sylvain thévoz

20/08/2015

La démocratie à l'épreuve des gestionnaires

C'est dans l'air du temps, les gestionnaires et les légalistes sont au pouvoir. Ils se cachent derrière la loi, la règle, pour maintenir le statu-quo et les inégalités sociales.

 

On en a eu récemment un exemple frappant. Monsieur Maudet dézingue un mouvement populaire et militant, No Bunkers, ayant rassemblé des milliers de personnes dans des manifestations. Il invalide tout un mouvement du fait que certains déboutés de l'asile auraient commis des délits; comme s'il y avait de bons ou de mauvais migrants, comme si ses catégories et ses étiquettes disaient l'entier de la personne et permettaient de traiter ceux-là en sous-hommes.

 

D'une façon similiaire, Monsieur Poggia qui répétait il y a peu aux citoyens aux sujets de ces déboutés de l'asile : Prenez-les chez vous ! Mais prenez-les chez vous ! Et quand certains répondent: chiche nous le ferons, il invoque ensuite la loi pour leur interdire de le faire, avec une seule visée en tête : réduire au silence un mouvement, le mettre à tout prix en échec. Il montre là que sa considération humaine est nulle. C'est la gestion des masses et de l'image qui le préoccupe.    

 

La loi : ce cache-sexe du pouvoir

Ce n'est pas le respect de la loi, faussement invoqué, qui est en cause ici, mais plutôt la préservation du pouvoir et de ses intérêts, sa manière de se raconter des histoires et se mettre en scène.

 

Ce n'est pas la "fin de la récréation" que siffle à la fin de l'été Monsieur Maudet, c'est sa propre mise hors-jeu par son incapacité à penser plus large et autrement qu'en fonction de son esprit formaté stratégie et gestion.       

Or, le danger de notre époque vient clairement de ceux qui font appliquer des lois en bafouant leurs fondements, qui ne voient pas plus loin que leur opinion publique, la caressent dans le sens du poil et évitent soigneusement tout risque et décision susceptible de fâcher.

La majorité des politiques sont devenus des suiveurs. Et les "décideurs" des petits caïds du marketing accros à l'opinion publique. Du contrôle de celle-ci dépend leur survie. Ils ne voient pas plus loin.

Et c'est cela que nous appellerions démocratie et devant lequel il faudrait s'incliner comme devant une figure sainte? Devant ce règne des idées molles, sans portées, sans visions, ne visant au final qu'à maintenir l'existant et au pouvoir ceux qui ont eu l'habileté, ou la chance, de s'y faire porter?

Les gestionnaires et les légalistes font subir à la démocratie le pire essorage qu'il soit. Après rinçage, ils la rendent d'une fadeur et d'un hygiénisme puant.

 

Juste bons à voter et se taire ?

La démocratie est plus qu'un légalisme. Elle est plus que la médiacratie et l'étroite justification légale arrangeant le pouvoir en place.

La démocratie est même plus que le respect dû à des majorités élues tous les 4 ou 5 ans à 35% de votant. La démocratie n'est pas une tyrannie de la majorité, mais un équilibre des différentes composantes de la société, chaque citoyen.ne ayant droit de cité et de parole, en tous temps.  

Ceux qui, tel le journaliste Philippe Barraud [1], s'insurgent dans un article du Temps, que des collectifs s'engagent, se mobilisent, pour rappeler aux élu.e.s l'existence de Constitutions, devraient arrêter de vendre au rabais, dans un journal qui devient d'une fadeur affligeante, une démocratie bradée où les élu.e.s uniquement auraient un droit de parole et d'exercice politique alors que les autres pourraient aller se brosser étant "juste bons à voter" et se taire. 

Ceux qui dansent sur le ventre des autres ne sont pas ceux qui s'engagent et manifestent, mais plutôt ces élu.e.s légalistes et gestionnaires, vivant leur mandat comme une rente de situation, faisant semblant d'être dans une stricte observance de la loi, tout en fermant les yeux sur ses abus ou manquements.

Le risque ne vient pas de ceux qui gueulent mais de ceux qui dorment, continuent à se faire bercer en toute bonne conscience.  

 

Qui pour faire respecter la Constitution ?

 

Si l'on relit, par exemple, l'article 15 de la Constitution genevoise :

Art. 15 Egalité
1 Toutes les personnes sont égales en droit.
2 Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d’une déficience.
3 La femme et l’homme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail.
4 La femme et l’homme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale.

