aménager un mondial le plus glamour possible. Et ensuite viendront les jeux d'hiver de Sotchi en Russie.... La question se pose donc de l'éthique à avoir en matière de retransmission sportive, de l'emballage qu'il faut ou non leur donner (message d'introductions, scène offertes à des ONG, etc.,?) La Ville de Genève ouvre et finance un bel espace devant la patinoire des Vernets pour la diffusion des matchs, avec DJ et stands de bière. Offrir cet espace pour des ONG défendant les droits de l'homme et pouvant sensibiliser les spectateurs ne serait-il pas bienvenu?  

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16:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, ukraine, droits de l'homme, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |