sylvain thévoz

12/11/2014

Du forfait fiscal... à Champ-Dollon

Je suis un forfaiteur fiscal, la magouille ça me connaît. [1]  Je remercie les bonnes âmes qui ont essayé de me  décrire comme un généreux bienfaiteur, soutenant l'économie locale, faisant travailler des femmes de ménage et des menuisiers, mais la réalité est tout autre. Je suis un forfaiteur fiscal. Le bien de la collectivité m'importe peu. Mon objectif, c'est le rendement personnel et la maximalisation de mon intérêt. Mon but est de payer le moins d'impôts possible, de truander légalement la collectivité. Merci encore à celles et ceux qui soutiennent le forfait fiscal pour leur complicité. Je suis un forfaiteur fiscal, un falsificateur, mais je ne pourrai réussir seul.

Donnez donnez donnez moi (le fisc me le rendra)

Aujourd'hui je suis en Suisse, demain je serai ailleurs. Cela ne dépend pas des cadeaux que vous m'offrez, mais de la quantité de sang que j'aurai pu vous pomper avant de filer. Je flaire les bonnes opportunités, merci de m'accueillir. Quand j'aurai bien bu, j'irai ailleurs. Merci pour votre générosité. Vous ne voulez pas me donner un peu de liquidité encore? Franchement, je n'en attendais pas tant. Merci.

Je suis un forfaiteur fiscal. J'ai un statut spécial, comme le tique, le parasite, j'aime avant tout le silence, la discrétion et la chaleur. Je vis sur la collectivité. Qu'elle se saigne, compte ses sous, sans avoir le loisir de voyager pour optimaliser sa niche fiscale. Moi, je migre. J'ai droit à un statut personnel. On est 6000 comme moi en Suisse. C'est un club très select. La démocratie, c'est pour les pauvres. Sur moi, elle ne s'applique pas. Les règles, on les fait à ma taille. Je les édicte, je ne les suis pas.  Mon fric parle pour moi.

Du forfait fiscal à Champ-Dollon

Aujourd'hui, je vous écris de Champ-Dollon. Je n'aurai pas dû pousser l'escroquerie trop loin. N'étant pas de nationalité suisse, n'exerçant pas d’activité lucrative en Suisse, j'avais tous les critères qu'il fallait pour être tranquille. J'ai pris des risques, compris vos avantages comme une invitation à me mettre à l'aise. Pour ma défense, je n'ai pas fait grand chose de mal. D'abord une petite escroquerie à 2 millions de dollars, ça aurait pu passer inaperçu, vu que je ne remplis pas de feuille d'impôts. Hop, ni vu ni connu: une paille. Je n'aurai de toute façon jamais été imposé dessus. J'ai pris vos largesses pour une invitation à en profiter d'autant. Ai-je mal compris ?

Dal Busco abusé

Ce qui m'a fait tomber, c'est ma gourmandise. J'avoue, j'ai récidivé pour plus d'un million cette année, c'en était trop pour la justice. Ne demandez pas à Monsieur Dal Busco s'il  a vu passer quelque chose depuis son département des finances. Peu de fric dépensé et que du pur forfait: rien de plus que l'opacité. Ni vu ni connu et Dal Busco abusé. Pour sa gouverne, je n'existais presque pas. Je suis un forfaiteur fiscal comme les autres, réglo. Je ne suis personne. Mais il paraît même que je vous rapporte de l'argent. Ah, les petits suisses, vous êtes vraiment des bisounours, c'est merveilleux d'être invité chez vous.

Quand je sortirai...

Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez inculpé. J'ai le droit de truander légalement la collectivité mais quand j'en fais de même avec des individus vous me mettez en taule? Pas très lisible votre système finalement. Heureusement, j'ai encore quelques politiciens de mon côté, la chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève pour défendre mes forfaits fiscaux, sinon je serai vraiment dans la misère. 

