sylvain thévoz

20/10/2014

Synode à Rome : Dialogue entre le Christ et Dieu

- Père, éteins la télé, je n'en peux plus de ce synode

- Calme-toi mon fils

- Je ne vais pas me calmer, ça me rend dingue

- La dernière fois que tu t'es mis en colère, ça a très mal fini pour toi

- Père, je veux bien leur pardonner, ils ne savent pas ce qu'ils font, c'est entendu, mais quand même, ça fait 2000 ans que ça dure. Tu n'en as pas marre qu'ils se fassent du bénéfice sur ton dos, abusent de ta parole? Ils parlent et tuent en ton nom, se disent tes suiveurs, interprètent les écritures comme bon leur semble, toujours entre mecs; entre potes au coin du bar, se font les couilles en or. Ce que j'en pense? Ils s'en moquent. Un petit clin d'oeil par-ci, un petit signe de croix par-là, et s'assoient sur les écritures. Ils ne prennent pas le temps de les relire. 

- Il faut se méfier du veau d'or comme des couilles en or, tu as raison fiston. Un peu trop cossus pour être honnêtes ces évêques, ils défendent leurs piscines, leurs privilèges, que sais-je.  

- Je ne me suis pas fait tuer pour rien. Je ne suis pas venu délivrer un message pour les hommes, mais pour toutes et tous. Hommes, femmes, enfants, de toutes orientations et origines. Jamais, dans ma parole, je n'ai fait de distinction disant: ce message est réservé aux hétérosexuels, aux homosexuels, aux bien mariés et pas aux divorcés seulement; à ceux qui mettent la capote ou pas. Jamais je n'ai distingué, catégorisé. Ou alors, si je l'ai fait, dis-moi où et quand! Non. Je m'en suis toujours moqué. Cela ne compte pas. Je suis venu dans l'amour, pour l'amour. L'important c'est le salut, la foi, et le dépassement dans l'espérance. Et j'ai fait ma tournée. Et j'ai rempli des salles. Est-ce que je me suis planté mon Père? Je n'ai pas été suffisamment clair ?

- Tu as fait ce qu'il fallait mon fils; enfin, du mieux que tu pouvais. Tu n'as pas été aidé, c'est clair. Les hommes, tu sais... et puis j'ai eu un petit coup de mou aussi.

- Sympa que tu reconnaisses que tu as faibli sur la fin, parce qu'en bas, ils croient encore que tu es un Dieu tout-puissant. Ce serait bien que tu fasses un communiqué de presse pour la mise à jour une fois.

- Impossible mon fils. Les hommes sont de grands enfants, c'est comme ça. On ne les changera pas du jour au lendemain. Ils n'entendent rien. Il leur faut des superman, des héros, des idoles et des guerres. 

- Je n'aurais pas dû m'embarrasser de toutes ces paraboles, je t'avais dit que ce n'était pas optimal en terme de comm'. Ils ont compris que dalle, rien, tout de travers, c'était trop compliqué. Quand ils voulaient lapider la prostituée, j'ai écrit dans le sable, c'était subtil. J'aurais mieux fait de leur crier ce que j'ai écrit: bande de tarés, sur grand écran, et bande d'inconscients, avec une bande son poussée à l'extrême.

- A l'impossible nul n'est tenu mon fils. 

- Tu vois où m'a mené toute cette histoire: à la retraite anticipée. Et en bas, ils continuent de se bouffer, à laisser les idoles décider pour eux. Ils ont pourtant tout pour être heureux, mais non. Les pharisiens accaparent le pouvoir, les autres n'osent s'exprimer. Les gardiens du temple possèdent les clés, les autres quémandent la permission de sortir ou entrer. Ils se cachent derrière la loi, brisent les coeurs, les autres ramassent les morceaux, essaient de les recoller. Nom de Dieu (excuse-moi) quand on m'a mis sur le bois, il n'y avait pourtant plus que les femmes autour de moi. Les prêtres avaient disparus, les donneurs de leçon avec, et les autorités se lavaient les mains. Les prostituées m'ont tout enseigné. Le seul apôtre qui m'ait vraiment compris, c'est celui avec qui j'ai couché. 

- Je sais mon fils, c'est pour cela que je t'ai aimé.

- Je t'en supplie Père, renvoie-moi en bas. Renvoie-moi chez eux, je dois aller faire le ménage, annoncer l'apocalypse, reprendre la genèse, ça ne peut plus durer.

- Je ne peux pas mon fils

- Pourquoi ?

- Avec tes cheveux longs, ta robe légère, ton air efféminé, tu te feras repérer et crucifier vite fait.  

- Envoie ma soeur alors! 

- Ta soeur?

- Ce que je n'ai pu réussir à faire, seule une femme le fera.

- La pauvre, mais ils vont la tuer!

- Si tu peux être un Père plus présent que la dernière fois, ça peut changer. 

- Cela ne va pas être une partie de plaisir, ils sont encore plus bouchés que quand tu y étais allé. Je n'aimerais pas être à sa place.

- Moi non plus (je sais de quoi je parle)

- Je l'envoie où?

- C'est égal, partout pareil. 