 

Qu'un seul politicien "bon gestionnaire" ou garant de la loi et de sa stricte "observance" ose affirmer que ce principe n'est pas bafoué à répétition et à longueur de journée sur notre territoire en toute impunité !

Et quand le président du PLR Alexandre de Senarclens érige la discrimination en règle et l'affirme : oui, mettre ces hommes en sous-sol, c'est une discrimination au détriment d'hommes célibataires, déboutés, il bafoue purement et simplement notre Constitution.[2] 

Art. 39 Droit à un niveau de vie suffisant
1 Toute personne a droit à la couverture de ses besoins vitaux afin de favoriser son intégration sociale et professionnelle.
2 Toute personne a droit aux soins et à l’assistance personnelle nécessaires en raison de son état de santé, de son âge ou d’une déficience.

 

Toute personne, rappelle la Constitution. Pas uniquement les électeurs libéraux-radicaux n'est-ce pas?

Monsieur Maudet, plutôt que de pourchasser de ses foudres une poignée de déboutés, de se positionner en moraliste devrait commencer par faire respecter la Constitution comme il s'y est engagé.

Toute la Constitution, rien que la Constitution, pas seulement les quelques lois qui font son beurre politique après un soigneux écrémage.    

La démocratie est plus que le respect d'un état de fait

 

La délégation du pouvoir ça ne veut pas dire uniquement signer un blanc-seing pour 4 ou 5 ans. La démocratie c'est le frottement des idées: des débats, des refus, des tensions.

Bravo aux collectifs et association, aux citoyen.ne.s qui le rappellent et le font entendre courageusement haut et fort.

Ils sont le tonus de la démocratie.  

 

La démocratie est plus que le respect du pouvoir en place

Elle est la garantie de respect des principes supérieurs et constitutionnels, qui touchent aux droits et au respect de la personne, à sa liberté individuelle et à sa sécurité.

Lorsque ces principes supérieurs sont attaqués, quand certains élu.e.s les perdent de vue au profit du racolage médiatique, alors oui il est légitime de monter aux barricades, de secouer le corps gras et mou que devient notre démocratie, en employant tous les moyens possibles, tous les réseaux nécessaires, qu'ils soient électifs, militants, grévistes, pour ne pas être dans une démocratie de ventriloques où le pouvoir a été confisqué par des gestionnaires à la petite semaine.     

 

L'observance de la loi, de toute la loi, par le pouvoir politique, est sous la surveillance des citoyen.ne.s, tous les citoyen.ne.s. Ces derniers sont légitimes à l'exercer en tous temps.

 

Nous ne sommes ni enrôlés dans une armée, à la messe ou un talk-show.

Parce que nous sommes des êtres libres, il revient à chacun.e. en démocratie, de faire entendre sa voix, lutter pour ses opinions, quelles qu'elles soient.

Délégation du pouvoir ne veut pas dire démission.

 

Voter c'est très bien, agir c'est parfait.     

 

 

[1]http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d62f3918-45a4-11e5-85d0-41b5fd577541/Ces_collectifs_qui_dansent_sur_le_ventre_des_autorit%C3%A9s

 

[2]http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/06/24/le-courrier-vivre-dans-un-bunker-au-peril-de-sa-sante/

 


 www.sylvainthevoz.ch

 

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02/06/2015

La démocratie : rien que la démocratie

martine sumi,parti socialiste,conseil municipal,présidence,vote,démocratieCe mardi le Conseil Municipal va désigner son président ou sa présidente pour une année. Cela ne sera pas une désignation par défaut. Martine Sumi, socialiste, membre du bureau du conseil municipal brigue cette présidence. Carlos Medeiros, MCG, de même. Certains grincheux regrettent que cette élection n'ait pas été tacite. Ils auraient voulu que le siège revienne de droit au MCG. Le groupe socialiste a choisi de présenter Martine Sumi, parce que la présidence au Conseil Municipal est l'enjeu d'un débat et demande de vraies prises de position sur des valeurs politiques.