Je vous écris de Champ-Dollon. Vraiment, cette prison ça craint, vous devriez investir un peu plus pour l'agrandir. Je me retrouve avec des droits communs. Pourtant, je n'ai rien à faire ici. Je suis un forfaiteur fiscal, pas un criminel. Ne me jetez pas la pierre. Vous m'avez donné l'occasion de vous sucer, m'avez tendu la jugulaire. Si vous n'aviez pas un statut si attrayant pour vous saigner, je ne serai pas venu chez vous. Qui sait, je serai peut-être même allé escroquer ailleurs.

Ce qui est extraordinaire, c'est que vous puissiez voter le 30 novembre pour supprimer ce statut d'exception. Et ce qui est incroyable, c'est que vous allez peut-être voter non pour laisser tous mes petits copains continuer de vous gruger et se goberger sur votre dos.

Bon, j'avoue.
 
J'exagère.
 
Mais si c'était à refaire, je recommencerai
 
L'appât du gain, vous comprenez....
 
Mais si vous ne votez pas OUI le 30 novembre à la suppression des forfaits fiscaux.
 
Promis, je me les renégocie.
 
Bande d'ingrats, de bisounours, de communistes !
 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-couple-est-suspecte-d-une-arnaque-ecologique/story/11977306

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : forfait fiscal, abus, prison, escroquerie, dal busco | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/08/2013

Grand homme, petit dormeur: éloge de la couille

sexisme,le matin,presse,politique,maudet,barthassat,dal busco,künzler,rochat,etc.,féminisme,virilité,couilleFallait-il se lever tôt aujourd'hui ou plutôt dormir debout comme des somnambules pour avaler le matin Dimanche et son article édifiant sur les hommes politiques qui se lèvent à 4h30 ou 5h pour être actifs le matin? Cet éloge des hommes qui veulent être la hauteur de l'adage l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt est une charge contre les femmes. L'adage dit bien à ceux et pas à celles; les femmes, c'est bien connu, lambinent et ronronnent dans leur sensualité, l'article nous le rappelle en les excluant. Trop lentes: hors-jeu. Du balai.

Le sexisme revient au sprint

A ces heures matinales où nous dormons, rêvons, faisons l'amour, poétisons, récupérons de la soirée de la veille, bref : vivons, nous sommes en-dehors du champ du pouvoir. Car le pouvoir c'est la puissance. Et la puissance vient de la virilité qui est forcément masculine. CQFD. Il faut le réaffirmer:  le vir, dans sa racine étymologique veut dire: le guerrier, l'homme. Le vir est même devenu le dénominateur du sexe masculin et par extention de l'humanité entière. Le pouvoir c'est le vir: le membre. Et les testicules, du latin testis témoin, témoignent du fait d'en être doté. Les testicules, testis culus, c'est donc littéralement avoir des couilles au cul et témoigner de sa virilité. Il faut donc lire cette mise en scène virile des grands hommes qui dorment peu par Le Matin comme une éloge de la couille et une mise en scène politique de la domination masculine.

Le pouvoir est réservé aux couillus. Et les couillus sont ceux qui se lèvent tôt, les super-mâles. Alors, les plus tôt debout, les plus virils, les plus actifs? Oui. Et encore mieux s'ils chassent les bêtes, les dominent, dirigent à l'armée d'autres mâles. Pourquoi Dal Busco sera élu au Conseil d'Etat et pas Barthassat? Pour une question de centimètres, au finish? Ou parce que Serge fait plus jeune, court le marathon, a une poignée de main ultra-virile et se lève tôt, alors que Luc cavale de noces en vogues, se couche tard et rigole? Le modèle de domination pourrait privilégier l'un au détriment de l'autre, mais la moto et la culture de la terre, permettont peut-être à l'hédoniste de regagner du terrain perdu sur l'homme de fer.

