sylvain thévoz

16/06/2015

La rafle des Tattes, l'abri du Grütli

 
Que l’Hospice Général décide de déplacer dans des abris PC à Carouge les hommes migrants célibataires du foyer des Tattes afin de libérer de la place pour des familles syriennes c’est une chose. Que la police soit envoyée ce mardi pour exécuter l’ordre est tout autre chose. 
 
Parce que certains migrants ont reçu des courriers leurs annonçant ce déménagement, d’autres non. Parce que certains se sont présentés à l’abri PC de la Gabelle, d’autres ont refusé de le faire, d’autres n’ont pas compris ce que ce courrier leur intimait de faire. Parce qu’il est dégueulasse d’envoyer la police pour réduire des gens dans des abris PC.  Un problème social doit être réglé d’une manière sociale, politique, pas policière.  
 
Ces hommes ne sont pas du bétail
A qui peut-on reprocher de ne pas se présenter à la porte d’un abri pour y être placé dans des conditions de survie ? Toute personne censée résisterait, encore plus quand un parcours de migration, de guerre, de traumatisme et d’abus a fragilisé tous les rapports à l’autorité et à la force policière. Non, tous les migrants destinés à l’abri de la Gabelle ne sont pas allés spontanément se faire enfermer. Certains n'ont pas compris ce que la police leur voulait. Ils n'ont pas compris! Fallait-il user de la force publique pour les déplacer de force ? C’est ce que le Conseil d’Etat a choisi de faire, envoyant la police au foyer des Tattes pour aller rafler ces hommes. Et maintenant : le reste à Champ-Dollon?
 
La rafle des Tattes  
Ce lundi 15 juin, les policiers entrent aux Tattes, dans les studios. Ils pointent des hommes du doigt et disent : toi, et  toi et toi, essaient d’emmener de force ceux qui  ne comprennent pas ce qui leur arrive.  Employer la rafle et la force n’est pas responsable pour un Canton comme celui de Genève. A une question sociale il faut une réponse sociale, pas policière. 
 
La dignité comme résistance 
Les migrants, appuyés par le mouvement Solidarité Tattes et Stop bunkers se sont alors réunis pacifiquement dans la cour des Tattes et ont organisé une forme de résistance citoyenne. Le groupe décide de quitter les Tattes et descendre à l’église du Sacré Cœur, à Plainpalais. La police poursuit le cortège, le laisse se faire son chemin sans le protéger de  la circulation. Arrivé devant l’église du Sacré Cœur, la porte est close. L’église catholique n’ouvrira pas aux migrants jetés sur la route.
 
Le symbole du Grütli 
Le seul refuge que trouve la quarantaine de migrants est le centre culturel du Grütli. Les portes du théâtre sont ouvertes par le Conseiller administratif en charge de la culture Sami Kanaan avec l'accord du Conseil administratif de la Ville.. Face à la violence de la police, face à la désorganisation d’un déplacement mal organisé de migrants terrorisés, la culture joue son rôle de refuge et d’abri. Face à la rafle policière décidée par le Canton, un espace culturel  est ouvert dans l'urgence pour que des hommes ne dorment pas à la rue ou soient enfermés comme des chiens sans collier. 
 
 
Le Grütli accueille les migrants 
Il y a là une image très forte pour la Suisse et Genève, que des migrants, déplacés, réfugiés, traumatisés, que l’on chasse avec des policiers pour les mettre dans des abris sous-terre, que l’on cherche à cacher encore, trouvent refuge dans un lieu culturel qui plus est nommé Grütli, lieu du mythe fondateur de la Suisse!
Cela doit nous faire réfléchir sur la place que notre société donne aux plus précaires et comment notre pays respecte sa propre constitution, honore son préambule qui rappelle notre devoir d’assumer nos responsabilités envers les générations futures, sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres.
 
En espérant qu’un nouveau pacte, culturel, social et non policier, puisse naître de ce refuge trouvé par des migrants un jour de juin à Genève, alors qu’ils avaient la police à leur trousse et le langage de la violence pour toute réponse à leur demande d'asile. 
 
RASSEMBLEMENT MARDI 16 JUIN 18H GRÜTLI
derrière le bâtiment -place Bela-Bartok- côté place du cirque. 
 

10:46 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, migrants, maudet, genève, droit | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/07/2014

Boycotter Israël ou continuer à compter les morts?

israel,palestine,droit,bds.Est-ce que le fait d'appeler au boycott d'Israël est une manière de punir les israéliens, les innocents tout autant que les coupables? Est-ce une mesure discriminatoire, injuste? 

Tout d'abord, rappeler ici que le boycott n’est pas une punition, ni contre des Israéliens innocents (qu’ils soient producteurs, paysans, ou ouvriers), ni contre des israéliens coupables. Le boycott n’est ni un principe moral ou de jugement, c’est un engagement politique et éthique qui vise à faire pression sur une politique menée par un état qui s'est placé au-dessus du droit et prend à la légère les résolutions de la communauté internationale, tout en se rendant actuellement coupable aujourd'hui à Gaza de crime contre l'humanité.

Le succès du boycott mené en Afrique du Sud est un encouragement et un exemple historique de la capacité des peuples à être solidaires les uns envers les autres en faisant appel au pouvoir individuel de mobilisation et d'engagement. 

israel,palestine,droit,bds.Le boycott: un outil efficace

Le boycott vise à donner du pouvoir aux forces progressistes en Israël, afin qu’ils influencent les politiques menées dans leur pays. Le boycott vise à restaurer les droits des producteurs, paysans, ouvriers palestiniens exploité-e-s en Israël comme dans les territoires occupés.