 

Tout oppose ces deux candidat-e-s. Martine Sumi est Présidente de GymSeniors, membre du comité de l’Université Populaire Albanaise et de Solidarité Bosnie. Elle s'est toujours engagée pour l'égalité femme-homme. Issue d'un petit village du canton de Vaud, elle aime rappeler que lorsqu'elle est née, les femmes n'y avaient pas encore le droit de vote. Cela l'a été bien tardivement, en 1971, lorsqu'elle avait 15 ans, et cela a été le fruit d'une lutte. Martine Sumi est une femme de dialogue, constructive. Membre du Syndicat SIT, créatrice de F-information et du bureau de l'égalité, créatrice de Viol Secours, de la  Marche mondiale des Femmes, active auprès de l'association Camarada, elle inspire confiance et a toujours placé le respect de l'autre au plus haut point. 

Carlos Medeiros? Pour l'avoir côtoyé durant 4 ans, m'être fait traiter par lui de connard, de tapette, avoir été provoqué: buste en avant et index glissé sous son cou en signe de menace, avoir vu ses insultes fleurir sur les réseaux sociaux, ce monsieur n'est pas le type d'élu dont on rêve pour représenter la Ville de Genève et ses valeurs (pour autant qu'on les partage).

En politique, il faut avoir le cuir épais. Je ne fais pas une affaire personnelle des dérives de Monsieur Medeiros. Je les rappelle simplement ici pour évoquer mon droit démocratique à ne pas soutenir quelqu'un qui fait de l'insulte une banalité et joue de l'intimidation en menaçant physiquement ses adversaires politiques. Soutenir Martine Sumi, c'est promouvoir une certaine idée de la démocratie contre ce qui la menace.  

 

MCG. Ni de gauche, ni de droite, mais prêt à tout pour être élu

Et puis, quelle étrangeté, pour un parti comme le MCG, ne se revendiquant ni de droite ni de gauche, d'invoquer un droit à obtenir cette présidence en regard d'une coutume de tournus profitant aux partis bourgeois. Or, on le sait, les coutumes sont partagées par ceux qui ont en commun les mêmes valeurs. Pour ceux qui les récusent, comment simultanément les invoquer pour en bénéficier?

Le MCG a fondé son engagement sur la contestation du système. Il s'est toujours défini comme refusant le compromis et le partage du pouvoir. Le voilà, maintenant, prêt à tout pour être élu, devenir plus royaliste que le roi, en lançant des coups de téléphone à tout va pour obtenir les voix du PLR et du PDC. Ce parti, prétendu un jour contestataire, promet maintenant de voter tous les budget de la Ville, tous les objets politiques qu'on lui présentera, tout et son contraire finalement, pour autant que son préféré soit élu.

Mais être président-e- du Conseil Municipal ne vise pas à assouvir une revanche personnelle, ce doit être une volonté de servir le bien collectif. Ainsi se pense l'alternance du pouvoir. Il est destiné à promouvoir une finalité collective. La manière dont le MCG gère cette élection montre qu'il n'en a cure. Le MCG pourrait, par exemple, présenter un autre candidat, plus rassembleur et attentif à l'avis collectif. Peut-être alors qu'un certain nombre d'élu-e-s se sentiraient potentiellement représentés par lui. Mais il faudrait, là encore, que le MCG soit prêt à dialoguer, entrer dans le jeu de la représentation, plutôt que de faire de l'autisme et du forcing avec Medeiros.   

 

Pas de putsch du parti socialiste mais une proposition alternative  

Le Parti Socialiste ne provoque pas un putsch en opposant Martine Sumi à Carlos Medeiros. Il continue d'oeuvrer dans le champ démocratique. Il propose à une assemblée à majorité de droite et d'extrême-droite, où un certain nombre voix s'élèvent pour dire qu'il leur est impossible de voter pour Monsieur Medeiros, une alternative.

L'alternative, c'est bien ce qui fonde l'alliance des verts, du ps et d'ensemble à gauche. Une alternative à ce qui met à mal les valeurs de notre République. Une alternative à un nostalgique du dictateur Salazar, aux coups de force et aux intimidations; une possibilité de ne pas subir ce vote mais d'exprimer politiquement une autre option. 