- Passe-moi les chips

- Tiens

- Merci mon fils

- A ton service Père.

Il rote. Rallume la télé.

Une jeune femme entre timidement dans la pièce. 

 

15:06 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : synode, église catholique, christ, crucifixion | |  Facebook |  Imprimer | | |

26/12/2012

De l’abri de la bergerie à la boulangerie bombardée

Joyeux anniversaire, Christ. Les représentations que l’on se fait de toi n’ont guère changées, barbe claire, yeux bleus, tu es vieux, plus de 2000 ans paraît-il, et pourtant, tu es né hier. Que sont deux siècles à l’échelle de l’univers et de l'éternité ? Un vent... et ce monde change si vite. Tu me diras peut-être que rien ne change. Vanité des vanités, tout est vanité, et quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Mais tu as la part belle désormais : tu es au musée Grévin des mystiques, rendu intemporel. Ce ne sont pas les quelques curés laïcs qui passent à télé-noël pour louer des projets de charité opportuns qui te ramèneront sur le devant de la scène. Tu es passé du retrait au retard en 200 ans à peine, à moins que tu n'en sois l'avenir. Combien de temps encore avant ton avènement?

Serais-tu né aujourd’hui, tu n’aurais pour sûr pas vu le jour entre le souffle de l’âne et les cuisses du bœuf mais entre un i-phone et une play-station sous les lumières d’une couveuse électrique. Tu aurais risqué le Ritalin à ta cinquième année, pour sûr l’école en REP ou le terrain vague. Si tu avais revisité Bethléem, tu aurais été bercé entre un check-point et un mur barbelé. Ton père aurait été absent : service militaire ; ta mère t'aurait probablement accouché en prison. Tu aurais vagi dans un abri antiatomique, ou dans les ruines d’une boulangerie bombardée. Comme tu le vois, notre humanité a progressé à pas de géants pendant ton absence. Ce ne sont pas les feux d’artifices qui manquent sur la planète. Joyeux anniversaire, Christ. On te rajoute une bougie.

Chaque événement chasse l’autre. Toi, tu es poussé hors-jeu. On vend des églises, on en détruit d’autres. Tant mieux peut-être, elles étaient vides. Pas sûr que tu t’y plaisais beaucoup non plus. Tu ne fais plus rêver. Tu sembles presque un peu has-been. Christ, produit dépassé ? Excessivement ésotérique, rebelle, politiquement incorrect pour être monnayable. A l’ère du tout jetable, du remplaçable, qu’est-ce que ça vaut un message pour l’éternité ? L’homo oeconomicus occidental est résolu à se passer de toi. Le père Noël t’a supplanté, les crèches nous restent sur les bras. Seuls les sapins bios produits en Pologne ou à Taïwan résistent au froid.  

Le spirituel est devenu surnuméraire. L’i-phone irremplaçable. Tu likes ?

Fukushima est un souvenir médiatique inodore et incolore. Tchernobyl appartient à l’histoire et Hiroshima à l’antiquité déjà. Ça turbine sec ici-bas, ça mouline et surchauffe. Tu sens l'odeur de plastique brûlé qui monte vers toi? Les contractions s’accélèrent de ce qui semble être l’enfantement monstrueux d’une planète éventrée. Le nucléaire se fissure sous nos pieds. 2 milliards d’humains boivent une eau saumâtre dans des flaques quand ils en trouvent. Des banksters font et défont des fortunes en un clic ou en perdent tout autant en le doublant. Notre idéal de société est  le casino où se  joue à quitte ou double du blé, de l'orge, nos déchets nucléaires et des microtechniques militaires à dérivés humanitaires. Si tu as le temps, feuillettes le petit livre de Baudoin de Bodinat : « La vie sur terre, réflexion sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », ou « l’insurrection qui vient »  du comité invisible, j’aimerai bien ton avis là-dessus.

Joyeux anniversaire Christ. Merci pour la liberté laissée. De l’abri de la bergerie à la barbarie programmée, on a fait un sacré bout de chemin dans notre humanité. Y'a de quoi être fier et se taper sur l'épaule. Ne te sens pas obligé de revenir, on se débrouille très bien sans toi ici-bas, pas de soucis. Le pain et le vin de la messe, sont devenus chair et sang pour vrai, pétrin de farine et de larmes, ici, ici et là et là encore. Pas besoin de google earth pour mettre le doigt dessus. Personne pour crier au miracle, alors on baisse la tête et on continue de remplir nos bagnoles de mélasses fossiles. Le patron de la Fédération des Entreprises Romandes exhibe son smartphone, très fier : voilà le sommet auquel notre société est capable d’arriver. Ah bon. Dis, pour ton prochain anniversaire, tu préfères quoi : un cartable blindé, un nouvel abattement fiscal ou un i-phone-6 ?

Joyeux anniversaire Christ. Ne reviens pas trop vite, ici on gère. La croissance ne va pas si mal, on annonce une embellie sur le front des affaires et notre humanité crie par une ouverture franche tirée au botox bordées de dents radioactives : avant nous le déluge, la barbarie est à venir, on saura bien la prendre de vitesse avant qu'il ne soit trop tard.