Il vise à remettre au centre de la question les rapports de domination et d'exploitation actuels en Israël. Avoir un pacifisme plus engagé envers Israël afin de ne pas être complice de ses coups de sangs ou stratégie de contrôle ; être plus critique et exigeant afin de se comporter en possible partenaire d'Israël. Si, par peur de "punir le faible israélien pour la faute de son gouvernement", on se tait, les manoeuvres des puissants sont facilitées et, en dernier recours, le malheur du plus grand nombre. Non, ce n'est pas se comporter en possible partenaire d'Israël que de soutenir les politiques du Likoud et des faucons d'extrême droite, des ultras religieux. Acheter des drones israéliens pour 400 millions, les mêmes qui vrombissent sur Gaza comme le propose le conseiller fédéral Uelie Maurer (UDC) c'est inconscient et dangereux pour la Suisse, sa "neutralité" qui fait sa fierté.

Non, ce n'est pas se comporter en possible partenaire d'Israël que de censurer les critiques, enterrer les questions... ou consommer des produits provenant de territoires illégalement occupés et confectionnés avec une main d'oeuvre exploitée.

israel,palestine,droit,bds.Que dit le droit?

Compter les morts d'une côté, les rendre équivalents aux roquettes de l'autre, pour légitimer ses frappes? Cette comptabilité est morbide. Il faut revenir au droit pour se faire une idée de la singularité de la situation en Israël. Or, que dit le droit ? La résolution 194 du 11 décembre 1948 affirme le droit des réfugiés palestiniens qui le désirent de rentrer dans leurs foyers ou de bénéficier d'indemnités. La résolution 242 du 22 novembre 1967 demande l'évacuation de territoires occupés. La résolution 338 demande l'application de la résolution 242 dans toutes ses parties. La construction du mur de séparation est illégal, l'Assemblée générale des Nations unies l'a affirmé le 21 octobre 2003. Le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice affirme que : « L'édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international » Ces résolutions sont toujours restées lettres mortes, bafouées. Depuis 1948 ce sont des centaines de résolution de l'ONU qui ont été foulé aux pieds.

En 2005 les représentant-e-s de la société civile palestinienne (plus de 150 associations) ont lancé un appel international au boycott, aux sanctions et aux retraits des investissements en Israël, à l'exemple de la lutte menée contre l'Apartheid en Afrique-du-sud. Cet appel a été renouvelé avec force depuis Gaza assiégé le 09 juillet (http://carol.blog.tdg.ch/archive/2014/07/10/les-conventions-de-geneve-ont-elles-un-sens-bis-257764.html)

 

israel,palestine,droit,bds.Les syndicats soutiennent le boycott
Le réseau européen des syndicats alternatifs de base a entendu l'appel au boycott en mars 2014 : La Confederacion General del trabajo, l'Intersindical Alternativa de Catalunya (Espagne), l’Union Sindicale Italiana, la Fédération Sud Vaud (Suisse), la Confédération National du Travail (France), des syndicats français, belges, espagnols, grecs, polonais, de l'Europe entière, soutiennent le boycott.

Le site BDS Suisse www.bds-info.ch permet de se faire une idée de l'ampleur du mouvement et de son efficacité. 

Objectifs du boycott

Le boycott se justifie en ce qu'il est un des moyens de lutte pour atteindre des objectifs circonscrits dans le temps:

1) Mettre fin à la Colonisation

2) Démanteler le Mur

3) Reconnaître les droits des travailleurs arabos palestiniens

4) Respecter protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés.

israel,palestine,droit,bds.Tant que ces objectifs ne seront pas atteints, le cycle des violences se poursuivra inexorablement. Est-il possible de rester les bras croisés, voire de contribuer à la poursuite de l'exploitation en consommant des produits israéliens, économie florissante basée sur l'exploitation territoriales et des forces de travail palestiniennes?

Il est intellectuellement fallacieux et suffisant de se contenter de la rhétorique israélienne de diabolisation du Hamas pour éviter d'avancer sur ces 4 points. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre Israël, mais de donner une possibilité à une paix juste de croître. Sans ce mouvement, le comptage des morts d'un côté et des roquettes de l'autre se poursuivra, et le désintérêt international pour une question "compliquée" la rendra toujours plus inextricable.

Le boycott est la première mesure ferme, juste, mais symbolique aussi, qui permette de canaliser la rage, la haine pour certains, que l'intervention israélienne génère au-delà de tout contrôle et territoire.


Le boycott est un moyen d'être actif. C'est aussi une ligne de front. Il est désormais à la portée de chacun-e- de s'engager, ou de continuer à compter les morts.


Vendredi 11 juillet 16h Place des Nations Genève, Manifestation pour dénoncer les frappes de l'état d'Israël sur Gaza, qualifiées de crime de guerre et de crime contre l'humanité.


Crédit photo : Haim Schwarczenberg. Merci Haim pour ton engagement.

Photos prises le 09/07 à Tel Aviv lors d'une manifestation s'opposant à l'attaque contre la bande de Gaza.

Illustrations: "L'occupation nous tue tous"/ "Les femmes juives et palestiniennes ne veulent pas la guerre" / Gauche: "Les politiciens exploitent l'enlèvement des enfants" Droite : "Libérez la Palestine" / "Nous ne voulons pas la guerre" /


07:31 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, palestine, droit, bds. | |  Facebook |  Imprimer | | |