 

La violence n'a pas droit de cité

Il ne s'agit pas, ce mardi, comme l'a faussement fait entendre Julien de Weck dans un éditorial de la Tribune de Genève d'un déni de démocratie ou, comme l'a affirmé Adrien Genecand (PLR) d'un appétit démesuré de la gauche. Si le PLR ou le PDC avaient proposé un.e candidat.e, le parti socialiste l'aurait soutenu.e, par respect pour le tournus gauche-droite. Malheureusement, ils ne l'ont pas fait. Il s'agit de servir la démocratie, rien que la démocratie; et de combattre, par le vote, le MCG. Parce que nous sommes en désaccord total sur ce qu'est la racine de ce parti (le rejet de l'autre, la stigmatisation de l'étranger, le travail de sape contre les institutions, la préférence de quelques uns contre tous les autres).

Laisser accéder Medeiros à la présidence sans combattre, c'est cautionner le fait que les messages de rejet de l'autre, de haine et de violence ont droit de cité aux plus hautes fonctions de la Ville. Contrairement à certains, nous ne nous y résoudrons jamais. 

 

Quand la droite se mêle au MCG

Comment faudrait-il nommer le principe qui laisserait le champ libre en Ville de Genève à celui qui est fier d'être la doublure de Stauffer ?

Le MCG ne progresse plus en Ville de Genève. Il a été rejeté de l'exécutif de la ville d'Onex grâce à l'engagement de forces politiques diverses mobilisées pour empêcher que des "commune zéro frontalier" voient le jour.

Aujourd'hui, l'attitude de la droite est nauséabonde. Alors qu'au Canton elle s'est mobilisée pour barrer le chemin de Stauffer à la présidence, en Ville de Genève elle est prête à se soumettre devant le MCG et construire avec lui une étroite alliance politique.

Le PDC et le PLR appellent désormais ouvertement à voter Medeiros. Alors que le président du PDC, Sébastien Desfaye, avait courageusement, dès le début de sa présidence, appelé à  refuser toute alliance avec le MCG, voilà que son parti se dit prêt à retourner sa veste, se boucher le nez et voter avec l'extrême droite. Voilà que Lionel Ricou, chef de groupe du PDC en Ville de Genève embrasse le MCG, avec le soutien de Guillaume Barazonne. Les électeurs et électrices qui ont pensé voter pour plus de nature en Ville constaterons malheureusement, par ce vote, qu'ils ont soutenu quelqu'un qui préfère le brun. 

 

La démocratie jusqu'au bout

C'est bien parce que le MCG a été élu par les urnes qu'il peut être contesté par un vote. C'est ainsi que le Conseil fédéral avait été débarrassé de Blocher. Il s'agit toujours là de démocratie, de prises de position et de risques.

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner dans ce combat? Pas grand chose. La droite et l'extrême droite seront tentés de se fédérer encore plus étroitement. Carlos Medeiros se pose déjà d'une manière complaisante en angelot-victime. Les intimidations vont augmenter afin de faire payer à la minorité de gauche son acte de résistance démocratique. Si Martine Sumi est élue présidente du conseil municipal, ce sera une voix de moins pour l'Alternative lors des votes en plénière.

Le PS n'a pas grand chose à gagner à la présidence de Martine Sumi. C'est la démocratie qui sortira gagnante si elle est élue à la présidence du Conseil Municipal ce mardi.   

Qu'est-ce que le parti socialiste a à gagner : pas grand chose.

La démocratie ? Beaucoup. 

 

 

 

http://www.tdg.ch/signatures/editorial/La-dignite-versus-le-deni-de-democratie/story/24550738

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Sebastien-Desfayes-est-le-nouveau-president-du-PDC-genevois/story/27814809

https://www.ge.ch/egalite/representation-politique/temoignages/sumi-martine.asp

07:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martine sumi, parti socialiste, conseil municipal, présidence, vote, démocratie | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/12/2014

Occupy Hong Kong / Occuper l'urne

occupy-umbrella.jpg« Occupy central » le mouvement de désobéissance civile à Hong Kong a été réduit au silence. Les derniers étudiants sur place ont été chassé du centre-ville. Quels enseignements tirer de l'occupation des rues de Hong Kong? Tout d'abord, la force du mouvement démocratique.