Une étude américaine le démontre, il y a une corrélation entre celui qui a des couilles et le courage. Celui qui n'en a pas n'a pas de force, pas de courage, c'est donc... une femme. Voilà pourquoi le PDC ne présente que des mecs et pourquoi les PLR cachent les leurs. Chère Isabel, si tu avais des couilles et si tu faisais du jogging, tu serais peut-être réélue. Tu sais ce qui te reste à faire: arrête de faire ta gonzesse. Il n'est pas trop tard pour faire campagne, prends de la testostérone! Le sexisme revient au sprint. Nous voilà revenu à l'âge des cavernes.

Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Ce que fait le Matin:

1) Une éloge gratuite du masculin. Parce que les femmes en sont exclues, hormis Doris Leuthard, qui a droit à une petite ligne parce qu'elle a renoncé à avoir des enfants pour porter un projet politique. Le Matin aurait dû aller plus loin et noter les temps de celui qui vide une bière le plus rapidement, urine le plus loin, a le plus grand nombre de conquêtes, propulse un noyau de cerise au-delà de ses limites. Ils se sont contentés du chrono, du classement, et de poser la couronne sur la tête du champion. Tout y est pour célèbrer le mâle dans sa puissance. Pas une femme sur le "podium" des surhommes (par définition, les frontières du genre et de la domination sont bien gardées). Mais où sont-elles les femmes? A la cuisine? Derrière leur grand homme (le petit dormeur)? Se lèvent-elles pour des tâches moins visibles et viriles que faire un jogging ou lire son courrier? Type: s'occuper des enfants, nettoyer le salon? - Il faudra lire Fémina pour le savoir... ah, ça tombe bien, il est en supplément-

2) Une mise en scène politique et morale. La mise en scène de cette masculinité dominante rappelle les heures les plus racoleuses du sarkozysme en mettant en avant un élu au trot dans la rade à 50 jours d'une élection cantonale. La question entre dormir peu et agir beaucoup est rhétorique, elle recouvre de fait un outil de promotion people et personnelle. Nul doute que cette publicité gratuite vaut son pesant de sueur. 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC. Tous des mecs, des bons mecs de droite qui se lèvent tôt. Mais se lèvent-ils tous pour courir? Non. Philippe Pidoux (PLR) se redresse pour s'occuper modestement de son cheval. Il rappelle:  "Il n'y a aucune vertu à cela. Les relations entre un homme et sa monture sont semblables à celles d'un homme et d'une femme. On sert d'abord avant d'être servi." Ah, la vache! Vu le choix du journaliste de les exclure, la phrase courtoise pourrait être remaniée pour les femmes en politique: " Nous on sert d'abord pour se faire monter ensuite". Couché / Debout : la femme, la bête, même combat.

Sexisme partout égalité nulle part

Le sexisme revient au sprint. Il imbibe les rapports de domination, de leadership, et évacue les questions politiques portant sur l'éducation des enfants, des gardes, des rôles attribués aux femmes et qui les ralentissent dans les courses au podium et aux flashs, aux emplois en vue. On croyait l'ère Sarkozy et la mise en scène médiatique du jogging révolue. Non. On nous la refait en nous rejouant le cirque de l'hyperactif qui ne s'arrête jamais. On croyait que le suicide de Carsten Schloter serait un avertissement pour les surhommes. Mais non. La pression sociale et la nécessité de dépasser les limites et de s'afficher en téflon les pousse à s'aligner à bloc sur la ligne de départ. Et Vae victis, qu'ils aillent tous se faire pendre.

Il faut lire le Matin dimanche avant de le recracher, parce qu'il illustre le fait que le sexisme est présent ici maintenant, partout, en force, tout le temps. Que l'air du temps est un air vicié qui nous ressert les mêmes rengaines de vieux modèles de domination. Que ces modèles de domination sont masculins; qu'au nom de la neutralité journalistique, ils servent les pouvoirs dominants. Après cela, il faut mettre ce journal à la poubelle, ses préjugés sexistes et politiques avec.... et choisir résolument son camp histoire de construire une société ou ce n'est pas celui qui a les plus longues dents, les plus grosses jambes, des couilles en or qui l'emportera mais celle (ou celui) qui porte un projet collectif pour le plus grand nombre, jeunes comme vieux, homme comme femmes.