Le déclencheur de la crise

Août 2014, le gouvernement chinois annonce qu’en 2017 les élections du conseil exécutif de Hong Kong ne se feront pas au suffrage universel. La réaction des gens de la rue ? Pour un certain nombre : l'indifférence. Venant de Chine, éduqués en Chine, ils ont toujours cette pensée que le parti communiste est bon et l’influence de Mao est opérante. Les chansons de la révolution culturelle de Mao sont encore chantés par l'ancienne génération. Les jeunes, les plus éduqués, désirent autre chose. Ils comprennent ce qu’est le parti communiste chinois. Mais l’environnement politique est faible à Hong Kong. ll y a peu de gens qui façonnent l'opinion publique et peu d'information concernant la politique. Les candidats qui peuvent gérer et politiquement diriger HK sont peu nombreux.

Dès le 28 septembre, les gens investissent les rues. Ils sont confrontés à la répression de la police qui fait prendre plus d’ampleur à la situation. Les manoeuvres des pro-chinois cherchent à décourager le mouvement, engageant et payant des mafias pour perturber, intimider et discréditer les manifestants. Aux intimidations, le discrédit a été ajouté.  « Apple Daily », le quotidien démocratique de Hong Kong, a été accusé de travailler pour les anglais et les américains. Les manifestants tiendront deux mois et demi.

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Prendre place !

De l'occupation de Wall Street aux place Taksim (Istambul), Tahrir (Caire), à la mémoire de Tiananmen, les lutte politiques sont désormais des luttes dans les villes et pour les places.


Tu es dans le cerveau du monstre

Depuis plus d’une année, le mouvement « occupy central » était en réflexion sur l’action à mener. Elle n’est pas venue du jour au lendemain. Deux associations d’étudiants l'ont conduite. Un square, situé en face des bureaux du gouvernement, a été ciblé. Le gouvernement a essayé de bloquer son accès. Peine perdue. Le 26 septembre 2014 les étudiants tiennent des manifestations à l’extérieur du square, puis réussissent à y entrer pour s'y asseoir pacifiquement. Sitôt le square occupé, le projet de bloquer la route principale puis « Central », coeur du business et de l’économie à Hong Kong est né. Objectif : avoir un impact maximum et faire pression sur le gouvernement. Bloquer les flux économiques, les centres urbains. Immobiliser le trafic est l'enjeu des luttes politiques et citadines. On repense à cette phrase de Ché Guevara à Jean Ziegler en 1964 : "tu es dans le cerveau du monstre. Ton champ de bataille est ici".

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Les raisons de la révolte

Depuis 1997, année du retour de Hong Kong dans le giron chinois, la ville a un statut spécial. En 1997, première élection : les candidats qui pouvaient concourir à celle-ci sont au nombre de 800. La plupart, membres d’instances pro-chinoises. Il y a bien deux ou trois autres candidats pour faire de la figuration, mais les dés sont pipés.

Aujourd'hui, la démocratie est un vernis fragile. La plupart des organisations ou journaux à Hong Kong sont placés sous influence chinoise et un grand nombre de pages sont consacrées à des actions pro-chinoise et à la propagande d’état. Au fur et à mesure que les années passent, la propagande se  durcit. Lorsque Hong Kong est revenu dans le giron chinois, le gouvernement a annoncé que rien n’allait changer pour 50 ans. Mais les choses changent, rapidement! Si, avant 2003, il était nécessaire d’avoir des visas pour venir à Hong Kong, y voyager désormais sans contraintes administratives est facilité. De nombreux migrants, pauvres, y cherchent une vie meilleure, encouragés par le gouvernement de Beijing. Cela provoque des conflits importants entre les habitant-e-s de Hong Kong et ceux des territoires continentaux. Les prix augmentent. Un puissant rapport de force portant sur l’influence et l’idéologie est à l’œuvre par le biais de ces migrations. Que signifie "être chez soi" quand le propriétaire change ?


images1.jpg Comment va évoluer la situation ?

Les places sont désormais nettoyées. Le mouvement a été stoppé. La majorité des personnes qui participaient à «Occupy Central » étaient des étudiants. Pour le reste : des travailleurs provenant de la middle-class, excédés de payer trop pour voir leurs conditions se dégrader. Le mouvement « Occupy Central » était un mélange de différentes revendications qui se sont cristallisées à un moment donné. Mais si beaucoup de gens à Hong Kong sont restés silencieux, cela ne veut pas dire qu’ils s’en foutaient, ni qu’ils étaient désinvestis. La plupart veulent pouvoir maximaliser leur usage personnel. Lorsqu'ils sont affectés dans leur vie quotidienne, parce que les transports sont entravés, le nettoyage des places impossible, leur attitude évolue. 


urne_et_main_votant1_1.jpg"Occupy l'urne" 

L’idée d’occuper les centres économiques est importante. L'idée de bloquer les flux de mouvement centrale. Mais changer les mentalités et les idées des gens doit être une priorité. En Suisse, l'occupation des lieux urbain ne peut être perçu que comme un geste ultime, la grève des TPG l'a démontré. L'élection et la votation le précède largement, dans un système permettant la représentativité politique, et un accès libre au suffrage universel.

"Occupy l'urne" doit être un cri de ralliement dans une année 2015 où les échéances municipale (avril-mai) et fédérales (octobre) occuperont le devant de la scène.

Hong Kong est Hong Kong, la Suisse est la Suisse. L'accès à l'urne nous est libre, investissons-le.     

12:09 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hong kong, occupy central, démocratie, villes | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/08/2014

J'aime le foot, Nabila ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.

Monsieur Jean-Noël Cuénod, écrivain, journaliste libre, rédacteur en chef de la Cité, dans son dernier blog titré " Persécutions des chrétiens d'Irak, où sont les manifestants?" (http://jncuenod.blog.tdg.ch) fait le reproche à ceux qui manifestent contre le carnage actuel à Gaza de ne pas descendre dans la rue pour les chrétiens d'Irak et les yézédis, soumis au feu de l'armée de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il écrit notamment : " Le sang des chrétiens serait-il moins pur que celui des islamistes?" Faisant cela, il se trompe de cible. Ce n'est pas, à Gaza, le sang des islamistes qui coule, mais celui des femme et des enfants, d'un peuple tout entier. C'est un sang humain, point. Et c'est le sang quotidiennement versé, fruit du travail de la colonisation israélienne menée avec l'appui des USA et le silence des européens qui est dénoncé par celles et ceux qui lèvent le poing. Il faut avoir marché un peu avec eux pour apprécier la diversité, les multiples origines, générations qui y sont représentées. Citoyen-ne-s pour qui l'injustice, la violence, le meurtre sont inacceptables, dans un mouvement qui n'est pas de solidarité confessionnelle.   

Le sang n'a pas d'autre couleur que rouge

Cuénod passe du procès d'intention à l'injonction de manifester lorsqu'il écrit : "l'actuel silence des musulmans d'Europe n'est pas supportable". Il commet là une double erreur. Premièrement, en rendant les "musulmans d'Europe" (comme si un tel groupe existait), responsable ou garant ce qui se déroule actuellement en Irak. Deuxièmement, en laissant penser, par la négative, que les non-musulmans seraient, eux, en droit de se taire. Comme si l'empathie et l'indignation étaient clanique ou tribal. Comme si c'était pour ceux de "son camp" que l'on devait s'engager et n'avait de légitimité et donc de responsabilité que sur ceux-ci.

Cet ahurissant glissement, fruit de l'amalgame entre la situation à Gaza et en Irak est dangereux, car il renforce l'attrait pour une lecture communautariste des conflits. Si la puissance des manifestations pour Gaza est profonde aujourd'hui, c'est justement parce qu'elles les ont depassées. Ce conflit est emblématique d'une lutte d'émancipation et de résistance contre une colonisation qui se poursuit depuis plus de 60 ans. Ce samedi encore, à l'appel des palestiniens de Gaza, 200'000 personnes sont descendues dans les rues en Afrique du Sud, 150'000 à Londres, des dizaines de milliers à Berlin, Paris, etc.,). Nul ne manifeste pour le plaisir de manifester, mais parce qu'il y a des objectifs et des interlocuteurs à qui adresser des revendications. Changement de paradigme en Europe = changement de politiques = changement de situation sur le terrain.     

L'abjecte comparaison des massacres

La dimension qui réunit ces deux massacres, c'est leur caractère commun d'assassinats contre des civils innocents. Mais Cuénod, en en faisant une question communautaire avant tout, gomme cela précisément. Il y a quelque chose d'écoeurant dans cette mise en rivalité des massacres. Comme si l'on devait peser sur une balance d'épicier le poids d'une boucherie et celui d'une autre, et que les niveaux soient parfaitement ajustés

Bien entendu qu'il faut s'engager contre les violences terrifiantes commises contre les chrétiens et les yézédis d'Irak, pousser à une intervention afin qu'elles cessent. Mais à qui adresser ces messages ? Aux responsables actuels de la montée en puissance de l'EIIL? Aux USA, qui ont fait éclater la chaudière Irakienne en attisant tous les communautarismes? Aux USA encore, qui ont armé l'EIIL pour contenir Al Qaida, comme le révèle le livre des mémoires d'Hillary Clinton ? A Israël, qui a nourri le Hamas à la petite cuillère afin d'affaiblir l'OLP de Yasser Arafat, et qui à tout intérêt a ce qu'Islam rime avec islamisme et islamisme radical avec barbarie? Ce serait donc vers eux qu'il faudrait se tourner pour "agir"? Vers l'ONU? Merci Monsieur Cuénod de nous aider à avancer sur la compréhension de ces conflits, sur les responsables de la barbarie actuelle en Irak; qui doit intervenir et comment. 

EIIL, Gaza meme combat?

Mais minute, l'occident demeurerait immobile sur Gaza et se lancerait pour protéger les chrétiens et les yézédis d'Irak? Bien. Mais comment justifier l'inaction d'une part et l'interventionnisme de l'autre? Les forces internationales toléreraient le massacre de plus de 1200 civils à Gaza sans bouger, et frapperaient en Irak lorsque des chrétiens et des yézédis sont menacés (alors que depuis des mois déjà des humains se font massacrer par l'EIIL sans provoquer plus d'émotion que cela de la part des Messieurs Cuénod et avatars en tous genre appelant maintenant à des réactions)

Alors oui, ce serait encore de deux poids deux mesures dont il s'agirait. Et cela contribuerait d'autant a faire le lit des extrémismes. Logiques perverses. Tant qu'un soutien indéfectible sera apporté à Israël, tout autre intervention au Moyen-Orient ne pourra être lue que comme une opération impérialiste, la prolongation de politiques tordues pour maintenir ou déstabiliser des équilibres politiques en raison d'intérêts particuliers. Tant que le sang humain ne sera évalué qu'en fonction d'une appartenance ethnique ou religieuse, "mes morts, tes morts", l'ONU et toute instance internationale seront aussi faibles qu'elle ne le sont aujourd'hui.

Manifester un jour, manifester toujours?

La tendance actuelle n'est pas que les gens manifestent uniquement pour telle ou telle cause et pas toutes les autres (et même si c'etait le cas, et alors?), c'est qu'ils s'arrêtent de manifester pour les causes qui leur sont, déjà exemplaires, puis ne s'indignent plus pour quoi que ce soit.

La morale des voix qui cherchent à limiter l'élan à manifester en disant : si tu manifestes une fois, tu  manifesteras pour toujours, ou alors resteras chez toi; ces voix qui répètent : si tu sors une fois pour un combat, tu sortiras pour tous les autres: pour le massacre des chrétiens d'Irak, la faim dans le monde, l'intervention de la Russie, en Ukraine, la chasse aux phoques et Dieu sait quoi, ces voix proviennent d'outre-tombe et servent, in fine, au confort de la résignation.  

Moi, je dirai plutôt : A toi qui n'a pas bougé en solidarité avec Gaza, n'est-ce pas à ton tour d'agir, écrire, afin que l'indignation, la révolte, ne reposent pas sur ceux qui ont manifesté mais aussi sur ceux qui oublient parfois de le faire? Il est vrai que lorsque l'on ne manifeste pour rien, que l'on ne prend plus position, ne descend plus dans la rue, on n'a plus de problème. On ne sera sommé par aucun plouc d'avoir à se justifier de s'être mobilisé sur quoi que ce soit, vu qu'on aura abdiqué sur tout.

Sans honte, sans vergogne on pourra dire alors : je suis toujours resté chez moi, n'ai pris parti à rien, rien risqué. Comprenez-moi bien, c'était tout ou rien, et dans le doute il était préférable de m'abstenir. Et ainsi dire tranquillement, conscience en paix : Gaza, EIILL, même combat, je ne suis pas antisémite pour sûr, ni islamophobe, c'est clair, j'aime ma patrie et mon clan, mais mon horizon s'arrête à ma ville (et encore), à ma famille déjà; ces combats ne me regardent pas.

J'aime le foot, Nabila, ou Cuénod. J'ai ma conscience pour moi.


 

 

 




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